«L’euphorie du coureur» reste un mystère à explorer.

La science à longtemps penser que le high était produit par la sécrétion des endorphines.

On sait maintenant que c’est faux.

Le système endocannabinoïde (SEC) serait responsable de ce «miracle». 

Cette euphorie est-elle réservée aux sports d’endurance?  

Et une personne dépressive? 

Pourquoi les chiens et les humains ont-ils développé un système de récompense neurobiologique pour l’exercice mais pas le léopard?

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

A Systematic Review and Meta-Analysis on the Effects of Exercise on the Endocannabinoid System

L’euphorie du coureur

Chronique science avec Normand Voyer : La chimie de la Terre et de la terre

Rainfall can release aerosols, high-speed video shows

Exercise-induced euphoria and anxiolysis do not depend on endogenous opioids in humans

Qu’est-ce que l’homéostasie et comment le cannabis peut y jouer un rôle ?

The ‘runner’s high’ may result from molecules called cannabinoids – the body’s own version of THC and CBD

Wired to run: exercise-induced endocannabinoid signaling in humans and cursorial mammals with implications for the ‘runner’s high

Photo de Clem Onojeghuo sur Unsplash

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #84

#84 L’euphorie du coureur : un vrai high?

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde:

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, on va discuter d’un phénomène que vous connaissez même si vous ne l’avez jamais vécu personnellement. J’évoque évidemment l’euphorie du coureur, le fameux runner’s high en anglais. 

J’ai fait un test que vous pourrez reprendre à la maison. Entrez dans un moteur de recherche le nom de votre marathon préféré et le mot euphorie…

Pour m’amuser, je n’ai pas de marathon favori, j’ai tapé Marathon de Montréal et euphorie.

Le premier résultat? Un article de 1074 mots dans le journal La Presse intitulé L’euphorie du coureur publié le 21 avril 2009. L’article aborde le sujet sans surprise et là je cite l’article de la journaliste Sophie Allard :

Les coureurs savent depuis longtemps que la course rend euphorique. Bonne nouvelle : des scientifiques viennent de prouver qu’il s’agit bien d’une question d’endorphines. Une sensation de bien-être dont certains ne peuvent plus se passer…

Les scientifiques prouvaient dès 2009 qu’ils avaient tort. Ce que tout le monde croyait, y compris moi, s’avère tout faux. Oui, il y a eu beaucoup d’effervescence la semaine pour une recherche qui prétend que l’euphorie que ressentent les sportives serait créée par le système endocannabinoïde. 

L’euphorie du coureur : anatomie du ressenti

Avant d’aller plus loin, je vais tenter de décrire pour vous ce qu’est cette euphorie… 

Personnellement, je ne suis pas un coureur. Mais le vélo permet d’arriver au même résultat dans mon cas. La sensation n’est jamais instantanée. Il faut suer. Il faut un peu de temps et comme pour le cannabis, il y a des gens qui répondent bien à l’effort et d’autres pas. Quand tu entres dans cet espace que beaucoup d’athlètes appellent la Zone, tu peux accueillir la douleur différemment. Oh, ça fait mal… Le triple gagnant du Tour de France, Greg Lemond, disait toujours qu’avec les années les efforts font toujours aussi mal, la seule différence, c’est que tu vas plus vite. 

L’euphorie du coureur ou comment tutoyer la douleur

Donc la relation avec la douleur se transforme. Elle devient une amie à tutoyer. Le temps se transforme en quelque chose de plus souple, de moins granulaire. Il y a définitivement une forme d’euphorie qui peut être contagieuse, une sorte de décontraction dans la tension. Quelle que soit l’activité, le rythme est important. En vélo par exemple, si tu as seulement une heure pour t’entrainer, l’idéal c’est d’avoir un col dans sa cour. Je veux dire une montagne et route de 20 k avec une pente de 4 à 7 %. Comme ça, la vitesse ne devient plus un facteur déterminant alors que sur le plat, selon sa condition physique, il faut rouler à plus de 40. Un p’tit col, c’est l’idéal. Détail ridicule. Dans un col, la transpiration vient comme rincer l’effort. Elle est un symbole de la récompense alors que sur le plat à haute vitesse, la transpiration est disparait sous les caresses du vent. Sauf tout ce qui te rentre dans les yeux…

L’euphorie du coureur : 65 % d’eau sous la pluie

À défaut de vivre près d’une montagne, ce qui est mon cas, au fil des années, j’ai réalisé que je vivais cette euphorie plus souvent quand il pleuvait. Cela m’a pris quelques mois à l’adolescence pour comprendre que j’étais aussi très réceptif à deux substances qui se trouvent dans la campagne autour de Boucherville où je suis né. Il y a beaucoup de terre agricoles dans mon coin et elles produisent de la géosmine. La géosmine est produite par des bactéries dans le sol. J’ai lu dans un document sur le site de Radio-Canada que son odeur est si puissante qu’une seule cuillerée à thé de géosmine dans l’équivalent de 200 piscines d’eau dégage une odeur que l’humain peut sentir. 

L’euphorie du coureur : La NASA et l’eau

La NASA a déterminé dans les années 60 qu’elle devait rechercher de l’eau sur la lune pour savoir si la vie telle que nous la concevons est possible. Pas d’eau, pas de vie.

Mon ovni, mon opinion vulgaire non informée sur le sujet est que ce n’est pas un hasard si l’humain est composé à 65 % d’eau. On n’entrera pas dans la conspiration de la téléphonie 5G mais comment ne pas imaginer que toutes ces ondes sont sans effet sur l’eau et l’humain? Je peux immédiatement proposer une vraie réponse. Il suffit de regarder les armes produites aux États-Unis. La société Raytheon produit un système d’armes non létales à énergie dirigée appelé ADS ou Active Denial System. Voici la description de cette arme disponible sur Wikipédia :

L’ADS émet un faisceau d’onde électromagnétique d’une fréquence de 95 GHz vers un sujet. Quand les ondes touchent la peau, l’énergie des ondes se transforme en chaleur au contact des molécules d’eau de la peau. Une impulsion de 2 secondes porterait la peau jusqu’à une température d’environ 55 °C, causant une intense sensation de brûlure très douloureuse. Il faudrait une exposition au faisceau de 250 secondes pour brûler la peau.

Fin de la citation

Mais c’est pas tout. Il y a aussi le pétrichor qui remonte aux narines quand il pleut. Le pétrichor est composé des huiles sécrétées par les plantes qui sont absorbées par le sol en temps sec et relâché par la pluie ensuite. La combinaison du pétrichor et de la géosmine participent réellement à me rendent très heureux sans oublié l’ozone toujours bien présent après la pluie. Et avant même le début de l’effort. Puis, il y a aussi l’ozone avec son odeur particulière qui rince les sinus sous l’effort. Un peu comme un sauna à l’eucalyptus…

Vous aurez bien compris que je n’avance pas que le pétrichor, la géosmine et l’ozone interagissent et participent à l’euphorie du coureur. L’odorat est le plus reptilien de nos sens et je suis un haut répondeur au bonheur provoqué par la pluie et ses odeurs. D’ailleurs rouler en vélo quand il pleut est peut-être le seul moment où un adulte peut s’amuser sous la pluie sans être pris pour un fou. 

J’ai mis un lien dans les notes de l’épisode pour un vidéo produit par le MIT qui démontre le cycle du pétrichor. Dernier détail, des scientifiques avancent que l’odeur de la pluie serait intégrée dans notre conscience collective du fait de sa relation avec l’abondance des cultures et l’élevage des animaux. Cela explique peut-être mes réactions viscérales quand il pleut. J’ai eu la chance de vivre au Brésil à la porte de l’Amazonie et la pluie de l’après-midi qui pouvait provoquer des accumulations jusqu’aux genoux en moins de 10 minutes était souvent le moment où je décidais d’aller prendre une marche.

OK. On rentre dans notre sujet de plain-pied.

Euphorie du coureur : la théorie des endorphines

L’euphorie du coureur a longtemps été attribuée aux endorphines. Il s’agit de substances chimiques produites naturellement par le corps humain pendant l’exercice comme réponse à la douleur. On pensait donc que la production des endorphines qui sont des opiacés endogènes augmentait à l’effort. Un opiacé endogène veut simplement dire qu’il s’agit d’une substance produite à l’interne par le corps sans apport extérieur. 

Et soudainement, la semaine passée apparait Hilary Marusak, une femme qui est professeur assistant de psychiatrie et de neurosciences comportementales à l’Université d’État de Wayne. Dans un article qu’elle signe et qui est publié par plusieurs médias la semaine passée, Mme Marusak avance que son labo aurait découvert que l’exercice augmente de manière fiable les niveaux d’endocannabinoïdes de l’organisme. On va suivre les contours de son article pour avancer dans le sujet.

Il est important de noter le titre de son article :

The «runner’s high» may result from molecules called cannabinoids – the body’s own version of THC and CBD, en français, L’euphorie du coureur pourrait être due à des molécules appelées cannabinoïdes — la version du THC et du CBD propre à l’organisme.

Détail ridicule mais le mot high est dans mon dictionnaire français et il est bienvenu au Québec.

Donc, ces molécules, les cannabinoïdes participent à l’homéosatie du corps. On va revenir sur ce phénomène plus tard. Cette production naturelle de substances chimiques par notre corps explique les bénéfices de l’exercice sur le corps.

Le laboratoire de Mme Marusak s’intéresse, entre autres, au rôle du système endocannabinoïde, le SEC, dans la régulation du stress et les troubles anxieux chez les jeunes. Bon on ne va pas refaire la présentation des bénéfices de l’exercice physique pour les humains. C’est à ça que sert l’éducation. Non pas l’éducation physique. L’éducation tout court. Et l’exercice est bon aussi pour la santé mentale. Et la réduction de l’anxiété, de la dépression et l’exercice aurait même une action positive sur la maladie de Parkinson et serait aussi associé une humeur plus stable et une amélioration de l’estime de soi. 

Euphorie du coureur : La plasticité du cerveau

Quels sont les mécanismes précis qui provoquent de tels bénéfices? On ne sait pas. Pour être plus précise, Mme Marusak ne sait pas. Faire un effort physique met le métabolisme en surrégime et augmente le flux sanguin ce qui a pour effet de favoriser la neurogenèse. La neurogenèse, ce n’est que la création de cellules cérébrales, les neurones. En même temps, pendant un effort, plusieurs substances chimiques sont libérées dans le cerveau dont les facteurs neurotrophiques dérivés du cerveau. En anglais on parle de brain-derived neurotrophic factor ou BDNF. Sécrétés directement par les neurones, ces facteurs influencent la croissance et le développement des cellules nerveuses. Ce faisant, les BDNF participent à la «plasticité» du cerveau, ce qui a un impact sur les apprentissages et la mémoire.

Ce que l’on sait depuis longtemps, c’est que l’exercice provoque une augmentation de la sécrétion d’un opioïde naturel connu sous le nom d’endorphine. Vous connaissez aussi bien que moi les propriétés des opiacés qui sont principalement utiles pour réduire les symptômes de la douleur. Et c’est depuis le début des années 80 qu’existe cette théorie de l’euphorie du coureur qui serait provoquée par la sécrétion des endorphines sous effort.

Euphorie du coureur : Les vieilles certitudes

Malgré les certitudes publiées par le journal La Presse en 2009, une saga pour une autre fois, les scientifiques n’ont jamais cessé de se questionner sur le rôle réel joué par les endorphines dans la création de cette euphorie! Pourquoi? À cause de la taille des endorphines. Pour remonter jusqu’au cerveau, elles devraient passer à travers une barrière de protection qui stoppe les toxines et autres agents pathogènes. On l’appelle la barrière hématoencéphalique. Non seulement elle bloque ce qui n’est pas bienvenu dans votre cerveau mais elle sert aussi à réguler son homéostasie. 

Euphorie du coureur : Au cœur de l’homéostasie

Cela plusieurs épisodes consécutifs que j’utilise le mot homéostasie pour parler du cannabis et je réalise que ça va continuer, car c’est une de ses plus belles propriétés. C’est pour cela que consommer le même cultivar deux jours de suite peut donner des effets très différents. Le cultivar est le même mais pas vous. Pas moi. Mon dictionnaire dit que l’homéostasie est la stabilisation des différentes constantes physiologiques chez les organismes vivants. Donc quand on dit du cannabis qu’il a une action homéostatique, c’est qu’il va ramener tous vos curseurs au milieu, dans la mesure du possible. Homéo veut dire même et ⁠stasis, arrêt.

Si vous désirez mieux comprendre ce phénomène, j’ai trouvé un bel article dans le média français Newsweed. Il y a un lien dans les notes de l’épisode. Voici comment l’article lance le sujet et là je cite texto :

L’homéostasie est une multitude de processus variés qui permettent au corps de modifier son environnement interne pour s’adapter aux changements externes. Cela inclut un grand nombre de facteurs importants, voire vitaux, comme la température corporelle, le rythme cardiaque, la pression artérielle, le sommeil, l’humeur et l’appétit.

Fin de la citation.

Le corps humain est futé. Vous avez un problème de pression. Votre corps sent que le cerveau a besoin de plus de sang? Boum. Vous perdez connaissance et instantanément, votre cerveau profite de votre allongement au sol pour s’irriguer efficacement. L’euphorie du coureur est un phénomène similaire issue de notre évolution et participe à la manœuvre pour garder notre corps dans un mode de fonctionnement le plus approprié pour notre survie.

Euphorie du coureur : Le rôle des endocannabinoïdes

Bon maintenant on va enfoncer quelques portes ouvertes. 

Il y a le THC. Il y a le CBD. 

Ça vient d’une plante et pas forcément le cannabis ou le chanvre. 

On trouve aussi du THC dans le rhododendron par exemple. 

Là où ça devient très cool, c’est quand mon corps fabrique ses propres cannabinoïdes. Endo qui veut dire intérieur est alors collé au mot cannabinoïde pour décrire notre production interne avec le terme endocannabinoïde. Comme il s’agit d’un ensemble complexe d’interactions, on parle donc du SEC ou du système endocannabinoïde.

On referme la porte. 

Comment plusieurs études ont-elles prouvé que les endorphines n’avaient à voir avec l’euphorie du coureur? Avec un truc tout simple, un médicament en fait qui s’appelle la naltrexone. La naltrexone peut bloquer les récepteurs opioïdes. Elle appartient au groupe de médicaments appelés purs antagonistes des opioïdes. 

Tu souffres. Tu prends des opiacés et la douleur diminue. Tu prends de la naltrexone. Boum la douleur revient. Alors on a administré de la naltrexone à des coureurs qui étaient euphoriques après leur course et rien. Pas de changement. Le coureur continuait de vivre un état d’euphorie avec tous les avantages que nous connaissons. La filière endorphine venait officiellement de mourir.

D’autres chercheurs ont fait l’inverse. Ils ont bloqué les récepteurs du SEC chez des sportifs euphoriques et ils ont constaté une réduction des effets généraux positifs de l’exercice sur, entre autres, la douleur et l’euphorie. 

Euphorie du coureur : Tout n’est pas clair!

Bon, tout n’est pas clair. 

Il y a des études contradictoires.

On est peut-être, en plus, dans une situation si bien expliquée par John Ioannidis. Il a sa page Wiki que je vais citer maintenant.

John P. A. Ioannidis (né le 21 août 1965 à New York) est un professeur de médecine et un chercheur de l’école de médecine (en) et de l’école d’humanité et des sciences de l’Université Stanford.

Il est surtout connu pour son article Why Most Published Research Findings Are False («Pourquoi la plupart des résultats de recherche scientifique publiés sont faux») publié en 2005 [1] qui a particulièrement suscité la réflexion et le débat scientifique lié à la reproductibilité des études scientifiques.

D’après le Thomson Reuters, John Ioannidis est l’un des scientifiques les plus cités, particulièrement dans le domaine de la médecine clinique et des sciences sociales [2].

Son article expose comment les sciences dures sont incapables d’obtenir des résultats de recherches reproductibles. C’est grave. Surtout dans le contexte actuel où la science est remise en question pour de mauvaises raisons.

D’ailleurs c’est le danger qui guette le cannabis. Beaucoup de fausses promesses circulent actuellement sur les pouvoirs de guérison du cannabis. Une saga pour une autre fois. On revient à notre high.

L’euphorie du coureur : Les modalités de l’euphorie.

On sait peu de choses sur les modalités de cette euphorie. Est-elle réservée aux sports d’endurance comme la course à pied ou le vélo? Les sportifs de résistance comme les haltérophiles peuvent-ils connaitre cette euphorie? Et finalement, si tu souffres de la dépression ou si tu as un trouble de stress posttraumatique, un TSPT, quoi, que se passe-t-il? 

Voilà les questions que se posait Mme Hilary A. Marusak qui a publié cet article la semaine passée. Et ça tombe bien, car Mme Marusak a un étudiant de premier cycle dans son labo, M. Shreya Desai, qui vient de publier A Systematic Review and Meta-Analysis on the Effects of Exercise on the Endocannabinoid System, en français Une revue systématique et une métaanalyse des effets de l’exercice sur le système endocannabinoïde. 

Le chercheur a fait une métaanalyse de 33 études qui questionnaient l’impact de l’exercice sur les niveaux d’endocannabinoïdes. Voici la conclusion :

Nous avons constaté que l’exercice aigu augmentait systématiquement les niveaux d’endocannabinoïdes dans toutes les études. Les effets étaient les plus cohérents pour un messager chimique connu sous le nom d’anandamide — la molécule dite de la «félicité», qui a été nommée, en partie, pour ses effets positifs sur l’humeur.

L’anandamide selon Wikipédia est un neurotransmetteur cannabinoïde endogène présent dans l’organisme des animaux comme des humains, en particulier dans le cerveau. Il est aussi présent en faible quantité dans le cacao [2].

Euphorie du coureur : La recette du bonheur

Cette métaanalyse confirme donc qu’une multitude de sports permettent l’augmentation des niveaux d’endocannabinoïdes, y compris l’haltérophilie et suggère qu’une activité modérée comme la course à pied est plus efficace qu’une marche à faible intensité. La recette minimale est 1/2 heure d’activité physique entre 70 % et 80 % de la fréquence cardiaque maximale ajustée à votre âge. Et voilà. Ce n’est plus bon chanvre. C’est bonne euphorie!

OK. Vous vous souvenez du titre de l’article de Mme Marusak qui a fait le tour des médias qui s’intéressent au cannabis?

L’euphorie du coureur pourrait être due à des molécules appelées cannabinoïdes — la version du THC et du CBD propre à l’organisme.

Beaucoup de gens évoquaient la semaine passée la nouveauté de cette recherche, les possibilités nouvelles et les probables enjeux des recherches à venir. Comme si on venait de tout, découvrir cet éclairage particulièrement intéressant pour l’industrie du cannabis.

Euphorie du coureur : Les premiers pas

Par curiosité, j’ai cherché d’autres articles ou recherches sur le même sujet. Pourquoi? Pour jauger un peu le progrès de cette idée au cours des dernières années. Et j’ai rapidement trouvé une recherche qui prétend fournir la première preuve sur les effets des variations interspécifiques de la présence des neurotransmetteurs qui pourrait expliquer les différences de comportement locomoteur chez les mammifères. Le mot interspécifique ici fait référence au rapport entre les espèces. 

L’euphorie du coureur y est présentée comme une récompense neurobiologique provenant de notre évolution dont le but serait d’encourager l’exercice aérobique modérée dans une perspective d’évasion des dangers et un mieux être général. La recherche est intitulée en français : Câble pour courir : La présence endocannabinoïde induite par l’exercice chez les humains et les mammifères coureurs avec des implications pour «l’euphorie du coureur». C’est un projet du chercheur David A. Raichlen.

Euphorie du coureur : chien et humain au pas de course

L’approche de cette étude est singulière, car elle compare l’animal humain à d’autres animaux non humains en faisant l’hypothèse que les différentes espèces avaient peut-être des traits communs et que l’exercice pouvait être encouragé par une série de récompenses biologiques engendrées par les endocannabinoïdes. Cette recherche a donc entrepris de mesurer les endocannabinoïdes chez l’humain, le chien et le furet avant et après un effort sur un tapis roulant. Les résultats de la recherche sont clairs. Les humains et les chiens sont récompensés de façon similaire et on constate une augmentation significative des endocannabinoïdes induite par un exercice à haute intensité. Symétriquement, il n’y a pas d’euphorie ou d’augmentation des endocannabinoïdes après un exercice à faible intensité. Dans le cas du furet, il n’y a aucune augmentation des endocannabinoïdes, quel que soit le niveau d’intensité de l’effort. L’humain et le chien sont des animaux conçus pour courir, ce qui n’est pas le cas du furet qui est un petit mammifère carnivore qui a été domestiqué pour chasser le lapin. 

C’est d’ailleurs intéressant de constater que dans notre imaginaire collectif, le furet est associé à la course… Vous connaissez la chanson?

Il court, il court, le furet

Le furet du bois, mesdames,

Il court, il court, le furet

Le furet du bois joli.

Euphorie du coureur : la distinction de l’animal coureur

Le terme organisme coureur désigne les animaux adaptés à la course. Wikipédia dit ceci :

Les organismes coureurs sont généralement adaptés à la course longue distance à grande vitesse, plutôt que des animaux, avec une accélération importante sur de courtes distances; ainsi, un guépard est considéré comme coureur, tandis qu’un leopard ne l’est pas. Parmi les vertébrés, les animaux de moins de 1 kg de masse sont rarement considérés comme coureur, comme ils se déplacent généralement en une série de courtes accélérations plutôt qu’à une vitesse constante. 

Il ne s’agit donc pas d’une simple question de taille mais aussi de désign.

La conclusion de la recherche est limpide et là je cite plus ou moins texto :

Cette étude fournit la première preuve que la variation interspécifique de la signalisation des neurotransmetteurs peut expliquer les différences de comportement locomoteur chez les mammifères. Ainsi, une récompense neurobiologique pour l’exercice d’endurance peut expliquer pourquoi les humains et d’autres mammifères cursoriels s’adonnent habituellement à l’exercice aérobique malgré les coûts énergétiques et les risques de blessures plus élevés qui y sont associés, et pourquoi les mammifères non cursoriels évitent de tels comportements locomoteurs. 

Le plus surprenant vient de la date de publication. 2012. Depuis 2012, au minimum, on sait que le SEC est au cœur du système de récompense biologique qui provoque l’euphorie du coureur. 

Euphorie du coureur : L’avenir est déjà là!

Parce que je suis peut-être mal renseigné, j’ai cru que l’article publié la semaine passée nous révélait de nouveaux secrets sur le cannabis. Dans les faits, il s’agissait d’un simple retour sur l’accumulation de connaissances encore mal partagées. Comme l’a si bien dit l’auteur canado-américain William Gibson : «L’avenir est déjà là — il n’est simplement pas très bien réparti.» C’est aussi M. Gibson qui a inventé le terme cyberspace

Pourquoi ces études sont importantes? Après tout, cela ne changera rien à court terme ou même à moyen terme pour l’industrie canadienne du cannabis. Mais déjà on peut constater que les protocoles pour guérir de la dépression incitent maintenant les personnes qui en souffrent à faire de l’exercice pour provoquer cette sensation d’euphorie. 

Euphorie du coureur : Le bon doute

Plus largement, tout ce qui propulse le SEC dans les nouvelles est une bonne nouvelle qui participe à l’acceptabilité sociale du cannabis. L’euphorie du coureur a longtemps été expliquée par une fausse théorie. Pendant toutes ces années, on a expliqué un vrai phénomène, l’euphorie causée par l’effort, avec de la mauvaise science. C’est aussi un rappel à la prudence dans le contexte de l’industrie du cannabis. Si on a mal expliqué pendant des années les mécanismes qui permettent aux humains mais aussi aux chiens de se récompenser en générant un high par un simple effort, comment ne pas imaginer que d’autres explications ou concepts ne sont pas disséminés à tort…

On l’oublie souvent mais la plus grande qualité d’un ou d’une scientifique est le doute. 

Et voilà, c’était le 84e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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