Tous les consommateurs de cannabis connaissent le lien entre leur consommation et le sommeil. Moi, je sais. Vous aussi, je suis sur. On peut avoir des intuitions, des expériences particulières, des recettes qui fonctionnent la plupart du temps, ce genre de chose. Mais il y a aussi une science du sommeil. Et une économie, et une industrie… Votre sommeil, le mien, celui des voisins ont un impact sur le PIB de la province et du pays.

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Les problèmes de sommeil préoccupent donc les autorités. L’agence de la santé publique du Canada communique fréquemment pour informer les citoyens des dangers d’un sommeil inadéquat.

Les chiffres que l’agence avance sont un vrai assommoir :

1 adulte sur 4 âgé de 18 à 34 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 3 âgé de 35 à 64 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 4 âgé de 65 à 79 ans ne dort pas suffisamment

L’Agence de la santé publique du Canada ne mentionne pas la mélatonine.

Et pour cause… 

Pas plus tard que le 4 septembre 2022, donc il y a moins d’une semaine, la journaliste Alice Girard-Bossé écrivait un article de 881 mots qui était pour le moins alarmiste…

En gros l’article avance qu’aux États-Unis, il y a un boum de 530% de la consommation de la mélatonine. Une tendance à la hausse de la consommation existerait aussi au Québec.

Le centre antipoison Québec s’inquiète.

La mélatonine étant une hormone, et la je cite texto le texte de La Presse:

…il est possible que les suppléments de mélatonine affectent le développement hormonal, notamment la puberté, les cycles menstruels et la surproduction de l’hormone prolactine, mais nous n’en sommes pas certains ».

Dans ce contexte, le cannabis a des réponses à donner.

OK, il manque un élément très important dans notre discussion. Le plus important des arguments qui s’écrit en 3 lettres…

C.B.N.

Oui le cannabinol et non pas le cannabidiol ou CBD… Ils ciblent les mêmes récepteurs du SEC tout en produisant des effets différents.

Le CBN fait partie de la famille des cannabinoïdes mineurs, comme le CBD, mais sa filière de production est différente. Alors que le THC, le CBD ou le CBC proviennent tous du CBG ou cannabigerol, le premier cannabinoïde qui apparait dans la vie d’un plant de cannabis. C’est un travail des enzymes sur le CBG qui le transforme en THC, CBD ou CBC. Le CBN lui est dans une classe à part. C’est une dégradation du THC causé par la chaleur ou le soleil qui le crée.

Si le THC a été isolé pour la première fois en 1964 par Gaoni et Mechoulam à l’Institut Weizmann de Rehovot, ce n’est pas le premier cannabinoïde isolé dans sa forme pure. Ce privilège revient au CBN qui a été découvert 68 ans plus tôt en 1896.

On va voit comment tout ça se goupille avec des récepteurs moins connus qui affectent le rythme  circadien…

Bonne écoute!

Rapport Liens Épisode #117

Transcription Intégrale de l'épisode #117

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Et le sommeil? Il est bon?

Avant de se lancer dans l’épisode #117, juste un petit mot sur Bon Stock, le magazine numérique sur le cannabis que je lance très bientôt. J’ai eu une superbe rencontre ce weekend avec deux amoureux du cannabis qui veulent commencer à écrire des articles. C’est incroyable. J’ai hâte de vous présenter leur premier article. C’est intéressant… Deux gars qui se connaissent. Un qui veut faire de la recherche et l’autre qui veut écrire. La vie est belle. Pour ne rien rater, vous pouvez vous abonner à l’infolettre Bon Stock en vous rendant sur www.bonstock.quebec. 

C’est pour très bientôt. 

Alors on tombe dans le sommeil!

!

Tous les consommateurs de cannabis connaissent le lien entre leur consommation et le sommeil. Moi, je sais. Vous aussi, je suis sur. On peut avoir des intuitions, des expériences particulières, des recettes qui fonctionnent la plupart du temps, ce genre de chose. Mais il y a aussi une science du sommeil. Et une économie, et une industrie… Votre sommeil, le mien, celui des voisins ont un impact sur le PIB de la province et du pays.

Les problèmes de sommeil préoccupent donc les autorités. L’agence de la santé publique du Canada communique fréquemment pour informer les citoyens des dangers d’un sommeil inadéquat.

Les chiffres que l’agence avance sont un vrai assommoir :

1 adulte sur 4 âgé de 18 à 34 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 3 âgé de 35 à 64 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 4 âgé de 65 à 79 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 2 a de la difficulté à s’endormir ou à rester endormi. 

1 adulte sur 5 juge que son sommeil n’est pas réparateur.

1 adulte sur 3 a de la difficulté à demeurer éveillé pendant les heures d’éveil. 

Évidemment l’agence donne des conseils pour mieux dormir :

  • évitez l’alcool, la caféine et la nicotine avant d’aller au lit 
  • couchez-vous et levez-vous à des heures régulières 
  • ayez recours à des techniques de détente et à des techniques de réduction du stress fondées sur la pleine conscience 
  • réduisez le bruit dans l’environnement de sommeil 
  • limitez les siestes à 30 minutes 
  • faites de l’exercice régulièrement 
  • passez en revue régulièrement vos médicaments avec votre médecin ou pharmacien 

  • Vous avez remarqué que la mélatonine n’est pas mentionnée… On dirait que l’Agence de la santé publique du Canada sait quelque chose qu’elle ne partage pas.
  • Et pour cause… 
  • Pas plus tard que le 4 septembre 2022, donc il y a moins d’une semaine, la journaliste Alice Girard-Bossé écrivait un article de 881 mots qui était pour le moins alarmiste…

Et là je cite la journaliste…

Entre 2018 et 2022, le Québec a noté une croissance marquée des ventes de mélatonine. Pendant cette période, la valeur des ventes a augmenté de plus de 50 %, selon des données partielles de l’Association québécoise des distributeurs en pharmacie.

La mélatonine, une hormone sécrétée naturellement par le cerveau dans la noirceur, permet de préparer le corps à l’endormissement. Commercialisés à partir des années 2000, les suppléments de mélatonine, peu coûteux et naturels, semblaient la solution miracle contre les troubles du sommeil. Les études sur leur efficacité se sont toutefois avérées moins concluantes qu’anticipé.

OK, j’étais en train de vous lire un passage de l’article de Mme Girard-Bossé. Je termine…

Un impact positif de la mélatonine s’observe en lien avec le décalage horaire, les troubles du rythme circadien du sommeil ou pour réduire l’anxiété avant une intervention chirurgicale. Toutefois, il existe peu «de preuves solides sur son efficacité ou son innocuité» pour traiter l’insomnie chronique, déclarent sur leur site internet les Instituts américains de la santé.

Fin de la citation.

En gros l’article avance qu’aux États-Unis, il y a un boum de 530 % de la consommation de la mélatonine. Une tendance à la hausse de la consommation existerait aussi au Québec.

Le centre antipoison Québec s’inquiète.

La mélatonine étant une hormone, et la je cite texto le texte de La Presse :

 il est possible que les suppléments de mélatonine affectent le développement hormonal, notamment la puberté, les cycles menstruels et la surproduction de l’hormone prolactine, mais nous n’en sommes pas certains».

Il ne faudrait pas aller à la pharmacie achetée de la mélatoto sans consulter un professionnel de la santé. Exactement comme il ne faut pas aller à la SQDC pour une condition médicale. Ça, on l’entend tous les jours pour le cannabis. Mais jamais pour la mélatonine. 

Plusieurs pays exigent une ordonnance dont la Suisse, le Danemark et le Royaume-Uni.

Les doses vendues sommes MASSIVES comparées à ce que le cerveau produit naturellement

Les effets à long terme sont inconnus…

Contrairement au cannabis, il n’y a pas de réel standard dans la production de la mélatonine. 

Un exemple? L’article de La Presse nous informe qu’en 2017, une étude ontarienne sur 30 compléments commerciaux, à mis à jour que des comprimés de mélatonine contenaient une dose 478 % fois plus forte que la dose annoncée sur l’étiquette avec des variations entre les lots qui pouvaient atteindre 465 %. Il est utile de se rappeler que la mélatonine est une hormone… 

DONC cet article a été publié il y a quelques jours… 

Voilà ce que j’écrivais le 29 octobre 2019… donc il y a presque trois ans dans l’épisode 5 qui portait sur le cannabis et le café. 

Le gouvernement canadien, le gouvernement québécois, tous les organismes à l’exception du crime organisé, exhortent la population à faire attention aux molécules de cannabis. Mais quand un produit est vendu en pharmacie, qu’il s’agisse de formulations homéopathiques ou de mélatonine, le commerce prime. 

Pourquoi les pharmaciens vendaient-ils des produits homéopathiques? 

Pour le profit, comme lorsqu’ils vendaient des cigarettes. 

Certains diront que c’est parce que les clients en demandent. 

La science parle, mais le marché, le grand marché, lui crie!

Et le lien avec la mélatonine qui se vend maintenant sous forme de petits oursons gélatineux? Et ben, la mélatonine est aussi une hormone. Comme les stéroïdes anabolisants. Et quand on prend des stéroïdes, il y a de fortes chances que les testicules deviennent toutes petites, surtout si on est un homme. Et donc, le corps arrête de fabriquer sa propre testostérone. 

La mélatonine, je le disais, est aussi une hormone fabriquée par l’épiphyse ou la glande pinéale. La Société canadienne de pédiatrie affirme sur son site que pour Santé Canada la mélatonine est un produit de santé naturel. 

Est-ce que le corps de l’enfant qui gobe des oursons de mélatoto pour faire plaisir à ses parents va être capable de continuer à produire sa propre mélatonine lorsqu’il sera adulte? 

Faites comme moi! Demander à votre pharmacien : est-ce que la prise de l’hormone mélatonine conduit, à long terme, à une défaillance de la production par l’humain?

La mienne de pharmacienne, qui part ailleurs est une personne remarquable, m’a dit qu’elle ne le savait pas. Trop tôt pour dire. Le plus drôle, enfin drôle…, est que Santé Canada dit de tout son poids de spécialiste de la Santé que la mélatonine est uniquement pour les adultes. Pour les enfants et les ados, il s’agit d’un emploi non autorisé. 

On voit ici clairement le double standard pour un produit qui vient directement d’un laboratoire pharmaceutique versus un produit utilisé depuis des milliers d’années sans histoire particulière. 

Fin de l’autocitation

Toute cette longue intro était une mise en bouche pour examiner comment et pourquoi le cannabis affecte le sommeil. Sans jamais rejeter la science, il me semble important de démontrer que les autorités se servent de la science, de la bonne et de la mauvaise, pour des raisons purement économiques. Non, je ne parle pas de la construction du tunnel à Québec… ou de la promotion de l’alcool par le premier ministre du Québec. L’alcool qui cause dix morts et 400 hospitalisations quotidiennes au Canada.

Une étude récente a même été commentée par le réseau TVA il y a quelques jours, le 4 septembre. Le titre de l’article : La légalisation du cannabis pourrait faire baisser la valeur boursière des entreprises pharmaceutiques. Et là je cite texto encore une fois :

Dans leur étude, «Les lois américaines sur le cannabis devraient coûter des milliards aux entreprises pharmaceutiques», une équipe du département d’économie de l’université du Nouveau-Mexique a étudié comment les rendements boursiers des sociétés pharmaceutiques cotées en bourse ont réagi aux événements de légalisation du cannabis médical et récréatif.

Ils ont constaté que les rendements boursiers étaient de 1,5 à 2 % inférieurs 10 jours après un événement de légalisation du cannabis et que les implications de la vente annuelle de cette réduction se chiffraient en milliards.

On peut donc imaginer, sans dire que je suis un commentateur mal renseigné, que le cannabis vient jouer dans le jardin des géants du pharmaceutique… Si TVA le dit, forcément c’est vrai… 

Les partis politiques québécois ne s’intéressent pas au Cannabis.

Eric Duhaime, le supporteur inconditionnel du privé, ne veut pas toucher à la SQDC. 

Il est le plus récent exemple de ce manque d’intérêt. Ou de la peur d’un dossier explosif…

Et bien le sommeil va finir pour réveiller nos politiciens. 

Évidemment, si la mélatoto est en vente libre malgré les dangers connus, c’est que le législateur se fout de ce qui se passe dans votre maison. Sauf si vous faites pousser 4 plants de cannabis.

Mais pourquoi les problèmes de la population vont-ils réveiller les politiciens?

Parce que les gens qui dorment mal performent mal au travail et les couts sont énormes pour la société.

Annuellement, les États-Unis, les problèmes de sommeil causent une perte évaluée 1,23 million de jours de travail. Cela couterait à l’économie américaine 411 milliards de dollars par an. Suivent, dans l’ordre des plus fortes pertes économiques reliées au manque de sommeil, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada qui perdrait environ 78 000 jours ouvrables. Sans oublier que le manque de sommeil est associé à un plus fort risque de mortalité. 

Au Canada, le cout de l’insomnie est estimé à 5 010 $ CA par personne par année à cause de l’absentéisme au travail et de la productivité réduite qui en résulte.

Au détour, j’ai découvert une recherche à laquelle à participer, entre autres, le  

Département de psychologie, Université de Montréal

Centre d’étude avancée en médecine du sommeil de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, 

École de psychologie de l’Université Laval

École de santé publique du Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal,

L’Institut universitaire de santé mentale de Montréal

Le titre de l’étude est clair, Economic burden of insufficient sleep duration in Canadian adults.

La conclusion est toute aussi claire :

La durée insuffisante du sommeil est un facteur important des dépenses de santé et des pertes de productivité liées à la santé au Canada. 

Que les enfants québécois développent de nombreux problèmes parce qu’ils utilisent de la mélatonine n’intéresse pas le législateur québécois. Mais un ralentissement de l’économie a plus de chance de l’interpeler et c’est un peu le motif secret de cet épisode dans le contexte de l’élection provinciale québécoise.

Je précise que certaines compagnies semblent avoir prévu le retour de fronde contre la mélatonine. J’ai vu passé un produit qui s’appelle Prima’s Sleep Tight. Le produit est annoncé comme étant formulé par un médecin avec du CBD, des composés d’acides aminés, des herbes calmantes et surtout, surtout sans mélatonine. C’est écrit sur l’étiquette. C’est la première fois que je voyais ça dans le cannabis… Une étiquette qui annonce la présence d’une absence. En fait, ce n’est pas exact. J’ai vu des étiquettes qui disent que les fleurs ne sont pas irradiées… Encore là présence de l’absence.

Alors regardons rapidement c’est qu’est le sommeil, mais par le prisme du rythme circadien. Il y a une raison qui va devenir apparente plus tard dans l’épisode.

J’avais 6 ans quand j’ai vu un documentaire sur l’explorateur français Michel Siffre qui s’intéressait aux rythmes circadiens. Je me rappelle avoir vu le monsieur descendre s’isoler dans un gouffre à 100 m de profondeur sans repère avec le jour et la nuit. Quand il remonte pour sortir de son gouffre le 14 septembre 1962, Siffre pense qu’il s’agit du 20 aout. À force de confondre sieste et longue nuit entre guillemets. Le plus troublant est que son horloge biologique fut trompée par l’expérience et que Siffre se mettait à table pour son petit déjeuner à 19 h et qu’il se «couchait» pour la nuit aux alentours de midi… 

Siffre dira plus tard que sans repère, c’est le cerveau qui crée l’illusion du temps. Il était un explorateur, spéléologue et géologue de formation, mais j’avais l’impression qu’il explorait surtout ce qu’il se passait dans son cerveau…

C’était peut-être ma première rencontre avec la science… dans le fond d’une grotte.

Comme enfant, j’avais été troublé par ses constatations. Je ne sais pas pourquoi, par contre. Peut-être, voir Siffre surgir d’une nuit éternelle. Il titubait comme s’il était ivre. Des policiers qui ressemblaient au comique Louis de Funes avec leurs képis se sont précipités maladroitement pour l’aider en masquant ses yeux, car le soleil l’aveuglait.

J’ai utilisé le mot circadien. Il vient du latin classique circa diem, «autour du jour».

Le rythme circadien est une forme d’horloge interne qui conditionne les réactions physiologiques et biochimiques à la lumière et à la noirceur. 

Cela va avoir un impact sur nos réactions physiologiques, cognitives et comportementales.

 Les femmes ont un rythme plus court que celui des hommes ce qui expliquerait qu’elles se couchent en moyenne plus tôt que les hommes. Quand tu comprends ça, tu arrêtes de regarder les différences entre les hommes et les femmes dans un contexte de force, d’endurance ou de résistance…

Une bébelle pas importante les rythmes circadiens? Pas vraiment, car en 2017, les chercheurs Hall, Young  Rosbash ont reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine «pour leurs découvertes des mécanismes moléculaires contrôlant le rythme circadien»

Les rythmes circadiens sont générés par des mécanismes cérébraux et l’environnement. Oui, la rotation de la Terre et les variations lumineuses sont impliquées. Mais les petits bébés naissants n’ont pas de rythme circadien, ce qui leur permet de dormir aussi bien le jour que la nuit. Ce n’est que vers la huitième semaine qu’il apparait, d’où l’idée d’une horloge biologique intégrée dans nos organismes…

Ce sont les zeitgebers, aussi appelés donneur du temps qui nous aide à déterminer nos cycles. La lumière est un zeitgeber, mais l’alimentation aussi. Tout cela appartient à la chronobiologie., la science qui étudie donc les rythmes biologiques. 

Mais le rythme circadien n’existe pas que chez l’humain. Les insectes, les plantes, les bactéries et même les champignons. Et on passe du champignon au SEC. Comment? Les organes et tissus du corps humain ont aussi une place de choix dans le SEC et ils produisent des endocannabinoïdes. Et on sait qu’il y a des récepteurs CB1 dans l’hypothalamus qui est aussi la région où trouve le mécanisme central de notre horloge biologique circadienne. 

Cela veut-il dire que l’on pourrait manipuler notre rythme circadien en consommant du cannabis? La réponse est oui! En fait le SEC est relié de plusieurs façons au rythme circadien. En fait le SEC aurait un comportement rythmé. Mais cela sera une saga pour une autre fois.

On sait aussi que le SEC a une influence directe sur le sommeil.

Un rythme circadien perturbé va créer plusieurs types de difficultés : des difficultés à s’endormir, à rester endormi, un sommeil avec des réveils non désirés ou tout simplement un sommeil de mauvaise qualité. Le DSM-5 identifie cinq types de troubles du rythme circadien, du sommeil et de l’éveil. Les curieuses vont trouver un lien dans les notes de l’épisode.

On va se contenter de comprendre qu’entre le rythme circadien et le SEC, il y a une vraie relation d’interdépendance. 

Alors le cannabis et le sommeil?

Forbes, le magazine d’affaire a publié en juin un article intitulé Should You Use CBD for Sleep? Si Forbes en parle, c’est un bon signe. Pour les affaires et pour la déstigmatisation du cannabis. La conclusion est classique, le choix du CBD est l’affaire d’une discussion entre vous et votre médecin. Si vous en avez un. C’est comme ça.

S’il y a une méthode pour constater l’efficacité du cannabis, c’est de regarder l’évolution des ventes de somnifères en vente libre dans les endroits où la consommation de cannabis est légale. Et ça tombe bien, car une telle étude existe pour le Colorado où les ventes de somnifères étaient en augmentation de façon constante. Jusqu’a la légalisation. Alors que les ventes de tous les produits en vente libre restaient constantes, la vente des somnifères s’est effondrée totalement. Plus le nombre de points de vente a augmenté, plus les ventes de somnifères ont diminué. Scientifiquement, cela ne veut pas dire que le cannabis est plus efficace. Cela prouve simplement qu’un produit alternatif naturel semble être une vraie solution pour les gens qui ont des problèmes de sommeil.

Une étude parue la semaine passée et reprise par l’ensemble des médias montre que depuis la légalisation au Colorado en 2014, tout s’est accéléré. Le titre de l’étude est : Les lois américaines sur le cannabis devraient coûter des milliards aux fabricants de médicaments génériques et de marque.

L’étude évalue une perte de presque 10 milliards de dollars avec quelques bémols bien sûr. 

Voici la conclusion de l’article :

En gardant ces limites à l’esprit, la taille de l’impact estimé suggère des implications importantes pour toutes les parties prenantes : les fabricants de médicaments, les patients et leurs fournisseurs, les investisseurs, les régulateurs et la communauté universitaire, tant pour les événements de légalisation passés que futurs. 

Le plus surprenant est de constater les choix des consommateurs quand on sait que les compagnies pharmaceutiques ont déployé des budgets de pub et de lobbying extraordinaires pour lutter contre la légalisation.

Je disais plus tôt que le magazine Forbes parlait du CBD comme solution au problème de sommeil. Évidemment, c’est encore difficile de parle de THC aux États-Unis. 

Devrais-je vous parler de THC et du sommeil? Ça pourrait être drôle, mais je ne ferais que parler de ce que tout le monde connait. Je ne connais aucun consommateur de cannabis dont le THC n’affecte pas le sommeil. Les réactions sur les réseaux sociaux à l’épisode #115 Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis? ont été pour moi une vraie découverte. Les rêves qui stoppent lors des périodes de consommations pour certains ou qui continuent sans interruption pour d’autres. Les présences ou l’absence de cauchemars, ainsi de suite. Évidemment la loi de l’effet joue à plein. Il est d’ailleurs utile de se rappeler que le même cultivar peut provoquer des effets différents chez le même utilisateur dans la même semaine.

Tous ces faits sont d’ailleurs codifiés dans la médecine ayurvédique traditionnelle utilisée depuis des milliers d’années en Inde. 

Au-delà des effets anecdotiques du THC sur l’humain, que savons-nous vraiment?

Le plus important à retenir est que les effets du THC peuvent se transformer au fil des ans. Que la recette de nos 20 ans peut ne pas fonctionner à 45 ans! Cela est aussi vrai pour l’alcool que l’on supporte de moins en moins en vieillissant. Ou les ognons crus. Ou la cuisine très très grasse.

Lorsqu’une personne arrête de consommer, elle dort souvent mal. Des études ont démontré que le sevrage a un impact sur les phases du sommeil. C’est ce qui explique qu’un sommeil d’une durée similaire semble procurer moins de repos. Un exemple? OK. Le sommeil paradoxal va augmenter dans une forme de compensation qui expliquerait l’apparition de rêves désagréables très très vivides qui vont disparaitre si l’abstinence de cannabis est maintenue. Des études sur des rats documentent tout cela en détail et le plus intrigant est de constater une différence entre les rats mâles et femelles qui semblent éviter l’augmentation du rêve paradoxal. 

Mais, mais, mais, il y a aussi des recherches qui contredisent ce que je viens de dire. The Effects of Cannabinoids on Sleep publié en février 2022 est une recherche documentaire dans des bases de données de recherches publiées entre le 1er janvier 1960 et le 1er juillet 2021. Au total, 818 études ont été considérées. Là je résume les grandes lignes plus ou moins texto.

  1. La disponibilité et la commercialisation de produits à base de cannabis destinés à faciliter le sommeil augmentent constamment.
  2. Des améliorations légères du sommeil subjectif ont été signalées avec l’utilisation de produits à base de cannabis dans certains examens antérieurs de sujets souffrant de douleurs chroniques, comme des patients souffrant de sclérose en plaques, de douleurs neuropathiques périphériques ou de douleurs liées à la polyarthrite rhumatoïde.
  3. Il y a peu ou pas de preuves scientifiques convaincantes dans les documents sélectionnés.
  4. La plupart des études incluses dans cette revue étaient de nature observationnelle, basées sur l’autoévaluation.
  5. Le cannabis ne serait pas efficace pour les troubles du comportement des mouvements oculaires rapides

OK. Cette recherche me fait penser à un incident qui est arrivé il y a quelques années. Santé Canada a voulu interdire les produits de citronnelle antimoustique. Des centaines d’années de résultats probants furent jugées par Santé Canada de nature observationnelle et basée sur l’autoévaluation… donc à rejeter.

 Voilà ce qu’écrivait dans Le Devoir le journaliste Guillaume Bourgault-Côté en septembre 2014 :

Après dix ans d’incertitude et de sursis, la petite industrie du chasse-moustiques à base de citronnelle a perdu son combat face à Santé Canada : les dernières bouteilles d’insectifuge devront être retirées des rayons d’ici la fin de l’année, point final. Une décision dénoncée par le NPD à Ottawa.

 

«On se demande pourquoi Santé Canada fait fi des recommandations des scientifiques et interdit la vente d’un produit naturel», a indiqué mardi par communiqué Libby Davies, porte-parole en santé du Nouveau Parti démocratique. «Santé Canada devrait réexaminer sa décision.» 

Fin de la citation.

Finalement, en 2015, sous la pression populaire, Santé Canada revient sur sa décision. Mais c’est une pause temporaire et elle pourrait de nouveau tenter d’interdire la citronnelle.

OK, il manque un élément très important dans notre discussion. Le plus important des arguments qui s’écrit en 3 lettres…

C.B.N.

Oui le cannabinol et non pas le cannabidiol ou CBD… Ils ciblent les mêmes récepteurs du SEC tout en produisant des effets différents.

Le CBN fait partie de la famille des cannabinoïdes mineurs, comme le CBD, mais sa filière de production est différente. Alors que le THC, le CBD ou le CBC proviennent tous du CBG ou cannabigerol, le premier cannabinoïde qui apparait dans la vie d’un plant de cannabis. C’est un travail des enzymes sur le CBG qui le transforme en THC, CBD ou CBC. Le CBN lui est dans une classe à part. C’est une dégradation du THC causé par la chaleur ou le soleil qui le crée.

Si le THC a été isolé pour la première fois en 1964 par Gaoni et Mechoulam à l’Institut Weizmann de Rehovot, ce n’est pas le premier cannabinoïde isolé dans sa forme pure. Ce privilège revient au CBN qui a été découvert 68 ans plus tôt en 1896.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. 

OK je me ramasse…

En 1896 donc, c’est un dénommé Wood qui a isolé le CBN. Il a fallu attendre 1940 pour que l’on connaisse parfaitement sa structure. On a pensé initialement et à tort qui c’était un psychotrope. La dégradation dont on parle, c’est simplement, par exemple, l’exposition du hach au soleil et aux intempéries qui a créé les bonnes conditions pour qu’une forte concentration de CBN apparaisse et s’accumule. Dans une fleur de cannabis, il y a finalement très peu de CBN. C’est là où la fermentation de précision fait rêver la planète cannabis. Mais c’est aussi une saga pour une autre fois.

Le petit coquin de CBN est capable d’agir avec les récepteurs CB1 et CB2 du SEC. Dans cette interaction, les récepteurs seraient la serrure et le CBN serait la clé…

Les bénéfices du CBN sont nombreux :

  1. Il stimule l’appétit.
  2. Il agit sur les glaucomes.
  3. Il est antibactérien
  4. Il est antiinflammatoire
  5. Le CBN protègerait le cerveau. Une étude de 2004 sur des souris a déterminé que le traitement de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) avec du CBN a retardé la progression de la maladie.

Malgré toutes ces qualités, à court terme, c’est-à-dire demain soir, le principal bénéfice du CBN est qu’il agit comme un sédatif très efficace. Son action antiinflammatoire contribue à la relaxation musculaire, ce qui aide quand on est costumé en pyjama.

Voilà la première action du CBN pour le sommeil. Mais il existe une deuxième interaction plus complexe qui nous ramène à Michel Siffre, notre gentil explorateur de la noirceur. Le CBN pourrait interagir avec les récepteurs TRPV2. Oh, le CBD sait aussi faire ça, car c’est aussi un cannabinoïde d’origine végétale qui est les seuls agonistes du TVPR2. Un agoniste, c’est l’inverse d’un antagoniste et voilà un mot que nous connaissons.

Il y a 3 définitions dans mon dictionnaire pour antagoniste et je vais m’en tenir à la première, car c’est la plus simple

Il s’agit d’un individu, groupe, principe, etc., en opposition, en lutte avec un autre ; rival, adversaire, concurrent. Tenter de réconcilier les antagonistes d’un conflit qui a déjà trop duré. D’ardentes antagonistes du régime en place. antagonist
 Quand j’étais petit, ma mère me disait «arrête d’antagoniser ton petit frère»… 

Agoniste est donc l’inverse d’antagoniste.

Alors le CBN est agoniste des récepteurs TRPV2, cela veut dire qu’il se lie de façon réversible à un récepteur. Jusque là, rien de spécial. La pirouette qui nous ramène au début de l’épisode vient du fait que le récepteur TRPV2 serait relié à la gestion du rythme circadien. Le CBN pouvant interagir avec le TRPV2, il est possible qu’il déclenche la somnolence et signale au cerveau et au corps de se reposer. Mais on ne sait pas comment il ferait ça…

Le sommeil est important pour la survie de l’individu et son bon fonctionnement. Mais le sommeil, lorsqu’on le considère globalement, est un des vecteurs les plus importants d’une économie qui performe bien. Les chiffres sont clairs. Le mauvais sommeil coute cher à nos sociétés. Notre environnement, celui que nous créons dans nos résidences avec tous nos appareils électroniques, la WIFI et tout le bataclan, je pense à votre microonde, est de plus en plus problématique. L’autre environnement, celui que nous subissons, et là je pense aux réseaux qui nous bombardent en permanence, le plus récent est le G5, n’est guère plus hospitalier. Le grand principe de précaution prend toujours le bord quand le commerce parle plus fort. 

Nous sommes tous les cobayes d’une expérimentation à ciel ouvert où chacun va devoir trouver la meilleure façon de protéger son sommeil. Je n’ai pas dormi cette nuit. C’est un fait. Après une vie entière sans problème, cela fait 3 fois en un mois que je ne trouve pas le sommeil… Je vais devoir revoir mon protocole. Pour la première fois de ma vie, je suis capable de me mettre à la place de quelqu’un qui a des problèmes de sommeil. Mais c’est peut-être juste le lancement de mon nouveau magazine numérique qui me stresse à fond… www.bon stock. Quebec. 

Je vais bientôt en avoir le coeur net!

Et voilà, c’était le 117e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques, n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#113 Sexy, le refus du marché légal?

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Avant de se lancer dans l’épisode, juste vous dire que je vais prendre 2-3 semaines de pause pour recharger les batteries. Cela fait presque 90 semaines de suite que je produis un épisode. Alors, je vais faire comme vous cet été. Je vais me changer les idées. Mais pas...

#111 Jacques Farcy: La première entrevue du PDG de la SQDC

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, toPot reçoit un invité vraiment incontournable. Jacques Farcy. Le président de la SQDC. Pour le 111e épisode de toPot, j’ai eu la chance de discuter un dirigeant discret qui est aussi le plus important...

#110 Le vrai visage de Jimbo Jones!

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Jimbo Jones fait pousser légalement du pot à des fins médicales. Il a une carrière professionnelle normale, mais il reste anonyme pour plein de raisons que j’évoque fréquemment sur toPot… comme le facteur d’acceptabilité sociale qui est plus faible au Québec...

#109 J-C Parisien-LaSalle : Nano arrive à la SQDC!

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Si vous êtes un voyageur fréquent sur toPot, vous savez que je m’intéresse aux nanoémulsions de cannabis depuis au moins l’épisode #62 Les nanoémulsions, le cannabis 4.0?. Aujourd’hui, on va donc échanger avec Jean-Christophe Parisien-Lasalle pour comprendre la...

#108 Inconduite sous influence du cannabis?

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Cette semaine, on aborde un sujet très important : la conduite de véhicules motorisés sous l’influence du cannabis.  Et avant d’aller plus loin, j’aimerais faire une mise en garde doublée d’une expérience mentale importante pour la suite des choses. Je vais peut-être...

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