#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

Consommer du cannabis augmente la créativité?

Quand vient le temps de parler de pot et de créativité, qui surgit systématiquement?  

Steve Jobs évidemment. Pourquoi? Simplement parce qu’il aurait un jour déclaré :

«La meilleure façon de décrire l’effet de la marijuana et du hachich est de dire qu’ils me rendent détendu et créatif.»

Évidemment demander à un dropout ce qu’il pense d’un sujet précis ne le transforme pas en expert. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Et Bill Gates?» Bill Gates est aussi un dropout que les journalistes aiment citer sur des sujets aussi variés que le dernier virus à la mode ou le futur de l’être humain. 

Les gens riches et célèbres ne sont pas plus intelligents. Les journaux les aiment car leurs déclarations convenues remplissent de l’espace jour après jour alors qu’un expert pointu sur la malaria, sujet qui intéresse M. Gates, est une matière moins souple et moins sexy.

Et nous comme citoyens les Bill Gates de ce monde nous intéressent car on aimerait qu’ils nous offrent des recettes faciles à appliquer. Genre Brian Wilson des Beach Boys qui a toujours dit que sans le pot, il n’aurait jamais pu écrire son album phare Pet Sounds. 

Si la consommation de cannabis améliore vraiment la créativité, il y a un faisceau d’intérêts en jeu. Enjeu théorique. Enjeu psychologique. Enjeu culturel. Et enjeu économique et politique.

Alors aujourd’hui ensemble, on va s’intéresser à ce que la science dit sur le lien entre la créativité et la consommation du cannabis. On va examiner certains concepts modernes comme l’hyperamorçage et d’autres plus anciens. Car personne n’a attendu la légalisation canadienne pour expérimenter avec les drogues pour stimuler leur créativité.

Mais avant d’aller plus loin, on doit s’entendre ou tenter de comprendre ce qu’est la créativité…

Liens pour l’épisode

Les sources antiques des fables de La Fontaine

Inspired by Mary Jane? Mechanisms underlying enhanced creativity in cannabis users

Creativity and culture

Originality in Relation to Personality and Intellect

Hashing It Out: A Survey of Programmers’ Cannabis Usage, Perception, and Motivation

Reflective and non-reflective influences on cannabis use among undergraduate students: A qualitative study

Hyper-priming in cannabis users: A naturalistic study of the effects of cannabis on semantic memory function

Differential Cognitive Performance in Females and Males with Regular Cannabis Use

Investigating the interaction between schizotypy, divergent thinking and cannabis use

 

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE

INTRO THÈME toPot  (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Avant de se lancer dans l’épisode de cette semaine, un bref retour sur l’épisode #105 intitulé François-Michel Lambert, le député des aspirations interdites. Deux jours après la diffusion de l’épisode, le député français Lambert a finalement décidé de ne pas se représenter à la législative qui aura lieu dans quelques semaines. Sur Twitter, dans un enfilage de tweets, il a évoqué sa carrière et pour imager son implication pour la légalisation du cannabis en France, il a utilisé le visuel que j’avais créé pour les réseaux sociaux. Boum, il y a eu des tonnes de partages. Je souhaite à FM une belle nouvelle carrière.

OK. Aujourd’hui, on discute de créativité et de cannabis.

Quand vient le temps de parler de pot et de créativité, qui surgit systématiquement?  

Steve Jobs évidemment. Pourquoi? Simplement parce qu’il aurait un jour déclaré :

«La meilleure façon de décrire l’effet de la marijuana et du hachich est de dire qu’ils me rendent détendu et créatif.»

Évidemment demander à un dropout ce qu’il pense d’un sujet précis ne le transforme pas en expert. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Et Bill Gates?» Bill Gates est aussi un dropout que les journalistes aiment citer sur des sujets aussi variés que le dernier virus à la mode ou le futur de l’être humain. 

Les gens riches et célèbres ne sont pas plus intelligents. Les journaux les aiment car leurs déclarations convenues remplissent de l’espace jour après jour alors qu’un expert pointu sur la malaria, sujet qui intéresse M. Gates, est une matière moins souple et moins sexy.

Et nous comme citoyens les Bill Gates de ce monde nous intéressent car on aimerait qu’ils nous offrent des recettes faciles à appliquer. Genre Brian Wilson des Beach Boys qui a toujours dit que sans la marijeanne, il n’aurait jamais pu écrire son album phare Pet Sounds. 

M. Wilson n’est pas le meilleur exemple, par contre. Enfoncé dans l’abus de substances, il va réémerger après au moins une quinzaine d’années et il semble de nouveau créatif… à défaut d’être encore original. On va y revenir.

Si la consommation de cannabis améliore vraiment la créativité, il y a un faisceau d’intérêts en jeu. Enjeu théorique. Enjeu psychologique. Enjeu culturel. Et enjeu économique et politique.

Alors aujourd’hui ensemble, on va s’intéresser à ce que la science dit sur le lien entre la créativité et la consommation du cannabis. On va examiner certains concepts modernes comme l’hyperamorçage et d’autres plus anciens. Car personne n’a attendu la légalisation canadienne pour expérimenter avec les drogues pour stimuler leur créativité.

Mais avant d’aller plus loin, on doit s’entendre ou tenter de comprendre ce qu’est la créativité… 

Mon dictionnaire affirme qu’il s’agit d’un pouvoir de création, d’invention, d’imagination. La page Wikipédia contient plus de 4500 mots pour tenter de décrire la notion de créativité. En voici un aperçu…

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Je disais quoi? Ah oui la définition Wiki de la créativité…

La créativité et la je cite:

Opérationnellement, la créativité d’un individu est sa capacité à imaginer et produire (généralement sur commande en un court laps de temps ou dans des délais donnés), une grande quantité de solutions, d’idées ou de concepts permettant de réaliser de façon efficace puis efficiente et plus ou moins inattendue un effet ou une action donnée.

Inutile de dire qu’il s’agit d’un terrain miné. 

Inventer des choses est un évènement rare. En général, on améliore une chose qui existe déjà.

Il y a vraiment peu ou pas du tout d’inventions ou de solutions qui jaillissent de nulle part. Le plus bel exemple est encore une fois Steve Jobs qui a volé ou emprunter la plupart des grands concepts de la société Apple. Tout cela est évidemment bien documenté. 

Votre esprit refuse ce fait? 

Je me permets de vous présenter un exemple moins récent, mais beaucoup plus universel…

Les fables de Lafontaine, vous connaissez? 

Toute ma jeunesse, c’était Lafontaine par ici, Lafontaine par là. Le monsieur qui a tout inventé pour mieux nous expliquer la vie en utilisant des animaux pour singer le comportement des humains. Et bien Lafontaine, et j’ai du attendre d’être un adulte pour le savoir, Lafontaine donc a largement pioché dans les fables d’Ésope écrites 25 siècles plus tôt. À l’époque, on ne parlait pas de plagiat, mais d’emprunt ou d’inspiration. En 2022, Lafontaine serait définitivement accusé de plagiat… Là aussi, il y a des débats d’écoles stratosphériques. Un peu comme le plagiat évident de la chanson Stairway to heaven que la justice refuse de reconnaitre.

Puis, puis, puis, il y a aussi toutes les variations de la créativité… On dit de certaines stars du foot qu’elles sont créatives. On parle aussi de créativité en entreprise… Hé oui, vous voyez le genre.

Une vision analytique greffée à un mode de pensée atypique doublé d’une capacité d’observation et de synthèse hors du commun avec, pour le dessert, une capacité d’entreprendre remarquable… 

Puis, il y a la vraie science. 

Un vrai gouffre. 

Le fameux «down the rabbit hole»…

D’abord, il y a une histoire de la définition de la créativité. 

Des recherches, des papiers, des thèses, des séminaires, des bourses. 

Et il y a aussi une histoire de ce qu’est une définition standard. 

Qu’est-ce que fait qu’une définition standard est reconnue? C’est important en science, une définition standard.

Et si on recule un peu, il y a une quête aussi pour définir l’originalité qui diffère de la créativité. 

Il y a donc des définitions standards pour l’originalité et la créativité.

Si on parle de pot et de créativité, on est mieux de se comprendre sur le fond…

La définition standard de l’originalité date de 1955 et vient de Frank Barron. 

Le premier critère d’une réponse originale est qu’elle doit présenter une certaine rareté déclarée dans le groupe particulier étudié. Un exemple familier de cela dans la pratique psychologique est la définition d’une réponse originale aux taches d’encre de Rorschach, l’exigence étant que la réponse, dans l’expérience de l’examinateur, ne doit pas se produire plus d’une fois sur 100 examens. 

Un deuxième critère qui doit être rempli pour qu’une réponse soit qualifiée d’originale est qu’elle doit, dans une certaine mesure, s’adapter à la réalité. L’intention de cette exigence est d’exclure les réponses peu communes qui sont simplement aléatoires, ou qui procèdent de l’ignorance ou de l’illusion).

C’est bien hein!

Son document original dans les notes de l’épisode.

Je viens de partager la définition standard de l’originalité.

Et la créativité, Luc?

La définition standard de la créativité vient de Morris Stein en 1953.

C’est plus ou moins texto de l’anglais.

On peut faire une expérience mentale, si ça vous amuse.

Imaginez que l’on discute de créativité dans le contexte de la cuisine. 

De vos plats que vous préparez par exemple pour un repas exceptionnel…

Donc voici la définition standard de la créativité qui date de 1953…

L’œuvre créative est une œuvre nouvelle qui est acceptée comme défendable, utile ou satisfaisante par un groupe à un moment donné… . Par «nouveau», j’entends que le produit créatif n’existait pas auparavant sous la même forme… La mesure dans laquelle une œuvre est nouvelle dépend de la mesure dans laquelle elle s’écarte de la tradition ou du statu quo. Cela peut dépendre de la nature du problème auquel on s’attaque, du fonds de connaissances ou d’expérience qui existe dans le domaine à ce moment-là, et des caractéristiques de l’individu créatif et de celles des individus avec lesquels il «communique». Souvent, dans l’étude de la créativité, on a tendance à se limiter à l’étude du génie parce que la «distance» entre ce qu’il a fait et ce qui a existé est assez marquée… En parlant de créativité, il est donc nécessaire de distinguer les cadres de référence internes et externes.

Une définition standard n’est pas une limite à la liberté de penser. 

Mais tu es mieux de te lever tôt et être très créatif pour convaincre le reste de la planète.

Notre questionnement en soulève d’autres…

Est-ce que la créativité est la même chose dans toutes les cultures? 

Plein d’universitaires s’intéressent au sujet. On sait aussi que les autochtones de toutes les régions du monde ont toujours expérimenté avec de multiples substances diverses pour avoir accès à d’autres perspectives. Différentes drogues égalent différentes créativités. J’ai eu le privilège de faire de l’Ayahuasca au Brésil dans un dôme géodésique rempli d’une centaine de personnes. Je peux confirmer que les impacts positifs sur ma vie n’ont rien à voir avec les effets du cannabis. Par contre je ne suis en train de créer une hiérarchie des valeurs entre les drogues. Un marteau n’est pas une clé anglaise et c’est très bien ainsi. 

La créativité est aussi ce que d’autres nomment pensée productive, pensée inventive, pensée divergente, pensée latérale ou tout simplement l’imagination. Rien de scientifique, mais la poésie est une forme pure de créativité. Pourquoi s’en priver?

Sur toPot, on tente d’utiliser les définitions standards.

Pourquoi un tel intérêt académique sur un produit mal aimé? 

Surement parce que le sujet est intéressant. 

Parce que l’industrie du recrutement aussi… 

En 2022, la détection des esprits non créatifs est désirable pour certains emplois. 

Gardien de but me vient tout de suite à l’esprit… 😉

Et les esprits créatifs dans le contexte d’une planète en pleine surchauffe, ça pourrait bien valoir cher, très cher.

OK. 

Si je résume bêtement : la créativité exige à la fois une dose d’originalité et une dose d’efficacité.  

Mais la science, certaines études en tout cas, affirment que le cannabis n’a pas ce genre de propriété qui aideraient à être créatif… 

À Leiden, aux Pays-Bas, une étude qui date de 2014 suggère qu’à faible dose le cannabis n’a pas d’impact sur la créativité, alors qu’à fortes doses, le cannabis nuirait à la pensée divergente.

Mais pour rassurer celles qui ont commencé à crier dans le fond du café, je vais immédiatement citer Carl Sagan, un scientifique et astronome américain très populaire à une époque qui a largement parlé de son utilisation du cannabis :

Je trouve que la plupart des idées que je trouve quand je suis défoncé concernent des questions sociales, un domaine de recherche créative très différent de celui pour lequel je suis généralement connu. Je me souviens d’une occasion où, en prenant une douche avec ma femme alors que j’étais défoncé, j’ai eu une idée sur les origines et les invalidités du racisme en termes de courbes de distribution gaussiennes. C’était un point évident d’une certaine manière, mais dont on parlait rarement. J’ai dessiné les courbes au savon sur le mur de la douche et je suis allé écrire mon idée. Une idée a mené à une autre, et au bout d’une heure de travail extrêmement difficile, j’ai découvert que j’avais écrit onze courts essais sur un large éventail de sujets sociaux, politiques, philosophiques et biologiques. Bla bla bla…

OK. 

Le gars est un astronome… Le pot ne l’a aidé à élucider la nature de l’énergie dite sombre qui semble dominer notre Univers en plus de provoquer une accélération de son expansion. Le pot l’a aidé à écrire des petits essais.  C’est bien, mais ce n’est pas un prix Nobel grâce au cannabis par contre.

Hey Merci MJ!

Regardons un peu ce que la science tente de nous dire.

Une première étude a attiré mon attention. Son titre parle de lui-même:

Inspired by Mary Jane? Mechanisms underlying enhanced creativity in cannabis users

In french: Inspiré par Mary Jane ? Les mécanismes qui sous-tendent une créativité accrue chez les consommateurs de cannabis. L’auteur principale est Emily LaFrance.

L’étude date de 2017. Un classique. Évidemment, les curieuses vont trouver un lien dans les notes de l’épisode…

L’étude à trois buts

1)

Examiner si les consommateurs de cannabis à jeun présentent une meilleure performance aux tests de pensée divergente et convergente. 

2)

Examiner si les consommateurs de cannabis à jeun rapportent des niveaux plus élevés de créativité en utilisant des mesures standardisées d’autoévaluation de la créativité. 

3)

Explorer les cinq grands traits de personnalité comme mécanismes possibles sous-jacents aux liens supposés entre la consommation de cannabis et la créativité. 

J’ai dû chercher les 5 grands traits en question. 

Ça s’appelle Le Big Five en anglais. 

Ce n’est pas vraiment une théorie, mais plutôt une sorte de modèle. 

En français, on a créé le« modèle OCEAN », acronyme du nom de ses différentes dimensions[1].

(O) Ouverture : appréciation de l’art, de l’émotion, de l’aventure, des idées peu communes ou des idées nouvelles, curiosité et imagination ;

(C) Conscienciosité (conscience morale, virtus, c’est-à-dire vertu au sens romain) : autodiscipline, respect des obligations, organisation plutôt que spontanéité ; orienté vers des buts ;

(E) Extraversion : énergie, émotions positives, tendance à chercher la stimulation et la compagnie des autres ;

(A) Agréabilité (amabilité) : une tendance à être compatissant et coopératif plutôt que soupçonneux et antagonique envers les autres ;

(N) Neuroticisme ou névrosisme : contraire de stabilité émotionnelle : tendance à éprouver facilement des émotions désagréables comme la colère, l’inquiétude ou la dépression, vulnérabilité.

Pour la petite histoire, on parle ici d’un échantillon de consommateurs de cannabis à jeun de 412 personnes et de 309  non-consommateurs de cannabis. Les deux groupes ont répondu à des questions sur les sujets suivants: consommation de cannabis, personnalité, créativité autodéclarée et objective. 

Les résultats sont clairs. 

Les consommateurs de cannabis sobres ont fait preuve d’une plus grande créativité autodéclarée que les non-consommateurs.

Les consommateurs de cannabis sobres ont montré une capacité de pensée convergente supérieure à celle des non-consommateurs.

Les consommateurs de cannabis sont plus extravertis, plus ouverts à l’expérience et moins consciencieux.

Les différences d’ouverture à l’expérience expliquent la meilleure créativité des consommateurs de cannabis.

OK. Ça regarde mal.

Et si on se demandait l’effet du pot sur les programmeurs? 

Ça tombe bien, la recherche existe.

C’est la première étude empirique sur la prévalence, les perceptions et les motivations d’utilisation du cannabis dans les environnements de programmation. La recherche publiée en 2021 a été réalisée auprès de 803 programmeurs (dont 450 développeurs professionnels à temps plein) recrutés dans les communautés de programmation des logiciels libres, des universités et des médias sociaux. Les résultats? À première vue, cela semble un enfonçage de porte ouverte…

1)

Certains programmeurs consomment régulièrement du cannabis tout en programmant. 

2)

18% de l’échantillon fumaient au moins une fois par mois. 

3)

Le cannabis est utilisé pour des projets personnels et professionnels. 

4)

On fume pour une amélioration perçue des compétences liées à la programmation plutôt que par des raisons médicales. 

5)

Tous les employés consomment du cannabis à des taux similaires, malgré les différences de perception et de visibilité du cannabis. 

Rien de super étonnant n’est-ce pas?

Mais les politiques antidrogues dans l’industrie du génie logiciel entrent en collision avec cette consommation.

29 % de l’échantillon a déclaré avoir passé un test de dépistage de drogue pour un emploi lié à la programmation, cette pratique, en période de pénurie de travailleurs, peut ralentir l’industrie. Il y a donc des choses à faire pour enligner les deux situations. 

En savons-nous plus sur le duo cannabis-créativité? 

Pas vraiment. 

Par contre, en termes de perceptions, il semble pour certains programmeurs qu’une causalité existe. C’est une progression.

Par contre, beaucoup de gens se trouvent drôles après avoir consommé du cannabis. Vous le savez aussi bien que moi, ce n’est pas souvent le cas…

Une autre étude d’Emily LaFrance apparait en 2021.

Head in the clouds? Cannabis users’ creativity in new venture ideation depends on their entrepreneurial passion and experience.

En français: La tête dans les nuages ? La créativité des consommateurs de cannabis dans l’idéation de nouvelles entreprises dépend de leur passion et de leur expérience entrepreneuriale.

L’hypothèse derrière la recherche est simple: 

les consommateurs de cannabis génèrent des idées qui sont plus originales, mais moins réalisables, par rapport aux non-consommateurs. 

Vous vous souvenez de la définition standard de la créativité?

La créativité exige à la fois une dose d’originalité et une dose d’efficacité. 

La conclusion de l’étude est sans ambigüité:

L’originalité accrue et la faisabilité réduite des idées des consommateurs de cannabis ont fait surface dans la mesure où ils avaient une passion entrepreneuriale pour l’invention et ont diminué proportionnellement à leur expérience entrepreneuriale. 

Cela veut dire que la qualité des idées, leur faisabilité, ne dépend pas de la dose, mais de l’expérience personnelle des sujets de l’étude. 

Garbage in, garbage out.

Des entrepreneurs, des programmeurs… C’est bien.

Et si on regardait ce qui se passe à l’université? 

J’ai trouvé une revue de la littérature dans une étude qualitative intitulée:

Influences réflexives et non réflexives sur la consommation de cannabis chez les étudiants de premier cycle.

Près de 40% des étudiants universitaires américains consomment du cannabis. L’étude s’est intéressée à la contribution simultanée des processus réflexifs et des processus non réflexifs. Les processus réflexifs sont ceux qui  produisent l’action par une délibération, une volonté consciente tandis que les  processus non réflexifs sont ceux qui incitent automatiquement au comportement. 

Les conclusions de la revue de littérature sont nombreuses.

L’intoxication au cannabis favorise la pensée divergente, c’est-à-dire la capacité de voir des liens entre des concepts éloignés et de révéler quelque chose de nouveau.

Mais, mais, mais, la consommation du cannabis altère en même temps la pensée convergente, c’est-à-dire la capacité de raisonner sur la base d’une inférence logique. 

Le mot inférence est important. Selon mon dictionnaire, il s’agit d’une opération logique qui consiste à admettre une vérité en vertu de sa liaison avec d’autres vérités déjà admises. C’est à ça que servent les définitions standards. Chaque définition est une brique et à la fin, on se retrouve avec quelque chose. Un mur, une maison ou une construction mentale solide.

Pourquoi discutons-nous de ce genre de choses aujourd’hui? 

Dans le contexte sportif, tout le monde comprend les avantages d’un bon programme de dopage. Le but est de physiquement devenir un sur humain. Mais vous et moi, ne consomme-t-on pas du cannabis pour des raisons similaires? Comme dans le but de mieux penser ou de penser différemment? 

Voilà le contexte de la NEURO-AMÉLIORATION. Le monde des drogues de performance pour l’esprit. 

Un consommateur de cannabis trouve accès à d’autres perspectives. Ce point de vue différent, comme celui d’un chamane dans certaines cultures, peut constituer une forme d’augmentation de l’humain. Et l’étude des consommateurs de cannabis avec entre autres le concept amorçage ouvre la porte à une meilleure compréhension des différents mécanismes cognitifs en action.

J’ai trouvé une étude intitulée L’hyper-amorçage chez les consommateurs de cannabis : Une étude naturaliste des effets du cannabis sur la fonction de la mémoire sémantique.

Je pourrais commencer à faire débouler les définitions standards qui étayent toute cette discussion. Mais ce n’est pas le but de l’épisode… 

Rapidement tout de même, la mémoire sémantique, c’est tout ce que l’on n’a pas oublié après une amnésie suite à une commotion par exemple. Et le pot, parce qu’il affecte la mémoire, est étudié dans ce contexte.

Un exemple d’amorçage? Je vous montre une photo avec un contenu complexe une première fois. Si je vous la montre une seconde fois, vous comprenez que vous serez en mesure de la reconnaitre plus rapidement la seconde fois. Une personne exposée à la photo a donc été amorcée positivement la première fois qu’elle a été en contact avec l’image.

OK

Le cannabis est  la drogue illicite la plus populaire au monde, c’est un fait. Cela fait partie de l’intérêt de mesurer ses effets.

Une étude a testé la mémoire sémantique de 36 consommateurs de cannabis sous l’influence. Les 36 consommateurs ont de nouveau été testés à jeun tout en étant comparés à 38 témoins non consommateurs de drogue.

Sous l’influence du cannabis, les consommateurs ont démontré une augmentation de l’amorçage sémantique automatique et des symptômes schizotypiques par rapport aux témoins. Un symptôme schizotypique c’est un état mental caractérisé par un repli sur soi et une forme de prédisposition à la schizophrénie. La schizophrénie, c’est grosso modo une psychose délirante chronique caractérisée par une discordance ou si vous préférez, une perte d’harmonie de la pensée, de la vie émotionnelle et du rapport au monde extérieur.

On ne va pas devenir des spécialistes du cerveau humain d’ici la fin de l’épisode. Mais moi et vous, on avance à petits pas pour se construire des références pour toutes nos futures discussions.

Alors…

Les consommateurs de cannabis présentaient un profil similaire de schizothymie à celui des non-consommateurs lorsqu’ils ne sont pas intoxiqués. La consommation aigüe de cannabis augmente les symptômes schizotypiques et peut accroitre l’amorçage sémantique automatique chez les consommateurs récréatifs de cette drogue. Une augmentation forte de l’amorçage sémantique automatique pourrait être un facteur contribuant à des manifestations psychotiques. La première étude du  genre que j’ai trouvé date de 2010 et a démontré que la principale propriété du cannabis est sa capacité à augmenter l’hyperamorçage. Pour faire simple, l’hyperamorçage est ce qui se produit lorsque votre cerveau établit un lien entre deux éléments apparemment sans rapport. 

Si vous consommez, je n’ai pas besoin de vous expliquer la dernière phrase. Si vous ne consommez pas, je ne peux pas vous l’expliquer… 😉

Pour être créatif, il faut être bien. Et ça tombe bien car la consommation de cannabis affecte nos sentiments et donc pèse nos pensées. En général, les études qui s’intéressent à ce type de problèmes évoquent systématiquement des problèmes de motivations chez les consommateurs de cannabis. En caricature, sur le plan physique, les usagers de pot seraient des gros gras paresseux alors qu’autres études prouvent que les consommateurs de cannabis sont plus actifs physiquement et présente un meilleur indice de masse corporelle.

Au début de l’épisode, j’ai évoqué les différences qui pourraient exister dans ce qu’est la créativité selon des cultures radicalement différentes. Mais on n’a pas encore évoqué les différences des effets du cannabis chez les hommes et chez les femmes. Dans  l’épisode #95 http://mbe.io/Les-Femmes-et-le-Cannabis , j’aborde plusieurs sujets, mais pas celui de la créativité.

Là aussi, on est chanceux car des chercheurs ont publié en 2021 l’étude Differential Cognitive Performance in Females and Males with Regular Cannabis Use. En français, Différence de performance cognitive chez les femmes et les hommes consommant régulièrement du cannabis. Cette étude éclaire un peu notre discussion car elle suggère que le sexe biologique influence la relation entre le cannabis et la cognition, les hommes étant potentiellement plus vulnérables aux déficits neurocognitifs liés à la consommation de cannabis. 

Après avoir fait le tour d’internet aller-retour, je suis  tombé sur la psychologue clinicienne Gráinne Schafer. La créativité et le cannabis, c’est son truc. Dans une étude, Mme Schafer a formé deux groupes de sujets:  des sujets à «faible créativité» et d’autres à «forte créativité». Un test de fluidité verbale est ensuite proposé aux deux groupes, d’abord sobre et ensuite sous influence du cannabis.

Après une semaine de consommation, le groupe catalogué comme faible avait rejoint le niveau du groupe «forte créativité».  Par contre, les groupes des forts n’ont pas amélioré ses performances. Que faut-il en comprendre? Les personnes qui ne se considéraient comme créatives trouvent des avantages réels dans l’usage du cannabis. Le groupe qui se considérait comme plus créatif n’a pas amélioré ses performances, mais elles n’ont pas diminué non plus.

Ce que l’étude offre comme perspective de nouvelles recherches est une possible théorie selon laquelle il y existerait un lien entre la réduction des inhibitions des fonctions corticales frontales et la pensée divergente. Selon Wikipédia, la pensée divergente est une méthode de pensée utilisée pour produire des idées créatives en envisageant de nombreuses solutions possibles. Ce concept est souvent utilisé en conjonction avec la pensée convergente, qui suit un ensemble particulier d’étapes logiques pour parvenir à une solution.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ merci beaucoup! Bonne semaine. 

Est-ce que le cannabis rend plus créatif? 

La réponse facile est non.

La réponse difficile est plus complexe.

Si le buzz du cannabis pour un consommateur régulier est différent à chaque fois, il serait normal que la créativité d’une personne varie différemment à chaque consommation.

Si je me ramasse, en gros les effets du cannabis sur la créativité sont:

  1. La culture peut influencer ce que l’on croit être créatif.
  2. Les hommes et les femmes réagissent différemment.
  3. L’état d’esprit, je suis créatif, je ne suis pas créatif, a un impact sur la perception de la créativité accrue suite à la consommation du cannabis.
  4. La quantité consommée à un impact sur la créative. Un peu ça fonctionne, trop, c’est moins bon.
  5. Une OVNI… Je crois que le sens du terme créativité utilisé dans chacune de recherche n’est pas le même ce qui implique que les chercheurs ne mesurent pas obligatoirement la même chose.
  6. Et finalement, fait indéniable, beaucoup de gens qui consomment du cannabis croient être plus  créatifs sous influence. Évidemment, la tâche à effectuer sous influence doit avoir préalablement apprivoisé. Je vous donne un exemple. Beaucoup de joueurs de foot sont incapables de jouer à jeun. Mais moi je serais incapable car je n’ai aucun référent personnel dans ce sport.
     Il y a l’histoire de Doc Ellis un lanceur au baseball américain qui a réussi un match parfait sans point ni coup sur sous l’influence de la mescaline… Si on demandait aux mêmes personnes d’être efficaces dans un autre sport, les résultats pourraient être catastrophiques.

Et voilà, c’était le 106e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire: lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre !

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

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#103 Le cannabis médical vu par…

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?
Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

Le cannabis et les autochtones…

Aujourd’hui, on discute d’un sujet très important dans le contexte de la légalisation canadienne du cannabis. Pourquoi en discuter maintenant?

Parce que le paysage du cannabis canadien vient de changer à tout jamais.

Comment?

Un groupe de commerçants de la Colombie-Britannique a déclaré qu’ils ont «souffert et continuent de souffrir d’une perte de jouissance de la vie» et qu’ils ont «souffert et continuent de souffrir de troubles émotionnels et de détresse mentale» à cause de l’existence de marchés de cannabis des Premières Nations. Ce sont les mots utilisés, en anglais évidemment, dans le document officiel. Ces revendeurs de cannabis viennent de plusieurs régions de la province et leur plainte est déposée contre la province de la Colombie-Britannique, le procureur général de la Colombie-Britannique et l’unité de sécurité communautaire. 

Pour mieux comprendre la situation, on va revenir sur les moments forts des initiatives autochtones depuis le début de la légalisation.

Bonne écoute!

Liens pour l’épisode

La poursuite des 14 commercants

Seed of Sovereignty: Indigenous Rights and Canadian Cannabis Law

The Red River Métis – la Nouvelle Nation

Le grand chef de Wendake écorche Québec solidaire

THE SUBJECT MATTER OF BILL C-45

Cannabis : « sur notre territoire, la Saskatchewan n’existe plus »

Bill 96 will never apply in our community, Kahnawake leaders say

Dança da Solidão (Marisa Monte e Paulinho da Viola)

Photo de Damon Lam sur Unsplash

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

Consommer du cannabis augmente la créativité? Quand vient le temps de parler de pot et de créativité, qui surgit systématiquement?   Steve Jobs évidemment. Pourquoi? Simplement parce qu’il aurait un jour déclaré : «La meilleure façon de décrire l’effet de la marijuana...

#105 FM Lambert, le député des aspirations interdites

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Aujourd’hui, toPot reçoit un ami. Un ami député. Un ami qui va nous fournir des réponses politiques et citoyennes sous forme de clés de lecture hexagonales.  M. Lambert, François-Michel, est un homme politique français né à La Havane.  FM sans tiret pour les amis, il...

#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

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#103 Le cannabis médical vu par…

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?
Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

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Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

#103 Le cannabis médical vu par…

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Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.  

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!   

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

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#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

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Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène.

Mais dans un premier temps on va regarder la relation d’amour-haine qui existe entre les gouvernements et l’industrie du cannabis.

Au Québec, la SQDC vient de changer sa façon de faire des affaires. 

Et l’industrie est littéralement en train de freaker.

Au niveau fédéral, Santé Canada change ses lignes directrices pour le cannabis médical et là ce sont les prescripteurs qui sont aux abois.

Mais avant de se lancer dans cette poutine, j’ai trouvé deux exemples à l’extérieur du Québec pour illustrer cette relation haine-amour entre les gouvernements et l’industrie du cannabis…

Chez nos voisins américains, dans le cadre de l’enquête YouGov, 27 % des personnes interrogées ont déclaré que l’idéal serait que les gens consomment davantage de cannabis au lieu de l’alcool, tandis que 20 % ont déclaré que ce serait une mauvaise idée. L’acceptabilité sociale augmente à vue d’oeil…

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

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Une entrevue sans fard. 

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Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

#99 Potpourri 4A

#99 Potpourri 4A

Vous allez bien? 

Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, toPot à un potpourri pour vous.

  • On commence par notre belle SQDC qui a décidé d’augmenter les prix de ses produits, car dit-elle, ils se détaillent sous les prix du marché illicite.
  • La Nouvelle-Écosse qui à un monopole comme la SQDC, fait l’inverse en augmentant le prix de l’alcool et en diminuant le prix du cannabis.
  • Santé Canada vient de changer sa règlementation et les microproducteurs pourraient peut-être plus facilement se passer des intermédiaires pour vendre à la SQDC. 
  • L’Argentine réinvente le cannabis médical avec une formule qui ressemble aux Clubs Sociaux de Cannabis. 
  • Chez l’oncle Sam, le dossier du cannabis progresse et l’industrie des centres d’appels offre des produits spécifiques à l’industrie. 
  • On conclut avec la première compagnie de cannabis qui apparait dans la liste des 100 compagnies les plus importantes au monde du magazine Time.

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Canadian pot producers watch closely as Democrats aim to rewrite U.S. cannabis laws

FDA Issues Warning Letters to Companies Claiming Their CBD Products Can Treat COVID-19

NSLC Raises Booze Prices And Drops The Cost Of Cannabis

Cannabis Call Centers

Cannabis company included in Time magazine’s list of the world’s 100 most influential companies

Transcription de l'épisode 99
#99 Potpourri 4A

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.
Bienvenue chez vous!

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast.

Segment 0 h

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, toPot à un potpourri pour vous.
Je reviens sur quelques développements récents dans le cannabis au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde.

Liste des sujets de discussion
La SQDC modifie sa structure de prix.

On commence par chez nous. Le Québec! Et notre belle SQDC.

Oui, la SQDC vient de changer sa structure de prix. On va y revenir. Mais la SQDC semble aussi se décrire comme une victime de son propre succès. Voici ce qu’elle annonce à l’industrie :

OK.
Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.
Et MJ, Salut, tu vas bien?

Le document en question fait plus que 4 phrases. Mais concentrons-nous sur l’essentiel.

Je répète la première phrase :

Nous observons depuis la légalisation du cannabis, une baisse constante du prix moyen de vente au gramme.

La SQDC constate une baisse constante du moyen de vente au gramme. Si elle le dit, je la crois. La SQDC sait que ces chiffres sont vérifiables très facilement.
Donc je reconnais son observation.
Les prix légaux baissent. C’est indéniable. Et il faut positivement remercier Hexo et son ex-PDG Saint-Louis pour avoir été le premier à oser dire que les prix du cannabis légal étaient trop élevés comparés à ceux du marché noir. Le premier 28 grammes disponible au Québec était un produit Hexo, le OS si ma mémoire est bonne. Cette semaine, il y a avait 36 offres d’onces à la SQDC.
L’industrie a écouté les consommateurs.

La deuxième phrase maintenant :
Cette chute des prix est le résultat d’une offre plus importante que la demande dans l’industrie du cannabis au Canada.

L’industrie canadienne du cannabis est en surproduction depuis la fin de 2019. Les chiffres sont disponibles et indiscutables. On peut en parler, mais ils sont indiscutables ces chiffres de surproduction. Maintenant, comment pourrait-il en être autrement quand Santé Canada octroie ses licences à tour de bras? On augmente le nombre de producteurs sans égard à la taille du marché. C’est légal et ça s’appelle le capitalisme. En parallèle, les producteurs autorisés améliorent leur méthode de production. Donc, le Canada et le Québec ont de plus en plus de PA qui produisent de plus en plus efficacement. Si le cannabis était pour le législateur québécois un produit comme l’alcool, tout irait bien. Mais le cannabis est un produit qui n’est pas socialement acceptable au Québec. Pas pour les libéraux, pas pour les caquistes. Les autres? Impossible de savoir ce qu’ils pensent. Comme il n’y a rien à gagner dans ce dossier, personne ne veut prendre le risque de s’en mêler.

Hey merci MJ!

Fait important à noter, les entreprises qui représentent les PA qui ne peuvent vendre directement à la SQDC encouragent leurs clients à vendre le moins cher possible. C’est du moins ce que j’entends entre les branches. Mais cette situation risque de changer rapidement à cause des plus récents changements règlementaires apportés par Santé Canada. On va en reparler, c’est le prochain sujet…

Revenons à la troisième phrase :

Cela fait en sorte qu’aujourd’hui, plusieurs produits vendus à la SQDC, notamment dans les catégories du 3,5 grammes et des préroulés, se détaillent sous les prix du marché illicite.

Ici, j’avoue ne pas pouvoir suivre la SQDC, mais je suis peut-être mal renseigné. Cela fait des mois que je vois des onces à moins de 100 $ et plus récemment, on a pu voir passer des onces à 55 $ sur Facebook. Des onces commanditées en plus.

Mais la SQDC nomme les formats 3,5 g et les préroulés, pas l’once.
J’ai demandé sur différentes plateformes si les affirmations de la SQDC étaient facilement vérifiables…

D’abord Blaky Black qui est le Chef du BlocPot et le propriétaire de la Clinique VertMédic.
Je lui ai posé la question et il m’a envoyé une photo en guise de réponse. Une offre bilingue parfaitement rédigée, en fait une seule petite faute en français, pour une once à 80 $. Disponible 18 heures par jour. La grande classe.

J’ai ensuite échangé avec une personne sur le Discord de Black Poule qui m’a confirmé que les prix du marché noir ou gris étaient vraiment beaucoup plus bas que ceux de la SQDC.
Est-ce que la SQDC devrait rendre publique les observations et raisonnements qui mènent à une hausse de prix? Un monopole à l’obligation morale de rendre des comptes. En fait, cela permettrait surtout à la population d’adhérer aux choix de la SQDC. Mais on ne retient pas notre souffle. Tout le monde dit que c’est mauvais de fumer ou de fulminer en apnée.

Et maintenant, la dernière phrase :
Cette dynamique contribue à banaliser le cannabis, ce qui est contraire à notre mission.

On doit féliciter la SQDC de désirer respecter son mandat.
Elle obéit.
Il est donc inutile de rappeler que l’alcool tue tous les jours.
C’est 10 personnes par jour au Canada, sans oublier les 400 hospitalisations quotidiennes.
Cela, la SQDC s’en fout. C’est normal.
Son mandat exclut la possibilité de réfléchir à ces questions.
La SQDC réfléchit à sa commercialisation et investit beaucoup de sous dans son projet Omnicanal. Cela ne devrait pas nuire aux ventes.
Peut-être pourra-t-elle même servir plus de monde avec moins de personnel…

Mais la SQDC utilise une drôle de terminologie.
Elle a une marge fixe, mais aussi maintenant une marge protégée.
C’est le privilège des monopoles d’inventer les règles du jeu qui lui seront les plus favorables.
Alors cela veut dire quoi pour les producteurs autorisés?

Je reprends l’exemple proposé par la SQDC.

Et je reprends texto son explication écrite :

Les prix de vente affichés de la SQDC sont calculés selon une marge en pourcentage déterminée par catégorie de produits. La catégorie des fleurs séchées inclut une notion additionnelle de marge fixe en dollar au gramme. Tous les produits d’une même catégorie sont traités de manière identique.
La SQDC a également adopté une approche de protection de la marge en dollar par gramme. Nous appliquons le montant de la marge protégée si celui-ci est plus élevé que le calcul de base.
Les prix de vente affichés à la SQDC incluent les taxes de vente et sont arrondis à la dixième supérieure.

Tous les produits n’ont pas la même marge.
Les fleurs séchées sont à 14,9 %.
Le hash est à 25 %
Les nouveaux produits moulus aussi à 25 %
Pourquoi les prés roulés sont à 26 %?
Aucune idée et je n’ai trouvé personne qui puisse m’expliquer pourquoi.
Concentré, huile, mangeables et atomiseurs oraux sont a 30 %
Les infusions et ingrédients à cuisiner sont à 32 %
Finalement les prêt-à-boire sont à 33 %

C’est évident qu’il y a une réflexion commerciale pour être arrivé à un tel résultat.
On y reviendra peut-être un jour.

Imaginons un pot de fleurs séchées de 3,5 g que la SQDC achète au producteur autorisé pour 12 $.

Sur la catégorie Fleurs séchée de 1 à 15 g, la marge annoncée par la SQDC est de 14,9 %.

14,9 % du 12 $ du coutant de la SQDC = 2,10 $

À cette marge normale, il faut ajouter la marge fixe de 1,05 $ par gramme.
On multiplie les 3,5 g de notre exemple par 105 sous. Le total est maintenant de 5 775 $.

Et c’est là qu’arrive la marge protégée.

La marge protégée varie en fonction du produit.
1,85 $ par gramme pour les fleurs séchées
Mais 5,90 $ pour un gramme de hash.

Si on reprend notre exemple initial d’un pot de fleurs séchées de 3,5 g, la marge protégée est de 1,85 $ par gramme.

On a maintenant calculé nos deux marges et la SQDC va choisir le montant de la marge protégée si elle est plus élevée que le résultat du calcul de base.

Dans notre exemple, le coutant de la SQDC est de 12 $ pour un pot de 3,5 g.
La marge de 14,9 % égale 2,10 $ auquel nous additionnons la marge fixe de 1,05 $/g soit 3 675 $ pour un total de 5 775 $.

Nous devons comparer le calcul de base soit 5 775 $ à la marge protégée qui est de 1,85 $ qu’il faut multiplier par 3,5 g soit un total de 6 475 $

D’un coté, 5,775 et de l’autre 6 475 $

Comme la marge protégée est plus grande, c’est le montant que va utiliser la SQDC.
Le prix avant taxe devient donc 12 $ plus la marge protégée de 6 475 $ soit un total de 18 475 $

Il faut maintenant ajouter les taxes fédérales et provinciales pour un prix de vente final de 21,24 $ qui est arrondi au dixième supérieur soit 21,30 $.

Quelles seront les conséquences de cette nouvelle grille pour l’industrie?
Je ne sais pas.
Mais le trésor québécois devrait être heureux des performances de la SQDC.

Est-ce que ces prix que la SQDC juge trop bas vont réactiver le marché noir?
Trop tôt pour le dire.
Mais on pourrait assister à une professionnalisation du marché médical.

Ailleurs au Canada, on fait les choses différemment. Prenons le marché de la Nouvelle-Écosse. Je le rappelle, la Nouvelle-Écosse a un régime similaire à celui du Québec. Un monopole total de la distribution. Mais vous allez voir que cette province à une autre vision du cannabis, mais aussi de l’alcool.

La société des alcools de la Nouvelle-Écosse fait des ajustements de prix ce printemps. En effet, le coût de l’alcool va augmenter de 3,5 pour cent, tandis que les prix du cannabis baisseront de 2,75 pour cent.

Le NSLC a opté pour une augmentation globale de 3,5 % afin d’éviter toute modification radicale des prix.

«En procédant ainsi, les gens ne verront pas de hausses massives sur des produits particuliers, mais plutôt des hausses réparties sur des produits similaires», a déclaré la porte-parole de la NSLC.

Sur le front du cannabis, les prix baissent, une tendance qui se poursuit depuis l’introduction initiale du cannabis légal. «Nous continuons à voir les prix du cannabis baisser à mesure que de plus en plus d’entreprises s’installent dans cette industrie relativement nouvelle», a déclaré M. Ware.

Les changements de prix sont entrés en vigueur le 25 mars.

Si vous êtes insatisfait de la SQDC parce qu’elle est un monopole, le leadeurship de la Nouvelle-Écosse qui est aussi régi par un monopole devrait vous forcer à réfléchir autrement.

Ok, on passe à l’actualité nationale.
Ben oui, Santé Canada vient de changer sa règlementation et cela pourrait avoir de gros impacts dans l’industrie.

Dès le 19 avril de cette année, et la je traduis le plus texto possible, Santé Canada commencera à accorder l’autorisation de vendre des produits de cannabis séchés et frais à tous les détenteurs de microlicences et de licences de traitement standard au cours du processus d’autorisation initial, sans qu’il soit nécessaire de soumettre une demande de modification des ventes.

Et qu’est-ce que cela veut dire précisément?

Cela veut dire qu’un PA qui a une licence existante qui n’autorise pas la vente de produits de cannabis séchés et frais pourra se faire réémettre une licence avec des conditions modifiées dans les 90 prochains jours.

Un PA avec une telle licence sera autorisé à vendre des produits de cannabis séchés ou frais aux distributeurs au détail provinciaux autorisés une fois que leur licence aura été modifiée.

Pourquoi Santé Canada prend une telle décision 3 ans après le début de la légalisation?
Cette décision serait fondée sur le risque plus faible associé à la production de produits de cannabis séchés et frais. Mais Santé Canada confirme aussi qu’aucune modification n’est apportée aux exigences règlementaires.

Ce changement devrait diminuer les efforts requis pour respecter la charge règlementaire des détenteurs de licences tout en donnant aux nouveaux détenteurs de licences la possibilité de mettre plus rapidement leurs produits sur le marché.

Ce changement règlementaire ne s’applique pas pour l’instant aux producteurs d’extraits, de produits topiques et de produits comestibles du cannabis. Comme la transformation apporte son lot de difficultés supplémentaires, Santé Canada à décider d’attendre pour ces catégories de produits.

Mais en pratique, cela veut dire quoi?

Pour les provinces comme le N-B qui permettent la vente à l’usine, cela pourrait vouloir dire que les microproducteurs vendraient directement aux consommateurs. Quand on sait qu’un microproducteur peut donner à son emballeur-revendeur au moins 100 000 $ par an, cette nouvelle règlementation pourrait favoriser l’essor de la microproduction au Canada.

La plupart des observateurs parlent d’une facilité accrue à commercialiser plus rapidement de nouveaux produits.

Est-ce que les microproducteurs vont pouvoir vendre directement à la SQDC?
Je ne suis pas sur, mais c’est ce que je comprends.
Est-que la SQDC va augmenter ses exigences règlementaires pour éviter un déferlement de nouveaux points de contact?
C’est possible.

Mais il est clair que les plus petits joueurs avec une licence micro ou standard seraient heureux de pouvoir couper un intermédiaire entre eux et la SQDC. Évidemment, cela aurait des conséquences immédiates sur ces intermédiaires qui sont aussi producteurs et compétiteurs des sociétés auxquels ils offrent des services.

Ok, si on veut parler de l’avenir du cannabis au Canada, il faut penser aux États-Unis, notre petit voisin.

Le Congrès américain fait un nouvel effort pour réduire les interdictions fédérales et cette fois, la Chambre des représentants a adopté une loi pour légaliser le cannabis partout sur le territoire américain, éliminant ainsi toutes sanctions pénales pour la fabrication, la distribution et la possession. Le vote a été de 220 pour et 204 contre.

Le Marijuana Opportunity Reinvestment and Expungement Act permettra aussi des procédures de pardon et la création d’une taxe sur la vente des produits du cannabis.

Le dossier progresse, mais rien n’est assuré. Heureusement, instruits des difficultés du marché canadien, les Américains réfléchissent déjà aux taxes d’accises trop élevées qui nuisent à une industrie légale qui côtoie un marché illégal très bien organisé. De plus, Biden, après avoir promis la lune pour être élu, a choisi de rester silencieux sur le sujet en plus de présenter un plan de dépenses presque anticannabis.

Les grands géants canadiens rêvent de pouvoir aller vendre aux États-Unis. Tant mieux s’ils peuvent rêver. Espérons seulement qu’ils ne rêvent pas parce qu’ils sont endormis.

Personnellement, c’est l’inverse qui m’inquiète pour l’industrie canadienne. Pendant combien de temps le législateur canadien pourra-t-il empêcher nos voisins d’exporter leur cannabis au Canada? La Californie produit déjà du pot de terroir avec appellation contrôlée… Quel Canadien amateur de pot ne voudra pas tester ce genre de produit? Oui, les États-Unis sont un marché affriolant. Mais regarder qui remplit votre supermarché. Les Québécois achètent en hiver des poivrons du Chili qui transitent par les États-Unis. Nous sommes incapables d’importer directement on dirait… Et les produits de consommations courantes appartiennent majoritairement à une dizaine de grands groupes américains. Et soudainement, nous serions capables de nous opposer à cette machine?
Imaginons qu’ils n’acceptent que des produits GMP?
Cela élimine presque l’ensemble des producteurs autorisés canadiens qui n’ont pas jugé bon de s’astreindre à ce standard de qualité.

D’ailleurs le discours des géants canadiens est en constante évolution. Il y a un an, Canopy prévoyait des ventes de 1 milliard. Cette année, on parle de la moitié. Cette réduction drastique des objectifs existe partout dans l’industrie canadienne. À un tel point que nos bons géants ont adopté un nouveau mantra selon le journaliste Matt Lamers de MJBiz.

«Nous ne sommes pas là pour la part de marché, nous sommes là pour faire du profit».

Le discours s’adapte à la réalité. Hé.

Mais l’inverse est vrai aussi.
Pas au Canada, mais en Argentine où on vient d’inventer une nouvelle formule pour le cannabis médical…

Dans une initiative qui n’est pas sans rappeler les Clubs Sociaux de Cannabis, l’Argentine va permettre aux patients de faire cultiver leur cannabis par des organisations à but non lucratif agréées et autorisées.

Une ONG regroupera un maximum de 150 personnes pour la culture intérieure et extérieure.

Le programme baptisé REPROCANN détermine le nombre de plants par personne, soit 9 plants qui pourront être cultivés sur des surfaces maximums de 6 m2 en intérieur et de 15 m2 à l’extérieur.

À ma connaissance, il n’y a que la Suisse, pour l’instant, qui prévoit instaurer ce concept des clubs de cannabis.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ Merci beaucoup! Bonne semaine.

On termine avec une nouvelle que je trouve très révélatrice des avancés récentes de l’industrie du cannabis. Au cœur de l’expérience du consommateur de cannabis, il y a cette relation entre lui et l’entreprise qui produit. Comment intensifier cette relation dans un univers règlementaire ou le marketing est interdit plus ou moins? Avec un centre d’appel! Et oui, l’industrie des centres d’appels réagit à la normalisation du cannabis en proposant de nouvelles offres de service spécifique au cannabis.

Aux États-Unis, pas au Canada.

Le raisonnement est simple…
Plus de deux Américains sur 3 supportent la légalisation du cannabis et selon Pew Research, les services de centres de contact prennent une plus grande importance stratégique. Les offres se structurent et des livres blancs, les whites papers en anglais, qui proposent des réflexions spécifiques sur les besoins de l’industrie du cannabis sont maintenant disponibles. Ça c’est nouveau et c’est un signal de confiance envers le développement de l’industrie américaine du cannabis.

Ok une autre avant d’y aller!

Le magazine Time fait chaque année une liste des 100 entreprises les plus influentes du monde. Pour la première fois, une compagnie de cannabis apparait dans ce top 100!
Qui est cette compagnie?

SFX

Curaleaf.
Curaleaf existe depuis 2010 et opère 26 sites de cultures et 128 dispensaires dans 23 États différents avec 5 600 employés.

«Le fait d’être reconnu comme l’une des entreprises les plus influentes du monde par Time confirme une fois de plus que notre travail permet de briser la stigmatisation de la plante, de construire une industrie équitable et passionnante, de lancer de nouveaux produits innovants pour une large base de consommateurs et de soutenir concrètement les communautés que nous servons», a déclaré Joe Bayern, PDG de Curaleaf US, dans un communiqué.

Le futur est déjà là!
Pas au Québec, mais un jour peut-être.
1
Et voila, c’était le 99e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com.
Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez!
Bonne semaine.
Beaucoup de bienêtre.
Et bon chanvre!

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Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

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Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#98 Deux visages de la lutte aux parasites

#98 Deux visages de la lutte aux parasites

Alors que la plupart des gens éprouvent du dédain pour les insectes, Camille est attiré par eux. Son entreprise, Lady Bug Phytoprotection, fait de la gestion intégrée pour les producteurs autorisés dans l’industrie du cannabis, mais elle offre aussi ses services à M et Mme tout le monde.

Lady Bug est une entreprise spécialisée dans la lutte antiparasitaire avec des techniques de contrôle biologique qui utilise des prédateurs naturels et des produits antiparasitaires approuvés par Santé Canada.

Mais comment devient-on Lady Bug?

Liens de l’épisode

Groupe de discussion Facebook : Lady Bug Phytoprotection https://www.facebook.com/groups/378994473265000

Page Facebook de l’entreprise 

https://www.facebook.com/ladybugphytoprotection

Instagram : ladybug.mtl

https://www.instagram.com/ladybug.mtl/

Chaîne Youtube

https://www.youtube.com/channel/UCWzRfuc9EXIKdaimsGT2qkA

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

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#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

Le cannabis et les autochtones… Aujourd’hui, on discute d’un sujet très important dans le contexte de la légalisation canadienne du cannabis. Pourquoi en discuter maintenant? Parce que le paysage du cannabis canadien vient de changer à tout jamais. Comment? Un groupe...

#103 Le cannabis médical vu par…

#103 Le cannabis médical vu par…

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?
Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

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Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

#95 Le cannabis agit différemment sur les femmes?

#95 Le cannabis agit différemment sur les femmes?

Dans l’épisode #95, toPot s’intéresse aux différences qui régissent la consommation des femmes et des hommes.

Quel est le rôle des hormones sur les effets subjectifs du cannabis?

Comment le cannabis agit-il sur la sexualité?

Pourquoi les médecins prescrivent-ils moins de cannabis aux femmes?

Comment expliquer la préférence pour les produits comestibles?

Le cannabis agit comme une plante, mais aussi comme un capteur de l’air du temps…

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Sex and Gender Interactions on the Use and Impact of Recreational Cannabis

How cannabis affects women and men differently

Framework for gender differences in human and animal toxicology

Male/Female Differences in Pharmacology: Safety Issues with QT-Prolonging Drugs

Greater quinidine-induced QTc interval prolongation in women

Gender differences in pharmacokinetics and pharmacodynamics

How important are sex differences in cannabinoid action?

The Modulating Role of Sex and Anabolic-Androgenic Steroid Hormones in Cannabinoid Sensitivity

Sex differences in the acute effects of oral and vaporized cannabis among healthy adults

Cannabinoids in clinical practice

Sex differences in the subjective effects of oral Δ9-THC in cannabis users

Comparison of subjective, pharmacokinetic, and physiologic effects of marijuana smoked as joints and blunts Assessment of the Association of Cannabis on Female Sexual Function With the Female Sexual Function Index

La Russie dit avoir arrêté une basketteuse américaine pour possession de stupéfiants

Women are less likely to smoke cannabis, more likely to abuse it

Sex differences in the acute effects of oral and vaporized cannabis among healthy adults

Gender Differences in Medical Cannabis Use: Symptoms Treated, Physician Support for Use, and Prescription Medication Discontinuation

Sex and Gender Interactions on the Use and Impact of Recreational Cannabis

Photo de shahin khalaji sur Unsplash 

Transcription de l'épisode 95

À venir!

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

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Consommer du cannabis augmente la créativité? Quand vient le temps de parler de pot et de créativité, qui surgit systématiquement?   Steve Jobs évidemment. Pourquoi? Simplement parce qu’il aurait un jour déclaré : «La meilleure façon de décrire l’effet de la marijuana...

#105 FM Lambert, le député des aspirations interdites

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Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#94 Pourquoi la SQDC limite le THC à 30% ?

#94 Pourquoi la SQDC limite le THC à 30% ?

Pourquoi la SQDC limite le THC à 30 % dans ses produits de cannabis? 

Dans cet épisode, on explore la science du pour et du contre en considérant le mandat de la SQDC. Un mandat pas simple et avec pas beaucoup de corde…

Le sujet est important pour le gouvernement qui s’en sert pour afficher ses croyances, ses peurs et la science qu’il privilégie. Le sujet est aussi important pour l’industrie qui, depuis le début de la légalisation, se bat avec une seule main contre le marché noir. Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

A simple guide to pot, THC and how much is too much

Communicating THC levels and ‘dose’ to consumers

Quelle puissance pour le cannabis?

Légalisation du cannabis: des sénateurs s’inquiètent des taux de THC

Is Marijuana as Safe as We Think?

Availability, retail price and potency of legal and illegal cannabis in Canada after recreational cannabis legalisation

Drogue et alcool: 400 hospitalisations et 10 décès par jour au Canada

Légalisation du cannabis: des sénateurs s’inquiètent des taux de THC

Règlement sur le cannabis

Ottawa isn’t putting a cap on the potency of many cannabis products

Average THC Strength Over Time

Changes in Cannabis Potency Over the Last 2 Decades (1995–2014): Analysis of Current Data in the United States

Marijuana concentrates sharply spike THC levels but don’t necessarily get users higher

What is a high amount of THC for cannabis?

Association of Naturalistic Administration of Cannabis Flower and Concentrates With Intoxication and Impairment

THC Potency Concerns: Are Stronger Products More Problematic?

6 Myths About THC Caps You Shouldn’t Believe

Variation in cannabis potency and prices in a newly legal market: evidence from 30 million cannabis sales in Washington state

A within-person comparison of the subjective effects of higher vs. lower-potency cannabis

The contribution of cannabis use to variation in the incidence of psychotic disorder across Europe (EU-GEI): a multicentre case-control study

Cannabis and Psychosis: a Critical Overview of the Relationship

Acute effects of high-potency cannabis flower and cannabis concentrates on everyday life memory and decision making

The relation between cannabis use, dependence severity and white matter microstructure: A diffusion tensor imaging study

Residual effects of cannabis-use on neuropsychological functioning

Age- and Sex-Related Cortical Gray Matter Volume Differences in Adolescent Cannabis Users: A Systematic Review and Meta-Analysis of Voxel-Based Morphometry Studies

The Effects of Alcohol and Cannabis Use on the Cortical Thickness of Cognitive Control and Salience Brain Networks in Emerging Adulthood: A Co-twin Control Study

Impact of adolescent marijuana use on intelligence: Results from two longitudinal twin studies

The Science Behind THC Caps Is Inadequate, Says Epidemiologist Dr. M-J Milloy

What Is the Science on Cannabis?

Transcription de l'épisode 94

À venir!

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#103 Le cannabis médical vu par…

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?
Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#93 Produire du cannabis détruit l’environnement?

#93 Produire du cannabis détruit l’environnement?

Le sujet est évité par tout le monde. 

Pire, il est enterré ce sujet. 

Je parle évidemment de l’impact de la production du cannabis sur l’environnement. 

Les chiffres parlent et les spécialistes écrivent sur le sujet. 

Evan Mills, il y a 10 ans déjà, sonnait l’alarme avec son article 

The carbon footprint of indoor Cannabis production.

La légalisation n’a fait qu’empirer la situation.

On va regarder ce qui ne fonctionne pas.

Et ce qui fonctionne déjà bien.

Puis je propose une solution magique!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Le site de Evan Mills

The carbon footprint of indoor Cannabis production

La SQ arrête une dizaine de suspects pour avoir revendu pour 8 M$ d’alcool illégalement

A narrative review on environmental impacts of cannabis cultivation

Sustainable cannabis brands to support in 2022

Washington’s Weed Industry Has a Million-Pound Waste Problem

Indoors, Greenhouses or Outdoors: Where Are Cannabis Cultivators Growing?

La carboneutralité d’ici 2050

What is a living wage?

A Glyphosate-Based Herbicide in Soil Differentially Affects Hormonal Homeostasis and Performance of Non-target Crop Plants

« Il faisait jour la nuit ! »

Create Biochar From Hemp Stalks! – OrganiLock

Biochar from hemp stalks

Researching Biochar from Hemp Waste

https://cohpc.org/

The effects of biochar soil amendments on industrial hemp yields

Green roofs biochar and you

Small Scale Biochar production

Charbon actif

Tout comprendre de la conductivité électromagnétique des sols

Le projet Nexus

Researching Biochar from Hemp Waste

Santé Canada veut autoriser plus de pesticide glyphosate sur des aliments

La CAQ refuse de hausser la redevance sur l’eau

Transcription de l'épisode 93

# 93

À venir!

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Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#92 Le meilleur pot?  Intérieur ou extérieur?

#92 Le meilleur pot? Intérieur ou extérieur?

Aujourd’hui, toPot aborde plusieurs sujets en tentant de répondre à une seule question : 

le meilleur pot pousse-t-il à l’intérieur ou à l’extérieur? 

Je partage les fragments de science disponibles sur le sujet en gardant à l’esprit que les différences entre la théorie, les pratiques usuelles et les bonnes pratiques sont trois choses très différentes dans la vraie vie. 

À la fin de l’épisode, vous aurez peut-être changé d’avis!

Mais ce n’est pas obligatoire pour en savoir plus sur le cannabis…

Lien pour l’Épisode sur toPot

#8 mbe.io/AurélienPochard

Test BlackPoule

Cannabis cultivation has a dirty secret, but the future is sun-grown | Dan Sutton | TEDxVancouver

Growing Marijuana Indoors vs. Outdoors: The Key Differences

How to Grow Marijuana Outdoors: A Beginner’s Guide

How to Set Up a Greenhouse for Weed

Indoor vs. Outdoor Weed: A Visual Guide

THE PROPAGATION, CHARACTERISATION AND OPTIMISATION OF CANNABIS SATIVA AS A PHYTOPHARMACEUTICAL

Outdoor Versus Indoor Cannabis

How to grow weed outdoors: an intro to outdoor cannabis cultivation

A primer on growing greenhouse weed

The Dark Truth about America’s Agricultural System

Nuances in Parsing Cannabis Cultivation Energy Use: Comment on « Cannabis and the Environment: What Science Tells Us and What We Still Need to Know »

To Make Cannabis Green, We Need to Grow It Outdoors

Energy Use by the Indoor Cannabis Industry: Inconvenient Truths for Producers, Consumers, and Policymakers

Heavy Metals in Cannabis

MOOC Jardiner avec le vivant

Electricity Use in Marijuana Production

Indoors, Greenhouses or Outdoors: Where Are Cannabis Cultivators Growing?

Cannabis can be grown outdoors for pennies on the dollar. So why is hardly anyone doing it?

Resolving Environmental Fluctuations with Environmental Control Technologies

Cannabis Glandular Trichomes: A Cellular Metabolite Factory

Comparing Cannabis Cultivation Energy Consumption

https://www.cannabistech.com/articles/three-eco-friendly-methods-of-cannabis-cultivation/

Outdoor Cannabis Farms Face an Uncertain Future

Electricity Use in Marijuana Production

Tuto : Pellet de semences de cultures intermédiaires

Farmers Embrace Sustainable Cannabis Cultivation

Chemistry Visits: Getting Our Hands Dirty with Alpenglow Farms

Transcription de l'épisode 392

# 92 Le meilleur pot? Intérieur ou extérieur?

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Avant de se lancer dans l’épisode de la semaine, un petit retour sur l’épisode #90 intitulé «Je fume du cannabis. Ma bouche est en santé? Encore une fois, beaucoup d’échanges et des témoignages incroyables. Il y a un internaute qui m’a dit que l’épisode lui avait donné le courage d’arrêter de fumer la cigarette. Pas des joints. La cigarette. L’épisode #90 à eu des effets secondaires que je n’aurais jamais jamais jamais pu imaginer. Merci pour l’hommage collatéral! 

L’épisode #91 avec François Olivier Hébert a bien fait aussi, la semaine passée. Beaucoup d’internautes reconnaissent en lui une grosse pointure du cannabis scientifique. J’ai le plaisir de vous annoncer que l’on travaille sur de nouveaux épisodes. Personnellement, c’est un épisode qui m’a apporté beaucoup de joie et de connaissances.

J’en profite pour faire une correction sur ce que j’ai dit à propos du raid d’Acces Cannabis sur la Clinique La Croix Verte dont j’ai parlé dans l’épisode avec FO. Il n’y avait aucune plantation à la Clinique La Croix Verte. Le mandat d’Accès cannabis (SQ), ce sont les plantations illégales. La Croix Verte avait par contre en sa possession des surplus de ses patients qualifiés qui ont une compagnie, une facture et un test labo. Voilà. C’est pour rassurer la SQ si elle écoute toPot… ce dont je doute.

Aujourd’hui, on aborde plusieurs sujets en tentant de répondre à une seule question : le meilleur pot pousse à l’intérieur ou à l’extérieur? Évidemment, comme d’habitude, je vais tenter de partager les fragments de science disponibles sur le sujet en gardant l’esprit ouvert sur les différences entre la théorie, les pratiques usuelles et les bonnes pratiques… trois choses très différentes dans la vraie vie…

Je commence par partager avec vous un vidéo TED dans lequel le Canadien Dan Sutton présente les problèmes de la culture intérieure du cannabis. 

La culture en bunker avec murs de plastique blanc… 

L’intérêt du vidéo repose sur une question toute simple : pourquoi l’industrie de la tomate n’utilise pas les mêmes techniques que l’industrie du cannabis? Pourquoi utilise-t-elle des serres plutôt qu’une culture en bunker? On va y revenir. 

On touche ici un sujet comme le mythe de la cendre blanche. Tout le monde à une opinion. Une opinion ferme. 

La question que je pose tombe bien, car récemment, il y a eu un arrivage de fleurs cultivées en extérieur à la SQDC. Les fleurs de CBD de Après la pluie. Black Poule a fait un p’tit test et les curieuses vont trouver un lien dans les notes de l’épisode. Si vous reconnaissez l’entreprise, vous avez peut-être écouté l’épisode de toPot, l’épisode #8, sur Après la pluie.

J’ai eu la chance de demander à 2-3 maitres cultivateurs qui travaillent dans l’industrie s’ils avaient une préférence pour la culture intérieure et extérieure. Tous ont indiqué préférer le pot de bunker. Après 2-3 minutes de discussions, tous étaient d’accord pour affirmer qu’ils n’avaient jamais testé un pot extérieur provenant d’un vrai terroir.

Donc je vous pose les deux mêmes questions que j’ai posées à quelques professionnels du cannabis :

1)

Le meilleur pot pousse à l’extérieur ou en bunker intérieur? 

2)

Vous avez déjà gouté du pot de terroir? 

On va revenir à ces questions à la fin de l’épisode.

Perso, j’ai eu la chance de gouter il y a des millions d’années à du pot qui venait d’un champ près du Mont-Hilaire et qui avait séché dans une grange la tête en bas, comme dans les films. Et je ne sais pas comment l’affinage avait été réalisé mais j’avais reçu deux branches en cadeau et je me souviens encore, 25 ans plus tard, de l’expérience. Plus récemment, j’ai pu gouter à la production du producteur délégué de cannabis médical qui avait fait quelques tests en extérieur. Mon souvenir le plus vivide était la qualité de la fumée qui avait des qualités que je ne croyais pas possibles. Un peu comme quand tu te presses une orange après avoir bu du koolaid… La surprise est toujours mémorable!

Je vous propose de commencer de manière très classique en déclinant de façon méthodique le pour et le contre de chaque méthode.

Je vous propose donc le format suivant : d’abord le pour et le contre de la culture intérieure en bunker et ensuite le pour et le contre de la culture extérieure.

Après cette première étape, on va parler de la qualité spécifique de la récolte des deux types de cultures.

 Vous êtes prêts? 

On y va.

Culture en intérieur —Les avantages

Il y a 12 000 ans, personne ne cultivait de pot en bunker.

Voilà une très mauvaise raison pour croire que la pratique du bunker n’a pas de sens. Je vous donne un autre exemple. Sans l’usage de la fourrure et du cuir des animaux, les colons de la Nouvelle-France n’auraient pu survivre. Est-ce que cela justifie l’utilisation de la fourrure en 2022? Je réponds par un autre exemple. Il fait froid dans l’espace. Il fait très très froid sur la lune. On est d’accord? Et bien, c’est un fait indéniable qu’aucun astronaute n’a porté de la fourrure dans une exploration spatiale… Ce qui était vrai, plausible et pertinent il y a 12 000 ou 200 ans peut changer dans le temps.

La culture intérieure abolit les saisons. On peut dire que c’est un progrès dans certaines circonstances. Ne pas dépendre du chaud, du froid, de la pluie ou du soleil simplifie la vie et permet d’augmenter le rythme des récoltes. Cela veut dire aussi que les conditions d’une salle de culture peuvent être ajustées pour un cultivar en particulier. On peut contrôler la longueur de la nuit, la vitesse du vent ainsi que sa direction. Dans un tel environnement, le maitre cultivateur devient le maitre de l’univers capable de nourrir ses plants au compte-goutte avec une intention comparable à la mère qui donne le sein à son enfant. Dans les deux cas, comme c’est drôle, on s’assure que le petit rototo, le burping, est bien effectué. C’est essentiel…

Le soleil est remplacé par des lampes qui elles-mêmes sont remplacées fréquemment, car elles évoluent d’une saison à l’autre. Toujours plus de puissance à des couts de plus en plus bas. La dernière mode, ce sont les lampes LED… 

La culture en bunker, c’est aussi l’avènement de la culture verticale qui fait la promesse de tout révolutionner. Par contre, les couts de démarrages sont tels que cette avenue ne peut être soutenue que par de grands groupes industriels.

L’automatisation de précision est un autre avantage réel de la culture intérieur. Tu veux reproduire les matins froids des montagnes du Rif marocain? Facile. Tu veux reproduire l’altitude de Denver? C’est possible. C’est plus cher mais c’est possible. À défaut d’offrir un vrai terroir, la culture intérieure peut créer des climats virtuels qui n’existent pas dans le vrai monde. 

Culture en intérieur —Les inconvénients

Les lampes pour la culture intérieure promettent de remplacer le soleil et de faire disparaitre les nuages. Dans la vraie vie, le soleil est gratuit. Pas l’électricité. Et la lumière du soleil est ce qui a permis l’apparition de l’humain et du cannabis. Une lampe LED n’aurait jamais pu accomplir ce travail. 

Et les parasites? Oui, les parasites adorent la culture intérieure. Pourquoi? Parce le Bon Dieu du producteur autorisé, le maitre cultivateur, doit manipuler toutes les manettes des contrôles de l’environnement des cultures. La température, les sources de lumière et leurs positionnements, les sources et le débit d’air, l’humidité aussi. Voici quelques-uns des paramètres qui, lorsqu’ils sont mal contrôlés, vont provoquer le développement d’agents pathogènes comme le botrytis. Les contaminations croisées sont évitables mais au prix de constants efforts prophylactiques pour prévenir leurs apparitions. 

Le propriétaire de la ferme Golden Peak au NB, Tom Devost, m’a déjà confié en entrevue que son budget global de protection, les gants de latex, les savons et autres produits nettoyants constituaient presque une surprise tellement cela coutait cher…

Il y a des PA qui ont construit leur bâtiment. D’autres adaptent des bâtiments existants. Dans les deux cas, il y aura des surprises couteuses. En fait, tout coute très cher en intérieur pour respecter les contraintes de Santé Canada. 

Il n’y aurait pas d’industrie québécoise de la tomate s’il elle devait respecter les obligations imposées aux producteurs autorisés. Mais on ne fume pas les tomates… C’est ça la différence.

Il y a des tonnes d’autres problèmes provoqués par la culture intérieure. Si on veut simplifier à l’extrême, on peut dire que le cout de production en intérieur sera toujours plus élevé que la culture extérieure. Beaucoup plus cher. Heureusement pour l’industrie québécoise, les importations sont interdites pour l’instant. Aujourd’hui les PA canadiens évoluent dans une petite compétition nationale. La fermeture des frontières ne sera pas éternelle. Les accords de libre-échange signés par le Canada vont finir par avoir leur effet d’ouverture. Et quand les frontières vont s’ouvrir, les offres de produits de qualité médicale bio nonirradiés vont abonder. Et les dominants dans un marché verrouillé par le législateur vont devoir faire face à des produits équivalents ou supérieurs pour une fraction du prix…

Ce n’est qu’une question de temps!

OK, on passe à la culture extérieure et à ses avantages… 

Culture en extérieur —Les avantages

Commençons par enfoncer la porte ouverte…

Si la culture extérieure n’avait jamais été pratiquée, la SQDC ne pourrait exister.

Cela fait quelques dizaines de milliers d’années que l’humain cultive le cannabis à l’extérieur. Il a su trouver les bons cultivars pour chaque région et chaque microclimat. Il suffit de penser aux Marocains de la région du Rif qui ont longtemps utilisé des espèces qui exigeaient peu d’arrosage. Depuis quelques années, tout l’écosystème du Rif est perturbé par l’utilisation de cultivars qui donnent de plus grosses récoltes mais au prix de l’utilisation de produits agrotoxiques et d’arrosages intensifs qui déstabilisent l’accès aux ressources hydriques de la région. 

En culture extérieure, les insectes pertinents sont gratuits et au travail toute la journée. La gang de guêpes, fourmis et coccinelles se gavent de parasites pour le plus grand plaisir des plants. Sans plafond, les plants les plus vigoureux peuvent prendre de la hauteur pour tenter de toucher les nuages sans que cela ne dérange personne.

Évidemment, les rendements en extérieur sont beaucoup plus grands. Le CO2 indispensable à la croissance qui est injecté dans les salles de cultures est gratuit à l’extérieur. De plus, le bon sol pour un cultivar X, Y ou Z contient tous les nutriments dont le plant a besoin. Un autre besoin comblé par la nature plutôt que par un marchand de terreau ou de substrats neutre comme la noix de coco indienne importée par conteneur.

L’empreinte écologique d’une culture extérieure brille en comparaison d’une culture intérieure. Pas d’éclairage, pas de déshumidificateur, pas de ventilateurs, pas de plancher chauffant… Pas de, pas de, pas de… Vous avez compris.

J’ai trouvé des comparaisons intéressantes. En Californie, la production d’un kilo de fleur exigerait l’équivalent de 90 k de charbon. 

Quelle drôle de comparaison! Personne ne connait le charbon en Amérique.

Vous avez déjà utilisé du charbon pour vous chauffer? J’ai eu cette chance pendant quelques années en Belgique. Je me rappelle encore du crépitement de la poussière du fond de la pelle quand je chargeais la gueule du foyer qui se trouvait dans la cuisine de la maison de maitre ou j’habitais à Anvers. L’odeur aussi est spéciale… 

Une fleur qui pousse à l’extérieur à des qualités organoleptiques particulières impossibles à imiter à l’intérieur. Pensons-y ensemble… Le champage, le vin le plus cher au monde, est cultivé en extérieur. Il n’est jamais venu à l’esprit des Champenois de s’éloigner de leur sol pour cultiver en intérieur bien que le champagne appartienne à la catégorie des produits de luxe. C’est l’idée même du terroir qui est au centre de la vraie promesse de la culture extérieure. La Californie a déjà un ou deux programmes d’appellation contrôlée en place.

Tu cultives dans un coin où il y a beaucoup de pluies au moment de la récolte? Un maitre cultivateur éveillé va planter une espèce avec un cycle de croissance plus court pour les éviter.

Cultiver en extérieur n’est pas une méthode plus facile. C’est une méthode différente. Il y a autant de R&D en extérieur qu’en intérieur. Il est très facile d’inonder une parcelle pour voir qui va survivre et devenir le champion du coin. La plante qui ne pourrit pas immédiatement à un tel traitement est une bonne candidate pour une région fortement touchée par la pluie. Mais forcément l’industrie des fournisseurs de ventilation, automatisation et chauffage ne peut rien vendre à un producteur extérieur… RIEN! Ou si peu… 

Il presque normal de lire tous les jours que les fleurs d’intérieurs sont supérieures dans des médias qui survivent avec la publicité d’une industrie dédiée à la culture intérieure. Je n’insinue même pas qu’il s’agit d’une forme de malhonnêteté intellectuelle. Je dis simplement qu’il n’existe aucun média au monde qui va mordre la main de l’industrie qu’il lui permet d’exister. 

La culture extérieure a aussi ses chasses au phénotype idéal qui amusent tous les producteurs autorisés qui cultivent en bunker. Cette recherche est aussi ouverte pour les maitres cultivateurs spécialisés en culture extérieure mais on en parle jamais ou rarement. Je prédis que ce n’est qu’une question de temps avec qu’apparaisse l’équivalent du JeanGuy mais disponible uniquement en culture extérieure. Un Jean-Guy de terroir. Un cultivar qui pourrait peut-être être planté à l’automne dans une boulette d’argile et qui commencerait à pousser dès la fonte de la neige. Un cultivar qui serait récolté pour la Saint-Jean… Une folie? Je ne crois pas et de toute façon, on a le droit de rêver.

Culture en plein air — Inconvénients

Existe-t-il des désavantages à la culture extérieure? 

Ben oui!

En Montérégie, il ne pleut pas à 14 heures chaque jour comme à Belém do Para en Amazonie. J’ai vécu là et les pluies de deux heures, as chuvas das duas, sont aussi prévisibles que les défaites des équipes sportives de Montréal… En 10 minutes, tu as de l’eau jusqu’au genoux dans la rue principale de Belém. Ce n’est pas compliqué. J’avais une vieille paire de chaussures de cuir que j’ai porté une fois. Je les ai rangés dans un garde-robe de l’hôtel où l’on vivait ma belle et moi. Un mois plus tard en faisant un ménage, j’ai retrouvé mes chaussures mais avec une mousse verte sur tout le périmètre de la semelle. La végétation poussait sur mes chaussures. C’est la seule fois dans ma vie où je me suis promené en gougoune pour aller au restaurant… Une ville incroyable Belém. D’ailleurs le dossier du cannabis au Brésil va être passionnant à suivre! Dans une culture ou la religion catholique est toujours très présente, ça va être beau.

Au Québec, les variations de température sont plus imprévisibles. Une année, il fait chaud avec peu de précipitation. L’année d’après, c’est le déluge et les nuages sont omniprésents. Cela prend du talent pour comprendre tout ça. Quand ton appareil de climatisation fonctionne plus, tu appelles le fournisseur qui te l’a vendu. Et peut-être que tu pars une génératrice en attendant. Quand il fait plus chaud qu’à la moyenne à l’extérieur, le MC est seul face à ses choix… Trop chaud, trop froid, tu fais quoi? Il faut avoir la réponse quand tu plantes. Après, il est déjà trop tard.

Et les gros prédateurs? Non, pas les méchants à deux pattes qui arrivent en camion… Je pense aux cerfs de Virginie. Est-ce que les cerfs qui mangent les plants extérieurs peuvent être stone? Faudrait leur demander… Une tornade avec ça? Un incendie dans la foret voisine? 

OK. 

La culture extérieure donne beaucoup sans rien demander en retour.

Par contre, la perte de contrôle totale sur la température implique l’utilisation de cultivars exceptionnels. Et des maitres-cultivateurs avec une formation complètement différente. 

OK, on a débroussaillé un peu et on commence à voir plus clair. 

Mais on n’est pas sortie du champ pour autant. On va parler un peu d’argent…

Coût de la culture de la marijuana en intérieur

Ce sujet nécessité à lui seul un épisode. 

Mais on peut se donner rapidement une idée de grandeur. 

Comment? 

En consultant les petites annonces. J’en ai parlé récemment. 

Il y au minimum 5 installations de production de cannabis en vente aujourd’hui au Québec. 

La moins chère est vendue 800 000 $. La plus chère 5, 5 millions. Ça, c’est le cout d’acquisition, pas le cout de fonctionnement qui va varier selon le niveau d’automatisation et les méthodes de culture pratiquées. J’ai des chiffres très précis. Par exemple, le cout de la production au kilo ou au gramme qui exclut la gestion, le marketing, la distribution qui vont varier fortement en fonction de l’environnement législatif. Mais ici, je tente juste de faire l’inventaire minimum à fin de comparaison avec la culture extérieure. 

Ce qui est le plus facile à comprendre, c’est l’avantage évident de la répétition des récoltes. 

C’est là où l’humain peut se moquer un peu des dieux du climat. Et il y en a quelques-uns, Poséidon responsable des tremblements de terre, Helios le dieu du soleil, Séléné la déesse de la lune et le fameux Zeus qui s’amuse avec la pluie et la foudre! Il n’est pas inutile de rappeler que c’est un philosophe, Aristote en l’occurrence, à qui on attribue la création de la météorologie. Quand il pleut trop et que tu vas perdre ta récolte, c’est utile d’être philosophe..

L’origine du mot climat, KLIMA en grec ancien, veut dire «région du point de vue de la latitude».

OK. On va maintenant examiner le cout de la culture du cannabis à l’extérieur.

Coût de la culture du cannabis à l’extérieur

La culture extérieure du cannabis doit ressembler aux contraintes financières des fermiers québécois. Beaucoup d’argent au démarrage et peu par la suite. 

J’avoue ne pas connaitre l’ensemble des exigences en termes d’installation minimum pour un microproducteur de culture extérieure. Si tu as déjà un terrain et un climat que tu comprends bien, en caricature, on peut dire que l’essentiel est déjà là. Oui la surveillance du terrain doit couter plus cher que la surveillance d’un bunker. Mais là aussi, la technologie offre de nouveaux moyens pour faire face à ces défis. Je pense, entre autres, aux drones autonomes pour la surveillance et l’agriculture de précision. J’ai déjà couvert le sujet dans l’épisode #4 avec une présentation de la technologie de Telespazio France. Cette solution est valable pour des superficies énormes et est hors de la portée des microproducteurs et même des petits producteurs qui ont une licence standard.

J’ai repéré un producteur canadien de cannabis THC en extérieur. Je me promets de lui demander une entrevue pour discuter du sujet. Sans entrer dans les détails, il est clair que la partie culture coute beaucoup moins cher en extérieur. 

OK. On s’est orienté juste pour partir du même endroit dans la partie cruciale de notre discussion. 

Le meilleur pot pousse à l’intérieur ou à l’extérieur?

Commençons par nous entendre sur le fonds. On va maintenant parler de qualité. Certains facteurs sont intangibles, comme l’odeur. Mais vous et moi, on est de bonne foi, on se connait un peu alors on va se faire confiance et avancer tout en douceur.

Qualité du cannabis cultivé en intérieur et en extérieur

On va commencer par analyser les différences visuelles!

Taille

D’abord la taille. Sur les réseaux sociaux, il est clair que la majorité des consommateurs de cannabis préfèrent les grosses fleurs qui sont associées, plus que les petites, à un produit de qualité. Si on ose faire une comparaison avec les fraises, tout le monde sait que les plus grosses sont rarement les meilleures. Mais ce type de raisonnement ne semble pas s’appliquer au cannabis. Et là, les fleurs de cultures extérieures gagnent le concours haut la main. Les fleurs extérieures comparées à leurs sœurs d’intérieurs ressemblent à des culturistes.

Densité de la fleur

Et la densité des fleurs? 

Avant la légalisation, les fleurs de culture extérieure et leur plant étaient moins bien traités après la récolte. Séchage inégal, manipulation grossière, transport en vrac moins respectueux. Le moment de la récolte était parfois loin d’être idéal, car il était déterminé par beaucoup de facteurs externes à la culture en soi. Je pense évidemment au travail de la police, en avion et en hélicoptère mais aussi aux voleurs qu’il faut savoir déjouer.

À l’inverse, les mariculteurs d’intérieur, les pros comme les amateurs, pouvaient exercer plus de contrôle sur toutes les étapes après la récolte. Il n’y a personne qui te regarde passer du salon au sous-sol alors que sortir des plants d’un champ attire plus de regards et de convoitises. Parce que toutes les étapes après la récolte étaient davantage respectées, historiquement la densité des fleurs extérieures était plus grande.

Ah la taille et la densité…

Il s’agit de deux critères arbitraires qui, dans le fond du fond, ne décident de rien. 

Ce sont précisément des critères facilement manipulables qui ne disent rien de ce qui est important. C’est un peu comme les critères esthétiques pour décrire les humains. Les mannequins sont grands et maigres et leur image ne correspond qu’a une fraction de % de la population générale. 

À certaines époques, l’appréciation de la poitrine change. 

Au cinéma, par exemple, il est de plus en plus courant pour les hommes de devoir montrer leur torse nu. C’est nouveau. La série Reacher de Netflix est l’exemple parfait. Le personnage principal est tellement énorme qu’il n’a pas les deux épaules dans le même code postal. Et chaque épisode montre son torse rasé de plus près que sa face. Ce qui est clair, c’est que l’on voit plus la poitrine du héros que celle de l’héroïne. C’est un changement de paradigme. La taille de la poitrine chez les hommes devient de plus en plus importante sans que cela améliore, dans les faits, la performance de l’acteur en question. Mais c’est devenu un des éléments importants du casting des rôles masculins.

La taille de la poitrine chez les femmes? Même chose. La culture américaine s’est imposée partout avec ses seins en forme de bombe, même au Brésil où c’est historiquement le derrière qui était mis de l’avant. Aux États-Unis, ça bouge un peu depuis l’apparition des Kardashians.

Comme quoi, l’idée de la beauté est une suite de critères interchangeables selon les époques. Pourquoi en serait-il différent dans le cannabis?

En 2022, grâce à la légalisation, on peut penser que la situation n’est plus la même. Parce que la culture extérieure est en train de retrouver ses lettres de noblesse. Et que la notion de terroir va devenir un facteur réel de différenciation dans le marché hyper compétitif de la fleur dont le prix est par ailleurs toujours en chute libre. 

On peut questionner, plus que jamais, la fausse relation entre la taille et la densité des fleurs et la qualité d’un produit. 

Densité des trichomes

Après l’évaluation de la densité de la fleur, on peut discuter de la densité des trichomes. D’après ce dont je peux comprendre de mes discussions informelles, c’est ici que la culture intérieure doit briller en comparaison de la culture extérieure. Ce n’est pas seulement un travail plus précis au niveau de l’éclairage selon moi mais surtout le fait qu’a l’extérieur, la pluie peut parfois tomber avec beaucoup de vélocité, surtout sur une parcelle mal protégée du vent. 

C’est à la fois un travail d’anthropologue doublé d’un agronome qui permettrait d’y voir plus clair. J’avance ici, encore une fois, un peu comme l’idiot du village, car je n’ai pas cette expérience de culture, à l’intérieur ou à l’extérieur. 

Mais je me permets une remarque qui ne peut être contredite. 

Prenons un autre produit extérieur exporté dans le monde entier. Oui, le thé. Et comment récolte-t-on le thé? En effectuant une récolte qui s’étale sur plusieurs mois. Il existe la cueillette dite impériale que ne s’intéresse qu’aux premiers bourgeons et feuilles. Il y a ensuite une cueillette fine et ainsi de suite. Il y a un phénomène de dormance de la plante dans cette méthode et je n’irai pas plus loin de peur de raconter des bêtises. En diffèrent les moments de la récolte, les producteurs créent d’autres plus-values reconnues mondialement par les consommateurs de thé. 

La culture extérieure produit beaucoup abondamment que la culture intérieure. 

Le soleil, c’est le soleil… Mais une cueillette qui irait chercher que les plus belles fleurs permettrait de créer de nouveaux produits. Je pense au Beaujolais nouveau. Et je termine mon exemple en reprenant les propos de Jean-Francois Gaudreault de Cannalys. Quand je vais chercher une tomate dans ma cour pour manger avec ma salade, je n’arrache pas le plant au complet avec les tomates qui n’ont pas encore eu le temps de murir. J’arrache, en fait je détache avec précaution celle que je vais manger et je laisse les autres murir sur le plant. Personnellement, je fais la même chose avec mes salades. Au fur et à mesure de mes besoins, je vais dans la cour chercher juste la quantité de feuilles dont j’ai besoin.

Est-ce une méthode plausible pour un géant du cannabis? Je ne sais pas. Par contre, en extérieur chez un microproducteur, je vois une opportunité commerciale réelle. J’imagine que le premier PA qui va oser vendre un pot de 3,5 dans lequel il n’y a qu’une seule fleur va frapper l’imaginaire des consommateurs.

Quand ton cout de production en extérieur est de moins de 10 sous le gramme, tu as de la marge pour remplir le pot. 

Mon expérience de consommateur ne me permet pas de proposer une réponse définitive sur la production comparée de trichomes produits à l’extérieur et à l’intérieur. Je ne pense pas être le seul québécois dans cette position.

Est-ce que les trichomes d’un cultivar qui a poussé à l’extérieur sont exactement les mêmes que sur un cultivar similaire qui aurait poussé a l’extérieur? Je suis incapable de répondre à cette question. Mais si vous avez un début de réponse, je suis curieux. lucprevost@hotmail.com 

Par contre, j’ai trouvé ceci, une revue scientifique des connaissances actuelles qui tente de synthétiser notre compréhension réelle des trichomes glandulaires du cannabis… Et là je cite texto : 

D’un point de vue scientifique, de multiples questions intéressantes sont associées aux trichomes glandulaires. Ces questions portent principalement sur les différences liées au génotype et aux conditions de culture. La façon dont les changements dans la composition du sol, la lumière, les nutriments, les niveaux d’eau et d’autres facteurs environnementaux affectent la densité des trichomes reste largement inconnue pour le cannabis. Nos connaissances sur la façon dont les profils de métabolites eux-mêmes diffèrent entre les variétés sont limitées et principalement basées sur les rapports des cultivateurs qui sont incomplets au-delà des principaux cannabinoïdes et terpènes, laissant 100 métabolites inconnus. Notre manque de connaissances dans ces domaines du métabolisme et de la composition du cannabis fait qu’il est difficile de formuler directement des hypothèses sur l’origine et la manière dont les différences se produisent, ce qui souligne la nécessité de normes uniformes rigoureuses pour permettre des comparaisons de données impartiales et scientifiquement fondées. Plus nous en saurons sur les trichomes, plus notre connaissance de cette plante sera applicable à ceux qui se trouvent le long de la chaîne de production et de consommation.

Cette recherche a été publiée en septembre 2021 par une équipe montréalaise de l’université McGill… Et oui, au campus Macdonald… On a hâte de voir leurs prochaines études!

Couleurs

Et les couleurs?  

Tout ce qui pousse à l’extérieur aura tendance à devenir plus foncé. Je vais m’en tenir à cette généralité. Je n’ai pas de repères réels pour discuter du sujet et même s’il était largement documenté, la couleur du cannabis ne deviendra jamais un obstacle dans l’appréciation d’une fleur, qu’elle soit cultivée en intérieur ou à l’extérieur. Une fleur terne à 29 % de THC fait taire la plupart des remarques…

Puissance

On arrive maintenant au cœur de cette comparaison pour l’immense majorité des consommateurs. 

Et la puissance? L’effet quoi! Le buzz!

En termes d’effet psychoactif, est-ce que la fleur extérieure est moins puissante que son équivalent qui pousse en bunker? 

La croyance populaire veut que la fleur d’intérieur soit plus puissante. 

Si on exclut tout ce qui est anecdotique, il y a quelques études de disponibles. Je ne dis pas que les témoignages anecdotiques sont ridicules. Je précise qu’ils ne suffisent pas. Aux États-Unis, la ferme Sunna Ra Acres s’amuse depuis des années à faire pousser les mêmes cultivars à l’intérieur et à l’extérieur. Selon les résultats partagés par ce PA américain, les clones cultivés à l’extérieur produisent plus de cannabinoïdes et de terpènes que les mêmes clones à l’intérieur. Il y aurait même des terpènes qui étaient présents uniquement dans les fleurs provenant de l’extérieur. La ferme confirme des résultats similaires pour tous les cultivars différents qu’elle a testés depuis quelques années.

 Une autre étude sur 2700 plants réalisée dans la région de Washington à trouver des taux de THC supérieurs de 1 % pour les plants extérieurs avec aussi, c’est très important, une réponse terpénique supérieure. N’importe quel analyste des ventes de la SQDC vous dira qu’il existe non pas une corrélation mais un lien de causalité entre le % de THC et le prix qui peut être demandé. 

La question de fond qu’on peut se poser en conclusion est la suivante : si jamais la culture intérieure permettait la création de terpènes de façon un peu plus précise, est-ce que le cout environnemental est en vaut la peine? Je ne répondrais pas pour vous…

Meilleures pratiques pour culture extérieure

Il est important de mentionner que l’extérieur n’est pas sans risque…

Ce n’est pas parce qu’un PA produit à l’extérieur qu’il ne doit pas faire attention.

Un exemple?

S’il utilise du fumier, on espère qu’il a testé sa pile de compost pour détecter les métaux lourds qu’il contient. On donne de l’arsenic aux poulets et aux porcs pour lutter contre les parasites. Du cuivre aussi. J’ai trouvé des chiffres qui font peur : «Une comparaison entre les teneurs en métaux des lisiers et les concentrations normales de métaux lourds dans les sols montre que la teneur en cuivre des lisiers de porc est 10 à 40 fois supérieure à celle du sol».

Disons que ces chiffres sont mauvais. Ou imprécis. Je voulais juste attirer notre attention sur le fait que la culture extérieure n’est pas le paradis et qu’il faut attention à chaque geste. Le beau pot bio extérieur contaminé naturellement, ce n’est pas intéressant pour personne. Et sans tomber dans l’agriculture végétalienne qui contourne totalement ce problème, il existe des solutions faciles à mettre en place. Si on part du principe qu’il y a des métaux lourds dans tous les sols, le travail du PA sera de minimiser leur présence dans ses fleurs. 

Fait important à rappeler, toute la culture extérieure n’est pas bio. Loin de là…

OK. On revient à notre question originale.

Le meilleur pot? Intérieur ou extérieur?

Notre première exploration a consisté à se demander ce qui était le mieux pour le consommateur. On n’a pas une réponse définitive mais au final, on a avancé et on sait que l’on doit rester éveiller. Et curieux. Pour la simple joie de l’expérimentation de nouvelles fleurs.

Mais on peut aussi se poser la question suivante : quel est le meilleur pot pour la planète? Pour l’environnement quoi?

Une étude de 2018 réalisée par New Frontier Data démontre que cultiver du pot en bunker consomme 18 fois plus d’énergie. C’est plate mais au Québec, on s’en fout un peu, car la notre d’électricité, elle n’est pas chère. C’est même un argument utilisé par certains PA quand ils sollicitent les investisseurs boursiers.

Une culture de type bunker permet de 5 à 7 récoltes par année.

Au Québec, en extérieur et avec beaucoup de créativité, on peut faire deux récoltes max… Et je ne sais pas si quelqu’un a déjà réussi. Mais je suis sûr que personne n’a encore osé tester le truc des semences roulé en bille avec de l’argile. En franglais on dit pelletiser. Ça vient du mot pellet qui veut dire boulette… En français, on a le verbe bouleter. Alors bouleter ses graines de cannabis est une technique propre à l’agriculture phénologique. La phénologie, c’est juste l’étude de l’influence des climats sur les phénomènes périodiques de la vie végétale et animale. Il y a un lien dans les notes de l’épisode pour un vidéo qui montre comment on peut faire ça à petite échelle avec presque rien.

Si on reste concentré sur notre démarche, il est facile de constater que le stress causé par la production intérieure est réel. L’extraction des matières premières pour le terreau, qu’il vienne du Québec ou du Sri Lanka pour la noix de coco est un stress qui n’existe pas dans la culture extérieure. Les lampes au sodium ou au mercure? Stress. Pollution de l’eau? Pas si c’est bio. Mais le bio n’est pas à la mode dans le cannabis au Canada. Les déchets solides après chaque récolte? Stress… Émissions de gaz à effet de serre? Stress. L’eau contaminée par un des 96 produits toxiques permis par Santé Canada? Stress.

En fait, ni le Canada ni aucun des pays qui s’intéresse à la légalisation ne s’intéresse réellement aux conséquences environnementales causées par l’industrie… On continue de cultiver en bunker exactement comme à l’époque du marché noir original. Est-ce que la machinerie et la culture verticales sont plus sexys qu’un tracteur dans un champ? On dirait que oui. Quand une usine à pot peut s’intégrer dans un parc industriel, tout le monde comprend…

Est-ce que l’industrie a démontré qu’elle était responsable et que le stress de sa production avait diminué depuis le début de la légalisation? Non. Mais elle n’a pas à être plus vertueuse que Bombardier, par exemple, qui fabrique plein de petits véhicules qui polluent l’environnement en plus de rendre le monde fou à cause du bruit…

La légalisation aura tout de même fait disparaitre beaucoup de génératrices diésel du marché noir… 

Qui s’intéresse à l’industrie du cannabis? L’État pour les profits mais pas plus… Tout le cadre mis en place par Santé Canada exclut totalement l’aspect environnemental de la production. Pour une plante qui promet la santé et le bonheur pour tous, il y a comme une erreur de casting.

Les curieuses qui veulent en savoir plus doivent s’intéresser aux travails d’Evan Mills qui patrouille le champ des dépenses énergitiques relié à la production du cannabis. Juste à titre d’exemple, il a chiffré la culture en bunker à 3000 livres de dioxyde de carbone pour chaque livre de cannabis produite. Ce chiffre seul ne nous informe en rien. Il faut le comparer… Combien de CO2 pour produire l’ordi sur lequel vous écoutez toPot? 70 livres. Une livre de viande rouge? 22 livres de CO2. Une livre de poulet? 6 livres de CO2. Bon je suis végan… Ça ne me parle pas le poulet. Ben j’ai trouvé pour les pois chiches. Il faut 0,70 livre de CO2 pour produire une livre de pois chiche. Et je rappelle de nouveau que la livre de cannabis produit 3000 livres de CO2.

Il y a des spécialistes qui remettent en cause les calculs de Mills. Pas de problème. L’idée, c’est de commencer à réfléchir rapidement aux problèmes causés par l’industrie tout en réfléchissant au fait que la production extérieure sera toujours moins stressante pour l’environnement. Une étude qui date de 2012 estimait que la production illégale consommait 1 % de toute l’énergie utilisée aux États-Unis. Une autre étude de 2015 démontre qu’une opération de type bunker de 5000 pieds carrés consommait plus de 40 000 kilowattheures par mois alors qu’une maison moyen dans le même coin utilisait seulement 630 kilowattheures.

Combien de temps avant que l’industrie ne subisse des restrictions imposées par le législateur? En Orégon, dans le coin de Portland, il y a des pannes qui sont causées par une demande trop forte des PA. Je ne connais pas de statistiques au Québec mais j’ai lu que chez certains producteurs autorisés, il peut y avoir jusqu’à 30 changements de température par heure… On appelle ça faire des microajustements.

J’ai trouvé une autre comparaison amusante. L’énergie utilisée pour produire un joint de pot permettrait de produire 18 litres de bière. 

Conclusions

Des fleurs de cannabis produit à l’extérieur, il y en a peu à la SQDC.

Il est donc difficile de faire des comparaisons ici et maintenant qui soient vraiment parlantes.

Par contre, on peut facilement imaginer que l’avènement des bunkers pour la culture du cannabis est une solution récente dans l’histoire de l’humanité… Le gouvernement canadien, pas plus que celui de la province du Québec, ne s’intéresse, pour l’instant, aux conséquences environnementales de l’industrie du cannabis.

Si on se fie à l’histoire récente de l’industrie québécoise, il est clair qu’il n’y a que le consommateur qui soit vraiment alerté aux problèmes de pollutions. La saga du recyclage des pots de plastique, une initiative qui ne venait pas de la SQDC, est limpide de ce point de vue.

Est-il possible de produire en bunker sans nuire à l’environnement? Probablement, mais cela couterait beaucoup plus cher et la différence de prix serait à la charge du consommateur. Et c’est là que le marché noir reviendrait en force. 

Personne ne va investir davantage pour protéger l’environnement si cela se solde par une diminution des ventes à cause de l’augmentation des prix. 

Alors à court terme, que peut faire le consommateur? 

Il peut d’abord constater que les couts de production des PA descendent chaque année. Les meilleurs sont à moins de 1 $ de cout de production par gramme en bunker. Les couts en extérieur descendent aussi. On parle de moins de 10 sous le gramme au Canada. Et certains ont évoqué 3 sous le gramme aux États-Unis sur de très grandes surfaces. Attendez de voir le cout du gramme en Amérique du Sud… LA COLOMBIE fait déjà des miracles! 

Mais c’est une saga pour une autre fois.

À défaut d’avoir une grande sélection de produits de qualité cultivés à l’extérieur, le consommateur peut porter son choix sur les produits cultivés en serre, par exemple. 

De plus en plus de PA se mettent à la serre qui serait l’entredeux parfait… selon les vendeurs de serres. 

Là aussi, il y a une industrie qui, prospère dans la tomate et les concombres, entre autres, une industrie donc qui désire sa part du gâteau. Il y a quelques acteurs québécois très actifs qui convoitent le marché du cannabis avec un appétit non dissimulé. 

Vous vous souvenez des deux questions que je vous ai posées en intro?

1)

Le meilleur pot pousse à l’extérieur où en bunker intérieur? 

2)

Vous avez déjà gouté du pot de terroir? 

Perso, à qualité égale, je préfère du pot extérieur.

L’arrivée d’une once de pot extérieure avec un bon % de THC va être le signal pour le premier 28 g à moins de 100 $. Cette barrière que la SQDC maintient bien en place pour l’instant va sauter dès qu’un producteur avec un certain volume pourra livrer semaine après semaine de fleurs extérieures gorgées de THC. 

La promesse d’un pot qui ne met pas à mal l’environnement va être une pub incroyable pour les producteurs autorisés qui oseront les premiers. Sans même être bio d’ailleurs. Pas obligatoirement en tout cas.

Alors que la catégorie bio progresse toutes les semaines dans l’alimentation, l’industrie du cannabis roule encore avec les schémas du marché noir. Le bio y est vu comme une sorte d’hérésie, pour ne pas dire une niaiserie.

M. Sutton, que nous avons évoqué dans l’introduction de l’épisode, après avoir présenté les dangers de la culture en bunker a finalement décidé de ne pas se lancer dans la culture en plein air. Il a adopté la voie du centre… 

Et c’est quoi cette voie? C’est la serre. 

Une serre n’est pas un bunker ni une parcelle toute bête. 

C’est un engin technologique capable d’utiliser massivement la puissance du soleil. 

S’agit-il du mariage parfait entre les deux cultures classiques?

Je n’ai pas encore de réponse à cette question. 

Mais il me semble que cela ferait un bel épisode pour toPot. 

À suivre!

Et voilà, c’était le 92e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques, n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

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#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#91 Et si le cannabis pouvait parler?

#91 Et si le cannabis pouvait parler?

Et si le cannabis pouvait parler?

Pour répondre à cette question, toPot s’entretient cette semaine François Olivier Hébert, un biologiste, génomicien et formateur agréé qui fait aussi de la recherche.

  • Qui a découvert le cannabis?
  • Qui l’a redécouvert?
  • Le système endocannabinoïde, c’est juste pour le pot?
  • Pourquoi le cannabis pousse-t-il si facilement partout?
  • Et comment parler de cannabis quand le nom des cultivars relève du marketing? 

La science aime le cannabis.

toPot aime la science…

Bonne écoute.

!!! CORRECTIF !!!

Il n’y avait aucune plantation à la Clinique La Croix Verte. Le mandat de Accès cannabis (SQ), ce sont les plantations illégales.

La Croix Verte avait en sa possession des surplus de ses patients qualifiés qui ont une compagnie, une facture et un test labo.
#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

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Consommer du cannabis augmente la créativité? Quand vient le temps de parler de pot et de créativité, qui surgit systématiquement?   Steve Jobs évidemment. Pourquoi? Simplement parce qu’il aurait un jour déclaré : «La meilleure façon de décrire l’effet de la marijuana...

#105 FM Lambert, le député des aspirations interdites

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Aujourd’hui, toPot reçoit un ami. Un ami député. Un ami qui va nous fournir des réponses politiques et citoyennes sous forme de clés de lecture hexagonales.  M. Lambert, François-Michel, est un homme politique français né à La Havane.  FM sans tiret pour les amis, il...

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Le cannabis et les autochtones… Aujourd’hui, on discute d’un sujet très important dans le contexte de la légalisation canadienne du cannabis. Pourquoi en discuter maintenant? Parce que le paysage du cannabis canadien vient de changer à tout jamais. Comment? Un groupe...

#103 Le cannabis médical vu par…

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?
Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

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Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#90 Je fume du cannabis… Ma bouche est en santé?

#90 Je fume du cannabis… Ma bouche est en santé?

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #90

#90 Je fume du cannabis… Ma bouche est en santé?

INTRO THÈME toPot  (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot…  votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous ! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien ? Le chanvre est bon par chez vous ?

Avant de se lancer dans l’épisode de cette semaine, je tiens d’abord à remercier tous les membres de la communauté qui m’ont écrit à propos de l’épisode #89 dédié aux mangeables, les produits comestibles dans le lingo de la SQDC… Un sujet qui suscite beaucoup de réactions, car il représente parfaitement ce qui se passe dans la tête du législateur. 

Cette semaine on aborde un sujet rarement évoqué dans la foulée du mot cannabis. On va parler de l’effet du cannabis sur la santé buccodentaire. Deux évènements distincts sont apparus sur mon radar et je me suis dit ohoh!

D’abord, deux chroniques du journal La Presse intitulées « Des factures qui font mal ». Les deux textes décrivaient les pratiques utilisées par certains dentistes et là, je cite le texte afin d’éviter à leurs patients la quote-part de la facture dont ils devraient, en principe, s’acquitter. 

C’est le même problème que pour les paradis fiscaux… On accuse le pays voisin qui offre des taux de taxation insignifiants pour justifier des pratiques similaires. Ici, les dentistes blâment leur clientèle de menacer de changer de professionnels s’ils n’offrent pas d’accommodements déraisonnables…  Mais on n’est pas ici pour faire le procès d’une corporation qui force les citoyens à se rendre à la Bibliothèque Nationale pour consulter la grille de tarif suggéré. Je retiens surtout le fait qu’un article qui fait beaucoup de clics clics numériques mérite une suite.

Je disais quoi? Ah oui… le deuxième évènement.

Le deuxième évènement est plus intéressant. J’ai vu passé une conférence organisée par Para Implanto. Para Implanto est une clinique qui offre des services de parodontie et d’implantologie. Para Implanto affirme être la première clinique au Québec à maitriser et utiliser la technologie du Laser Periolase qui constitue, semble-t-il, une alternative aux chirurgies parodontales.

La conférence donnée par Purnima Kumar est intitulé Getting into the weeds: Marijuana and oral health. En français : S’aventurer dans les méandres ou dans les hautes herbes: Marijuana et santé buccodentaire. 

Madame Kumar est une grande spécialiste du domaine qui a publié plusieurs papiers. On va y revenir plus tard. J’ai écrit à Para Implanto pour en savoir plus. J’ai reçu une très belle réponse de Roxanne Langelier, la coordonnatrice aux communications dentaires de la clinique. Madame Kumar serait donc la plus grande experte du sujet. Nous ne connaissons aucun spécialiste traitant du même sujet au Québec à ce jour me confie Mme Langelier dans son courriel. 

La conférence a lieu le 24 février 2022 à 19:00 et les curieuses trouveront un lien pour s’inscrire dans les notes de l’épisode. Le cout est de 25$.

Cet épisode de toPot n’a pas la prétention de remplacer une spécialiste mondiale du sujet. Par contre, il est parfaitement légitime de s’intéresser au sujet en attendant sa conférence à laquelle je me promets d’assister si j’ai le temps.

Alors je vous pose la question qui reprend le titre de l’épisode: 

Est-ce que vous croyez que le fait de fumer du cannabis à un impact sur votre santé buccodentaire? 

Donc, je vous demandais si vous croyez que votre joint, votre pipe ou votre bong peut avoir un impact sur votre santé buccodentaire…

Comment faire pour savoir quand la grande spécialiste mondiale ne sera là que dans un mois?

Moi, je cherche. Vous me connaissez. Et j’avais déjà un p’tit dossier sur le sujet.

Et je commence en vous proposant d’explorer la position de l’Association dentaire canadienne, l’ADC, qui se dit Porte-parole de la profession dentaire au Canada. Et ça tombe bien ça, car elle a déjà réfléchi au problème. L’ADC prend même la peine d’introduire une mise en garde:

Cette déclaration est un travail en cours qui continuera à être examiné et révisé au fur et à mesure que la compréhension et les informations sur la consommation de cannabis et les produits de vapotage à base de nicotine continueront à émerger.

Il est impossible d’être contre ce type de vertu.

Fumer, quelle que soit la substance, est un acte qui comporte des risques documentés depuis longtemps. C’est comme la consommation d’alcool. On sait qu’elle est désastreuse mais il est plus efficace d’accompagner les gens que de les réprimer…

L’ACD propose un dialogue entre clients et professionnels. 

Au final, les professionnels et là je cite texto, les professionnels recommandent des mesures visant à promouvoir l’abandon et à réduire les dommages causés par l’utilisation de ces substances. Le mix tabac, cannabis et vapotage pourrait créer une augmentation des risques.

L’article sur le site de l’asso canadienne aborde d’abord le tabagisme. On ne va pas refaire ce débat. Par contre, et là de nouveau je cite texto:

Le tabagisme entraîne des taux plus élevés de caries dentaires, de lésions de la muqueuse buccale, de maladies parodontales (c’est-à-dire le déchaussement des gencives, les lésions osseuses, la perte de dents, la perte de la mâchoire) et d’autres problèmes de santé buccale. 

Fumer du tabac avec une pipe à eau n’y change rien. En fait, un tel système permet d’aspirer davantage de fumée en réduisant le stress pour la gorge sans rien changer aux autres paramètres.

Et le texte sur le site de l’ADC décrit ensuite les effets de la nicotine qui affecte le système nerveux central ce qui est précisément la définition d’une drogue. La consommation de nicotine nuirait au développement du cerveau chez les jeunes fumeurs… Tiens tiens, on connait ça dans le cannabis… Mais ce n’est pas une raison pour fermer les commerces de cigarettes autour des écoles primaires. Pour le pot, y faut. Pour la cigarette, ce n’est pas pareil…

Puis l’article aborde le cannabis avec de mauvaises informations sur le nombre de cannabinoïdes présents dans le cannabis. Mais ce n’est pas une raison pour bouder le reste du contenu qui nous informe que le  cannabis partage avec le tabac certains produits cancérigènes communs tout en mentionnant au passage que les consommations de cannabis associés à l’utilisation de tabac cause des problèmes particuliers dont celui d’établir des liens de causalité plutôt que de simples corrélations. 

C’est le moment de définir les principaux mots que nous allons utiliser. 

Le mot paradonte veut dire grosso modo à côté des dents. Para DENT. Mon dictionnaire dit qu’il s’agit de l’ensemble des tissus de soutien qui fixent les dents au maxillaire.

Une leucoplasie, c’est simplement une muqueuse qui se couvre d’une couche cornée et de taches blanchâtres.

Une muqueuse? Ça vient du latin MUCUS et cela concerne toutes les membranes lubrifiées qui recouvrent des cavités dans l’organisme humain. Vous pouvez nommer combien de muqueuses différentes? 

Il y a évidemment la muqueuse buccale mais aussi les muqueuses nasale, intestinale, olfactive, pituitaire, urétrale et vaginale. 

Donc maintenant que l’on partage le même vocabulaire je peux vous préciser que carburer au cannabis peut provoquer des complications parodontales ainsi que des leucoplasies sans oublier les cancers buccaux. OUF

J’aime bien que l’article de L’ADC précise que même si la fumée de cannabis ne contient pas de sucre, sa consommation crée un besoin pour des collations cariogènes ce qui expliquerait pourquoi les gens qui ne consomment pas de cannabis auraient moins de caries.

Finalement, l’article introduit le vapotage en précisant d’entrée que ses effets à long terme sur la santé sont inconnus. Décrit comme une porte d’entrée pour le tabagisme, le vapotage semble être aussi dangereux que le tabac quand tout va bien et quand tout va mal, le vapotage peut causer la mort assez rapidement. L’actualité est là pour nous le rappeler.

Alors, est-ce déjà la fin de l’épisode? 

Ben non. On vient juste d’ouvrir la porte. 

Faut comprendre aussi que cette industrie vend depuis de nombreuses années des traitements de blanchiment qui ne sont pas recommander, car et la je cite l’ADC, les effets à long terme n’ont pas été parfaitement établis… 

Où c’est comme ma pharmacienne qui vend une hormone qui s’appelle mélatonine qui n’est pas recommandée par Santé Canada pour les enfants…

Donc, d’un côté de la bouche on dit faites attention au cannabis

Et de l’autre côté de la même bouche, on vend agressivement du blanchiment sans trop comprendre les conséquences… 

Faut-il bémoliser, mettre un bémol, tout ce que dit le site de l’ADC?

Je ne crois pas.

Alors je me suis dit, Envoye Luc, regarde de l’autre côté de la clôture. Va voir ce que disent les sources d’information procannabis. Et vous savez ce que j’ai trouvé? Moi, je pensais tomber sur des textes qui minimiseraient la portée des dangers décrits par l’ADC. Et ben non. Je suis tombé sur une autre vision de l’utilisation du cannabis dans le contexte de la santé de la bouche. 

J’ai trouvé une organisation qui s’appelle The Cannabis Community. 

Sur leur site, j’ai trouvé un texte intitulé Cannabis, Cavities & CBD: Investigating the Role of Medical Cannabis in Dentistry out en français Cannabis, caries et CBD : Enquête sur le rôle du cannabis médical en dentisterie. 

L’article publié en juillet 2019 affirme que la médecine à amplement négliger ce que le cannabis pour apporter au large problème de l’hygiène dentaire. Renversant complètement la nature du questionnement, l’article ose poser la question des soins au CBD pour la prévention de la carie et même pour la prévention des cancers de la bouche…

C’est n’est pas un papier scientifique mais une bonne dizaine d’études sont citées.

La santé dentaire, ce n’est pas que des dents blanches et propres. Il faut inclure les gencives et la muqueuse que j’ai déjà évoquée, mais pas que. Il y a aussi la langue, les lèvres, la gorge, les glandes salivaires, des muscles et finalement les os de la mâchoire. 

La relation entre la santé buccale et le reste du corps est connue depuis longtemps. Les infections buccales peuvent avoir des conséquences précises sur un large groupe de maladies qui incluent le diabète, des problèmes cardiovasculaires et pleins d’autres trucs pas drôles. 

En fait, une carie peut provoquer un écart de couloir chez les sprinteurs du 100m. 

Je vous assure, c’est documenté. C’est grosso modo un phénomène similaire à celui qui fait marcher en rond quelqu’un de perdu dans la forêt. J’ai aussi souvenir de deux champions cyclistes qui ont guéri leurs problèmes de genoux en allant chez le dentiste. J’ai glissé deux articles légers sur le sujet dans les notes de l’épisode. En gros, une inflammation dans la bouche peut causer un problème d’inflammation ailleurs ou de la bonne et simple arthrite. Les cyclistes sur route passent d’ailleurs leur journée à manger des gels et à boire du sucre. Ils sont très à risque sachant qu’en plus, leurs courses, que ce soit le Tour de France ou le Tour des Flandres, empruntent des routes de fermes recouvertes de déjections animales. Ça prend un système immunitaire énorme pour ne pas être malade. 

Si on se recentre sur la bouche, les problèmes les plus courants sont les caries et l’inflammation des gencives et du parodonte. Bonjour la croissance bactérienne, le Ph déséquilibré et l’émail déminéralisé.

Or, ça tombe bien, le CBD à des propriétés qui combattent efficacement les inflammations, les microbes et la douleur. Le CBD, c’est bien. Super. 

Et le THC? Il y aurait aussi des avantages à l’utiliser en dentisterie… car il est déjà catalogué comme un analgésique efficace. Et dans le contexte de la crise des opiacées, toutes les alternatives moins dangereuses sont bienvenues!

Les Québécois qui ont maintenant l’habitude de voir leur gouvernement provincial subventionner des recherches qui ne cherchent que les dangers du cannabis ne seront pas surpris par la conclusion de l’article qui confirme que et la je cite plus ou moins texto que la majorité des recherches sur l’usage du cannabis et la santé buccodentaire tournent autour des effets indésirables ou négatifs potentiels sur la santé buccodentaire au lieu d’utiliser le cannabis ou le chanvre comme médicament pour le traitement. Ces préoccupations sont principalement liées à la toxicité du tabagisme et de l’inhalation de la fumée sur la santé buccodentaire.

OK. On vient de faire le grand écart. D’un côté, les dangers et les précautions proposées par l’ADC et de l’autre les possibilités du cannabis dans le contexte de la santé de la bouche vue par des activistes avisés qui proposent aussi une réflexion étayée de recherches.

D’un côté, l’image d’un fumeur qui s’enfile sa demi-douzaine de joints quotidiens et de l’autre, des soins à base de cannabis appliqués avec précision. Sommes-nous en train de comparer des bananes avec du brocoli? Il y a un peu de cela, je crois. 

Alors je vous propose maintenant de regarder le même thème mais par le prisme de l’économie. Regardons comment un média comme Forbes aborde le sujet. L’auteur de l’article est Andre Bourque. Il commence par décrire la prévalence des maladies buccodentaires. Ainsi les problèmes parodontaux seraient en 11e position parmi les maladies les plus répandues au monde. Après avoir vanté les propriétés antiinflammatoires du CBD, l’article passe en revue les bains  de bouche et de dentifrices faits à la maison par des gens qui ont décidé de s’occuper activement de leur santé buccale. Puis, il décrit la naissance d’un écosystème qui va produire la prochaine génération des produits pour les soins de la bouche.

Dans l’épisode #52 intitulé, La Chine soigne son économie au CBD, je décrivais comment les entreprises chinoises s’étaient lancées dans les masques de beauté avec des formulations sur mesures. Bourque croit que les consommateurs veulent des solutions à des problèmes précis et que tout passe par des formulations sur mesures. Avec l’impression 3D, on est déjà là. 

Par contre, les années de prohibition ont nui à l’innovation et le processus de captation de la propriété intellectuelle est mal rodé, ce qui perturbe une seconde fois l’ingéniosité commerciale et la recherche scientifique.

L’article de Forbes conclut avec la possible utilisation de CBD la veille et le jour d’un rendez-vous avec son dentiste. Pourquoi être tendu quand on peut relaxer la bouche ouverte devant des inconnus tout en bavant sans se retenir? 

On a donc pour l’instant trois perspectives distinctes que je vais caricaturer pour mieux les illustrer.

1)

Le pot est dangereux pour votre bouche

2)

Le pot est merveilleux.

3)

Le pot est une proposition commerciale intéressante pour les industriels.

Maintenant, si je veux trouver des recherches qui prouvent que le pot est dangereux pour la santé de la bouche, c’est facile.

Et hop!

La consommation de cannabis est-elle associée à la parodontite ? Une revue systématique et une métaanalyse. On trouve ça en moins de 3 secondes.

La conclusion est simple: 

Les résultats de l’examen systématique et des métaanalyses démontrent que la consommation de cannabis est associée à une prévalence plus élevée de parodontite. Par contre, il n’y a pas que le cannabis qui favorise les parodontites… Le diabète aussi. 

J’ai trouvé d’autres recherches qui avancent que l’on ne connait pas encore les mécanismes des actions du cannabis sur les gencives. C’est embêtant quand même. Beaucoup de ces recherches posent des jugements négatifs sur la consommation et les consommateurs. Il s’agit évidemment de remarques inutiles prononcées par des gens qui évoluent clairement à l’extérieur de leur champ de compétence. 

Je pense entre autres à un document  produit par l’Association des hygiénistes dentaires de l’Ontario en 2016. Je n’ai pas vérifié, mais je suis sûr que leur matériel de propagande a été mis à jour depuis la légalisation canadienne.

Certaines études plus récentes reposent les mêmes questions mais en démontrant une ouverture d’esprit rafraichissante. Je partage la conclusion d’une étude sur les Mécanismes potentiels sous-tendant la destruction du tissu parodontal associée à la marijuana. Et là j’y vais le plus texto possible:

 L’augmentation présumée de la susceptibilité à la parodontite chez les consommateurs de marijuana présente de multiples facettes, et il est clair que nous ne faisons que commencer à comprendre les interactions toxicologiques, cellulaires et microbiennes complexes en jeu. Avec l’augmentation de la consommation de marijuana dans tous les groupes démographiques de la société, les complications parodontales de la consommation peuvent représenter un problème de santé buccodentaire important et croissant. En préparation, une réponse de recherche renforcée semble appropriée.

J’ai aussi trouvé un document conçu pour les hygiénistes intitulés Facultés affaiblies à la chaise qui les aident à calibrer leurs interventions quand des patients arrivent stone pour leur rendez-vous… Ici, c’est la notion de consentement aux soins qui est singularisée. Mais c’est aussi une saga pour une autre fois.

Il semble donc exister peu de preuves formelles de l’utilisation du cannabis pour les soins de la bouche. Par contre il existe des preuves BÉTON sur ses propriétés analgésiques, antioxydantes, antiinflammatoires, antimicrobiennes, antiprurigineuses et anticancéreuses. Juste de qualités pertinentes pour leur application en dentisterie.

Antiprurigineuse cela veut juste dire qui agit contre le prurit,  les démangeaisons. J’ai trouvé une autre recherche avec un québécois dans l’équipe. Oui Marc Martel qui enseigne à McGill à participer à la recherche intitulée Conséquences de la consommation de cannabis sur la santé buccodentaire : Un examen rapide des données probantes. Le papier conclut à la dangerosité du cannabis. La voici texto:

Fumer du cannabis est nocif pour le parodonte. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement comment fumer du cannabis affecte les maladies bucco-dentaires et comment les professionnels dentaires devraient intégrer ces connaissances dans les soins cliniques et la santé publique.

On a peu parlé du vapotage. Mais c’est l’occasion de revenir sur la contribution scientifique de Purnima Kumar, la chercheuse qui va donner cette conférence  dans quelques jours.  Mme Kumar se passionne pour et la j’ai pris ce paragraphe sur le site de l’Université de Ohio, Mme Kumar se passionne donc pour profils bactériens oraux associés à la santé et à la maladie parodontales.

Elle publie depuis 2003. Toujours autour du même sujet. 148 papiers en tout. Pas seule. Évidement. Mais 148 travaux publiés, c’est bien, c’est très bien, j’imagine.

Par contre, aucune mention du cannabis dans toutes ses publications. Mais cela ne lui enlève rien de ses compétences de fonds. 

Elle s’est d’ailleurs intéressée au vapotage… On peut penser que le saut vers le cannabis dans le contexte de la santé buccale était une étape naturelle. Voici les conclusions d’une étude à laquelle Mme Kumar a participé. Effets néfastes des cigarettes électroniques sur le microbiome oral des personnes n’ayant jamais été malades c’est le titre… C’est la première étude humaine sur les effets de l’exposition aux e-cigarettes dans la cavité buccale. L’équipe a découvert une surreprésentation des agents pathogènes, des signatures de virulence plus élevées et un signal pro-inflammatoire vif chez les utilisateurs d’e-cigarettes cliniquement sains qui étaient similaires aux patients atteints de parodontite sévère.  

C’est le véhicule  utilisé dans les cartouches de vapotage pour transporter les molécules de cannabis, le propylène glycol qui est mis en cause par plusieurs recherches, dont celle de Kumar. 

Par contre, j’ai trouvé en quelques secondes des sites qui expliquent pourquoi ce produit est sain et comment l’utiliser. Voici le genre de pub qu’on y retrouve:

Non seulement le propylène glycol n’est pas nocif, mais il est en plus ce qui permet de vapoter dans les meilleures conditions. Lorsqu’il est présent dans les médicaments, il est utilisé dans les bronchodilatateurs. Ces médicaments peuvent s’inhaler et servent par exemple à soulager la gêne respiratoire. Retrouver le même principe actif dans les e-Liquides va alors à l’encontre des idées reçues.

Les plus récentes recherches démontrent que ce véhicule  riche en carbone est un catalyseur important de transformation dans les 24 heures suivant l’exposition. C’est tout le discours sur les avantages du vapotage qui est contesté, dont celui de la réduction des risques. Voici la conclusion texto de l’étude: 

En tant qu’holobiontes (on va y revenir à ce mot), il incombe aux humains de protéger et de maintenir les écosystèmes microbiens qui coexistent. Nos données démontrent que les e-cigarettes exercent un effet puissant et néfaste sur l’écosystème sous-gingival, altérant l’immunotolérance de l’hôte. Il est à noter qu’aucun des 123 individus de notre étude ne souffrait de maladie parodontale, et pourtant les signatures fonctionnelles présentaient une ressemblance remarquable avec celles des individus atteints de parodontite, ce qui atteste du risque de nuisance des e-cigarettes sur l’écosystème buccal.

OK, j’avoue que j’ai dû chercher le mot holobionte. 

Du grec holos, ‘’tout’’ et bios, ‘’vie’’, le terme holobionte décrit tout simplement un hôte et tous ses microbes. Donc moi et mes microbres par exemple.

Dans une entrevue pour le magasine Inverse, Mme Kumar dit ceci:

Lorsque les bactéries du microbiome buccal sont exposées à de la vapeur, elles se recouvrent d’une couche gluante, explique Kumar. Cette « couche de bave » rend difficile la fixation des bactéries saines sur la colonie, mais n’empêche pas les caractères pathogènes de s’accrocher. Cela crée un environnement encore plus virulent.

Le mot utilisé en anglais est SLIME. C’est un mot fort…

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ! Merci beaucoup! Bonne semaine. 

OK. Le titre de l’épisode #90 est Je fume du cannabis. Ma bouche est en santé?

Que pouvons comprendre des dangers de la consommation du cannabis par combustion de joints, de pipées ou de bong? Ils existent. C’est ce que je dois comprendre de mes lectures. Est-il possible d’être un consommateur de pot tout en ayant une bonne santé buccale? Je connais des dentistes qui fument du pot. Mais je ne suis pas leur dentiste donc, je ne sais rien de leur propre santé buccodentaire. 

Je lis depuis des millions d’années que le cannabis est mauvais pour la santé physique générale. Les plus récentes recherches, sans encourager a consommé, contredisent ces affirmations populaires qui relèvent soient d’une sérieuse désinformation, soient de biais cognitifs évidents. Des champions olympiques consomment du cannabis. D’autres préfèrent l’alcool. 

Et parlant d’alcool, on peut se questionner deux secondes sur les dangers de l’alcool sur la santé buccodentaire? Ben oui on peut. Le cannabis c’est dangereux. La cigarette de tabac aussi. Mais l’alcool?  J’ai trouvé un site américain qui s’appelle the Oral cancer Fondation. Et voici ce que l’on peut lire sur sa page d’accueil. L’abus d’alcool est le deuxième facteur de risque le plus important pour développer un cancer de la bouche. Et là je vais citer texto:

L’effet de l’alcool sur la bouche peut être la clé pour comprendre comment il agit avec le tabac pour augmenter le risque de développer un cancer. L’effet déshydratant de l’alcool sur les parois cellulaires renforce la capacité des substances cancérigènes du tabac à pénétrer dans les tissus de la bouche. En outre, les carences nutritionnelles associées à une consommation excessive d’alcool peuvent réduire la capacité naturelle de l’organisme à utiliser les antioxydants pour prévenir la formation de cancers.

Une simple exploration de quelques minutes sur des sites de dentistes au Québec laisse clairement entrevoir que l’ennemie numéro 1 de la santé de la  bouche est d’abord l’alcool suivi de la cigarette. Et le combo des deux? C’est le pire.

Alors!

Le cannabis n’est pas une plante magique.

Il faut l’étudier. Plus que jamais.

À cause de la légalisation canadienne qui va accélérer certaines tendances qui sont invisibles pour l’instant. Mais aussi pour recentrer nos attentes. Je le répète. Le cannabis n’est pas une plante magique. Ses atouts sont remarquables. Mais il n’y a pas de magie. 

Plus fondamentalement, et je sais qu’il y a des gens pour qui c’est une hérésie, il est important de réfléchir aux autres modes de consommation. Si j’élimine toutes formes de combustion, les dangers pour la santé de la bouche disparaissent… en fumée. En théorie.

Et comme voie alternative,  je pense évidemment aux nanoémulsions. Mais pas que. On va en rediscuter assurément.

Évidemment, la meilleure réponse à la question Je fume du cannabis, est-ce que ma bouche est en santé? est de consulter votre dentiste. Ce n’est pas parce que le législateur exclut le dentiste des soins gratuits de la santé qu’il faut le bouder. Sans doute un oubli… Ou une vision tronquée de la santé.

Entre les dangers qui ne peuvent être exclus pour l’instant et les propriétés médicales découvertes presque chaque semaine, le cannabis continue de fasciner et de diviser. Croire qu’un jour, tout sera coulé dans le béton des certitudes est une erreur. La vie est une danse. Et une danse n’est qu’une série de perte d’équilibre enchainé plus ou moins harmonieusement. 

On peut se marcher sur les pieds et sourire.

C’est la relation que je nous souhaite tous avec les pros de la santé.

Et voilà, c’était le 90e épisode de toPot.

Déjà!

Faut peut-être que je pense à fêter le centième…

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire: lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre !

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Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

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Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#89 Les mangeables? Écrapoutis comme l’industrie?

#89 Les mangeables? Écrapoutis comme l’industrie?

Les mangeables? Écrapoutis comme l’industrie?

L’offre réduite des mangeables à la SQDC, les officieux produits comestibles,  laisse les consommateurs sur leur faim. Le marché et le capitalisme ont horreur du vide. 

Ce que j’observe, c’est une appétence pour ce type de produits. Je n’ai jamais autant de petits oursons ou de chocolat au THC de ma vie. 

Cette semaine, toPot examine la situation et profite de l’actualité pour comparer le dynamisme de ce segment à celui de l’industrie québécoise et canadienne.

Y’a de l’espoir!

Bonne écoute.

Lien pour l’Épisode sur toPot

Bientôt des délices au pot dans les restos ?

Unintentional Pediatric Cannabis Exposures After Legalization of Recreational Cannabis in Canada

C-45 Quality Association Cautions New Study’s Conclusions May Not be Supported by Limited Data

Programme d’appui à la laïcité

Programme de recherche sur l’usage du cannabis à des fins non-médicales

Cannabis sativa L. may reduce aggressive behaviour towards humans in shelter dogs

‘Magic’ freeze sprays can do deep damage

Edibles and beverages are popular choices with new cannabis users

What consumers want

Canada’s Canopy agrees to pay $297 million for right to buy US marijuana edibles maker Wana

Edibles and beverages are popular choices with new cannabis users

Adolescent Cannabis Use and Adult Psychoticism: A Longitudinal Co- Twin Control Analysis Using Data From Two Cohorts 

Photo de eniko kis sur Unsplash

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #89

La transcription de l’épisode sera publiée dans quelques heures.

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

Consommer du cannabis augmente la créativité? Quand vient le temps de parler de pot et de créativité, qui surgit systématiquement?   Steve Jobs évidemment. Pourquoi? Simplement parce qu’il aurait un jour déclaré : «La meilleure façon de décrire l’effet de la marijuana...

#105 FM Lambert, le député des aspirations interdites

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Aujourd’hui, toPot reçoit un ami. Un ami député. Un ami qui va nous fournir des réponses politiques et citoyennes sous forme de clés de lecture hexagonales.  M. Lambert, François-Michel, est un homme politique français né à La Havane.  FM sans tiret pour les amis, il...

#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

Le cannabis et les autochtones… Aujourd’hui, on discute d’un sujet très important dans le contexte de la légalisation canadienne du cannabis. Pourquoi en discuter maintenant? Parce que le paysage du cannabis canadien vient de changer à tout jamais. Comment? Un groupe...

#103 Le cannabis médical vu par…

#103 Le cannabis médical vu par…

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?
Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#86 Dix mots-clés pour décoder le cannabis en 2022

#86 Dix mots-clés pour décoder le cannabis en 2022

Le cannabis est une plante démonisée depuis plus de 70 ans uniquement pour des raisons politiques. Le Canada a légalisé le cannabis non médical, mais cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’une industrie comme les autres. Pour tenter de mieux comprendre comment la politique du cannabis peut évoluer, il faut comprendre ce qui se cache derrière certains mots ou certains concepts. On commence l’année 2022 en respirant l’air ambiant pour mieux comprendre notre aventure humaine inédite. 

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Post-Pandemic Trends: Business Lessons from The Spanish Flu, Black Death and Roaring 20s

US: « We’re betting billions on the wrong farms »

Who will win in indoor agriculture?

La plus grande ferme verticale de fraises au Canada voit le jour à Vaudreuil!

MJBiz acquired by Emerald X for $120 million-plus

Québec inc. en bourse bilan 2021

Scalable, purpose-built cultivation, processing & research facility in SW Ontario 

Accuracy of Medical Marijuana Claims Made by Popular Websites

Why This Cannabis Brand Made an 850-Pound Pot Brownie—Possibly the World’s Largest

A cannabis company baked the world’s largest pot brownie.

PreRoll-Er – Automatic Pre-rolls machine

Cannabis pre-roll sales soar as Canadians share joints less during pandemic

Ce qui inquiètent les Canadiens sur la route selon CAA

Organigram Buys Quebec Cannabis Producer Laurentian Organic for $36 Million

Enquête canadienne sur le cannabis de 2021 

++ Photo de Sasha Freemind sur Unsplash

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #86

La transcription de l’épisode #86 va être ajouté au cours des prochaines heures…

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

#106 Pot et créativité, ça fonctionne?

Consommer du cannabis augmente la créativité? Quand vient le temps de parler de pot et de créativité, qui surgit systématiquement?   Steve Jobs évidemment. Pourquoi? Simplement parce qu’il aurait un jour déclaré : «La meilleure façon de décrire l’effet de la marijuana...

#105 FM Lambert, le député des aspirations interdites

#105 FM Lambert, le député des aspirations interdites

Aujourd’hui, toPot reçoit un ami. Un ami député. Un ami qui va nous fournir des réponses politiques et citoyennes sous forme de clés de lecture hexagonales.  M. Lambert, François-Michel, est un homme politique français né à La Havane.  FM sans tiret pour les amis, il...

#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

#104 C’est quoi le marché autochtone du cannabis?

Le cannabis et les autochtones… Aujourd’hui, on discute d’un sujet très important dans le contexte de la légalisation canadienne du cannabis. Pourquoi en discuter maintenant? Parce que le paysage du cannabis canadien vient de changer à tout jamais. Comment? Un groupe...

#103 Le cannabis médical vu par…

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?
Aujourd’hui, je reçois deux Québécois qui connaissent bien la situation du cannabis médical au Québec. Shantal Arroyo et François-Olivier Hébert.

Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

Alors entre les différentes chartes et la particularité québécoise, comment le Québec se distingue-t-il dans le cannabis médical?

#102 Gouvernements et cannabis… L’amour vache?

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Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, on fait deux choses. MJ la barista du toPot fait une critique du Hash Fût de Chêne de Highly Dutch Organic dont le Terpène dominant est la caryophyllène. Mais dans un premier temps on va regarder la...

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

#101 Cynthia Labelle, pionnière, maman et boss!

Cynthia Labelle est une pionnière dans l’industrie du cannabis. Elle est aussi la «maman» dans la culture de JMF. Pis c’est une boss. Propriétaire également. Avec Jacques Delangis, elle construit une certaine idée du cannabis. Cannabis avec un C comme dans coopération. C comme dans cliniques. C comme dans contrat à hauteur humaine.

Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#84 L’euphorie du coureur : un vrai high?

#84 L’euphorie du coureur : un vrai high?

«L’euphorie du coureur» reste un mystère à explorer.

La science à longtemps penser que le high était produit par la sécrétion des endorphines.

On sait maintenant que c’est faux.

Le système endocannabinoïde (SEC) serait responsable de ce «miracle». 

Cette euphorie est-elle réservée aux sports d’endurance?  

Et une personne dépressive? 

Pourquoi les chiens et les humains ont-ils développé un système de récompense neurobiologique pour l’exercice mais pas le léopard?

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

A Systematic Review and Meta-Analysis on the Effects of Exercise on the Endocannabinoid System

L’euphorie du coureur

Chronique science avec Normand Voyer : La chimie de la Terre et de la terre

Rainfall can release aerosols, high-speed video shows

Exercise-induced euphoria and anxiolysis do not depend on endogenous opioids in humans

Qu’est-ce que l’homéostasie et comment le cannabis peut y jouer un rôle ?

The ‘runner’s high’ may result from molecules called cannabinoids – the body’s own version of THC and CBD

Wired to run: exercise-induced endocannabinoid signaling in humans and cursorial mammals with implications for the ‘runner’s high

Photo de Clem Onojeghuo sur Unsplash

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #84

#84 L’euphorie du coureur : un vrai high?

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde:

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, on va discuter d’un phénomène que vous connaissez même si vous ne l’avez jamais vécu personnellement. J’évoque évidemment l’euphorie du coureur, le fameux runner’s high en anglais. 

J’ai fait un test que vous pourrez reprendre à la maison. Entrez dans un moteur de recherche le nom de votre marathon préféré et le mot euphorie…

Pour m’amuser, je n’ai pas de marathon favori, j’ai tapé Marathon de Montréal et euphorie.

Le premier résultat? Un article de 1074 mots dans le journal La Presse intitulé L’euphorie du coureur publié le 21 avril 2009. L’article aborde le sujet sans surprise et là je cite l’article de la journaliste Sophie Allard :

Les coureurs savent depuis longtemps que la course rend euphorique. Bonne nouvelle : des scientifiques viennent de prouver qu’il s’agit bien d’une question d’endorphines. Une sensation de bien-être dont certains ne peuvent plus se passer…

Les scientifiques prouvaient dès 2009 qu’ils avaient tort. Ce que tout le monde croyait, y compris moi, s’avère tout faux. Oui, il y a eu beaucoup d’effervescence la semaine pour une recherche qui prétend que l’euphorie que ressentent les sportives serait créée par le système endocannabinoïde. 

L’euphorie du coureur : anatomie du ressenti

Avant d’aller plus loin, je vais tenter de décrire pour vous ce qu’est cette euphorie… 

Personnellement, je ne suis pas un coureur. Mais le vélo permet d’arriver au même résultat dans mon cas. La sensation n’est jamais instantanée. Il faut suer. Il faut un peu de temps et comme pour le cannabis, il y a des gens qui répondent bien à l’effort et d’autres pas. Quand tu entres dans cet espace que beaucoup d’athlètes appellent la Zone, tu peux accueillir la douleur différemment. Oh, ça fait mal… Le triple gagnant du Tour de France, Greg Lemond, disait toujours qu’avec les années les efforts font toujours aussi mal, la seule différence, c’est que tu vas plus vite. 

L’euphorie du coureur ou comment tutoyer la douleur

Donc la relation avec la douleur se transforme. Elle devient une amie à tutoyer. Le temps se transforme en quelque chose de plus souple, de moins granulaire. Il y a définitivement une forme d’euphorie qui peut être contagieuse, une sorte de décontraction dans la tension. Quelle que soit l’activité, le rythme est important. En vélo par exemple, si tu as seulement une heure pour t’entrainer, l’idéal c’est d’avoir un col dans sa cour. Je veux dire une montagne et route de 20 k avec une pente de 4 à 7 %. Comme ça, la vitesse ne devient plus un facteur déterminant alors que sur le plat, selon sa condition physique, il faut rouler à plus de 40. Un p’tit col, c’est l’idéal. Détail ridicule. Dans un col, la transpiration vient comme rincer l’effort. Elle est un symbole de la récompense alors que sur le plat à haute vitesse, la transpiration est disparait sous les caresses du vent. Sauf tout ce qui te rentre dans les yeux…

L’euphorie du coureur : 65 % d’eau sous la pluie

À défaut de vivre près d’une montagne, ce qui est mon cas, au fil des années, j’ai réalisé que je vivais cette euphorie plus souvent quand il pleuvait. Cela m’a pris quelques mois à l’adolescence pour comprendre que j’étais aussi très réceptif à deux substances qui se trouvent dans la campagne autour de Boucherville où je suis né. Il y a beaucoup de terre agricoles dans mon coin et elles produisent de la géosmine. La géosmine est produite par des bactéries dans le sol. J’ai lu dans un document sur le site de Radio-Canada que son odeur est si puissante qu’une seule cuillerée à thé de géosmine dans l’équivalent de 200 piscines d’eau dégage une odeur que l’humain peut sentir. 

L’euphorie du coureur : La NASA et l’eau

La NASA a déterminé dans les années 60 qu’elle devait rechercher de l’eau sur la lune pour savoir si la vie telle que nous la concevons est possible. Pas d’eau, pas de vie.

Mon ovni, mon opinion vulgaire non informée sur le sujet est que ce n’est pas un hasard si l’humain est composé à 65 % d’eau. On n’entrera pas dans la conspiration de la téléphonie 5G mais comment ne pas imaginer que toutes ces ondes sont sans effet sur l’eau et l’humain? Je peux immédiatement proposer une vraie réponse. Il suffit de regarder les armes produites aux États-Unis. La société Raytheon produit un système d’armes non létales à énergie dirigée appelé ADS ou Active Denial System. Voici la description de cette arme disponible sur Wikipédia :

L’ADS émet un faisceau d’onde électromagnétique d’une fréquence de 95 GHz vers un sujet. Quand les ondes touchent la peau, l’énergie des ondes se transforme en chaleur au contact des molécules d’eau de la peau. Une impulsion de 2 secondes porterait la peau jusqu’à une température d’environ 55 °C, causant une intense sensation de brûlure très douloureuse. Il faudrait une exposition au faisceau de 250 secondes pour brûler la peau.

Fin de la citation

Mais c’est pas tout. Il y a aussi le pétrichor qui remonte aux narines quand il pleut. Le pétrichor est composé des huiles sécrétées par les plantes qui sont absorbées par le sol en temps sec et relâché par la pluie ensuite. La combinaison du pétrichor et de la géosmine participent réellement à me rendent très heureux sans oublié l’ozone toujours bien présent après la pluie. Et avant même le début de l’effort. Puis, il y a aussi l’ozone avec son odeur particulière qui rince les sinus sous l’effort. Un peu comme un sauna à l’eucalyptus…

Vous aurez bien compris que je n’avance pas que le pétrichor, la géosmine et l’ozone interagissent et participent à l’euphorie du coureur. L’odorat est le plus reptilien de nos sens et je suis un haut répondeur au bonheur provoqué par la pluie et ses odeurs. D’ailleurs rouler en vélo quand il pleut est peut-être le seul moment où un adulte peut s’amuser sous la pluie sans être pris pour un fou. 

J’ai mis un lien dans les notes de l’épisode pour un vidéo produit par le MIT qui démontre le cycle du pétrichor. Dernier détail, des scientifiques avancent que l’odeur de la pluie serait intégrée dans notre conscience collective du fait de sa relation avec l’abondance des cultures et l’élevage des animaux. Cela explique peut-être mes réactions viscérales quand il pleut. J’ai eu la chance de vivre au Brésil à la porte de l’Amazonie et la pluie de l’après-midi qui pouvait provoquer des accumulations jusqu’aux genoux en moins de 10 minutes était souvent le moment où je décidais d’aller prendre une marche.

OK. On rentre dans notre sujet de plain-pied.

Euphorie du coureur : la théorie des endorphines

L’euphorie du coureur a longtemps été attribuée aux endorphines. Il s’agit de substances chimiques produites naturellement par le corps humain pendant l’exercice comme réponse à la douleur. On pensait donc que la production des endorphines qui sont des opiacés endogènes augmentait à l’effort. Un opiacé endogène veut simplement dire qu’il s’agit d’une substance produite à l’interne par le corps sans apport extérieur. 

Et soudainement, la semaine passée apparait Hilary Marusak, une femme qui est professeur assistant de psychiatrie et de neurosciences comportementales à l’Université d’État de Wayne. Dans un article qu’elle signe et qui est publié par plusieurs médias la semaine passée, Mme Marusak avance que son labo aurait découvert que l’exercice augmente de manière fiable les niveaux d’endocannabinoïdes de l’organisme. On va suivre les contours de son article pour avancer dans le sujet.

Il est important de noter le titre de son article :

The «runner’s high» may result from molecules called cannabinoids – the body’s own version of THC and CBD, en français, L’euphorie du coureur pourrait être due à des molécules appelées cannabinoïdes — la version du THC et du CBD propre à l’organisme.

Détail ridicule mais le mot high est dans mon dictionnaire français et il est bienvenu au Québec.

Donc, ces molécules, les cannabinoïdes participent à l’homéosatie du corps. On va revenir sur ce phénomène plus tard. Cette production naturelle de substances chimiques par notre corps explique les bénéfices de l’exercice sur le corps.

Le laboratoire de Mme Marusak s’intéresse, entre autres, au rôle du système endocannabinoïde, le SEC, dans la régulation du stress et les troubles anxieux chez les jeunes. Bon on ne va pas refaire la présentation des bénéfices de l’exercice physique pour les humains. C’est à ça que sert l’éducation. Non pas l’éducation physique. L’éducation tout court. Et l’exercice est bon aussi pour la santé mentale. Et la réduction de l’anxiété, de la dépression et l’exercice aurait même une action positive sur la maladie de Parkinson et serait aussi associé une humeur plus stable et une amélioration de l’estime de soi. 

Euphorie du coureur : La plasticité du cerveau

Quels sont les mécanismes précis qui provoquent de tels bénéfices? On ne sait pas. Pour être plus précise, Mme Marusak ne sait pas. Faire un effort physique met le métabolisme en surrégime et augmente le flux sanguin ce qui a pour effet de favoriser la neurogenèse. La neurogenèse, ce n’est que la création de cellules cérébrales, les neurones. En même temps, pendant un effort, plusieurs substances chimiques sont libérées dans le cerveau dont les facteurs neurotrophiques dérivés du cerveau. En anglais on parle de brain-derived neurotrophic factor ou BDNF. Sécrétés directement par les neurones, ces facteurs influencent la croissance et le développement des cellules nerveuses. Ce faisant, les BDNF participent à la «plasticité» du cerveau, ce qui a un impact sur les apprentissages et la mémoire.

Ce que l’on sait depuis longtemps, c’est que l’exercice provoque une augmentation de la sécrétion d’un opioïde naturel connu sous le nom d’endorphine. Vous connaissez aussi bien que moi les propriétés des opiacés qui sont principalement utiles pour réduire les symptômes de la douleur. Et c’est depuis le début des années 80 qu’existe cette théorie de l’euphorie du coureur qui serait provoquée par la sécrétion des endorphines sous effort.

Euphorie du coureur : Les vieilles certitudes

Malgré les certitudes publiées par le journal La Presse en 2009, une saga pour une autre fois, les scientifiques n’ont jamais cessé de se questionner sur le rôle réel joué par les endorphines dans la création de cette euphorie! Pourquoi? À cause de la taille des endorphines. Pour remonter jusqu’au cerveau, elles devraient passer à travers une barrière de protection qui stoppe les toxines et autres agents pathogènes. On l’appelle la barrière hématoencéphalique. Non seulement elle bloque ce qui n’est pas bienvenu dans votre cerveau mais elle sert aussi à réguler son homéostasie. 

Euphorie du coureur : Au cœur de l’homéostasie

Cela plusieurs épisodes consécutifs que j’utilise le mot homéostasie pour parler du cannabis et je réalise que ça va continuer, car c’est une de ses plus belles propriétés. C’est pour cela que consommer le même cultivar deux jours de suite peut donner des effets très différents. Le cultivar est le même mais pas vous. Pas moi. Mon dictionnaire dit que l’homéostasie est la stabilisation des différentes constantes physiologiques chez les organismes vivants. Donc quand on dit du cannabis qu’il a une action homéostatique, c’est qu’il va ramener tous vos curseurs au milieu, dans la mesure du possible. Homéo veut dire même et ⁠stasis, arrêt.

Si vous désirez mieux comprendre ce phénomène, j’ai trouvé un bel article dans le média français Newsweed. Il y a un lien dans les notes de l’épisode. Voici comment l’article lance le sujet et là je cite texto :

L’homéostasie est une multitude de processus variés qui permettent au corps de modifier son environnement interne pour s’adapter aux changements externes. Cela inclut un grand nombre de facteurs importants, voire vitaux, comme la température corporelle, le rythme cardiaque, la pression artérielle, le sommeil, l’humeur et l’appétit.

Fin de la citation.

Le corps humain est futé. Vous avez un problème de pression. Votre corps sent que le cerveau a besoin de plus de sang? Boum. Vous perdez connaissance et instantanément, votre cerveau profite de votre allongement au sol pour s’irriguer efficacement. L’euphorie du coureur est un phénomène similaire issue de notre évolution et participe à la manœuvre pour garder notre corps dans un mode de fonctionnement le plus approprié pour notre survie.

Euphorie du coureur : Le rôle des endocannabinoïdes

Bon maintenant on va enfoncer quelques portes ouvertes. 

Il y a le THC. Il y a le CBD. 

Ça vient d’une plante et pas forcément le cannabis ou le chanvre. 

On trouve aussi du THC dans le rhododendron par exemple. 

Là où ça devient très cool, c’est quand mon corps fabrique ses propres cannabinoïdes. Endo qui veut dire intérieur est alors collé au mot cannabinoïde pour décrire notre production interne avec le terme endocannabinoïde. Comme il s’agit d’un ensemble complexe d’interactions, on parle donc du SEC ou du système endocannabinoïde.

On referme la porte. 

Comment plusieurs études ont-elles prouvé que les endorphines n’avaient à voir avec l’euphorie du coureur? Avec un truc tout simple, un médicament en fait qui s’appelle la naltrexone. La naltrexone peut bloquer les récepteurs opioïdes. Elle appartient au groupe de médicaments appelés purs antagonistes des opioïdes. 

Tu souffres. Tu prends des opiacés et la douleur diminue. Tu prends de la naltrexone. Boum la douleur revient. Alors on a administré de la naltrexone à des coureurs qui étaient euphoriques après leur course et rien. Pas de changement. Le coureur continuait de vivre un état d’euphorie avec tous les avantages que nous connaissons. La filière endorphine venait officiellement de mourir.

D’autres chercheurs ont fait l’inverse. Ils ont bloqué les récepteurs du SEC chez des sportifs euphoriques et ils ont constaté une réduction des effets généraux positifs de l’exercice sur, entre autres, la douleur et l’euphorie. 

Euphorie du coureur : Tout n’est pas clair!

Bon, tout n’est pas clair. 

Il y a des études contradictoires.

On est peut-être, en plus, dans une situation si bien expliquée par John Ioannidis. Il a sa page Wiki que je vais citer maintenant.

John P. A. Ioannidis (né le 21 août 1965 à New York) est un professeur de médecine et un chercheur de l’école de médecine (en) et de l’école d’humanité et des sciences de l’Université Stanford.

Il est surtout connu pour son article Why Most Published Research Findings Are False («Pourquoi la plupart des résultats de recherche scientifique publiés sont faux») publié en 2005 [1] qui a particulièrement suscité la réflexion et le débat scientifique lié à la reproductibilité des études scientifiques.

D’après le Thomson Reuters, John Ioannidis est l’un des scientifiques les plus cités, particulièrement dans le domaine de la médecine clinique et des sciences sociales [2].

Son article expose comment les sciences dures sont incapables d’obtenir des résultats de recherches reproductibles. C’est grave. Surtout dans le contexte actuel où la science est remise en question pour de mauvaises raisons.

D’ailleurs c’est le danger qui guette le cannabis. Beaucoup de fausses promesses circulent actuellement sur les pouvoirs de guérison du cannabis. Une saga pour une autre fois. On revient à notre high.

L’euphorie du coureur : Les modalités de l’euphorie.

On sait peu de choses sur les modalités de cette euphorie. Est-elle réservée aux sports d’endurance comme la course à pied ou le vélo? Les sportifs de résistance comme les haltérophiles peuvent-ils connaitre cette euphorie? Et finalement, si tu souffres de la dépression ou si tu as un trouble de stress posttraumatique, un TSPT, quoi, que se passe-t-il? 

Voilà les questions que se posait Mme Hilary A. Marusak qui a publié cet article la semaine passée. Et ça tombe bien, car Mme Marusak a un étudiant de premier cycle dans son labo, M. Shreya Desai, qui vient de publier A Systematic Review and Meta-Analysis on the Effects of Exercise on the Endocannabinoid System, en français Une revue systématique et une métaanalyse des effets de l’exercice sur le système endocannabinoïde. 

Le chercheur a fait une métaanalyse de 33 études qui questionnaient l’impact de l’exercice sur les niveaux d’endocannabinoïdes. Voici la conclusion :

Nous avons constaté que l’exercice aigu augmentait systématiquement les niveaux d’endocannabinoïdes dans toutes les études. Les effets étaient les plus cohérents pour un messager chimique connu sous le nom d’anandamide — la molécule dite de la «félicité», qui a été nommée, en partie, pour ses effets positifs sur l’humeur.

L’anandamide selon Wikipédia est un neurotransmetteur cannabinoïde endogène présent dans l’organisme des animaux comme des humains, en particulier dans le cerveau. Il est aussi présent en faible quantité dans le cacao [2].

Euphorie du coureur : La recette du bonheur

Cette métaanalyse confirme donc qu’une multitude de sports permettent l’augmentation des niveaux d’endocannabinoïdes, y compris l’haltérophilie et suggère qu’une activité modérée comme la course à pied est plus efficace qu’une marche à faible intensité. La recette minimale est 1/2 heure d’activité physique entre 70 % et 80 % de la fréquence cardiaque maximale ajustée à votre âge. Et voilà. Ce n’est plus bon chanvre. C’est bonne euphorie!

OK. Vous vous souvenez du titre de l’article de Mme Marusak qui a fait le tour des médias qui s’intéressent au cannabis?

L’euphorie du coureur pourrait être due à des molécules appelées cannabinoïdes — la version du THC et du CBD propre à l’organisme.

Beaucoup de gens évoquaient la semaine passée la nouveauté de cette recherche, les possibilités nouvelles et les probables enjeux des recherches à venir. Comme si on venait de tout, découvrir cet éclairage particulièrement intéressant pour l’industrie du cannabis.

Euphorie du coureur : Les premiers pas

Par curiosité, j’ai cherché d’autres articles ou recherches sur le même sujet. Pourquoi? Pour jauger un peu le progrès de cette idée au cours des dernières années. Et j’ai rapidement trouvé une recherche qui prétend fournir la première preuve sur les effets des variations interspécifiques de la présence des neurotransmetteurs qui pourrait expliquer les différences de comportement locomoteur chez les mammifères. Le mot interspécifique ici fait référence au rapport entre les espèces. 

L’euphorie du coureur y est présentée comme une récompense neurobiologique provenant de notre évolution dont le but serait d’encourager l’exercice aérobique modérée dans une perspective d’évasion des dangers et un mieux être général. La recherche est intitulée en français : Câble pour courir : La présence endocannabinoïde induite par l’exercice chez les humains et les mammifères coureurs avec des implications pour «l’euphorie du coureur». C’est un projet du chercheur David A. Raichlen.

Euphorie du coureur : chien et humain au pas de course

L’approche de cette étude est singulière, car elle compare l’animal humain à d’autres animaux non humains en faisant l’hypothèse que les différentes espèces avaient peut-être des traits communs et que l’exercice pouvait être encouragé par une série de récompenses biologiques engendrées par les endocannabinoïdes. Cette recherche a donc entrepris de mesurer les endocannabinoïdes chez l’humain, le chien et le furet avant et après un effort sur un tapis roulant. Les résultats de la recherche sont clairs. Les humains et les chiens sont récompensés de façon similaire et on constate une augmentation significative des endocannabinoïdes induite par un exercice à haute intensité. Symétriquement, il n’y a pas d’euphorie ou d’augmentation des endocannabinoïdes après un exercice à faible intensité. Dans le cas du furet, il n’y a aucune augmentation des endocannabinoïdes, quel que soit le niveau d’intensité de l’effort. L’humain et le chien sont des animaux conçus pour courir, ce qui n’est pas le cas du furet qui est un petit mammifère carnivore qui a été domestiqué pour chasser le lapin. 

C’est d’ailleurs intéressant de constater que dans notre imaginaire collectif, le furet est associé à la course… Vous connaissez la chanson?

Il court, il court, le furet

Le furet du bois, mesdames,

Il court, il court, le furet

Le furet du bois joli.

Euphorie du coureur : la distinction de l’animal coureur

Le terme organisme coureur désigne les animaux adaptés à la course. Wikipédia dit ceci :

Les organismes coureurs sont généralement adaptés à la course longue distance à grande vitesse, plutôt que des animaux, avec une accélération importante sur de courtes distances; ainsi, un guépard est considéré comme coureur, tandis qu’un leopard ne l’est pas. Parmi les vertébrés, les animaux de moins de 1 kg de masse sont rarement considérés comme coureur, comme ils se déplacent généralement en une série de courtes accélérations plutôt qu’à une vitesse constante. 

Il ne s’agit donc pas d’une simple question de taille mais aussi de désign.

La conclusion de la recherche est limpide et là je cite plus ou moins texto :

Cette étude fournit la première preuve que la variation interspécifique de la signalisation des neurotransmetteurs peut expliquer les différences de comportement locomoteur chez les mammifères. Ainsi, une récompense neurobiologique pour l’exercice d’endurance peut expliquer pourquoi les humains et d’autres mammifères cursoriels s’adonnent habituellement à l’exercice aérobique malgré les coûts énergétiques et les risques de blessures plus élevés qui y sont associés, et pourquoi les mammifères non cursoriels évitent de tels comportements locomoteurs. 

Le plus surprenant vient de la date de publication. 2012. Depuis 2012, au minimum, on sait que le SEC est au cœur du système de récompense biologique qui provoque l’euphorie du coureur. 

Euphorie du coureur : L’avenir est déjà là!

Parce que je suis peut-être mal renseigné, j’ai cru que l’article publié la semaine passée nous révélait de nouveaux secrets sur le cannabis. Dans les faits, il s’agissait d’un simple retour sur l’accumulation de connaissances encore mal partagées. Comme l’a si bien dit l’auteur canado-américain William Gibson : «L’avenir est déjà là — il n’est simplement pas très bien réparti.» C’est aussi M. Gibson qui a inventé le terme cyberspace

Pourquoi ces études sont importantes? Après tout, cela ne changera rien à court terme ou même à moyen terme pour l’industrie canadienne du cannabis. Mais déjà on peut constater que les protocoles pour guérir de la dépression incitent maintenant les personnes qui en souffrent à faire de l’exercice pour provoquer cette sensation d’euphorie. 

Euphorie du coureur : Le bon doute

Plus largement, tout ce qui propulse le SEC dans les nouvelles est une bonne nouvelle qui participe à l’acceptabilité sociale du cannabis. L’euphorie du coureur a longtemps été expliquée par une fausse théorie. Pendant toutes ces années, on a expliqué un vrai phénomène, l’euphorie causée par l’effort, avec de la mauvaise science. C’est aussi un rappel à la prudence dans le contexte de l’industrie du cannabis. Si on a mal expliqué pendant des années les mécanismes qui permettent aux humains mais aussi aux chiens de se récompenser en générant un high par un simple effort, comment ne pas imaginer que d’autres explications ou concepts ne sont pas disséminés à tort…

On l’oublie souvent mais la plus grande qualité d’un ou d’une scientifique est le doute. 

Et voilà, c’était le 84e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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Shantal est active dans le monde du cannabis depuis 2007 et elle est aussi la fondatrice de la Clinique La Croix Verte, une clinique de cannabis médical à Montréal fermé en décembre 2021 suite à un raid policier…

F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

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Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

# 83 Conduire et consommer, l’intersection qui tue?

# 83 Conduire et consommer, l’intersection qui tue?

Les traitements à base de cannabis peuvent aussi réduire la liberté des malades. 

Comment ?

L’utilisation médicale d’un produit légitime fait avec du cannabis peut créer des tensions avec d’autres cadres règlementaires existant dans le cadre juridique de la « tolérance zéro » qui criminalise la présence de THC même si le système nerveux central du ou de la conductrice n’est pas sous l’emprise des effets de la substance. On va regarder ça ensemble et passer en revue plusieurs études scientifiques. 

Bonne écoute!

Liens pour l’épisode

Medicinal cannabis and driving: the intersection of health and road safety policy

Bilan-routier 2020

http://mbe.io/Test_Routier_Cannabis_Quebec

Homicides en 2020 au Québec

Dans l’Orne, contrôlé positif au cannabis, un homme perd son permis six mois alors qu’il fume du CBD

Loi constituant la Société québécoise du cannabis, édictant la Loi encadrant le cannabis et modifiant diverses dispositions en matière de sécurité routière

Cannabis effects on driving longitudinal control with and without alcohol

Correlates of driving after cannabis use in high school students

Exploring youths’ beliefs towards cannabis and driving: A mixed method study

Simulated driving performance among daily and occasional cannabis users

Prevalence and Correlates of Driving Under the Influence of Cannabis in the U.S.

Mechanisms of cannabis impairment: Implications for modeling driving performance

Cannabis use and driving under the influence: Behaviors and attitudes by state-level legal sale of recreational cannabis

Driving under the influence of cannabis risk perceptions and behaviour: A population-based study in Ontario, Canada

The influence of the frequency of cannabis use and of the five impulsivity traits on risky driving behaviors among young drivers

Cannabis and driving ability

Modeling the system of beliefs that influence driving under the influence of cannabis (DUIC)

Recreational cannabis use impairs driving performance in the absence of acute intoxication

Photo de Maxime Doré sur Unsplash 

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #83

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous ! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien ? Le chanvre est bon par chez vous ?

Avant de se lancer dans l’épisode de la semaine, je veux remercier tous les gens qui ont partagé toPot avec des amis suite à mon appel il y a deux semaines. Quand je regarde les statistiques d’écoute, je peux voir qu’il y a des gens, je ne sais pas qui, car toutes ces données sont anonymes, donc je peux voir un modèle d’écoute qui part de l’épisode #1 et qui progresse vers les plus récents. C’est toujours une joie intense de voir des amoureux du pot qui écoutent mes épisodes. Donc un gros merci pour les partages. Je vous suis très reconnaissant. Détail important pour moi, je vois aussi que les liens que je partage dans les notes des épisodes sont utilisés. Le dernier épisode semble avoir été particulièrement apprécié. Bon, c’est dit et encore merci.

Alors, aujourd’hui on explore l’intersection de la conduite de véhicules motorisés et de la consommation de cannabis. Le sujet est énorme et pose des questions de sociétés importantes à la lumière des thérapies à base de cannabis qui se développent partout dans le monde. Dans notre inconscient collectif, quand Matante Ginette conduit son auto, il n’y a pas de problème même si elle se soigne avec des benzodiazépines combinées avec des opiacés. Par contre, si votre tante se soigne avec du cannabis pour le même problème, vous ne posez plus le même regard sur sa consommation. Matante Ginette conduit stone ? Ben non. Elle prend ses pilules prescript et sait qu’elle doit attendre un certain nombre d’heures avant de conduire. C’est la même chose pour le pot. 

Nous allons donc examiner quelques recherches pour éclairer notre réflexion. Le Canada se vante fréquemment de sa compassion dans les grandes rencontres mondiales. M. Trudeau est fier de sa légalisation. Mais il ne faut pas oublier que c’est le gouvernement de Stephen Harpen qui a su créer de toutes pièces une structure qui garantissait le droit de se soigner avec du cannabis. On oublie souvent que c’est un gouvernement de droite qui a permis cette avancée canadienne qui éclaire les possibilités pour tous les pays tentés par cette aventure. Par contre, ce que l’on oublie souvent, c’est que les traitements à base de cannabis peuvent aussi réduire la liberté des malades. 

Comment ?

L’utilisation médicale d’un produit légitime fait avec du cannabis peut créer des tensions avec d’autres cadres règlementaires existants. Oui j’évoque le cadre juridique de la « tolérance zéro » qui criminalise la présence de THC même si le système nerveux central du ou de la conductrice n’est pas sous l’emprise des effets de la substance.

Et ça tombe bien, car l’Australie qui est en train de se dépatouiller dans sa légalisation à la Canadienne a déjà commencé à réfléchir à cette situation. On va regarder ça ensemble et on va passer en revue une demi-douzaine d’autres études. Mais d’abord, un peu d’histoire pour replacer la discussion dans un contexte commun.

Le cannabis a été retiré du Tableau IV de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, le plus restrictif des tableaux selon les experts. Ce retrait a lieu en décembre 2020. Donc à peine un an. Et bien, il y a un clash immédiat avec les autres cadres règlementaires toujours en place et parfois des clashs avec des nouvelles lois ou règlements. 

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien ?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

J’en profite pour partager une ovni avec vous. Si vous ne fréquentez pas toPot régulièrement, une ovni est une opinion vulgaire non informée. Personnellement, je considère un véhicule motorisé comme une arme. Le machin pèse quelques tonnes et sa conception, sa forme, qui ressemble à une bulle, est très efficace pour donner un sentiment de contrôle. D’ailleurs tous les imbéciles qui font des niaiseries sur la voie publique avec leur char sont sans doute des gens qui ont l’impression d’être contrôlés dans les autres