#87 Comment reconnaitre le meilleur cultivar au monde?

#87 Comment reconnaitre le meilleur cultivar au monde?

Cette semaine, on s’amuse sur toPot en posant une question piège :

Comment reconnaitre le meilleur cultivar au monde?

La question est immense. Comment y répondre? 

Avec un peu de science et beaucoup de bon sens.

Je vous propose une grille d’analyse et en conclusion un changement de paradigme.

Pourquoi? 

Parce que les notions de sativa et indica sont une mystification.

J’ai des preuves! 😉

Bonne écoute.

Liens pour l’Épisode sur toPot

The Best Cannabis Strains Of All Time, According To Experts

11 best cannabis strains of the 2021 harvest

Top 10 greatest NFL teams of all time

Fiche limonène CNESST

Que sont les Terpènes ?

Cannabinoid Hyperemesis Syndrome: A Paradoxical Cannabis Effect

Cannabis Systematics at the Levels of Family, Genus, and Species

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #87

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à topot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui toPot s’amuse en posant une question piège :

 Comment reconnaitre le meilleur cultivar au monde?

La question est immense. Comment y répondre? Mais avant d’aller plus loin, c’est quoi un cultivar? Il s’agit tout simplement d’une variété d’une espèce végétale obtenue par sélection. Si je voulais le dire d’une façon plus émotive, je dirais qu’un cultivar est une plante qui a eu la chance d’être aimée et tellement appréciée qu’elle a été choisie entre mille pour ses talents particuliers. Dans le cannabis, le talent d’un plant en 2022 est de produire des fleurs gorgées au maximum de THC. C’est le souhait directement exprimé par la SQDC aux producteurs autorisés. On peut aussi penser que ce sont les préférences exprimées par les consommateurs qui achètent leur stock à la SQDC. 

Pourquoi on parle d’une quête du meilleur cultivar au monde aujourd’hui? 

C’est à cause d’un article publié dans la presse spécialisée.

Ici il s’agit de Benziga, dont un article qui m’a fait rire comme un déjanté. 

Le titre de l’article publié le 31 décembre 2021 est The Best Cannabis Strains Of All Time, According To Experts. En français ça donne Les meilleures variétés de cannabis de tous les temps, selon les experts.

Je vous laisse quelques secondes pour rire…

Le rédacteur du texte commence en trouvant une belle analogie… Choisir le plus grand cultivar de tous les temps, c’est exactement comme essayer de choisir la meilleure chanson de tous les temps. Dès le premier paragraphe, on apprend que l’article en question a été écrit un an plus tôt par Lindsay MaHarry sur WeedMap. Il est toujours important de comprendre l’origine du texte qu’on lit…

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Avant d’aller plus loin, je vous ai dit la semaine passée que j’étais disponible sur les grandes plateformes comme Spotify, Apple. J’ai oublié de vous dire que je suis aussi présent sur le site québécois PotduQc.com. 

Beaucoup de passion et forcément beaucoup de passionnés sur ce nouveau site. Des spécialistes de la culture qui sont prêts à partager leur connaissance. Et voilà, le message est passé. Je répète Pot Du QC.com 

OK on revient à notre sujet.

L’article publié par Benziga évoque dès les premiers paragraphes la dilution des génétiques au fil des ans en expliquant que le NY Sour Diesel qui était populaire en 2007 n’a plus rien à voir avec les produits du même nom en 2021. Puis, les experts arrivent… Le meilleur cultivar, c’est une affaire de terpène dit le premier expert, en précisant dans l’ordre : flavonoïdes, terpènes, arôme, odeur et gout.

Le deuxième expert argumente sur l’importance du transfert de l’odeur de la fleur à la saveur de la fumée. Ainsi de suite…

Pour ces experts, le NYC Sour Diesel qui se vendait pour 100 $ le gramme est un des meilleurs cultivars de tous les temps. Puis, suivent le Maui Wowie que j’ai vu ce matin en cartouche pour vapoter chez Teedy, le service de livraison de cannabis médical québécois, le Super Silver Haze, le Tangie, le OG Kush qui est le produit que la moitié des experts préfèrent comme cultivar quand on leur demande ce qu’ils aimeraient fumer s’il n’avaient accès qu’a un seul cultivar sur une ile déserte…

C’était un article léger. Amusant aussi. Mais un papier qui m’a laissé sur ma faim. Au même moment, la fin de l’année 2021, plein de média publiaient leur liste des meilleurs cultivars de l’année. Voyez le genre :

Hey Merci MJ!

Personnellement, je ne lis plus ce genre d’articles qui ne veulent absolument plus rien dire. En fait je les parcours pour comprendre le marketing qui tourne autour. En fait, je n’ai jamais accordé d’importance aux noms des produits que j’achetais, car je n’ai jamais acheté mon pot d’un agronome ou d’un spécialiste de la botanique… 

Je vous donne un autre exemple. 

Les quotidiens québécois expliquaient il y a quelques mois que les poissons servis dans les restaurants québécois étaient rarement l’espèce annoncée dans le menu. Alors, si des gens éduqués ne sont même pas capable de reconnaitre la chair d’un poisson, comment voulez-vous que votre pusher, légal ou pas, soit capable de distinguer précisément la nature du cultivar qu’il vous propose…

Je ne dis pas que les grandes familles de cultivar n’existent pas. Je dis que le niveau de complexité dépasse l’entendement… 

Alors je me suis dit que je ne deviendrais pas botaniste demain matin. Ni la semaine prochaine. Comment faire pour mieux comprendre ce que je consomme? Et d’un seul coup Boinggggg, j’ai eu l’idée!

J’échange par courriel et téléphone avec un passionné du cannabis qui s’appelle Jean-François Gaudreault. Il s’intéresse à plein de choses dans le cannabis et il découvre en 2017 le Trichome Institute qui est une formation de sommelier en cannabis créée par Max Montrose. JF est aussi associé avec Cannareps, une organisation de la Colombie-Britannique qui offre un service similaire. Je connais d’ailleurs Axel Holin qui vient juste de commencer officiellement à travailler pour eux. Salut, Axel. 

JF à créé une compagnie qui s’appelle Cannalys pour offrir ses services dont entre autres, un service d’extraction mobile. Les curieuses vont trouver les informations pour le rejoindre dans les notes de l’épisode.

OK, on revient au Trichome Institute que je connais depuis 2-3 ans. Max Montrose, le gars derrière l’idée est un très bon communicateur. En fait, il n’est pas un communicateur. Il est beaucoup mieux que ça. C’est un gars qui sait raconter des histoires. Le premier vidéo que j’ai vu de lui est brulé dans mon cerveau. Pourquoi? Je vous raconte. Quand on va à la SAQ, aucun conseiller n’aborde la clientèle en demandant quel pourcentage d’alcool elle désire. La discussion n’aborde jamais ce sujet sauf comme ultime précision. Une bière qui fait 12 % d’alcool mérite la précision par exemple. Donc dans ce vidéo, Montrose discute de la tendance lourde dans tous les marchés pour les nouvelles exigences dans les produits comme la rosine et autres ambres de cannabis. Oui, j’utilise le terme ambre pour parler des shatters. 

Voici l’entrée pour le mot dans le grand dictionnaire terminologique du Québec et il y a même une photo de produit…

Le terme ambre de cannabis a été proposé par l’Office québécois de la langue française en 2019 pour désigner ce concept, en raison de la ressemblance entre ce type d’extrait de cannabis et l’ambre, tant en ce qui a trait à leur couleur qu’à leur aspect vitreux et translucide.

Le mot fonctionne aussi bien en anglais. D’ailleurs j’ai trouvé plusieurs entreprises qui l’utilisent. OK. J’espère que c’est clair que je ne veux forcer personne à utiliser le mot ambre.

Je désire seulement être compris par vous… d’où la précision.

Donc, Montrose dans ce court vidéo explique pourquoi il n’aimait pas fume des ambres et autres résines qui font 40-50-60-70-80 et parfois même plus de 90 % de THC. Et rapidement il donne un exemple. Quand tu as envie d’un dessert, la plupart des gens vont préférer un morceau de gâteau au chocolat à une tasse de sucre qui contient exactement le même nombre de calories. C’est quoi votre genre : une tranche de gâteau ou une tasse de sucre blanc? Si vous préférez la tasse de sucre, je suis curieux d’en savoir plus. lucprevost@hotmail.com

Je crois que cet exemple parle de la nature de l’appréciation qui est possible dans le cannabis…

Je me suis dit, c’est le temps d’explorer ce que je néglige depuis plus de 40 ans. Je ne serai jamais sommelier de cannabis mais je peux apprendre. Après tout, je roule tous les jours à vélo et je sais que je ne ferai jamais le Tour de France.

Je vais donc pour cet épisode tenter de répondre à la question du titre de l’épisode 

Comment reconnaitre le meilleur cultivar au monde? En utilisant la grille d’analyse proposée par le Trichome Institute.

Comme je n’arrivais pas à trouver une version numérique du livre Interpening, JF m’a donné un ensemble avec des loupes, plein de matériels didactiques intéressants et le livre. Le titre Interpening est ce qu’on appelle en français un mot-valise ou un mot porte-manteau. Comme courriel qui télescope le mot courrier et le mot électronique. Interpening est le télescopage des mots interprétation et terpène.

Je remercie JF pour les nouveaux outils!

Finalement, j’ai trouvé une version électronique du livre mais uniquement sur amazon.com et pas sur amazon.ca. 

Le livre est ambitieux, car il veut ne présenter rien de moins que l’art et la science du sommelier de cannabis. Comme beaucoup de gens qui travaillent dans le cannabis, Max Montrose dédie le livre à sa mère… Dernier détail avant d’embarquer dans notre voyage à la recherche du meilleur cultivar au monde, le livre Interpening évolue rapidement. Il est déjà rendu à la 3e édition qui propose les plus récentes informations scientifiques disponibles. J’attire votre attention sur ce détail, car le monde du cannabis bouge très vite. Personne ne parle de ça au Québec mais le chercheur franco-marocain Kenzi Riboulet-Zémouli a récemment publié un papier indiquant que que ce que nous fumons n’est pas une fleur mais un fruit… Les implications sont gigantesques, à la fois pour les consommateurs et les producteurs autorisés. Mais c’est une saga pour une autre fois…

Ça y est. On est parti. 

Comment faire pour reconnaitre le meilleur cultivar au monde? 

On peut déjà distinguer une appréciation générique d’une appréciation personnelle. Je vous propose un exemple sportif facile… Je peux préférer les Chiefs de Kansas City parce que j’aime le style du quart-arrière tout en sachant que la meilleure équipe est peut-être les Rams de Los Angeles. 

Les amateurs de foot semblent se poser le même genre de questions que les consommateurs de pot. J’ai trouvé un article intitulé Top 10 greatest NFL teams of all time… On dirait un biais cognitif chez les animaux humains. 

Bon, évidemment, je me contrebalance du football mais si j’avais utilisé un exemple dans le cyclisme professionnel, personne n’aurait compris. 

Ça parait simple comme ça mais cette première étape ridicule conditionne tout le reste. Si je comprends la différence entre mes préférences et ce qui est reconnu par la majorité comme étant un produit de qualité, on commence à parler de science et d’appréciation. Quand je comprends la différence entre mes gouts et ceux des autres, j’apprends simultanément à mieux me connaitre et à mieux connaitre les autres… On retrouve dans les interminables discussions entre passionnés de pot les ferments d’une réflexion scientifique. 

Je l’ai dit et je le répète. Le livre de Montrose propose une grille d’analyse plus ou moins universelle. Il y en a d’autres. Le but n’est pas de proposer une recette mais le début d’une réflexion personnelle. Et là je parle de moi. 

La méthode proposée par Montrose est divisée en 5 chapitres.

Le premier est une introduction au concept d’Interpening.

Le chapitre 2 propose ensuite une évaluation des caractéristiques physiques du cannabis.

Le chapitre 3 suit logiquement avec une évaluation des arômes.

Le chapitre 4 est consacré à l’art de prédire les effets psychotropes du pot et finalement le dernier chapitre investigue les possibilités de devenir un professionnel de l’Interpening.

En résumé, le plus important pour nous permettre de reconnaitre le meilleur cultivar au monde est de savoir comment évaluer l’anatomie, l’odeur et l’effet du cannabis.

Voici ce que Montrose écrit d’entrée de jeux :

Il est évident que de nombreuses questions se posent sur le cannabis, compte tenu de l’impact qu’il a sur un grand nombre de personnes aujourd’hui. L’objectif de ce livre est de vous fournir des solutions et des réponses à ces questions, fondées sur des recherches, par le biais d’une méthodologie d’interprétation.

Jusqu’a très récemment, seul le % de THC était considéré pour indiquer la puissance d’une fleur. La légalisation a immédiatement imposé le mot terpène que peu de gens connaissaient sous cette forme. Mais si vous parlez à votre grand-mère d’huile essentielle, elle connait surement ça. Et c’est la même chose. L’aromathérapie qui prétend modifier le psychisme utilise les terpènes sous forme d’huiles essentielles. Et si votre grand-mère ou votre matante est vraiment sérieuse avec ses huiles essentielles, il y a de fortes chances qu’elle en sache plus que vous ou moi sur les terpènes. Les terpènes ne sont que des composés organiques aromatiques d’origine végétale. Il en existe quelques catégories dont on ne discute jamais dans les articles sur le cannabis. Les plus connus sont les Monoterpènes (C10H16) et les Sesquiterpènes (C15H24).

Des exemples?

Le Limonène est un monoterpène tandis que la β-caryophyllène est un Sesquiterpène. 

J’attire votre attention sur la valeur des terpènes des huiles essentielles. La bergamote, souvent utilisé pour aromatiser le thé se vend 15,99 $ pour 15 ml. Le produit Chemdog 30 THC vendus en huile à la SQDC vaut 29,60 $ pour un contenant de 20 ml. Il y a une bonne différence de prix mais les exigences ne sont pas les mêmes. Les taxes aussi sont différentes. Et pas besoin de barbelés et de caméras en circuit fermé pour opérer un extracteur d’huiles essentielles. J’imagine d’ailleurs que les entreprises d’extraction de cannabis les plus intelligentes ont déjà prévu de diversifier leur activité pour augmenter leur chance de survivre…

Je me demande d’ailleurs si c’est légal de sortir un produit de hash aromatisé aux huiles essentielles… 

Va-t-on pouvoir injecter ou vaporiser dans des produits de cannabis des terpènes comme le limonène qui proviendraient de végétaux qui coute moins cher que le cannabis? Une molécule, c’est une molécule, peu importe sa provenance.

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, la CNESST, a une fiche sur le limonène qui dit ceci

Le limonène existe sous deux formes isomériques (d — et l — limonène) qui sont des images miroir l’une de l’autre. Le d-limonène est un constituant naturel de certains arbres, plantes, fruits et légumes. On le retrouve entre autres dans la pelure des agrumes (orange, citron, lime, etc.), les cornichons, le céleri, dans l’huile d’orange et dans plusieurs huiles essentielles. L’autre isomère (l-limonène) se retrouve principalement dans les huiles de pin, la térébenthine et les huiles de menthe. Le mélange, en proportions égales, des deux isomères est souvent appelé dipentène.

C’est une OVNI que je partage avec vous. L’innovation, dans les juridictions où elle est bienvenue, va utiliser, je crois, ce subterfuge de l’addition pour créer des mix de cannabis plausible mais impossible à trouver dans la nature. 

https://mbe.io/3qbTw4m

Vous saviez qu’il n’y avait pas d’orange dans le canard à l’orange… La plupart des restaurateurs cuisinent le plat et vont brumiser à la fin, une sorte de mélange d’huile essentielle d’orange et d’eau pour aromatiser le tout. 

C’est aussi la promesse de l’agriculture cellulaire ou fermentation de précision qui est le sujet de l’épisode #18 avec Konilo Zio. Produire du cannabis avec du sucre bio et de la levure donne au final, une molécule de THC bio… En tout cas, c’est un débat qui va bientôt devenir public…

On revient à notre grille d’analyse. Je ne vous referai pas le coup du terroir mais Montrose donne la Californie comme exemple. Ce concept de terroir dans le contexte de la culture intérieure va devoir probablement être encadré par le législateur, histoire d’éviter les abus. D’ailleurs, je vous pose une question : est-ce que le média dans lequel pousse le cannabis devrait être mentionné sur l’étiquette? 

Donc, il existe une façon simple d’analyser un plant. La largeur des feuilles, la disposition des fleurs sur la tige du plant, l’inflorescence et tout le reste de son anatomie. Cela demande de la pratique mais surtout un accès à des plants. L’immense majorité des Québécois n’a pas accès à un vrai plant. C’est là l’utilité jamais comprise par le législateur québécois des 4 plants maison. Mais c’est aussi une saga pour une autre fois.

L’examen des caractéristiques physiques des fleurs se fait en trois volets distincts :

1)

Il faut d’abord évaluer les caractéristiques physiques d’ensemble.

2)

Ensuite on s’attaque aux caractéristiques de qualité inacceptables

Et 3)

On évalue les caractéristiques de qualité.

Petit avertissement d’usage…

J’aborde ce sujet comme un béotien, comme un idiot du village. Il y a des gens qui écoutent toPot qui ont des doctorats en biochimie. Si je dis des bêtises, j’ai besoin de votre aide pour les identifier… lucprevost@hotmail.com avec bienveillance SVP!

OK.

Pour reconnaitre le meilleur cultivar au monde, on vient de dire qu’il faut pouvoir évaluer son apparence, comme on peut juger de la santé d’un animal en examinant ses dents. Vous avez une vision de 40/20? Vous êtes chanceux, car vous n’avez pas besoin d’une loupe pour regarder vos fleurs. Pour le reste du monde et moi, une petite loupe peut faire des merveilles pour vérifier la structure des fleurs. Une loupe permet aussi de regarder les anthères qui constituent la partie supérieure de l’organe mâle de la fleur. C’est important, car les anthères précèdent l’apparition des graines indésirables dans un plant femelle.

Voici alors, bien en selle, le genre de questions que je peux me poser en regardant mes fleurs :

Est-ce que la fleur présente les symptômes d’une récolte prématurée? 

Est que les trichomes sont de bonnes qualités? 

Est-ce que la manucure respecte la fleur?

Est-ce qu’il y a des traces de moisissures et si oui, quels types?

Est-ce que les couleurs indiquent qu’il s’agit d’une culture extérieure? 

Est-ce que les fleurs présentent des décolorations indicatrices d’une surdose chimique?

Est-ce qu’il y a des insectes? Lesquels?

S’agit-il de vieux pot?

J’avoue que je ne me souviens pas de la dernière fois que j’ai fait tout ça…

Quand il n’y avait que le marché noir, le consommateur moyen, celui qui achetait de son pusher avec confiance, le consommateur moyen donc avait accès à des fleurs beaucoup plus belles et surtout plus fraiches en général. Cette étape était avant tout guidée par le vendeur qui proposait deux ou trois variétés, comme un bijoutier à l’écoute…

Est-ce que ce rituel serait possible dans un point de vente? Pas au Canada pour l’instant mais on voit de belles choses aux États-Unis. Évidemment, je comprends les problèmes sanitaires des produits en vrac. En 2021, ce n’était pas un caprice du législateur que d’interdire la vente des produits en vrac pendant la pandémie.

Après l’évaluation des caractéristiques générales de la fleur, la recherche du meilleur cultivar au monde passe ensuite par la vérification des caractéristiques de qualité inacceptables. Notre grille d’analyse propose d’analyse cinq critères : 

1) 

Est-ce que les fleurs présentent les symptômes du verrouillage des nutriments, le fameux nutrient lockdown..

2)

Est que le lessivage, le flush, a été bien réalisé

3)

Est que l’odeur, le piquant de l’odeur, est suffisamment présente?

4)

S’agit-il de vieux cannabis? Est-ce que les fleurs sentent le foin?

S’il faut s’intéresser à tous les problèmes, l’inverse est tout aussi vrai. Trouver le meilleur cultivar de tous les temps implique de s’intéresser aussi et surtout aux caractéristiques de qualité. Notre grille d’analyse en propose plusieurs :

1)

La qualité de la manucure. 

2)

On vérifie ensuite la densité et maturité des trichomes.

3)

Il faut ensuite qualifier l’âcreté ou le piquant de l’odeur.

4)

Il y a plus que le simple piquant de l’odeur. C’est à cette étape que le nez va distinguer les propriétés de la fleur mais aussi l’ensemble des soins qui auront permis une fermentation heureuse qui vient relever le tout.

Suis-je devenu un expert parce que je comprends mieux cette grille d’analyse? Non. 

Suis-je mieux informé? Définitivement. 

Il s’agit en fait d’un rappel de tout ce que j’ai appris au fil des ans de façon informelle. Si j’avais eu la chance de fréquenter un Club Social de Cannabis, les ainés m’auraient appris tout ça avec des tonnes de détails. Mais je n’ai jamais eu cette chance.

Et vous, si je vous demande quel critère de qualité vous vérifiez quand vous ouvrez votre pot de la SQDC? Je suis curieux de connaitre vos secrets! lucprevost@hotmail.com.

Que nous reste-t-il à incorporer dans notre évaluation pour être capable de reconnaitre le meilleur cultivar au monde?

Nous arrivons au cœur de l’expérience qui consiste, avant la consommation, à évaluer les arômes du cannabis. Dans l’étape précédente, notre quête olfactive était générale. Dans cette nouvelle étape de caractérisation, on s’intéresse aux détails, les arômes. Je note d’ailleurs une évolution marquée de cette partie du livre entre la deuxième édition papier et la troisième édition numérique. Je trouve ça très encourageant. C’est peut-être la partie du livre que je trouve la plus pertinente pour les experts. J’avoue, par contre, que je ne sais rien de l’exactitude des infos partagées par l’auteur. Mais j’aime le concept déployé dans le livre qui illustre les zones de la tête qui sont sollicitées par chaque type d’arômes. Le livre propose une petite leçon d’anatomie et même des trucs pour respirer efficacement la fumée, le tout en ligne directe avec la science œnologique ou l’art des testeurs de café qui font circuler le liquide dans leur bouche avant de le recracher. 

Ce que je comprends de cette section est que l’odorat, notre sens le plus reptilien, est peut-être l’outil qui est le plus sous-utilisé de notre expérience lors de la consommation de cannabis. C’est sans doute les informations qui sont le plus pertinentes pour moi. 

Le système Interpening propose aussi plusieurs outils pédagogiques. Des machins bien conçus. Il y a, entre autres, un document de synthèse du livre fait en carton dur qui se plie de millions de façons différentes. Brillant comme produit.

La section la plus ambitieuse du livre propose une méthode pour tenter de prédire les effets psychotropiques des fleurs examinées. La méthode utilise une roulette que l’on tourne et qui révèle des informations selon les critères sélectionnés. Je saute cette étape, car sans l’outil entre les mains, la démonstration est difficile.

Dans la dernière section de notre grille d’analyse qui devrait nous permettre de reconnaitre le meilleur cultivar au monde, la méthode Interpening recense les différentes méthodes pour faire bruler une fleur :

1)

La pof à sec également appelée un Bill Clinton. Cela consiste à respirer dans le joint sans l’allumer.

2)

La pof allumée

3)

Fumer dans un instrument de verre propre qui ne va modifier en rien le gout de la pof.

Et 4)

L’utilisation d’un vaporiseur. Vous ne connaissez pas les avantages du vaporisateur? Une saga pour une autre fois.

Bon, voici en gros, une méthode pour reconnaitre le meilleur cultivar au monde. Ce n’est pas la seule. 

Disons que nous sommes très très très très intelligents et que par science infuse, nous maitrisons cette méthode maintenant, là tout de suite, comme ça. OUF…

Partons du principe que tous nos organes fonctionnent bien et que nous n’avons pas le rhume ou la COVID…

Comment dès lors pouvons-nous reconnaitre le meilleur cultivar au monde? Après tout, les médias cannabis publient à toutes les semaines le genre d’articles dont je parlais au début de l’épisode. 

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ Merci beaucoup! Bonne semaine. Si tu vois X, dis-lui bonjour de ma part! OK Merci.

La quête élusive du meilleur cultivar de la planète Terre peut commencer.

Disons que nous avons envoyé autour du monde des équipes pour recueillir les plus belles fleurs disponibles. Disons que nous avons une centaine de variétés différentes à gouter. Disons que nous sommes un groupe d’élite d’une vingtaine de testeurs. Disons que nous sélectionnons individuellement un toP 3 de nos fleurs préférées. Disons qu’après quelques rounds supplémentaires et quelques jours de négociations, nous avons collectivement sélectionné un cultivar précis. Disons que ce cultivar porte le nom de Silver Québec. OK. On peut penser que nous avons trouvé le meilleur cultivar au monde… Le seul problème, c’est qu’on ne sait pas encore vraiment ce que l’on vient de fumer. Pourquoi? 

Le système que la SQDC utilise au Québec avec les termes indica et sativa ne veut rien dire scientifiquement à cause des croisements volontaires et involontaires des différents cultivars aux fils des siècles. En 2014, une recherche a permis l’analyse de 494 échantillons de 35 souches différentes. La conclusion? Les différences dans la composition chimique des 494 ne permettaient pas de les différencier.

Incroyable non!

Oui, il y a un lien pour les curieuses dans les notes du podcast.

Disons que l’on décide de faire analyse notre fleur gagnante. Et qu’on la renomme Platine Québec… Disons qu’on en fait pousser en masse partout. OK. J’ai une question maintenant.

Si je fais pousser des tomates dans ma cour, est que toutes vont gouter la même chose… Est-ce possible qu’une tomate sur le plant ne soit vraiment pas aussi bonne que les autres? Mon expérience me dit que oui. Cela ne veut pas dire que toutes les tomates de la même sorte sont mauvaises. Voici donc ma question : est-il possible de tomber sur un citron dans un plant de cannabis? 

Ha la magie d’internet!

Après une discussion avec Julien Raymond, le maitre cultivateur de Juste Feu, un producteur autorisé dont les produits seront à la SQDC dans quelques semaines, voici ce que je comprends. Les bons producteurs sont capables de stabiliser le génotype. Et cette stabilisation permet d’éviter les citrons dans les plants mais pas le limonène… héhé! Merci, Julien!

Alors, encore une fois, je reviens encore une fois à ma question initiale : comment reconnaitre le meilleur cultivar au monde? Vous me permettez un pied de nez plein de respect?

On aimerait, moi, vous, avoir la même précision que la médecine moderne mais dans un contexte ou des centaines de molécules dans un organisme vivant cohabite pour nous offrir des produits médicaux et non médicaux. Nous tentons d’appliquer au monde végétal vivant les critères de la médecine qui elle ne s’attache qu’a une seule molécule à la fois… Oui, oui, vous savez cette histoire d’effets d’entourage. Ces deux visions du monde sont réconciliables mais seulement en faisant des compromis. Pourquoi pas, sans la capacité de faire des compromis, nous serions tout le temps en guerre? 

J’en entends dans le fond du café qui me disent : Alors Luc que proposes-tu?

J’ai une solution très très très très simple! 

Dans un premier temps, il faut renoncer à ce type de concours ridicules sauf pour s’amuser.

On a le droit de s’amuser. Faut juste pas se prendre au sérieux…

Dans un deuxième temps, je vous propose un changement de paradigme encore plus simple. 

Ce n’est pas le meilleur cultivar au monde qu’il faut identifier.

C’est plutôt le meilleur maitre cultivateur au monde qu’il faut trouver. 

Ou le meilleur producteur autorisé.

Un maitre cultivateur qui publie de la recherche, par exemple.

Un maitre cultivateur qui partage ses connaissances.

Un maitre cultivateur qui produit des fleurs de qualité, récoltes après récoltes.

Un maitre cultivateur qui va écouter sa clientèle.

Je termine en vous donnant un exemple.

J’ai eu des fermiers de familles depuis plus d’une dizaine d’années.

Je paye mes légumes en février au moment ou la ferme dépense beaucoup sans avoir de vente…

Vous savez le machin d’Équiterre…

Depuis 4-5 ans, j’encourage Philipes et Maxime de la Ferme La Bourrasque.

Je les vois au marché. Je connais leurs parents qui viennent aider. Je connais les employés. Je discute de maraichage chaque weekend et je peux même leur faire des propositions. J’ai l’intime conviction que j’ai la chance de manger les meilleurs légumes au monde. Bio et tout le tralala.

Est-ce qu’une telle formule serait applicable au cannabis?

Je ne sais pas mais c’est une piste à explorer.

Personnellement, si j’avais la chance d’acheter directement à la ferme mon cannabis, je crois que je serais totalement convaincu d’avoir accès aux meilleurs cultivars au monde. En termes de fraicheur, c’est indiscutable. Et la fraicheur fait foi de tout, car le cannabis vieillit mal et très vite comparé à une noix par exemple.

Le cannabis est un rituel de différents partages. 

Le cannabis rapproche les gens. 

Je crois que nous sommes capables au Québec de créer une industrie exceptionnelle qui rapprocherait les producteurs des consommateurs. Et le monopole de la SQDC n’est pas une excuse ou un obstacle, car l’industrie du cannabis au Nouveau-Brunswick innove beaucoup tout en étant dans une situation de monopole d’État comme au Québec.

C’est qui votre maitre-cultivateur préféré? Et surtout pourquoi? C’est la première fois que je fais ça mais si vous avez un avis précis sur ce sujet, j’aimerais vous parler et peut-être partager vos préférences dans un épisode futur. Vous préférez le hash? OK! C’est qui vous sachants du hash? Et pourquoi vous aimez leur travail?

J’attends vos préférences!

Et voilà, c’était le 87e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques, n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez!

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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Selon le mythe colporté partout sur les réseaux sociaux, des cendres foncées impliqueraient que la fleur que vous fumez contient de l’engrais ou d’autres produits agrotoxiques. Et tout naturellement apparait le fameux lessivage, rinçage ou flush en anglais qui est censé permettre d’expulser toute la chimie qui a été utilisée pour faire pousser le plant…

Est-ce que ça existe des experts du flushing ?

J’en ai trouvé un…

Bonne écoute!

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#85 Mythe de la cendre blanche vs la cendre noire!

#85 Mythe de la cendre blanche vs la cendre noire!

La cendre blanche est censée être un gage de qualité.

Pourquoi ?

Selon le mythe colporté partout sur les réseaux sociaux, des cendres foncées impliqueraient que la fleur que vous fumez contient de l’engrais ou d’autres produits agrotoxiques. Et tout naturellement apparait le fameux lessivage, rinçage ou flush en anglais qui est censé permettre d’expulser toute la chimie qui a été utilisée pour faire pousser le plant…

Est-ce que ça existe des experts du flushing ?

J’en ai trouvé un… 

Je vous avais aussi promis des images de la ferme Golden Peak pour voir comment Tom Devost fait sécher ses fleurs. Voir juste en dessous des liens.

 

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Cannabis : ses contaminants et comment savoir s’il est coupé

Does white ash equal quality cannabis? Leafly asked the experts

Irrigation Management Strategies for Medical Cannabis in Controlled Environments

Effect of some Alkali Salts upon Fire-Holding Capacity of Tobacco

The Relation of the Composition of the Leaf to the Burning Qualities of Tobacco

What Ash Tells You About Your Cigar

Can nutrients make cannabis taste bad? 

L’histoire du Tabac

Biologie du Cannabis sativa L. 

Cannabis Grower’s Handbook: The Complete Guide to Marijuana and Hemp Cultivation

The enzymes of the tobacco plant.

Effects of enzymatic browning reaction on the usability of tobacco leaves and identification of components of reaction products

Study on sugar-related enzyme in cured tobacco leaves: the effect of curing method on remaining activity

Les Enzymes et leurs actions

Humidimètre numérique

Photo de Dimitri Bong sur Unsplash

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #85

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, on discute d’un mythe très populaire sur les réseaux sociaux. Vous avez peut-être déjà été témoin du rituel. Un utilisateur discute d’un nouveau produit de la SQDC et tout de suite, on lui demande : est-ce que la cendre est blanche? Es-tu blanche? 

Mythe de la cendre blanche : Un expert en lessivage!

La cendre blanche est censée être un gage de qualité.

Pourquoi?

Selon le mythe colporté partout sur les réseaux sociaux, des cendres foncées impliqueraient que la fleur que vous fumez contient de l’engrais ou d’autres produits agrotoxiques. Et tout naturellement apparait le fameux lessivage, rincage ou flush en anglais qui est censé permettre d’expulser toute la chimie qui a été utilisée pour faire pousser le plant…

Est-ce que ça existe des experts du flushing?

J’en ai trouvé un… Il s’appelle Jonathan Stemeroff. Il a présenté une thèse à l’Université de Guelph en Ontario en 2017. Sa thèse est intitulée Stratégies de gestion de l’irrigation pour le cannabis médical en environnement contrôlé. On va y revenir. Je voulais tout de suite calmer quelques énervés dans le fond du café que j’entends piaffer… On va y revenir.

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Mythe de la cendre blanche : le cigare à la rescousse

Ce n’est pas d’hier que les consommateurs et les fabricants de produits à fumer s’intéressent à la cendre. J’ai trouvé une recherche de Henry Kraybill qui date de 1917. Le titre de sa recherche? Effet de certains sels alcalins sur la capacité de résistance au feu du tabac. Et que découvre M. Kraybill en 1917? Je précise qu’il s’intéresse principalement au cigare plutôt qu’à la cigarette.

Et là je le cite :

L’expression «qualités de combustion» en référence à un cigare est générale et comprend de nombreux points. Les plus importants de ces points sont la régularité de la combustion, la couleur de la cendre, la fermeté et la cohérence de la cendre, et la capacité de rétention du feu. La capacité de rétention du feu fait référence à la durée pendant laquelle la feuille ou le cigare continue à brûler après l’allumage. Un tabac à cigare doit avant tout avoir une bonne capacité de rétention du feu, et c’est pour cette raison qu’il s’agit du principal critère pour juger de la combustion du tabac à cigare. 

Hey! Merci MJ!

Et avant M Kraybill, des tonnes de recherches sur le tabac ont été menées par une industrie qui comprenait déjà très bien les principes de l’accoutumance et qui ne laissait rien au hasard. J’ai trouvé une autre recherche de 1907 intitulée The Relation of the Composition of the Leaf to the Burning Qualities of Tobacco qui dit :

En ce qui concerne la «qualité des cendres», les caractéristiques importantes sont la couleur et la fermeté ou la cohésion.

Évidemment, il y a un lien pour les curieuses dans les notes de l’épisode sur la page de l’épisode sur le site toPot. La Cigar Association of America dit exactement la même chose, un siècle plus tard :

La cendre peut vous en dire long sur la qualité de votre cigare. Elle donne un aperçu de la qualité des feuilles, de la fabrication du cigare et du type de sol dans lequel il a été cultivé.

On peut donc déjà comprendre que les consommateurs de pot sous forme de fleur sont bercés par ces histoires depuis plus d’une centaine d’années. 

Une OVNI s’impose dès lors.

Si vous n’êtes pas un voyageur fréquent sur toPot, une OVNI est une opinion vulgaire non informée…

Mythe de la cendre blanche : La cendre en pouce ou en cm?

La fixation, la fixette, des consommateurs de joints pour la cendre se nourrit dans une vieille tradition sans cesse renouvelée d’appréciation du cigare. Cette appréciation récurrente, il suffit de penser à Arnold Swartznegger qui aime s’afficher régulièrement avec un énorme barreau de chaise à la bouche, cette appréciation donc, combiné aux incessantes recherches de l’industrie de la cigarette sur la combustion idéale, produit des conditions idéales à la naissance d’un mythe et de pleins de fausses informations sur la cendre des joints de cannabis.

Il est normal de vouloir faire parler la cendre comme d’autres personnes lisent votre bonne fortune dans les feuilles de thé… Tout le monde comprend que si vous buvez du thé en poche, il sera plus difficile de prédire votre avenir. Historiquement, depuis le début de l’aventure humaine, les chamanes se sont toujours intéressés au feu mais aussi à ses cendres. Il est donc normal que dans une industrie naissante qui sait à peine faire des étiquettes sans faute, le rituel de la cendre participe d’un désir de comprendre la substance qui sert à modifier notre perception de la réalité.

Donc sur un site américain dédié au cigare, j’ai appris que pour qu’il soit considéré comme un produit de qualité, la cendre d’un cigare doit mesurer un pouce avant de tomber. Cette longueur de la cendre impacte la saveur du cigare, car elle permettrait de contrôler le flux d’air pour que le cigare brule uniformément. La longueur des feuilles conditionne la formation de la cendre ainsi que la méthode de roulage soit le fait à la main ou à la machine. Les spécialistes d’ailleurs font facilement la différence entre ces deux modes de production. 

Évidemment, savoir bien rouler son joint est aussi au cœur de l’expérience cannabis. Un joint mal roulé, une fleur mal préparée, un papier mal collé ou un filtre mal conçu vont créer une mauvaise expérience, exactement comme un cigare mal roulé.  

Mythe de la cendre blanche : Le gout du chimique

Mais avant de continuer l’exploration de la cendre de nos joints, on doit aborder un autre problème… Est-ce les fleurs roulées dans un joint peuvent gouter le «chimique»? Est-ce qu’il y a des produits agrotoxiques utilisés pour contrôler la croissance des plants et la présence de parasites qui peuvent se retrouver dans notre bouche, à la fois comme produits nocifs mais aussi comme saveurs particulières?

La réponse est OUI! 

Les engrais synthétiques, le phosphore et le potassium peuvent s’accumuler dans toutes les parties d’un plant de cannabis et définitivement dans les fleurs.

Mais une déficience peut tout autant causer des problèmes. Si votre joint fait des bruits comme un feu de foyer, vous avez un problème. Les crépitements ne sont pas normalement inclus dans les produits vendus à la SQDC… Je ne sais pas d’ailleurs si un consommateur leur a déjà envoyé un enregistrement audio pour demander un remboursement!

On va faire donc ensemble le tour du mythe de la cendre blanche comme indicateur de qualité en demandant à la science de nous éclairer.

Mythe de la cendre blanche : définition du lessivage

Et si on demandait à notre spécialiste du lessivage, M. Stemeroff de nous proposer une définition?

«Le lessivage est actuellement une pratique courante utilisée par de nombreux producteurs de cannabis. Elle consiste à irriguer les plantes avec de l’eau sans nutriments pendant les deux dernières semaines avant la récolte. L’idée est que cette méthode d’irrigation réduit la concentration de nutriments dans le bourgeon. Cette réduction aurait ensuite un impact sur le gout final du produit lorsqu’il est consommé. Indépendamment des effets anecdotiques sur le gout, il y a peu de preuves que le rinçage de la zone racinaire pendant la phase finale de la production entrainerait une exportation nette de nutriments du bourgeon en cours de maturation.» Jonathan Stemeroff

Si vous n’êtes pas dans les confidences d’un maitre cultivateur, je me permets une précision sans être un expert. Le lessivage diffère selon que le plant de cannabis pousse dans de la laine de roche ou dans un sol vivant. La durée du traitement et la quantité d’eau utilisée vont aussi varier et un bon maitre cultivateur connait la part des intrants agrotoxiques qu’il utilise et saura, s’il est compétent, s’en débarrasser à cette étape. En tout cas, c’est juste ça l’idée derrière les lessivages. 

Mais cette pratique est attaquée par des spécialistes qui disent que le lessivage est une niaiserie et que de priver un plant de nutriments pendant une ou deux semaines ne peut lui faire du bien…

Laver laver!

 

Mythe de la cendre blanche : mauvais affinage?

Après le lessivage, c’est le temps de la récolte. Les plants sont coupés et accrochés, la tête en bas, pour sécher. Est-ce la bonne méthode? Est-ce la seule méthode?

Même si la SQDC pense que c’est le nec plus ultra, la tête en bas, il y a d’autres méthodes. Je pense par exemple, au producteur autorisé Tom Devost, le propriétaire de Golden Peak au Nouveau-Brunswick. Le succès de son cultivar Tiger Bomb le désigne normalement comme le plus qualifié des microproducteurs du Nouveau-Brunswick. Et bien Tom utilise une méthode moins connue. Au moment de la récolte, il coupe immédiatement toutes les fleurs pour les déposer sur des grilles où elles sècheront individuellement avant de passer à l’étape suivante de la manucure ou trim finale. Après la manucure, il reste l’étape de l’affinage qui pourrait avoir un impact sur la cendre. L’affinage permet d’éliminer graduellement l’humidité dans les fleurs. Les fleurs reposent dans des contenants neutres, soit en verre, soit en acier inoxydable et il faut ouvrir régulièrement le contenant pour libérer les gaz. J’ai appris plein de choses sur cette étape, comment par exemple, les bactéries présentes et plein de matières résiduelles qui, autrement, pourraient avoir un impact sur le gout de la fleur fumée.

Pour les curieux qui voudraient voir la solution adoptée par Golden Peak, il y a des photos sur le site de toPot sur la page de l’épisode.  

Au cours de ce processus de maturation, l’humidité restante est emprisonnée et les gaz qui en résultent sont libérés à intervalles réguliers. L’ouvrier ouvre le contenant pour un petit rototo et hop, il referme le contenant, jusqu’à la prochaine fois. Un plant qui contenait des moisissures peut générer des sucres et de l’amidon indésirables. L’affinage permet de bien contrôler ce processus. Tout le monde dans l’industrie affirme que cette étape est capitale pour la saveur et la douceur du produit. 

Mythe de la cendre blanche : cause de la cendre noire?

Alors, qu’est-ce qui cause cette cendre noire?

La science nous commande, nous intime de regarder dans la nature pour mieux comprendre. Alors on va s’intéresser rapidement aux feux de forêt pour en apprendre davantage… On peut y dégager des conclusions très précises. Quand la température de combustion est très élevée, la cendre des arbres brulés est claire, évoluant entre le gris et le blanc. Toute combustion à une température inférieure à 450 °C va produire une cendre foncée. Inversement, une combustion à une température supérieure à 450 °C va donner de cendres claires. Juste pour nous situer, un briquet pour le plein air qui utilise un mélange air butane avec un catalyseur va créer une flamme bleutée qui peut atteindre 1 500 °C. Un Bic? Moins de 1000 C, c’est sur. 

Donc, dans l’état actuel de nos connaissances, on peut faire l’hypothèse que la couleur des cendres d’un joint trahit la température de la combustion plutôt que la présence de produits agrotoxiques présents dans la fleur. Mais il est trop tôt pour conclure… Un arbre n’est pas un joint.

Mythe de la cendre blanche : usage des sels

Les premières études de l’industrie de la cigarette ont mis à jour l’importance du sel de l’acide chlorhydrique pour stopper la combustion du tabac alors que les sels de potassium participent activement à la combustion. Donc on sait que le processus de combustion peut être influencé. Mais qui veut refaire des cigarettes en 2021 dans l’industrie du cannabis? À part l’industrie du tabac de plus en plus présente, personne. 

Donc notre réponse est ailleurs.

D’autres études nous apprennent que la cendre blanche a été obtenue dans les cigarettes en ajoutant des produits comme le magnésium pour provoquer la formation d’un oxyde de métal qui donne aux cendres une couleur blanche.

Les cigarettiers se sont toujours intéressés au rôle des engrais sur les cendres et la fumée du tabac. Et ben… ces recherches ont démontré que l’utilisation d’engrais modifiait la composition alcaline et les niveaux de soufre des feuilles séchées.

Mythe de la cendre blanche : et la chlorophylle?

La présence plus ou moins forte de chlorophylle agit négativement dans le processus de fermentation et il va en résulter une fumée de qualité inférieure. Pourquoi fait-on fermenter le tabac? Exactement pour les mêmes raisons que l’on affine les fleurs de cannabis. Pour contrôler certaines substances et travailler les propriétés de la matière. En fait, tout le vocabulaire utilisé par l’industrie du cannabis vient de l’industrie du tabac. 

On pourrait penser que l’usage du tabac précède celui du cannabis mais cela serait une erreur bien qu’il existe des artéfacts reliés à la consommation du tabac près de 1000 AJC. Mais l’industrialisation de la cigarette débute quelques centaines d’années avant celle du cannabis qui commence à peine. Et quand on regarde la multitude de méthodes pour affiner le tabac, il est clair que les traitements postrécoltes du cannabis vont tranquillement muter au cours des prochaines décennies. 

Mythe de la cendre blanche : différentes méthodes d’affinage

Pour le tabac, il existe plus d’une demi-douzaine de méthodes d’affinage ou de fermentation. Le tabac peut être séché à l’air libre. Il peut aussi fermenter naturellement en masse. Dans ce cas, on empile le tabac ce qui provoque de la chaleur et on retourne la pile jusqu’à ce que tout soit sec. Au besoin, des sources de chaleur externes sont utilisées pour éviter le pourrissement.

Il y a aussi la fermentation dirigée, la fermentation dirigée humide, le séchage au feu ou au soleil. 

Au final, tout le monde s’entend pour dire que le tabac mal fermenté est de mauvaise qualité, car il contient beaucoup de chlorophylle. 

Vous pensez que ces processus n’existent que pour l’industrie du tabac? J’ai trouvé pour les fermiers en herbes une autre demi-douzaine de méthodes pour faire fermenter votre tabac à la maison. Au fourneau, au multicuiseur, au four microonde, au bain d’eau, alouette. Il est facile de constater que le cannabis est en retard sur le tabac. Et c’est normal quand tout est fait dans la clandestinité depuis très longtemps et en l’absence d’un secteur industriel bien structuré.

Je me dis souvent qu’un jour, avec les milliers de tonnes de fleurs en surproduction partout au Canada, on va commencer à faire des tests pour améliorer ce processus. J’ai trouvé un bel article en français qui fait le tour de tout ça. L’histoire du tabac.

Mythe de la cendre blanche : apprendre du tabac

Alors, qu’avons-nous appris jusqu’a maintenant?

1)

La cendre blanche est produite par des températures de combustion élevées ou par la présence de minéraux. 

2)

Les recherches ont démontré que l’utilisation d’engrais modifiait la composition alcaline et les niveaux de soufre des feuilles séchées.

Mais le plus important est ailleurs. C’est aussi une information qui va à l’encontre des pratiques de toute une industrie.

J’ai déjà évoqué la thèse de M. Stemeroff. 

Mais s’il s’agissait d’un gars qui ne connait rien au cannabis, s’il s’agissait juste d’un universitaire déconnecté… 

Mythe de la cendre blanche : Ed Rosenthal à la rescousse

Alors j’ai tenté de trouver une confirmation de sa recherche par des gens déjà très intégrés dans l’industrie du cannabis. Et j’ai trouvé Dr Robb. Dr Robb, c’est M. Robert Flannery. Si vous ne le connaissez pas, il vient de publier un livre avec le dieu vivant des mariculteurs, M. Ed Rosenthal. Et si vous ne connaissez pas Ed Rosenthal, je ne peux rien pour vous. En fait, c’est faux, car je vous propose un lien pour sa page Wikipédia et un autre pour son plus récent livre publié il y a quelques semaines.

Mais si vous êtes pressé, Edward «Ed» Rosenthal est né en 1944. C’est un horticulteur, auteur, éditeur et cultivateur de cannabis californien qui milite pour la légalisation de la consommation de marijuana. Il a été chroniqueur pour le magazine High Times dans les années 1980 et 1990.

On m’a offert en cadeau il y a des millions d’années un petit livret intitulé Closet Cultivator : Growing Marijuana Indoors. C’est le premier ouvrage de M. Rosenthal que j’ai pu consulter. Son plus récent est intitulé Cannabis Grower’s Handbook : The Complete Guide to Marijuana and Hemp Cultivation. Voici ce que dit la page Amazon du livre :

Le Cannabis Grower’s Handbook couvre les dernières technologies d’éclairage telles que les ampoules à LED et à spectre réglable, les techniques de permaculture et d’agriculture régénérative, les méthodes et stratégies avancées de séchage et de maturation, la lutte intégrée contre les parasites et plus d’une douzaine d’installations de jardinage spécialisées. Vous ne savez toujours pas ce que vous allez cultiver? Ce guide vous aidera à choisir parmi les nombreuses options proposées par des sélectionneurs innovants, qui incluent désormais des plantes autofleurissantes et des variétés de chanvre CBD et CBG. Avec plus de 600 pages de photos en couleur, ce guide du cultivateur présente les dernières avancées scientifiques, les outils et les méthodes qui vous permettront de cultiver un jardin de cannabis de n’importe quelle taille, n’importe où — en intérieur ou en extérieur.

OK. M. Rosenthal est LA référence. Et qui est le coauteur de son livre. Deux personnes. D’abord Angela Bacca qui est une rédactrice et une journaliste spécialisée dans le cannabis depuis plus de dix ans. Et le deuxième coauteur est notre Robert Flannery. Impossible de douter de ses références. IMPOSSIBLE. Et que dit-il, M. Flannery?

Mythe de la cendre blanche : la science du lessivage

Il commence par citer la thèse de Jonathan Stemeroff Stratégies de gestion de l’irrigation pour le cannabis médical en environnement contrôlé. Puis il précise le manque d’études en double aveugle pour tester l’efficacité du rinçage. Et pourtant, le lessivage ou rincage est une pratique courante…

Cela me fait penser aux entraineurs de football qui, dans les années 70-80, interdisaient à leurs joueurs de boire de l’eau pendant une partie sous prétexte que cela les rendrait plus lourds et donc moins rapides…

Alors après tout ça, la vraie question, il me semble, n’est pas pourquoi la cendre blanche est meilleure que la cendre noire mais plutôt qu’est sont les facteurs qui causent la cendre noire?

Mythe de la cendre blanche : OVNI #1

Mon OVNI à la lumière de tout ce que je viens de partager avec vous? Je vous propose une Opinion vulgaire non informé en deux temps. Deux fois plus de chance d’avoir l’air niaiseux…

Dans un premier temps…

Si on exclut les problèmes mécaniques comme un joint incorrectement roulé ou une fleur mal broyée, le niveau d’humidité semble être au cœur du problème de la cendre noire… Et les problèmes d’humidité proviennent d’un séchage ou d’un affinage incorrect.

La couleur d’un vin révèle certaines informations au buveur averti. Mais l’évaluation d’un vin ne saurait se limiter à un seul critère. Comme pour le vin, le vrai test pour déterminer la qualité d’une fleur de cannabis est son gout et son effet. 

Donc si la cendre de votre prochain joint est trop foncée à votre gout, faites un p’tit test de séchage pour voir si le prochain joint produit une cendre similaire…

Maintenant, le deuxième temps en pleine science-fiction de mon OVNI!

Mythe de la cendre blanche : OVNI #2

Le cannabis, comme le tabac est rempli d’enzymes. C’est quoi une enzyme? Wikipédia dit ceci :

Une enzyme est une protéine dotée de propriétés catalytiques. 

Catalytique comme dans catalyseur qui est une substance qui permet de modifier la vitesse d’une réaction chimique sans être elle-même altérée par cette réaction. Vous connaissez ça… Oui oui. Si vous avez déjà utilisé de l’époxy, vous avez probablement utilisé un catalyseur pour accélérer la solidification de votre résine. Ici, dans le corps humain, on parle de réactions qui peuvent être accélérées par un facteur de plusieurs millions de fois. Les enzymes ne sont pas les seuls catalyseurs qui existent mais ils se distinguent par la spécificité de leur structure tridimensionnelle. 

Alors…

Des études ont déterminé l’importance de la réaction enzymatique qui entraine la formation de taches grises sur les feuilles de tabac. Ces taches impactent négativement la valeur et le potentiel industriel des feuilles de tabac. On parle de recherches réalisées en 1913… Déjà, le rôle des enzymes était étudié il y a 107 ans. Et la conclusion de cette étude est un copier-coller valable pour l’industrie du cannabis en 2021, et là, je cite texto :

À cet égard, la culture du tabac est quelque peu unique par rapport aux cultures agricoles ordinaires, car ces dernières, lorsqu’elles arrivent à maturité, n’ont besoin que d’une certaine quantité de soins et de travail avant d’être prêtes pour le marché, alors que lorsque le tabac arrive à maturité, la culture est à l’un de ses stades critiques et exige le plus grand soin et la plus grande attention dans le séchage et la fermentation afin que le produit fini ait la plus grande valeur marchande. C’est la principale raison pour laquelle le tabac, bien qu’il puisse être considéré comme un luxe, doit, par nécessité, en raison des dépenses et de l’attention accordées à sa production, toujours obtenir le prix le plus élevé de toutes les cultures agricoles générales.

Je le répète, ce texte a été écrit il y a 107 ans.

Des études plus récentes qui s’intéressent au travail des enzymes? Y’en a plein… comme cette étude japonaise de 2017 intitulés Étude sur les enzymes liées au sucre dans les feuilles de tabac séchées : l’effet de la méthode d’affinage sur l’activité restante. 

Donc la deuxième partie de mon OVNI va comme suit : 

Le travail des enzymes devrait normalement avoir un impact sur le type de cendre produit lors de la combustion de fleurs de cannabis?

Comment en avoir vraiment le cœur net?

Mythe de la cendre blanche : le rôle de la recherche

En faisant des recherches au Québec.

Malheureusement, pour l’instant, le gouvernement québécois subventionne des recherches qui s’intéressent uniquement aux dangers du cannabis…

Et selon moi, le plus grand danger qui guette l’industrie québécoise du cannabis est sa disparition.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ! Merci beaucoup! Bonne semaine. 

OK, je me ramasse.

Vous avez fumé un joint dont la cendre était noire? Je vous encourage dans un premier temps à ignorer la couleur pour vous concentrer sur le reste : le gout, la fumée, l’odeur, la texture et le buzz. Si vous n’êtes pas déçu de la réponse à ces questions, le problème de la couleur de la cendre disparait. Si votre évaluation du produit est négative, je vous propose une expérience. Faites sécher une fleur, peu importe la méthode. Le plus simple est de la laisser sur un comptoir, si vous n’avez pas d’enfants ou d’animaux de compagnies. Une fois la fleur séchée, consommez-la comme d’habitude… Que se passe-t-il au niveau de la combustion? Est-ce que le problème persiste? Le joint à toujours mauvais gout? La fumée est dégueu? Le buzz médiocre? Alors vous n’avez pas un problème de cendre. Vous avez tout simplement acheté un mauvais produit…

Pour l’avancement de la science, je crois que je vais m’acheter un outil pour calculer l’humidité des fleurs. Il y a un lien dans les notes de l’épisode pour ce genre d’outil qui sert habituellement à mesurer l’humidité des planchers de bois. Je vous encourage aussi à mesurer l’humidité de vos achats de fleurs qui produisent de la cendre noire et à m’envoyer le résultat. Je m’engage à construire une sorte de registre où, collectivement, nous pourrions commencer à faire nos propres études informelles. Une sorte de sagesse populaire…

Mythe de la cendre blanche : l’exemple du bio

Je partage une dernière observation qui participe à la destruction de l’idée du lessivage comme pratique efficace.

Tous les producteurs autorisés qui font des produits bios ne font pas de lessivage en fin de cycle de leurs plants. C’est inutile, par définition. Et pourtant, ils produisent des fleurs qui font de la cendre blanche ou pas… J’ai acheté un produit bio la semaine passée qui produisait de la cendre noire et qui brulait mal. Donc un produit bio qui n’a jamais contenu d’engrais chimique, qui n’a pas été l’objet d’un lessivage ou flush peut produire une cendre foncée.

Est-ce que cette simple constatation ne vient pas ébranler le mythe de la cendre blanche?

Le plus incroyable, c’est que le lessivage soit perpétué dans toute l’industrie sans qu’il existe de preuve de son efficacité… 

En décembre 2021, on n’attend pas qu’un chamane nous informe de la bonne méthode pour contrôler la couleur de la cendre d’un joint de pot. C’est le rôle de science, c’est le rôle d’une industrie et finalement, c’est le rôle d’un gouvernement qui n’a pas peur de la science…

Et voilà, c’était le 85e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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La cendre blanche est censée être un gage de qualité.
Pourquoi ?
Selon le mythe colporté partout sur les réseaux sociaux, des cendres foncées impliqueraient que la fleur que vous fumez contient de l’engrais ou d’autres produits agrotoxiques. Et tout naturellement apparait le fameux lessivage, rinçage ou flush en anglais qui est censé permettre d’expulser toute la chimie qui a été utilisée pour faire pousser le plant…

Est-ce que ça existe des experts du flushing ?

J’en ai trouvé un…

Bonne écoute!

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

# 83 Conduire et consommer, l’intersection qui tue?

# 83 Conduire et consommer, l’intersection qui tue?

Les traitements à base de cannabis peuvent aussi réduire la liberté des malades. 

Comment ?

L’utilisation médicale d’un produit légitime fait avec du cannabis peut créer des tensions avec d’autres cadres règlementaires existant dans le cadre juridique de la « tolérance zéro » qui criminalise la présence de THC même si le système nerveux central du ou de la conductrice n’est pas sous l’emprise des effets de la substance. On va regarder ça ensemble et passer en revue plusieurs études scientifiques. 

Bonne écoute!

Liens pour l’épisode

Medicinal cannabis and driving: the intersection of health and road safety policy

Bilan-routier 2020

http://mbe.io/Test_Routier_Cannabis_Quebec

Homicides en 2020 au Québec

Dans l’Orne, contrôlé positif au cannabis, un homme perd son permis six mois alors qu’il fume du CBD

Loi constituant la Société québécoise du cannabis, édictant la Loi encadrant le cannabis et modifiant diverses dispositions en matière de sécurité routière

Cannabis effects on driving longitudinal control with and without alcohol

Correlates of driving after cannabis use in high school students

Exploring youths’ beliefs towards cannabis and driving: A mixed method study

Simulated driving performance among daily and occasional cannabis users

Prevalence and Correlates of Driving Under the Influence of Cannabis in the U.S.

Mechanisms of cannabis impairment: Implications for modeling driving performance

Cannabis use and driving under the influence: Behaviors and attitudes by state-level legal sale of recreational cannabis

Driving under the influence of cannabis risk perceptions and behaviour: A population-based study in Ontario, Canada

The influence of the frequency of cannabis use and of the five impulsivity traits on risky driving behaviors among young drivers

Cannabis and driving ability

Modeling the system of beliefs that influence driving under the influence of cannabis (DUIC)

Recreational cannabis use impairs driving performance in the absence of acute intoxication

Photo de Maxime Doré sur Unsplash 

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #83

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous ! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien ? Le chanvre est bon par chez vous ?

Avant de se lancer dans l’épisode de la semaine, je veux remercier tous les gens qui ont partagé toPot avec des amis suite à mon appel il y a deux semaines. Quand je regarde les statistiques d’écoute, je peux voir qu’il y a des gens, je ne sais pas qui, car toutes ces données sont anonymes, donc je peux voir un modèle d’écoute qui part de l’épisode #1 et qui progresse vers les plus récents. C’est toujours une joie intense de voir des amoureux du pot qui écoutent mes épisodes. Donc un gros merci pour les partages. Je vous suis très reconnaissant. Détail important pour moi, je vois aussi que les liens que je partage dans les notes des épisodes sont utilisés. Le dernier épisode semble avoir été particulièrement apprécié. Bon, c’est dit et encore merci.

Alors, aujourd’hui on explore l’intersection de la conduite de véhicules motorisés et de la consommation de cannabis. Le sujet est énorme et pose des questions de sociétés importantes à la lumière des thérapies à base de cannabis qui se développent partout dans le monde. Dans notre inconscient collectif, quand Matante Ginette conduit son auto, il n’y a pas de problème même si elle se soigne avec des benzodiazépines combinées avec des opiacés. Par contre, si votre tante se soigne avec du cannabis pour le même problème, vous ne posez plus le même regard sur sa consommation. Matante Ginette conduit stone ? Ben non. Elle prend ses pilules prescript et sait qu’elle doit attendre un certain nombre d’heures avant de conduire. C’est la même chose pour le pot. 

Nous allons donc examiner quelques recherches pour éclairer notre réflexion. Le Canada se vante fréquemment de sa compassion dans les grandes rencontres mondiales. M. Trudeau est fier de sa légalisation. Mais il ne faut pas oublier que c’est le gouvernement de Stephen Harpen qui a su créer de toutes pièces une structure qui garantissait le droit de se soigner avec du cannabis. On oublie souvent que c’est un gouvernement de droite qui a permis cette avancée canadienne qui éclaire les possibilités pour tous les pays tentés par cette aventure. Par contre, ce que l’on oublie souvent, c’est que les traitements à base de cannabis peuvent aussi réduire la liberté des malades. 

Comment ?

L’utilisation médicale d’un produit légitime fait avec du cannabis peut créer des tensions avec d’autres cadres règlementaires existants. Oui j’évoque le cadre juridique de la « tolérance zéro » qui criminalise la présence de THC même si le système nerveux central du ou de la conductrice n’est pas sous l’emprise des effets de la substance.

Et ça tombe bien, car l’Australie qui est en train de se dépatouiller dans sa légalisation à la Canadienne a déjà commencé à réfléchir à cette situation. On va regarder ça ensemble et on va passer en revue une demi-douzaine d’autres études. Mais d’abord, un peu d’histoire pour replacer la discussion dans un contexte commun.

Le cannabis a été retiré du Tableau IV de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, le plus restrictif des tableaux selon les experts. Ce retrait a lieu en décembre 2020. Donc à peine un an. Et bien, il y a un clash immédiat avec les autres cadres règlementaires toujours en place et parfois des clashs avec des nouvelles lois ou règlements. 

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien ?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

J’en profite pour partager une ovni avec vous. Si vous ne fréquentez pas toPot régulièrement, une ovni est une opinion vulgaire non informée. Personnellement, je considère un véhicule motorisé comme une arme. Le machin pèse quelques tonnes et sa conception, sa forme, qui ressemble à une bulle, est très efficace pour donner un sentiment de contrôle. D’ailleurs tous les imbéciles qui font des niaiseries sur la voie publique avec leur char sont sans doute des gens qui ont l’impression d’être contrôlés dans les autres aspects de leur existence. Ainsi pour beaucoup de gens, la voiture est à la fois un havre de paix et un instrument d’expression de leur puissance. Faut avoir été cycliste pour comprendre l’idiotie de gens qui perdent patience parce que leur trajet va prendre 3 secondes de plus. J’ai été agressé cet été à Boucherville. Cela faisait une dizaine d’années que j’avais oublié cette sensation. J’avais un casque. J’avais fait mon stop, full arrêt et j’ai osé dire à un automobiliste que j’avais la priorité. Pas de doigt d’honneur, juste dire : « C’était mon tour. » était de trop. Le monsieur qui m’a poussé dans la chaine de trottoir avait entre 60 et 70 ans. J’ai sprinté pour tenter de lui arracher ses miroirs, mais il a sauté les deux stops qu’il devait faire. Moi aussi exceptionnellement.

OK. L’essentiel de cette ovni est qu’un véhicule motorisé, qu’il s’agisse d’un vélo, d’une moto ou d’une voiture, est un qui peut tuer si on est distrait une seconde… 

Je partage aussi deux statistiques avec vous pour étayer mon OVNI. Au Québec en 2020, 340 personnes sont décédées dans des accidents de la route. Selon vous combien de personnes ont été tuées avec une arme à feu pendant la même période ? 14. Au Québec, les véhicules motorisés tuent beaucoup plus que les armes à feu…

Hey Merci MJ !

Donc, replaçons nos interrogations dans le contexte du Québec.

C’est la Loi constituant la Société québécoise du cannabis, édictant la Loi encadrant le cannabis et modifiant diverses dispositions en matière de sécurité routière a été adoptée et sanctionnée le 12 juin 2018. Et là je vais citer le texte d’introduction :

Cette loi constitue la Société québécoise du cannabis (SQDC), une compagnie à fonds social, filiale de la Société des alcools du Québec, dont l’objet est d’assurer la vente de cannabis dans une perspective de protection de la santé, afin d’intégrer les consommateurs au marché licite du cannabis et de les y maintenir, sans favoriser la consommation de cannabis. La loi prévoit entre autres les règles applicables à la SQDC en matière de gouvernance et de ressources humaines, notamment en mettant en place un processus d’habilitation sécuritaire pour ses administrateurs et ses employés. D’autres dispositions de la loi concernent son financement. La loi constitue aussi, au ministère des Finances, le Fonds des revenus provenant de la vente de cannabis. 

Vous notez qu’on y mentionne une perspective de protection de la santé ? 

Je me permets de citer un autre paragraphe introductif :

Finalement, la loi modifie le Code de la sécurité routière et d’autres lois en matière de transport afin de les adapter aux nouvelles dispositions fédérales qui proposent notamment une révision importante de la section du Code criminel portant sur les infractions en matière de transport en lien avec la consommation d’alcool et de drogue. Dans ce contexte, la loi introduit un nouveau principe de tolérance zéro en matière de drogue en interdisant à toute personne de conduire un véhicule routier ou d’en avoir la garde ou le contrôle s’il y a quelque présence détectable de cannabis ou d’une autre drogue dans sa salive. Elle propose de plus de nouveaux mécanismes de contrôle et de sanction. Ainsi, elle permet entre autres à un agent de la paix qui a des raisons de soupçonner la présence de cannabis ou d’une autre drogue dans l’organisme d’une personne d’ordonner à celle-ci de lui fournir immédiatement les échantillons de salive qu’il estime nécessaire à la réalisation d’une analyse convenable avec le matériel de détection approuvé. 

Est-ce que vous voyez poindre la complexité du sujet ? 

Votre médecin peut vous prescrire du cannabis, mais vous ne pourrez plus conduire votre véhicule pour aller travailler ou pour reconduire votre enfant à la piscine, car le principe de tolérance Zéro va vous trouver fautif 100 % du temps, car si vous fumez un seul joint par semaine, vous allons tester positif tous les jours… Par contre, vous pouvez finir votre bière et allez reconduire votre enfant sans problème parce qu’un policier à l’obligation de vous laissez repartir si votre taux d’alcoolémie est inférieur à .08. 

Donc la première conclusion de l’épisode est que le gouvernement du Québec ne considère pas l’alcool comme une drogue et désire la garder hors du concept de zéro tolérance.

L’étude australienne publiée il y a quelques mois est intitulée Medicinal cannabis and driving : the intersection of health and road safety policy ou Le cannabis médicinal et la conduite : l’intersection des politiques de santé et de sécurité routière.

J’utilise cette recherche australienne, car je n’ai rien vu de similaire au Québec. L’étude commence par décrire les dangers des drogues prescript en proposant un tableau de leur dangerosité. On y trouve les anti-dépressants, les antihistaminiques, les benzodiazépines employés comme anxiolytique et antidépresseur, les hypnotiques de classe Z et les opiacés.

Toutes ces drogues sont tellement dangereuses que les pharmaciens doivent s’assurer qu’un avertissement soit bien présent sur le contenant des prescription. Il s’agit d’une exigence formelle en matière d’étiquetage. Et comme au Canada, chaque législation en Australie passe des lois qui punissent les infractions relatives à la conduite sous l’influence de l’alcool ou d’autres drogues (licites ou illicites). Le niveau d’affaiblissement d’un conducteur est, comme ici, évalué sur son comportement tel que perçu par la police. Des signes évidents de conduite en état d’ivresse sont nécessaires pour qu’une accusation soit portée par la police. Pour compliquer la tâche de tout le monde, la définition des termes « conduite sous l’influence » et de « conduite avec un affaiblissement des facultés » n’est pas la même partout. 

L’étude cite également la recherche de Hartman qui démontre chez les consommateurs de cannabis une probabilité accrue de surestimer l’affaiblissement de leurs facultés les menant à une conduite plus prudente par adoption de comportements compensatoires comme conduire plus lentement. C’est l’inverse chez les consommateurs d’alcool et il y a des tonnes de recherches sérieuses sur le sujet, où les conducteurs sous influence ont tendance à sous-estimer leur niveau d’intoxication qui se traduit pour une plus grande prise de risque.

Il est important de comprendre qu’aucune des études, y compris celle de Hartman, ne différencie la consommation médicale de la consommation non médicale. Donc, les intentions et les motivations et les obligations ne sont pas les mêmes… La disponibilité du cannabis, légal ou pas, modifie le profil de risque d’un consommateur de cannabis si on le compare à celui d’un consommateur de médicaments d’ordonnance où le risque est plus susceptible d’être associé à un mauvais usage ou à une surconsommation involontaire.

Le mauvais usage et la surconsommation du cannabis médicinal sont évidemment également possibles. Par contre, aucun produit de cannabis médicinal n’est subventionné en Australie. Ce qui rend plus cher le prix du cannabis médical que celui du cannabis illicite. Le détournement ou la surconsommation de produits de cannabis de prescription ne présente aucun avantage financier.. 

L’étude australienne décrit ensuite la nature spéciale du THC qui s’accumule facilement dans la graisse corporelle et les tissus mous, que vous soyez un consommateur médical ou non médical. Le THC accumulé est lentement rejeter dans le sang sur une période plus ou moins longue. Une autre étude récente qui date de 2020 (Peng, Desapriya, Chan, & J, 2020) révèle que les niveaux sanguins de THC détectables chez les consommateurs réguliers peuvent rester très élevés, on parle de plus de 5 ng/ml (nanogrammes par millilitre) pour certaines personnes. Ces consommateurs réguliers avaient donc un taux de base très élevé sans qu’il existe de corrélation directe entre l’altération de la conduite et le taux de THC sanguin (Wood & Dupont, 2020). Les consommateurs d’huile de THC font face au même problème, mais pour une période plus courte. Cela ne change rien au problème, car en Australie, 89 % des consommateurs ont une prescription pour un produit oral.

La conclusion de l’étude est simple. Le zéro tolérance crée un écart particulièrement marqué entre le traitement des patients sous cannabis médicinal et celui des patients utilisant d’autres médicaments altérant les facultés. Dans le cas des modèles d’accès uniquement médical, l’étude avance qu’il existe peu de preuves justifiant le traitement différencié des patients sous cannabis médicinal, par rapport aux patients qui prennent des médicaments sur ordonnance classiques ayant des effets potentiellement altérants. 

Mais au Canada, cette conclusion ne s’applique pas, car nous ne sommes pas dans un modèle d’accès strictement médical. Alors que pouvons apprendre d’autres études récentes dans un contexte plus large maintenant éclairé de la sagesse australienne ? Évidemment, il y a des liens pour chaque étude mentionnée.

On sait que les adolescents, la catégorie d’âge qui a réduit sa consommation de cannabis depuis le début de la légalisation canadienne, et ben, les ados continuent de conduire après avoir consommé du cannabis même quand ils savent que le cannabis est associé à des altérations de la conduite. Personne au monde ne peut contester ces faits. Ce type de conduite imbécile, chez un ado comme chez un adulte, s’expliquerait, entre autres, pour une certaine forme de dépendance, voire une conduite à risque en généraliser.

Une autre étude en Ontario démontre que les jeunes qui disaient conduire sous l’influence du cannabis étaient surtout des hommes sans diplôme de premier cycle. Les conclusions sont sans surprise : beaucoup de jeunes ontariens conduisent sous l’influence du cannabis et sous estiment son impact sur leur conduite.

Ah, j’ai trouvé aussi cette étude qui est une perle publiée cette année : Simulated driving performance among daily and occasional cannabis users. En français, Performance de conduite simulée chez les consommateurs quotidiens et occasionnels de cannabis. 

Un simulateur de conduite a permis de calculer précisément deux mesures de performance de conduite.

La première mesure est l’écart type de placement latéral, le standard deviation of lateral placement ou SDLP en anglais

La deuxième mesure est la vitesse enregistrée par rapport à la limite de vitesse affichée, dans des scénarios de conduite urbaine simulée, au départ et 30 minutes après une période de fumage de cannabis de 15 minutes. Les fleurs de cannabis contenaient entre 15 à 30 % de tétrahydrocannabinol (THC)). 

Des échantillons de sang ont été prélevés avant et après la consommation. Fait intéressant, des non-consommateurs ont effectué les mêmes scénarios de conduite avant et après un intervalle de repos équivalent. 

On y apprend plein de choses :

Les consommateurs occasionnels avaient un effet similaire à celui des consommateurs quotidiens, mais un taux de THC plus faible dans le sang.

Le cannabis fumé a entrainé une augmentation du SDLP chez les consommateurs quotidiens et occasionnels.

Seuls les consommateurs quotidiens de cannabis conduisaient plus lentement après avoir fumé du cannabis (15-30 % de THC).

Les résultats de l’étude ne permettent pas d’établir de manière concluante que les consommateurs occasionnels présentent une plus grande altération de la conduite que les consommateurs quotidiens lorsque les deux fument du cannabis.

Les Américains s’intéressent aussi au sujet. La prévalence annuelle autodéclarée de la conduite sous l’influence du cannabis est de 4,5 au pour le pays et oscille entre 3 % pour le Texas à 8,4 % pour l’Orégon où la livre de pot se vend autour de 100 $ après la récolte extérieure en octobre. Plus la consommation est régulière, plus la prévalence d’une conduite sous influence est forte. Ainsi, les consommateurs quotidiens de cannabis présentent une probabilité prédite de 57 % de conduite sous influence.

Et plus la consommation régulière est forte, plus ce pourcentage ou la prévalence augmente. Et les consommateurs de cannabis qui assument leurs conduites ont une probabilité plus élevée de conduire sous l’influence d’autres substances illicites, de consommer d’autres drogues illicites, de participer à des comportements illégaux et de souffrir de détresse mentale, après ajustement des caractéristiques démographiques et des corrélats psychosociaux et comportementaux.

Une autre étude américaine publiée en juillet 2021 intitulée Mécanismes de l’affaiblissement des facultés par le cannabis : Implications pour la modélisation des performances de conduite note que le premier problème est la disparité entre les produits du cannabis légalement disponibles et ceux qui font l’objet de recherches. La rareté des recherches sur les nouveaux modes consommations, on pense au vapotable mais aussi à tous les extraits fait maison qui ont des délais pharmacocinétiques différents. Cela veut dire que leurs effets peuvent se déclencher à un rythme différent selon le mode de consommation. On a qu’à penser à la différence entre l’effet d’un joint et d’un muffin au THC… Immédiatement on sait que le joint frappe plus fort, mais après 3 heures, que se passe-t-il ? Il y a une vérité incontournable pour les mangeables… Leurs effets sont difficilement prévisibles même chez les gens qui consomment depuis des décennies. 

On sait par contre que le risque d’accident de la route est multiplié par deux après avoir fumé du THC.

J’ai trouvé une autre recherche intitulée Consommation de cannabis et conduite sous influence  qui étudie les comportements et attitudes en fonction de la vente légale du cannabis récréatif au niveau de l’État. On y apprend que la conduite après consommation de cannabis était plus fréquente dans les États où la vente de cannabis est légale. L’Orégon vient immédiatement à l’esprit. Simultanément la recherche perçoit des attitudes potentiellement protectrices liées à la consommation de cannabis et à la conduite dans les États où le cannabis est légal. 

Je partage cette recherche même si, selon moi, et c’est aussi une ovni, une opinion vulgaire non informée, donc je partage cette recherche même si je n’adhère pas du tout à ces notions de conduites prudentes sous influence. Je le répète, un véhicule motorisé est une arme. Et la personne qui s’en sert mal risque de tuer quelqu’un. Est-ce que vous fumeriez avant d’aller dans un champ de tir ? Jamais. Sauf si vous êtes un militaire. Mais c’est une saga pour une autre fois.

On revient à nos études et en voici une qui vient tout juste d’être publiée en décembre 2021.

Driving under the influence of cannabis risk perceptions and behaviour: A population-based study in Ontario, Canada.

En français, c’est Perception des risques et comportement en matière de conduite sous l’influence du cannabis : une étude de population en Ontario. Les conclusions sont on ne peut plus claires :

90 % des adultes pensent que la conduite en état d’ivresse augmente le risque de collision avec un véhicule à moteur.

La plupart des adultes (56 %) pensent que la conduite sous l’influence du cannabis n’est pas plus sure que la conduite en état d’ivresse.

Je dois avouer que j’ai été surpris de voir autant de recherches différentes sur le même sujet. Je vous donne un exemple.

On sait maintenant que la fréquence de la consommation de cannabis est un prédicteur réel de la conduite à risque chez les jeunes conducteurs. Mais comment isoler cette consommation de certains traits personnelle comme l’impulsivité ?

L’impulsivité qui peut être décrite comme une urgence positive ou négative, une absence de préméditation, un manque de persévérance et une recherche de sensations sont aussi corrélés avec une conduite à risque. L’étude observe donc l’effet de la fréquence de la consommation de cannabis sur la conduite à risque tout en tenant compte de l’effet de cinq traits d’impulsivité. 

L’échantillon composé de 209 conducteurs âgés de 17 à 25 ans a rempli une série de questionnaires d’autoévaluation sur leurs comportements routiers, leur consommation de cannabis et leurs traits d’impulsivité.

Les résultats ont montré que la fréquence de la consommation de cannabis était significativement associée à une conduite à risque au-delà des cinq traits d’impulsivité mesurés. L’urgence positive est le seul trait d’impulsivité qui reste significativement associé à la conduite à risque. Finalement, la fréquence de la consommation de cannabis est comme prise en sandwich entre la recherche de sensations et la conduite à risque. 

Les chercheurs concluent donc que les gouvernements devraient cibler les utilisateurs les plus fréquents pour leur campagne de prévention, car ils semblent être la tranche de population la plus apte pour transgresser le respect de la vie des autres sur la route.

Et pendant que l’on parle de valeurs, une recherche de Brandon Scott aux États-Unis vient nous informer du système de croyances associé à la conduite sous l’influence du cannabis (DUIC) par la modélisation de 2 084 enquêtes menées auprès d’adultes. La conclusion est complexe et là je cite plus ou moins texto :

Les résultats de cette analyse indiquent que le comportement de conduite sous influence du cannabis (fréquence et récurrence) est prédit par la volonté qui influence l’intention. La volonté et l’intention étaient directement influencées par les croyances de contrôle, les attitudes, les normes et les attitudes envers les personnes qui ne pratiquent jamais la conduite sous influence. L’intention était également influencée par les attitudes envers les personnes qui pratiquent la conduite en état d’ivresse. L’intention a une plus grande influence sur la conduite sous influence que la volonté seule. 

Intention et volonté. On n’en sort pas. Ce que dit la recherche de Scott reprend le concept qui avance que l’obésité est contagieuse. Pas comme un rhume, mais plutôt comme une propagation involontaire, un comportement influencé par imitation des semblables et la réjection des autres… C’est un sujet fabuleux. 

IL est quelle heure ? Oh c’est l’heure. Et MJ merci beaucoup ! Bonne semaine. 

Alors, conduire et consommer en même temps, est-ce un comportement à risque ? Si on compare les accidents de la route au nombre de morts causé par des armes à feu, nous avons bien vu que la voiture est un objet beaucoup plus dangereux dans les mains de gens qui ne se préoccupent pas de la vie des autres. C’est un fait. La prise de risque sur la route est un phénomène connu. On parle même d’homéostasie du risque dans ce cas. Cela veut dire que si votre nouveau véhicule à des freins plus performants, vous allez retarder le moment ou vous freinez habituellement. C’est comme les casques de football qui sont de plus en plus performants. Les commotions restent toujours aussi élevées, car les joueurs adoptent des comportements encore plus violents. L’homéostasie du risque, c’est juste ça.

Maintenant si on s’intéresse au cannabis médical… Non, j’ai une meilleure formulation. Si on s’intéresse aux malades qui se soignent avec du cannabis, est-il normal que le zéro tolérance s’applique ? Au cœur de la révolution planétaire du cannabis, son utilisation médicale est cruciale, pour ne pas dire centrale. Certains chercheurs prétendent que toutes les utilisations du cannabis sont plus ou moins d’ordre médical. Cette recherche de mieux-être est réelle et universelle. 

Alors si on vous disait que vous ne pourriez plus utiliser votre véhicule en cas d’une thérapie avec du cannabis, que feriez-vous ?

Si vous avez déjà vécu cette situation, je suis curieux d’en savoir plus.

Mais je ne suis pas un chercheur spécialisé sur ce sujet. 

Si vous avez des connaissances spécifiques sur le Zéro tolérance pour la conduite automobile dans le contexte d’une thérapie avec du cannabis, n’hésitez pas à me contacter : lucprevost@hotmail.com

Et voilà, c’était le 83e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques, n’hésitez pas à m’écrire.

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez ! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre !

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Est-ce que ça existe des experts du flushing ?

J’en ai trouvé un…

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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