Vous allez bien? 

Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, toPot à un potpourri pour vous.

  • On commence par notre belle SQDC qui a décidé d’augmenter les prix de ses produits, car dit-elle, ils se détaillent sous les prix du marché illicite.
  • La Nouvelle-Écosse qui à un monopole comme la SQDC, fait l’inverse en augmentant le prix de l’alcool et en diminuant le prix du cannabis.
  • Santé Canada vient de changer sa règlementation et les microproducteurs pourraient peut-être plus facilement se passer des intermédiaires pour vendre à la SQDC. 
  • L’Argentine réinvente le cannabis médical avec une formule qui ressemble aux Clubs Sociaux de Cannabis. 
  • Chez l’oncle Sam, le dossier du cannabis progresse et l’industrie des centres d’appels offre des produits spécifiques à l’industrie. 
  • On conclut avec la première compagnie de cannabis qui apparait dans la liste des 100 compagnies les plus importantes au monde du magazine Time.

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Canadian pot producers watch closely as Democrats aim to rewrite U.S. cannabis laws

FDA Issues Warning Letters to Companies Claiming Their CBD Products Can Treat COVID-19

NSLC Raises Booze Prices And Drops The Cost Of Cannabis

Cannabis Call Centers

Cannabis company included in Time magazine’s list of the world’s 100 most influential companies

Transcription de l'épisode 99
#99 Potpourri 4A

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.
Bienvenue chez vous!

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast.

Segment 0 h

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, toPot à un potpourri pour vous.
Je reviens sur quelques développements récents dans le cannabis au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde.

Liste des sujets de discussion
La SQDC modifie sa structure de prix.

On commence par chez nous. Le Québec! Et notre belle SQDC.

Oui, la SQDC vient de changer sa structure de prix. On va y revenir. Mais la SQDC semble aussi se décrire comme une victime de son propre succès. Voici ce qu’elle annonce à l’industrie :

OK.
Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.
Et MJ, Salut, tu vas bien?

Le document en question fait plus que 4 phrases. Mais concentrons-nous sur l’essentiel.

Je répète la première phrase :

Nous observons depuis la légalisation du cannabis, une baisse constante du prix moyen de vente au gramme.

La SQDC constate une baisse constante du moyen de vente au gramme. Si elle le dit, je la crois. La SQDC sait que ces chiffres sont vérifiables très facilement.
Donc je reconnais son observation.
Les prix légaux baissent. C’est indéniable. Et il faut positivement remercier Hexo et son ex-PDG Saint-Louis pour avoir été le premier à oser dire que les prix du cannabis légal étaient trop élevés comparés à ceux du marché noir. Le premier 28 grammes disponible au Québec était un produit Hexo, le OS si ma mémoire est bonne. Cette semaine, il y a avait 36 offres d’onces à la SQDC.
L’industrie a écouté les consommateurs.

La deuxième phrase maintenant :
Cette chute des prix est le résultat d’une offre plus importante que la demande dans l’industrie du cannabis au Canada.

L’industrie canadienne du cannabis est en surproduction depuis la fin de 2019. Les chiffres sont disponibles et indiscutables. On peut en parler, mais ils sont indiscutables ces chiffres de surproduction. Maintenant, comment pourrait-il en être autrement quand Santé Canada octroie ses licences à tour de bras? On augmente le nombre de producteurs sans égard à la taille du marché. C’est légal et ça s’appelle le capitalisme. En parallèle, les producteurs autorisés améliorent leur méthode de production. Donc, le Canada et le Québec ont de plus en plus de PA qui produisent de plus en plus efficacement. Si le cannabis était pour le législateur québécois un produit comme l’alcool, tout irait bien. Mais le cannabis est un produit qui n’est pas socialement acceptable au Québec. Pas pour les libéraux, pas pour les caquistes. Les autres? Impossible de savoir ce qu’ils pensent. Comme il n’y a rien à gagner dans ce dossier, personne ne veut prendre le risque de s’en mêler.

Hey merci MJ!

Fait important à noter, les entreprises qui représentent les PA qui ne peuvent vendre directement à la SQDC encouragent leurs clients à vendre le moins cher possible. C’est du moins ce que j’entends entre les branches. Mais cette situation risque de changer rapidement à cause des plus récents changements règlementaires apportés par Santé Canada. On va en reparler, c’est le prochain sujet…

Revenons à la troisième phrase :

Cela fait en sorte qu’aujourd’hui, plusieurs produits vendus à la SQDC, notamment dans les catégories du 3,5 grammes et des préroulés, se détaillent sous les prix du marché illicite.

Ici, j’avoue ne pas pouvoir suivre la SQDC, mais je suis peut-être mal renseigné. Cela fait des mois que je vois des onces à moins de 100 $ et plus récemment, on a pu voir passer des onces à 55 $ sur Facebook. Des onces commanditées en plus.

Mais la SQDC nomme les formats 3,5 g et les préroulés, pas l’once.
J’ai demandé sur différentes plateformes si les affirmations de la SQDC étaient facilement vérifiables…

D’abord Blaky Black qui est le Chef du BlocPot et le propriétaire de la Clinique VertMédic.
Je lui ai posé la question et il m’a envoyé une photo en guise de réponse. Une offre bilingue parfaitement rédigée, en fait une seule petite faute en français, pour une once à 80 $. Disponible 18 heures par jour. La grande classe.

J’ai ensuite échangé avec une personne sur le Discord de Black Poule qui m’a confirmé que les prix du marché noir ou gris étaient vraiment beaucoup plus bas que ceux de la SQDC.
Est-ce que la SQDC devrait rendre publique les observations et raisonnements qui mènent à une hausse de prix? Un monopole à l’obligation morale de rendre des comptes. En fait, cela permettrait surtout à la population d’adhérer aux choix de la SQDC. Mais on ne retient pas notre souffle. Tout le monde dit que c’est mauvais de fumer ou de fulminer en apnée.

Et maintenant, la dernière phrase :
Cette dynamique contribue à banaliser le cannabis, ce qui est contraire à notre mission.

On doit féliciter la SQDC de désirer respecter son mandat.
Elle obéit.
Il est donc inutile de rappeler que l’alcool tue tous les jours.
C’est 10 personnes par jour au Canada, sans oublier les 400 hospitalisations quotidiennes.
Cela, la SQDC s’en fout. C’est normal.
Son mandat exclut la possibilité de réfléchir à ces questions.
La SQDC réfléchit à sa commercialisation et investit beaucoup de sous dans son projet Omnicanal. Cela ne devrait pas nuire aux ventes.
Peut-être pourra-t-elle même servir plus de monde avec moins de personnel…

Mais la SQDC utilise une drôle de terminologie.
Elle a une marge fixe, mais aussi maintenant une marge protégée.
C’est le privilège des monopoles d’inventer les règles du jeu qui lui seront les plus favorables.
Alors cela veut dire quoi pour les producteurs autorisés?

Je reprends l’exemple proposé par la SQDC.

Et je reprends texto son explication écrite :

Les prix de vente affichés de la SQDC sont calculés selon une marge en pourcentage déterminée par catégorie de produits. La catégorie des fleurs séchées inclut une notion additionnelle de marge fixe en dollar au gramme. Tous les produits d’une même catégorie sont traités de manière identique.
La SQDC a également adopté une approche de protection de la marge en dollar par gramme. Nous appliquons le montant de la marge protégée si celui-ci est plus élevé que le calcul de base.
Les prix de vente affichés à la SQDC incluent les taxes de vente et sont arrondis à la dixième supérieure.

Tous les produits n’ont pas la même marge.
Les fleurs séchées sont à 14,9 %.
Le hash est à 25 %
Les nouveaux produits moulus aussi à 25 %
Pourquoi les prés roulés sont à 26 %?
Aucune idée et je n’ai trouvé personne qui puisse m’expliquer pourquoi.
Concentré, huile, mangeables et atomiseurs oraux sont a 30 %
Les infusions et ingrédients à cuisiner sont à 32 %
Finalement les prêt-à-boire sont à 33 %

C’est évident qu’il y a une réflexion commerciale pour être arrivé à un tel résultat.
On y reviendra peut-être un jour.

Imaginons un pot de fleurs séchées de 3,5 g que la SQDC achète au producteur autorisé pour 12 $.

Sur la catégorie Fleurs séchée de 1 à 15 g, la marge annoncée par la SQDC est de 14,9 %.

14,9 % du 12 $ du coutant de la SQDC = 2,10 $

À cette marge normale, il faut ajouter la marge fixe de 1,05 $ par gramme.
On multiplie les 3,5 g de notre exemple par 105 sous. Le total est maintenant de 5 775 $.

Et c’est là qu’arrive la marge protégée.

La marge protégée varie en fonction du produit.
1,85 $ par gramme pour les fleurs séchées
Mais 5,90 $ pour un gramme de hash.

Si on reprend notre exemple initial d’un pot de fleurs séchées de 3,5 g, la marge protégée est de 1,85 $ par gramme.

On a maintenant calculé nos deux marges et la SQDC va choisir le montant de la marge protégée si elle est plus élevée que le résultat du calcul de base.

Dans notre exemple, le coutant de la SQDC est de 12 $ pour un pot de 3,5 g.
La marge de 14,9 % égale 2,10 $ auquel nous additionnons la marge fixe de 1,05 $/g soit 3 675 $ pour un total de 5 775 $.

Nous devons comparer le calcul de base soit 5 775 $ à la marge protégée qui est de 1,85 $ qu’il faut multiplier par 3,5 g soit un total de 6 475 $

D’un coté, 5,775 et de l’autre 6 475 $

Comme la marge protégée est plus grande, c’est le montant que va utiliser la SQDC.
Le prix avant taxe devient donc 12 $ plus la marge protégée de 6 475 $ soit un total de 18 475 $

Il faut maintenant ajouter les taxes fédérales et provinciales pour un prix de vente final de 21,24 $ qui est arrondi au dixième supérieur soit 21,30 $.

Quelles seront les conséquences de cette nouvelle grille pour l’industrie?
Je ne sais pas.
Mais le trésor québécois devrait être heureux des performances de la SQDC.

Est-ce que ces prix que la SQDC juge trop bas vont réactiver le marché noir?
Trop tôt pour le dire.
Mais on pourrait assister à une professionnalisation du marché médical.

Ailleurs au Canada, on fait les choses différemment. Prenons le marché de la Nouvelle-Écosse. Je le rappelle, la Nouvelle-Écosse a un régime similaire à celui du Québec. Un monopole total de la distribution. Mais vous allez voir que cette province à une autre vision du cannabis, mais aussi de l’alcool.

La société des alcools de la Nouvelle-Écosse fait des ajustements de prix ce printemps. En effet, le coût de l’alcool va augmenter de 3,5 pour cent, tandis que les prix du cannabis baisseront de 2,75 pour cent.

Le NSLC a opté pour une augmentation globale de 3,5 % afin d’éviter toute modification radicale des prix.

«En procédant ainsi, les gens ne verront pas de hausses massives sur des produits particuliers, mais plutôt des hausses réparties sur des produits similaires», a déclaré la porte-parole de la NSLC.

Sur le front du cannabis, les prix baissent, une tendance qui se poursuit depuis l’introduction initiale du cannabis légal. «Nous continuons à voir les prix du cannabis baisser à mesure que de plus en plus d’entreprises s’installent dans cette industrie relativement nouvelle», a déclaré M. Ware.

Les changements de prix sont entrés en vigueur le 25 mars.

Si vous êtes insatisfait de la SQDC parce qu’elle est un monopole, le leadeurship de la Nouvelle-Écosse qui est aussi régi par un monopole devrait vous forcer à réfléchir autrement.

Ok, on passe à l’actualité nationale.
Ben oui, Santé Canada vient de changer sa règlementation et cela pourrait avoir de gros impacts dans l’industrie.

Dès le 19 avril de cette année, et la je traduis le plus texto possible, Santé Canada commencera à accorder l’autorisation de vendre des produits de cannabis séchés et frais à tous les détenteurs de microlicences et de licences de traitement standard au cours du processus d’autorisation initial, sans qu’il soit nécessaire de soumettre une demande de modification des ventes.

Et qu’est-ce que cela veut dire précisément?

Cela veut dire qu’un PA qui a une licence existante qui n’autorise pas la vente de produits de cannabis séchés et frais pourra se faire réémettre une licence avec des conditions modifiées dans les 90 prochains jours.

Un PA avec une telle licence sera autorisé à vendre des produits de cannabis séchés ou frais aux distributeurs au détail provinciaux autorisés une fois que leur licence aura été modifiée.

Pourquoi Santé Canada prend une telle décision 3 ans après le début de la légalisation?
Cette décision serait fondée sur le risque plus faible associé à la production de produits de cannabis séchés et frais. Mais Santé Canada confirme aussi qu’aucune modification n’est apportée aux exigences règlementaires.

Ce changement devrait diminuer les efforts requis pour respecter la charge règlementaire des détenteurs de licences tout en donnant aux nouveaux détenteurs de licences la possibilité de mettre plus rapidement leurs produits sur le marché.

Ce changement règlementaire ne s’applique pas pour l’instant aux producteurs d’extraits, de produits topiques et de produits comestibles du cannabis. Comme la transformation apporte son lot de difficultés supplémentaires, Santé Canada à décider d’attendre pour ces catégories de produits.

Mais en pratique, cela veut dire quoi?

Pour les provinces comme le N-B qui permettent la vente à l’usine, cela pourrait vouloir dire que les microproducteurs vendraient directement aux consommateurs. Quand on sait qu’un microproducteur peut donner à son emballeur-revendeur au moins 100 000 $ par an, cette nouvelle règlementation pourrait favoriser l’essor de la microproduction au Canada.

La plupart des observateurs parlent d’une facilité accrue à commercialiser plus rapidement de nouveaux produits.

Est-ce que les microproducteurs vont pouvoir vendre directement à la SQDC?
Je ne suis pas sur, mais c’est ce que je comprends.
Est-que la SQDC va augmenter ses exigences règlementaires pour éviter un déferlement de nouveaux points de contact?
C’est possible.

Mais il est clair que les plus petits joueurs avec une licence micro ou standard seraient heureux de pouvoir couper un intermédiaire entre eux et la SQDC. Évidemment, cela aurait des conséquences immédiates sur ces intermédiaires qui sont aussi producteurs et compétiteurs des sociétés auxquels ils offrent des services.

Ok, si on veut parler de l’avenir du cannabis au Canada, il faut penser aux États-Unis, notre petit voisin.

Le Congrès américain fait un nouvel effort pour réduire les interdictions fédérales et cette fois, la Chambre des représentants a adopté une loi pour légaliser le cannabis partout sur le territoire américain, éliminant ainsi toutes sanctions pénales pour la fabrication, la distribution et la possession. Le vote a été de 220 pour et 204 contre.

Le Marijuana Opportunity Reinvestment and Expungement Act permettra aussi des procédures de pardon et la création d’une taxe sur la vente des produits du cannabis.

Le dossier progresse, mais rien n’est assuré. Heureusement, instruits des difficultés du marché canadien, les Américains réfléchissent déjà aux taxes d’accises trop élevées qui nuisent à une industrie légale qui côtoie un marché illégal très bien organisé. De plus, Biden, après avoir promis la lune pour être élu, a choisi de rester silencieux sur le sujet en plus de présenter un plan de dépenses presque anticannabis.

Les grands géants canadiens rêvent de pouvoir aller vendre aux États-Unis. Tant mieux s’ils peuvent rêver. Espérons seulement qu’ils ne rêvent pas parce qu’ils sont endormis.

Personnellement, c’est l’inverse qui m’inquiète pour l’industrie canadienne. Pendant combien de temps le législateur canadien pourra-t-il empêcher nos voisins d’exporter leur cannabis au Canada? La Californie produit déjà du pot de terroir avec appellation contrôlée… Quel Canadien amateur de pot ne voudra pas tester ce genre de produit? Oui, les États-Unis sont un marché affriolant. Mais regarder qui remplit votre supermarché. Les Québécois achètent en hiver des poivrons du Chili qui transitent par les États-Unis. Nous sommes incapables d’importer directement on dirait… Et les produits de consommations courantes appartiennent majoritairement à une dizaine de grands groupes américains. Et soudainement, nous serions capables de nous opposer à cette machine?
Imaginons qu’ils n’acceptent que des produits GMP?
Cela élimine presque l’ensemble des producteurs autorisés canadiens qui n’ont pas jugé bon de s’astreindre à ce standard de qualité.

D’ailleurs le discours des géants canadiens est en constante évolution. Il y a un an, Canopy prévoyait des ventes de 1 milliard. Cette année, on parle de la moitié. Cette réduction drastique des objectifs existe partout dans l’industrie canadienne. À un tel point que nos bons géants ont adopté un nouveau mantra selon le journaliste Matt Lamers de MJBiz.

«Nous ne sommes pas là pour la part de marché, nous sommes là pour faire du profit».

Le discours s’adapte à la réalité. Hé.

Mais l’inverse est vrai aussi.
Pas au Canada, mais en Argentine où on vient d’inventer une nouvelle formule pour le cannabis médical…

Dans une initiative qui n’est pas sans rappeler les Clubs Sociaux de Cannabis, l’Argentine va permettre aux patients de faire cultiver leur cannabis par des organisations à but non lucratif agréées et autorisées.

Une ONG regroupera un maximum de 150 personnes pour la culture intérieure et extérieure.

Le programme baptisé REPROCANN détermine le nombre de plants par personne, soit 9 plants qui pourront être cultivés sur des surfaces maximums de 6 m2 en intérieur et de 15 m2 à l’extérieur.

À ma connaissance, il n’y a que la Suisse, pour l’instant, qui prévoit instaurer ce concept des clubs de cannabis.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ Merci beaucoup! Bonne semaine.

On termine avec une nouvelle que je trouve très révélatrice des avancés récentes de l’industrie du cannabis. Au cœur de l’expérience du consommateur de cannabis, il y a cette relation entre lui et l’entreprise qui produit. Comment intensifier cette relation dans un univers règlementaire ou le marketing est interdit plus ou moins? Avec un centre d’appel! Et oui, l’industrie des centres d’appels réagit à la normalisation du cannabis en proposant de nouvelles offres de service spécifique au cannabis.

Aux États-Unis, pas au Canada.

Le raisonnement est simple…
Plus de deux Américains sur 3 supportent la légalisation du cannabis et selon Pew Research, les services de centres de contact prennent une plus grande importance stratégique. Les offres se structurent et des livres blancs, les whites papers en anglais, qui proposent des réflexions spécifiques sur les besoins de l’industrie du cannabis sont maintenant disponibles. Ça c’est nouveau et c’est un signal de confiance envers le développement de l’industrie américaine du cannabis.

Ok une autre avant d’y aller!

Le magazine Time fait chaque année une liste des 100 entreprises les plus influentes du monde. Pour la première fois, une compagnie de cannabis apparait dans ce top 100!
Qui est cette compagnie?

SFX

Curaleaf.
Curaleaf existe depuis 2010 et opère 26 sites de cultures et 128 dispensaires dans 23 États différents avec 5 600 employés.

«Le fait d’être reconnu comme l’une des entreprises les plus influentes du monde par Time confirme une fois de plus que notre travail permet de briser la stigmatisation de la plante, de construire une industrie équitable et passionnante, de lancer de nouveaux produits innovants pour une large base de consommateurs et de soutenir concrètement les communautés que nous servons», a déclaré Joe Bayern, PDG de Curaleaf US, dans un communiqué.

Le futur est déjà là!
Pas au Québec, mais un jour peut-être.
1
Et voila, c’était le 99e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com.
Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez!
Bonne semaine.
Beaucoup de bienêtre.
Et bon chanvre!

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Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

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Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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