Les traitements à base de cannabis peuvent aussi réduire la liberté des malades. 

Comment ?

L’utilisation médicale d’un produit légitime fait avec du cannabis peut créer des tensions avec d’autres cadres règlementaires existant dans le cadre juridique de la « tolérance zéro » qui criminalise la présence de THC même si le système nerveux central du ou de la conductrice n’est pas sous l’emprise des effets de la substance. On va regarder ça ensemble et passer en revue plusieurs études scientifiques. 

Bonne écoute!

Liens pour l’épisode

Medicinal cannabis and driving: the intersection of health and road safety policy

Bilan-routier 2020

http://mbe.io/Test_Routier_Cannabis_Quebec

Homicides en 2020 au Québec

Dans l’Orne, contrôlé positif au cannabis, un homme perd son permis six mois alors qu’il fume du CBD

Loi constituant la Société québécoise du cannabis, édictant la Loi encadrant le cannabis et modifiant diverses dispositions en matière de sécurité routière

Cannabis effects on driving longitudinal control with and without alcohol

Correlates of driving after cannabis use in high school students

Exploring youths’ beliefs towards cannabis and driving: A mixed method study

Simulated driving performance among daily and occasional cannabis users

Prevalence and Correlates of Driving Under the Influence of Cannabis in the U.S.

Mechanisms of cannabis impairment: Implications for modeling driving performance

Cannabis use and driving under the influence: Behaviors and attitudes by state-level legal sale of recreational cannabis

Driving under the influence of cannabis risk perceptions and behaviour: A population-based study in Ontario, Canada

The influence of the frequency of cannabis use and of the five impulsivity traits on risky driving behaviors among young drivers

Cannabis and driving ability

Modeling the system of beliefs that influence driving under the influence of cannabis (DUIC)

Recreational cannabis use impairs driving performance in the absence of acute intoxication

Photo de Maxime Doré sur Unsplash 

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #83

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous ! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien ? Le chanvre est bon par chez vous ?

Avant de se lancer dans l’épisode de la semaine, je veux remercier tous les gens qui ont partagé toPot avec des amis suite à mon appel il y a deux semaines. Quand je regarde les statistiques d’écoute, je peux voir qu’il y a des gens, je ne sais pas qui, car toutes ces données sont anonymes, donc je peux voir un modèle d’écoute qui part de l’épisode #1 et qui progresse vers les plus récents. C’est toujours une joie intense de voir des amoureux du pot qui écoutent mes épisodes. Donc un gros merci pour les partages. Je vous suis très reconnaissant. Détail important pour moi, je vois aussi que les liens que je partage dans les notes des épisodes sont utilisés. Le dernier épisode semble avoir été particulièrement apprécié. Bon, c’est dit et encore merci.

Alors, aujourd’hui on explore l’intersection de la conduite de véhicules motorisés et de la consommation de cannabis. Le sujet est énorme et pose des questions de sociétés importantes à la lumière des thérapies à base de cannabis qui se développent partout dans le monde. Dans notre inconscient collectif, quand Matante Ginette conduit son auto, il n’y a pas de problème même si elle se soigne avec des benzodiazépines combinées avec des opiacés. Par contre, si votre tante se soigne avec du cannabis pour le même problème, vous ne posez plus le même regard sur sa consommation. Matante Ginette conduit stone ? Ben non. Elle prend ses pilules prescript et sait qu’elle doit attendre un certain nombre d’heures avant de conduire. C’est la même chose pour le pot. 

Nous allons donc examiner quelques recherches pour éclairer notre réflexion. Le Canada se vante fréquemment de sa compassion dans les grandes rencontres mondiales. M. Trudeau est fier de sa légalisation. Mais il ne faut pas oublier que c’est le gouvernement de Stephen Harpen qui a su créer de toutes pièces une structure qui garantissait le droit de se soigner avec du cannabis. On oublie souvent que c’est un gouvernement de droite qui a permis cette avancée canadienne qui éclaire les possibilités pour tous les pays tentés par cette aventure. Par contre, ce que l’on oublie souvent, c’est que les traitements à base de cannabis peuvent aussi réduire la liberté des malades. 

Comment ?

L’utilisation médicale d’un produit légitime fait avec du cannabis peut créer des tensions avec d’autres cadres règlementaires existants. Oui j’évoque le cadre juridique de la « tolérance zéro » qui criminalise la présence de THC même si le système nerveux central du ou de la conductrice n’est pas sous l’emprise des effets de la substance.

Et ça tombe bien, car l’Australie qui est en train de se dépatouiller dans sa légalisation à la Canadienne a déjà commencé à réfléchir à cette situation. On va regarder ça ensemble et on va passer en revue une demi-douzaine d’autres études. Mais d’abord, un peu d’histoire pour replacer la discussion dans un contexte commun.

Le cannabis a été retiré du Tableau IV de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, le plus restrictif des tableaux selon les experts. Ce retrait a lieu en décembre 2020. Donc à peine un an. Et bien, il y a un clash immédiat avec les autres cadres règlementaires toujours en place et parfois des clashs avec des nouvelles lois ou règlements. 

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien ?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

J’en profite pour partager une ovni avec vous. Si vous ne fréquentez pas toPot régulièrement, une ovni est une opinion vulgaire non informée. Personnellement, je considère un véhicule motorisé comme une arme. Le machin pèse quelques tonnes et sa conception, sa forme, qui ressemble à une bulle, est très efficace pour donner un sentiment de contrôle. D’ailleurs tous les imbéciles qui font des niaiseries sur la voie publique avec leur char sont sans doute des gens qui ont l’impression d’être contrôlés dans les autres aspects de leur existence. Ainsi pour beaucoup de gens, la voiture est à la fois un havre de paix et un instrument d’expression de leur puissance. Faut avoir été cycliste pour comprendre l’idiotie de gens qui perdent patience parce que leur trajet va prendre 3 secondes de plus. J’ai été agressé cet été à Boucherville. Cela faisait une dizaine d’années que j’avais oublié cette sensation. J’avais un casque. J’avais fait mon stop, full arrêt et j’ai osé dire à un automobiliste que j’avais la priorité. Pas de doigt d’honneur, juste dire : « C’était mon tour. » était de trop. Le monsieur qui m’a poussé dans la chaine de trottoir avait entre 60 et 70 ans. J’ai sprinté pour tenter de lui arracher ses miroirs, mais il a sauté les deux stops qu’il devait faire. Moi aussi exceptionnellement.

OK. L’essentiel de cette ovni est qu’un véhicule motorisé, qu’il s’agisse d’un vélo, d’une moto ou d’une voiture, est un qui peut tuer si on est distrait une seconde… 

Je partage aussi deux statistiques avec vous pour étayer mon OVNI. Au Québec en 2020, 340 personnes sont décédées dans des accidents de la route. Selon vous combien de personnes ont été tuées avec une arme à feu pendant la même période ? 14. Au Québec, les véhicules motorisés tuent beaucoup plus que les armes à feu…

Hey Merci MJ !

Donc, replaçons nos interrogations dans le contexte du Québec.

C’est la Loi constituant la Société québécoise du cannabis, édictant la Loi encadrant le cannabis et modifiant diverses dispositions en matière de sécurité routière a été adoptée et sanctionnée le 12 juin 2018. Et là je vais citer le texte d’introduction :

Cette loi constitue la Société québécoise du cannabis (SQDC), une compagnie à fonds social, filiale de la Société des alcools du Québec, dont l’objet est d’assurer la vente de cannabis dans une perspective de protection de la santé, afin d’intégrer les consommateurs au marché licite du cannabis et de les y maintenir, sans favoriser la consommation de cannabis. La loi prévoit entre autres les règles applicables à la SQDC en matière de gouvernance et de ressources humaines, notamment en mettant en place un processus d’habilitation sécuritaire pour ses administrateurs et ses employés. D’autres dispositions de la loi concernent son financement. La loi constitue aussi, au ministère des Finances, le Fonds des revenus provenant de la vente de cannabis. 

Vous notez qu’on y mentionne une perspective de protection de la santé ? 

Je me permets de citer un autre paragraphe introductif :

Finalement, la loi modifie le Code de la sécurité routière et d’autres lois en matière de transport afin de les adapter aux nouvelles dispositions fédérales qui proposent notamment une révision importante de la section du Code criminel portant sur les infractions en matière de transport en lien avec la consommation d’alcool et de drogue. Dans ce contexte, la loi introduit un nouveau principe de tolérance zéro en matière de drogue en interdisant à toute personne de conduire un véhicule routier ou d’en avoir la garde ou le contrôle s’il y a quelque présence détectable de cannabis ou d’une autre drogue dans sa salive. Elle propose de plus de nouveaux mécanismes de contrôle et de sanction. Ainsi, elle permet entre autres à un agent de la paix qui a des raisons de soupçonner la présence de cannabis ou d’une autre drogue dans l’organisme d’une personne d’ordonner à celle-ci de lui fournir immédiatement les échantillons de salive qu’il estime nécessaire à la réalisation d’une analyse convenable avec le matériel de détection approuvé. 

Est-ce que vous voyez poindre la complexité du sujet ? 

Votre médecin peut vous prescrire du cannabis, mais vous ne pourrez plus conduire votre véhicule pour aller travailler ou pour reconduire votre enfant à la piscine, car le principe de tolérance Zéro va vous trouver fautif 100 % du temps, car si vous fumez un seul joint par semaine, vous allons tester positif tous les jours… Par contre, vous pouvez finir votre bière et allez reconduire votre enfant sans problème parce qu’un policier à l’obligation de vous laissez repartir si votre taux d’alcoolémie est inférieur à .08. 

Donc la première conclusion de l’épisode est que le gouvernement du Québec ne considère pas l’alcool comme une drogue et désire la garder hors du concept de zéro tolérance.

L’étude australienne publiée il y a quelques mois est intitulée Medicinal cannabis and driving : the intersection of health and road safety policy ou Le cannabis médicinal et la conduite : l’intersection des politiques de santé et de sécurité routière.

J’utilise cette recherche australienne, car je n’ai rien vu de similaire au Québec. L’étude commence par décrire les dangers des drogues prescript en proposant un tableau de leur dangerosité. On y trouve les anti-dépressants, les antihistaminiques, les benzodiazépines employés comme anxiolytique et antidépresseur, les hypnotiques de classe Z et les opiacés.

Toutes ces drogues sont tellement dangereuses que les pharmaciens doivent s’assurer qu’un avertissement soit bien présent sur le contenant des prescription. Il s’agit d’une exigence formelle en matière d’étiquetage. Et comme au Canada, chaque législation en Australie passe des lois qui punissent les infractions relatives à la conduite sous l’influence de l’alcool ou d’autres drogues (licites ou illicites). Le niveau d’affaiblissement d’un conducteur est, comme ici, évalué sur son comportement tel que perçu par la police. Des signes évidents de conduite en état d’ivresse sont nécessaires pour qu’une accusation soit portée par la police. Pour compliquer la tâche de tout le monde, la définition des termes « conduite sous l’influence » et de « conduite avec un affaiblissement des facultés » n’est pas la même partout. 

L’étude cite également la recherche de Hartman qui démontre chez les consommateurs de cannabis une probabilité accrue de surestimer l’affaiblissement de leurs facultés les menant à une conduite plus prudente par adoption de comportements compensatoires comme conduire plus lentement. C’est l’inverse chez les consommateurs d’alcool et il y a des tonnes de recherches sérieuses sur le sujet, où les conducteurs sous influence ont tendance à sous-estimer leur niveau d’intoxication qui se traduit pour une plus grande prise de risque.

Il est important de comprendre qu’aucune des études, y compris celle de Hartman, ne différencie la consommation médicale de la consommation non médicale. Donc, les intentions et les motivations et les obligations ne sont pas les mêmes… La disponibilité du cannabis, légal ou pas, modifie le profil de risque d’un consommateur de cannabis si on le compare à celui d’un consommateur de médicaments d’ordonnance où le risque est plus susceptible d’être associé à un mauvais usage ou à une surconsommation involontaire.

Le mauvais usage et la surconsommation du cannabis médicinal sont évidemment également possibles. Par contre, aucun produit de cannabis médicinal n’est subventionné en Australie. Ce qui rend plus cher le prix du cannabis médical que celui du cannabis illicite. Le détournement ou la surconsommation de produits de cannabis de prescription ne présente aucun avantage financier.. 

L’étude australienne décrit ensuite la nature spéciale du THC qui s’accumule facilement dans la graisse corporelle et les tissus mous, que vous soyez un consommateur médical ou non médical. Le THC accumulé est lentement rejeter dans le sang sur une période plus ou moins longue. Une autre étude récente qui date de 2020 (Peng, Desapriya, Chan, & J, 2020) révèle que les niveaux sanguins de THC détectables chez les consommateurs réguliers peuvent rester très élevés, on parle de plus de 5 ng/ml (nanogrammes par millilitre) pour certaines personnes. Ces consommateurs réguliers avaient donc un taux de base très élevé sans qu’il existe de corrélation directe entre l’altération de la conduite et le taux de THC sanguin (Wood & Dupont, 2020). Les consommateurs d’huile de THC font face au même problème, mais pour une période plus courte. Cela ne change rien au problème, car en Australie, 89 % des consommateurs ont une prescription pour un produit oral.

La conclusion de l’étude est simple. Le zéro tolérance crée un écart particulièrement marqué entre le traitement des patients sous cannabis médicinal et celui des patients utilisant d’autres médicaments altérant les facultés. Dans le cas des modèles d’accès uniquement médical, l’étude avance qu’il existe peu de preuves justifiant le traitement différencié des patients sous cannabis médicinal, par rapport aux patients qui prennent des médicaments sur ordonnance classiques ayant des effets potentiellement altérants. 

Mais au Canada, cette conclusion ne s’applique pas, car nous ne sommes pas dans un modèle d’accès strictement médical. Alors que pouvons apprendre d’autres études récentes dans un contexte plus large maintenant éclairé de la sagesse australienne ? Évidemment, il y a des liens pour chaque étude mentionnée.

On sait que les adolescents, la catégorie d’âge qui a réduit sa consommation de cannabis depuis le début de la légalisation canadienne, et ben, les ados continuent de conduire après avoir consommé du cannabis même quand ils savent que le cannabis est associé à des altérations de la conduite. Personne au monde ne peut contester ces faits. Ce type de conduite imbécile, chez un ado comme chez un adulte, s’expliquerait, entre autres, pour une certaine forme de dépendance, voire une conduite à risque en généraliser.

Une autre étude en Ontario démontre que les jeunes qui disaient conduire sous l’influence du cannabis étaient surtout des hommes sans diplôme de premier cycle. Les conclusions sont sans surprise : beaucoup de jeunes ontariens conduisent sous l’influence du cannabis et sous estiment son impact sur leur conduite.

Ah, j’ai trouvé aussi cette étude qui est une perle publiée cette année : Simulated driving performance among daily and occasional cannabis users. En français, Performance de conduite simulée chez les consommateurs quotidiens et occasionnels de cannabis. 

Un simulateur de conduite a permis de calculer précisément deux mesures de performance de conduite.

La première mesure est l’écart type de placement latéral, le standard deviation of lateral placement ou SDLP en anglais

La deuxième mesure est la vitesse enregistrée par rapport à la limite de vitesse affichée, dans des scénarios de conduite urbaine simulée, au départ et 30 minutes après une période de fumage de cannabis de 15 minutes. Les fleurs de cannabis contenaient entre 15 à 30 % de tétrahydrocannabinol (THC)). 

Des échantillons de sang ont été prélevés avant et après la consommation. Fait intéressant, des non-consommateurs ont effectué les mêmes scénarios de conduite avant et après un intervalle de repos équivalent. 

On y apprend plein de choses :

Les consommateurs occasionnels avaient un effet similaire à celui des consommateurs quotidiens, mais un taux de THC plus faible dans le sang.

Le cannabis fumé a entrainé une augmentation du SDLP chez les consommateurs quotidiens et occasionnels.

Seuls les consommateurs quotidiens de cannabis conduisaient plus lentement après avoir fumé du cannabis (15-30 % de THC).

Les résultats de l’étude ne permettent pas d’établir de manière concluante que les consommateurs occasionnels présentent une plus grande altération de la conduite que les consommateurs quotidiens lorsque les deux fument du cannabis.

Les Américains s’intéressent aussi au sujet. La prévalence annuelle autodéclarée de la conduite sous l’influence du cannabis est de 4,5 au pour le pays et oscille entre 3 % pour le Texas à 8,4 % pour l’Orégon où la livre de pot se vend autour de 100 $ après la récolte extérieure en octobre. Plus la consommation est régulière, plus la prévalence d’une conduite sous influence est forte. Ainsi, les consommateurs quotidiens de cannabis présentent une probabilité prédite de 57 % de conduite sous influence.

Et plus la consommation régulière est forte, plus ce pourcentage ou la prévalence augmente. Et les consommateurs de cannabis qui assument leurs conduites ont une probabilité plus élevée de conduire sous l’influence d’autres substances illicites, de consommer d’autres drogues illicites, de participer à des comportements illégaux et de souffrir de détresse mentale, après ajustement des caractéristiques démographiques et des corrélats psychosociaux et comportementaux.

Une autre étude américaine publiée en juillet 2021 intitulée Mécanismes de l’affaiblissement des facultés par le cannabis : Implications pour la modélisation des performances de conduite note que le premier problème est la disparité entre les produits du cannabis légalement disponibles et ceux qui font l’objet de recherches. La rareté des recherches sur les nouveaux modes consommations, on pense au vapotable mais aussi à tous les extraits fait maison qui ont des délais pharmacocinétiques différents. Cela veut dire que leurs effets peuvent se déclencher à un rythme différent selon le mode de consommation. On a qu’à penser à la différence entre l’effet d’un joint et d’un muffin au THC… Immédiatement on sait que le joint frappe plus fort, mais après 3 heures, que se passe-t-il ? Il y a une vérité incontournable pour les mangeables… Leurs effets sont difficilement prévisibles même chez les gens qui consomment depuis des décennies. 

On sait par contre que le risque d’accident de la route est multiplié par deux après avoir fumé du THC.

J’ai trouvé une autre recherche intitulée Consommation de cannabis et conduite sous influence  qui étudie les comportements et attitudes en fonction de la vente légale du cannabis récréatif au niveau de l’État. On y apprend que la conduite après consommation de cannabis était plus fréquente dans les États où la vente de cannabis est légale. L’Orégon vient immédiatement à l’esprit. Simultanément la recherche perçoit des attitudes potentiellement protectrices liées à la consommation de cannabis et à la conduite dans les États où le cannabis est légal. 

Je partage cette recherche même si, selon moi, et c’est aussi une ovni, une opinion vulgaire non informée, donc je partage cette recherche même si je n’adhère pas du tout à ces notions de conduites prudentes sous influence. Je le répète, un véhicule motorisé est une arme. Et la personne qui s’en sert mal risque de tuer quelqu’un. Est-ce que vous fumeriez avant d’aller dans un champ de tir ? Jamais. Sauf si vous êtes un militaire. Mais c’est une saga pour une autre fois.

On revient à nos études et en voici une qui vient tout juste d’être publiée en décembre 2021.

Driving under the influence of cannabis risk perceptions and behaviour: A population-based study in Ontario, Canada.

En français, c’est Perception des risques et comportement en matière de conduite sous l’influence du cannabis : une étude de population en Ontario. Les conclusions sont on ne peut plus claires :

90 % des adultes pensent que la conduite en état d’ivresse augmente le risque de collision avec un véhicule à moteur.

La plupart des adultes (56 %) pensent que la conduite sous l’influence du cannabis n’est pas plus sure que la conduite en état d’ivresse.

Je dois avouer que j’ai été surpris de voir autant de recherches différentes sur le même sujet. Je vous donne un exemple.

On sait maintenant que la fréquence de la consommation de cannabis est un prédicteur réel de la conduite à risque chez les jeunes conducteurs. Mais comment isoler cette consommation de certains traits personnelle comme l’impulsivité ?

L’impulsivité qui peut être décrite comme une urgence positive ou négative, une absence de préméditation, un manque de persévérance et une recherche de sensations sont aussi corrélés avec une conduite à risque. L’étude observe donc l’effet de la fréquence de la consommation de cannabis sur la conduite à risque tout en tenant compte de l’effet de cinq traits d’impulsivité. 

L’échantillon composé de 209 conducteurs âgés de 17 à 25 ans a rempli une série de questionnaires d’autoévaluation sur leurs comportements routiers, leur consommation de cannabis et leurs traits d’impulsivité.

Les résultats ont montré que la fréquence de la consommation de cannabis était significativement associée à une conduite à risque au-delà des cinq traits d’impulsivité mesurés. L’urgence positive est le seul trait d’impulsivité qui reste significativement associé à la conduite à risque. Finalement, la fréquence de la consommation de cannabis est comme prise en sandwich entre la recherche de sensations et la conduite à risque. 

Les chercheurs concluent donc que les gouvernements devraient cibler les utilisateurs les plus fréquents pour leur campagne de prévention, car ils semblent être la tranche de population la plus apte pour transgresser le respect de la vie des autres sur la route.

Et pendant que l’on parle de valeurs, une recherche de Brandon Scott aux États-Unis vient nous informer du système de croyances associé à la conduite sous l’influence du cannabis (DUIC) par la modélisation de 2 084 enquêtes menées auprès d’adultes. La conclusion est complexe et là je cite plus ou moins texto :

Les résultats de cette analyse indiquent que le comportement de conduite sous influence du cannabis (fréquence et récurrence) est prédit par la volonté qui influence l’intention. La volonté et l’intention étaient directement influencées par les croyances de contrôle, les attitudes, les normes et les attitudes envers les personnes qui ne pratiquent jamais la conduite sous influence. L’intention était également influencée par les attitudes envers les personnes qui pratiquent la conduite en état d’ivresse. L’intention a une plus grande influence sur la conduite sous influence que la volonté seule. 

Intention et volonté. On n’en sort pas. Ce que dit la recherche de Scott reprend le concept qui avance que l’obésité est contagieuse. Pas comme un rhume, mais plutôt comme une propagation involontaire, un comportement influencé par imitation des semblables et la réjection des autres… C’est un sujet fabuleux. 

IL est quelle heure ? Oh c’est l’heure. Et MJ merci beaucoup ! Bonne semaine. 

Alors, conduire et consommer en même temps, est-ce un comportement à risque ? Si on compare les accidents de la route au nombre de morts causé par des armes à feu, nous avons bien vu que la voiture est un objet beaucoup plus dangereux dans les mains de gens qui ne se préoccupent pas de la vie des autres. C’est un fait. La prise de risque sur la route est un phénomène connu. On parle même d’homéostasie du risque dans ce cas. Cela veut dire que si votre nouveau véhicule à des freins plus performants, vous allez retarder le moment ou vous freinez habituellement. C’est comme les casques de football qui sont de plus en plus performants. Les commotions restent toujours aussi élevées, car les joueurs adoptent des comportements encore plus violents. L’homéostasie du risque, c’est juste ça.

Maintenant si on s’intéresse au cannabis médical… Non, j’ai une meilleure formulation. Si on s’intéresse aux malades qui se soignent avec du cannabis, est-il normal que le zéro tolérance s’applique ? Au cœur de la révolution planétaire du cannabis, son utilisation médicale est cruciale, pour ne pas dire centrale. Certains chercheurs prétendent que toutes les utilisations du cannabis sont plus ou moins d’ordre médical. Cette recherche de mieux-être est réelle et universelle. 

Alors si on vous disait que vous ne pourriez plus utiliser votre véhicule en cas d’une thérapie avec du cannabis, que feriez-vous ?

Si vous avez déjà vécu cette situation, je suis curieux d’en savoir plus.

Mais je ne suis pas un chercheur spécialisé sur ce sujet. 

Si vous avez des connaissances spécifiques sur le Zéro tolérance pour la conduite automobile dans le contexte d’une thérapie avec du cannabis, n’hésitez pas à me contacter : lucprevost@hotmail.com

Et voilà, c’était le 83e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques, n’hésitez pas à m’écrire.

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez ! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre !

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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