Alors, comment dit-on munchies en français? 

Mon dictionnaire me propose une fringale. Pour moi, le mot fringale appartient au vocabulaire du cyclisme. Quand un athlète oublie de se nourrir, soudainement son moteur stoppe et les coureurs appellent cela «avoir la fringale». J’ai bien vu les mots grignotage mais il traduit mal la notion d’urgence. Allons-y pour fringale alors. 

La fringale survient après la consommation de cannabis. Et en général, ce n’est pas une envie pour des raisins de Corinthe ou une pomme. Non, les munchies, c’est le gout de manger de la crème glacée, des chips, des frites, du maïs soufflé. Que des aliments à forte densité calorifique.

Pour la chimiothérapie qui enlève l’appétit, la fringale provoquée par le cannabis est une excellente nouvelle. Pour le reste de la planète, cette fringale peut amuser tant que l’on rentre dans ses vêtements…

Mais la question que je nous pose ce matin n’est pas «Avez-vous engraissé depuis le début de la légalisation?». Je laisse ça aux études sur les méfaits qu’aime subventionner le gouvernement du Québec.

La vraie question, celle qui m’intéresse, est d’une autre nature… 

Pourquoi le cannabis ouvre-t-il si férocement l’appétit?

Bonne écoute!

Transcription Intégrale de l'épisode #118

#118 Pourquoi le cannabis provoque la fringale (munchies)?

INTRO THÈME toPot  (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, je passe au café en courant.

Je suis dans le jus avec le lancement de www.bonstock.quebec.

Je l’ai mis en ligne pour corriger les derniers bogues.

Les curieuses pourront dès maintenant aller voir à quoi ça ressemble!

Alors, comment dit-on munchies en français? 

Mon dictionnaire me propose une fringale. Pour moi, le mot fringale appartient au vocabulaire du cyclisme. Quand un athlète oublie de se nourrir, soudainement son moteur stoppe et les coureurs appellent cela une fringale… J’ai bien vu les mots grignotage et grignotine, mais ils sont trop doux. Allons-y pour fringale alors.

Les munchies surviennent après la consommation de cannabis. Et les munchies, en général, ce n’est pas une envie pour des raisins de Corinthe ou une pomme. Non, les munchies, c’est le gout de manger de la crème glacée, des chips, des frites, du maïs soufflé. Que des aliments à forte densité calorifique.

Pour la chimiothérapie qui enlève l’appétit, au minimum, la fringale provoquée par le cannabis est une excellente nouvelle. Pour le reste de la planète, cette fringale peut amuser tant que l’on rentre dans ses vêtements…

Mais la question que je nous pose ce matin n’est pas «Avez-vous engraissé depuis le début de la légalisation?». Je laisse ça aux études sur les méfaits qu’aime subventionner le gouvernement du Québec.

La vraie question, celle qui m’intéresse, est d’une autre nature… 

Pourquoi le cannabis ouvre-t-il si férocement l’appétit?

Évidemment, si vous consommez depuis longtemps, vous avez eu le temps d’apprivoiser le monstre de la fringale. En fait, fumer vous coupe peut-être l’appétit. C’est un phénomène connu. Mais c’est une saga pour une autre fois.

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Alors pourquoi la fringale?

Il y a la piste du super héros. Évidemment.

Un super héros court plus vite, frappe plus fort et a de meilleurs réflexes que le citoyen lambda.

Et si je vous disais qu’une personne qui fume pourrait, momentanément, décupler le pouvoir de son nez.

Comment? On sait que chez les souris, le THC envahit les récepteurs du bulbe olfactif du cerveau. La première conséquence? Cela permettrait d’augmenter la capacité des souris à sentir la nourriture dans un premier temps, ce qui les inciterait à manger plus. 

Donc l’humain augmenté, augmenté comme un surhomme, par sa consommation de THC serait potentiellement capable de humer, de sentir plus que lorsqu’il est à jeunes de THC. Si notre cerveau produit des cannabinoïdes, le THC exogène, celui que l’on consomme plus ou moins modérément, va aller jouer dans le système endocannabinoïde, le SEC. Et comme le SEC participe au contrôle des émotions, de la douleur et de l’appétit, il serait normal que le THC modifie notre relation avec l’appétit.

Des souris exposées à des huiles de banane et d’amande ont initialement démontré de la curiosité. Puis les souris se sont désintéressées des produits qui n’avaient l’effet de nouveauté pour les stimuler. On a ensuite administré aux mêmes souris du THC. La période de reniflement fut beaucoup plus longue et les souris ont mangé plus de nourriture, signe d’un appétit plus fort.

Hey Merci MJ!

OK. Tout semble clair et l’expérience aurait pu s’arrêter là. Mais non, les chercheurs ont modifié certaines souris en enlevant de leur cerveau les récepteurs cannabinoïdes situés précisément dans leur bulbe olfactif. Et vous devinez tout seul la suite, j’en suis sur. On a administré du THC aux souris avec un cerveau modifié et leur comportement fut le même que celui des souris normales sans l’effet du THC… Leur intérêt pour les odeurs était faible et leur appétit n’a pas augmenté… 

OK. Je ne suis pas une souris. Mais en toute logique, la piste de la sensibilité exacerbée aux odeurs comme effet du THC est plausible… 

Est-ce que cela explique tout le phénomène de la fringale (munchies)? Trop tôt pour l’affirmer.

Pourquoi? C’est qu’il y a d’autres pistes. Celle des noyaux accumbens par exemple. Je ne suis même pas sur de la façon dont il faut prononcer accumbens. Il s’agit d’un ensemble de neurones qui joueraient un rôle important dans ce qui nous définit comme humains : 

Oui, le système de «récompenses» est nécessaire à notre survie. Pourquoi? C’est lui qui motive et qui préserve notre survie comme humain. Le ou les noyaux accumbens génèrent aussi la dopamine. Et chose que j’ignorais, un TDA(H) indiquerait aussi son mauvais fonctionnement.

Et comme si cela ne suffisait pas, le THC interagit également sur les récepteurs de l’hypothalamus ce qui aurait comme effet de relâcher une hormone. L’hormone ghréline, qui, qui qui, stimule la faim. 

Voilà la complexité du SEC dans toute sa splendeur. Le THC surfe sur le SEC dont la finalité est de régir nos sens.. Le THC agirait sur nos sens en imitant les symptômes de la faim…

Et que se passerait-il si on forçait les souris à jeuner pour mieux observer la quantité de cannabinoïdes endogènes ou naturels qui circulent dans le lobe olfactif. C’est comme pour humains… une souris qui a faim est plus sensible aux odeurs des aliments. Et les souris auxquelles on a enlevé les récepteurs dans les lobes olfactifs? Pas d’augmentation du reniflage et même pas d’appétit alors qu’elles auraient du, techniquement, être affamées.

Dans cette théorie, le THC provoquerait les munchies en disant à notre cerveau ce que notre ventre ignore. TU as faim, mon gars. Envoye, mange!

Est-ce que nous savons maintenant tout des effets du cannabis sur l’appétit? Absolument pas. Car le THC, je l’ai dit plus tôt rapidement pourrait aussi provoquer l’inverse d’une prise de poids indésirable… Et oui, les consommateurs de cannabis mangent plus, mais leur poids est inférieur à la moyenne de la population générale. Il y aurait aussi également moins d’obèses chez les consommateurs de cannabis que dans la population générale. Certains chercheurs croient que le CBD pourrait supprimer l’appétit. 

Peut-être parce que d’autres études ont déterminés que des souris auxquelles ont a administré du THC subissent un changement de leur système intestinal. Et la relation avec le CBD?

  • Le CBD calmerait le tube digestif et le système nerveux d’une personne.
  • Le CBD réduirait ainsi les nausées et donnerait envie de manger. 
  • Le CBD est un analgésique.
  • Et on sait qu’une diminution de la douleur stimulerait l’appétit. Les gens malades mangent moins pour concentrer leur énergie sur la guérison plutôt que la digestion.

Il y a d’autres mécanismes qui pourraient intervenir dans cette absence de prise de poids. Il y a, par exemple, d’autres récepteurs, les PPAR qui participent à la gestion des tissus adipeux. Le cannabis pourrait agir sur ces récepteurs. 

Comprendre et contrôler les effets du cannabis sur la faim est une solution commerciale qui va rendre son inventeur multimilliardaire… car les gens pensent plus à être minces qu’à faire l’amour…

Ce que je comprends également est que la méthode de consommation du cannabis peut avoir un impact sur les munchies… Si tu veux prendre du poids parce que tu en perds trop à cause d’une chimiothérapie, par exemple, et bien les suppositoires de THC sont plus efficaces. Pourquoi? Cela serait dû aux variations de puissance et à la vitesse d’absorption.

Les résultats des recherches sont souvent contradictoires. Il faut comprendre que les études observationnelles transversales sont moins précises parce que, entre autres, il s’agit d’études où les sujets autodéclarent leurs consommations. Il suffit de penser aux sondages politiques pour comprendre les écarts entre les intentions, la réalité et les mensonges. 

Dans de nombreuses recherches, le cannabis a été associé à des prises de poids, mais aussi a l’inverse comme :

  • Tour de taille plus petit.
  • Un Indice de Masse Corporelle plus faible.
  • Une prévalence moins forte de l’obésité.

Finalement, j’ai trouvé une cause dont on parle moins souvent, car elle se situe à l’extérieur de la salle à manger et plutôt dans la chambre à coucher. Et là je vous livre la conclusion texto…

La privation de sommeil a des effets marqués sur la prise alimentaire, déplaçant les choix alimentaires vers des options à forte densité énergétique. Nous testons ici l’hypothèse selon laquelle le traitement neuronal dans les circuits olfactifs centraux, en tandem avec le système endocannabinoïde (SEC), joue un rôle clé dans la médiation de cette relation. Nous avons combiné un protocole de privation partielle de sommeil, une neuro-imagerie olfactive basée sur des motifs et un apport alimentaire sans restriction pour tester comment les mécanismes olfactifs centraux modifient l’apport alimentaire après une privation de sommeil. Nous avons constaté que la privation de sommeil augmentait les niveaux d’un composé du SEC, renforçait l’encodage des odeurs alimentaires dans le cortex et orientait les choix alimentaires vers des aliments à forte densité énergétique. Ces résultats décrivent une voie neurobiologique potentielle par laquelle des changements dépendants de l’état du SEC peuvent moduler le traitement chimiosensoriel pour réguler les choix alimentaires.

En résumé, l’effet global des cannabinoïdes sur l’alimentation semble être déterminé par des effets pré- et postsynaptiques, qui peuvent être indépendants les uns des autres, et c’est leur synchronisation temporelle qui entraine les changements comportementaux globaux.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ Merci beaucoup! Bonne semaine. 

OK, je me ramasse.

Le pot réduit aussi les inhibitions. J’ai déjà parlé de la dopamine, mais je n’avais jamais pensé à certaines conséquences comme celle où il y a une perte de contrôle de l’image de soi. 

La mort du cinéaste goddard m’a fait penser au film La Grande Bouffe avec Michel Piccoli. Non, ce n’est pas un film de Godard. Mais Piccoli joue dans le film le plus célèbre de Godard avec Brigitte Bardot qui lui demande, toute nue étendue sur un lit, si il aime ses fesses.

Manger jusqu’à se rendre malade est facile. Ce sont certaines inhibitions qui nous retiennent de procéder ainsi tous les jours. Les pressions sociales par exemple ou le simple fait de pouvoir se dire que 3 bols de crème glacée, cela suffit.

Je pensais terminer l’épisode en expliquant comment :

 L’effet global des cannabinoïdes sur l’alimentation semble être déterminé par des effets pré- et postsynaptiques, qui peuvent être indépendants les uns des autres, et c’est leur synchronisation temporelle qui entraine les changements comportementaux globaux. 

Mais c’est au-dessus de mes forces aujourd’hui. J’ai compris plein de nouvelles choses, mais je ne saurais pas vous expliquer comment…

L’élément présynaptique renferme la machinerie nécessaire à la synthèse, au stockage, à la libération et à l’inactivation du neurotransmetteur. L’élément postsynaptique, spécialisé dans la réception des messages, renferme dans sa membrane plasmique les protéines réceptrices du neurotransmetteur…

La transmission synaptique est unidirectionnelle, «polarisée»; elle n’a lieu que de l’élément présynaptique, qui contient le neurotransmetteur, vers l’élément postsynaptique à la surface duquel se trouvent les récepteurs du neurotransmetteur.

Mais j’ai progressé… car j’ai appris plein de nouvelles choses. Je ne demande pas mieux. C’est presque un privilège.

Je préfère conclure l’épisode avec un fait divers qui avait marqué mon cerveau le premier jour de la légalisation en 2018. 

Imaginez…

On est à Edmonton et il y a une énorme file de gens qui attendent de pouvoir faire leur premier achat légal. Elina Childs est une jeune fille atteinte de fibrose kystique qui est dans le mouvement des guides. Vous savez, l’équivalent des scouts pour les jeunes filles. Chaque année, pour lever des fonds, les guides vendent des grignotines. Quand elle a vu la file d’attente de consommateurs de cannabis, Elina s’est dit «tiens, tiens.» Accompagnée de son papa, elle a vendu, en moins de 45 minutes, tous ses produits aux gens dans la file d’attente.

Oh, il y a peu de science dans cette histoire. Mais, mais, mais quelle intuition! 

Et voilà, c’était le 118e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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