#118 Pourquoi le cannabis provoque la fringale (munchies)?

#118 Pourquoi le cannabis provoque la fringale (munchies)?

Alors, comment dit-on munchies en français? 

Mon dictionnaire me propose une fringale. Pour moi, le mot fringale appartient au vocabulaire du cyclisme. Quand un athlète oublie de se nourrir, soudainement son moteur stoppe et les coureurs appellent cela «avoir la fringale». J’ai bien vu les mots grignotage mais il traduit mal la notion d’urgence. Allons-y pour fringale alors. 

La fringale survient après la consommation de cannabis. Et en général, ce n’est pas une envie pour des raisins de Corinthe ou une pomme. Non, les munchies, c’est le gout de manger de la crème glacée, des chips, des frites, du maïs soufflé. Que des aliments à forte densité calorifique.

Pour la chimiothérapie qui enlève l’appétit, la fringale provoquée par le cannabis est une excellente nouvelle. Pour le reste de la planète, cette fringale peut amuser tant que l’on rentre dans ses vêtements…

Mais la question que je nous pose ce matin n’est pas «Avez-vous engraissé depuis le début de la légalisation?». Je laisse ça aux études sur les méfaits qu’aime subventionner le gouvernement du Québec.

La vraie question, celle qui m’intéresse, est d’une autre nature… 

Pourquoi le cannabis ouvre-t-il si férocement l’appétit?

Bonne écoute!

Transcription Intégrale de l'épisode #118

#118 Pourquoi le cannabis provoque la fringale (munchies)?

INTRO THÈME toPot  (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, je passe au café en courant.

Je suis dans le jus avec le lancement de www.bonstock.quebec.

Je l’ai mis en ligne pour corriger les derniers bogues.

Les curieuses pourront dès maintenant aller voir à quoi ça ressemble!

Alors, comment dit-on munchies en français? 

Mon dictionnaire me propose une fringale. Pour moi, le mot fringale appartient au vocabulaire du cyclisme. Quand un athlète oublie de se nourrir, soudainement son moteur stoppe et les coureurs appellent cela une fringale… J’ai bien vu les mots grignotage et grignotine, mais ils sont trop doux. Allons-y pour fringale alors.

Les munchies surviennent après la consommation de cannabis. Et les munchies, en général, ce n’est pas une envie pour des raisins de Corinthe ou une pomme. Non, les munchies, c’est le gout de manger de la crème glacée, des chips, des frites, du maïs soufflé. Que des aliments à forte densité calorifique.

Pour la chimiothérapie qui enlève l’appétit, au minimum, la fringale provoquée par le cannabis est une excellente nouvelle. Pour le reste de la planète, cette fringale peut amuser tant que l’on rentre dans ses vêtements…

Mais la question que je nous pose ce matin n’est pas «Avez-vous engraissé depuis le début de la légalisation?». Je laisse ça aux études sur les méfaits qu’aime subventionner le gouvernement du Québec.

La vraie question, celle qui m’intéresse, est d’une autre nature… 

Pourquoi le cannabis ouvre-t-il si férocement l’appétit?

Évidemment, si vous consommez depuis longtemps, vous avez eu le temps d’apprivoiser le monstre de la fringale. En fait, fumer vous coupe peut-être l’appétit. C’est un phénomène connu. Mais c’est une saga pour une autre fois.

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Alors pourquoi la fringale?

Il y a la piste du super héros. Évidemment.

Un super héros court plus vite, frappe plus fort et a de meilleurs réflexes que le citoyen lambda.

Et si je vous disais qu’une personne qui fume pourrait, momentanément, décupler le pouvoir de son nez.

Comment? On sait que chez les souris, le THC envahit les récepteurs du bulbe olfactif du cerveau. La première conséquence? Cela permettrait d’augmenter la capacité des souris à sentir la nourriture dans un premier temps, ce qui les inciterait à manger plus. 

Donc l’humain augmenté, augmenté comme un surhomme, par sa consommation de THC serait potentiellement capable de humer, de sentir plus que lorsqu’il est à jeunes de THC. Si notre cerveau produit des cannabinoïdes, le THC exogène, celui que l’on consomme plus ou moins modérément, va aller jouer dans le système endocannabinoïde, le SEC. Et comme le SEC participe au contrôle des émotions, de la douleur et de l’appétit, il serait normal que le THC modifie notre relation avec l’appétit.

Des souris exposées à des huiles de banane et d’amande ont initialement démontré de la curiosité. Puis les souris se sont désintéressées des produits qui n’avaient l’effet de nouveauté pour les stimuler. On a ensuite administré aux mêmes souris du THC. La période de reniflement fut beaucoup plus longue et les souris ont mangé plus de nourriture, signe d’un appétit plus fort.

Hey Merci MJ!

OK. Tout semble clair et l’expérience aurait pu s’arrêter là. Mais non, les chercheurs ont modifié certaines souris en enlevant de leur cerveau les récepteurs cannabinoïdes situés précisément dans leur bulbe olfactif. Et vous devinez tout seul la suite, j’en suis sur. On a administré du THC aux souris avec un cerveau modifié et leur comportement fut le même que celui des souris normales sans l’effet du THC… Leur intérêt pour les odeurs était faible et leur appétit n’a pas augmenté… 

OK. Je ne suis pas une souris. Mais en toute logique, la piste de la sensibilité exacerbée aux odeurs comme effet du THC est plausible… 

Est-ce que cela explique tout le phénomène de la fringale (munchies)? Trop tôt pour l’affirmer.

Pourquoi? C’est qu’il y a d’autres pistes. Celle des noyaux accumbens par exemple. Je ne suis même pas sur de la façon dont il faut prononcer accumbens. Il s’agit d’un ensemble de neurones qui joueraient un rôle important dans ce qui nous définit comme humains : 

Oui, le système de «récompenses» est nécessaire à notre survie. Pourquoi? C’est lui qui motive et qui préserve notre survie comme humain. Le ou les noyaux accumbens génèrent aussi la dopamine. Et chose que j’ignorais, un TDA(H) indiquerait aussi son mauvais fonctionnement.

Et comme si cela ne suffisait pas, le THC interagit également sur les récepteurs de l’hypothalamus ce qui aurait comme effet de relâcher une hormone. L’hormone ghréline, qui, qui qui, stimule la faim. 

Voilà la complexité du SEC dans toute sa splendeur. Le THC surfe sur le SEC dont la finalité est de régir nos sens.. Le THC agirait sur nos sens en imitant les symptômes de la faim…

Et que se passerait-il si on forçait les souris à jeuner pour mieux observer la quantité de cannabinoïdes endogènes ou naturels qui circulent dans le lobe olfactif. C’est comme pour humains… une souris qui a faim est plus sensible aux odeurs des aliments. Et les souris auxquelles on a enlevé les récepteurs dans les lobes olfactifs? Pas d’augmentation du reniflage et même pas d’appétit alors qu’elles auraient du, techniquement, être affamées.

Dans cette théorie, le THC provoquerait les munchies en disant à notre cerveau ce que notre ventre ignore. TU as faim, mon gars. Envoye, mange!

Est-ce que nous savons maintenant tout des effets du cannabis sur l’appétit? Absolument pas. Car le THC, je l’ai dit plus tôt rapidement pourrait aussi provoquer l’inverse d’une prise de poids indésirable… Et oui, les consommateurs de cannabis mangent plus, mais leur poids est inférieur à la moyenne de la population générale. Il y aurait aussi également moins d’obèses chez les consommateurs de cannabis que dans la population générale. Certains chercheurs croient que le CBD pourrait supprimer l’appétit. 

Peut-être parce que d’autres études ont déterminés que des souris auxquelles ont a administré du THC subissent un changement de leur système intestinal. Et la relation avec le CBD?

  • Le CBD calmerait le tube digestif et le système nerveux d’une personne.
  • Le CBD réduirait ainsi les nausées et donnerait envie de manger. 
  • Le CBD est un analgésique.
  • Et on sait qu’une diminution de la douleur stimulerait l’appétit. Les gens malades mangent moins pour concentrer leur énergie sur la guérison plutôt que la digestion.

Il y a d’autres mécanismes qui pourraient intervenir dans cette absence de prise de poids. Il y a, par exemple, d’autres récepteurs, les PPAR qui participent à la gestion des tissus adipeux. Le cannabis pourrait agir sur ces récepteurs. 

Comprendre et contrôler les effets du cannabis sur la faim est une solution commerciale qui va rendre son inventeur multimilliardaire… car les gens pensent plus à être minces qu’à faire l’amour…

Ce que je comprends également est que la méthode de consommation du cannabis peut avoir un impact sur les munchies… Si tu veux prendre du poids parce que tu en perds trop à cause d’une chimiothérapie, par exemple, et bien les suppositoires de THC sont plus efficaces. Pourquoi? Cela serait dû aux variations de puissance et à la vitesse d’absorption.

Les résultats des recherches sont souvent contradictoires. Il faut comprendre que les études observationnelles transversales sont moins précises parce que, entre autres, il s’agit d’études où les sujets autodéclarent leurs consommations. Il suffit de penser aux sondages politiques pour comprendre les écarts entre les intentions, la réalité et les mensonges. 

Dans de nombreuses recherches, le cannabis a été associé à des prises de poids, mais aussi a l’inverse comme :

  • Tour de taille plus petit.
  • Un Indice de Masse Corporelle plus faible.
  • Une prévalence moins forte de l’obésité.

Finalement, j’ai trouvé une cause dont on parle moins souvent, car elle se situe à l’extérieur de la salle à manger et plutôt dans la chambre à coucher. Et là je vous livre la conclusion texto…

La privation de sommeil a des effets marqués sur la prise alimentaire, déplaçant les choix alimentaires vers des options à forte densité énergétique. Nous testons ici l’hypothèse selon laquelle le traitement neuronal dans les circuits olfactifs centraux, en tandem avec le système endocannabinoïde (SEC), joue un rôle clé dans la médiation de cette relation. Nous avons combiné un protocole de privation partielle de sommeil, une neuro-imagerie olfactive basée sur des motifs et un apport alimentaire sans restriction pour tester comment les mécanismes olfactifs centraux modifient l’apport alimentaire après une privation de sommeil. Nous avons constaté que la privation de sommeil augmentait les niveaux d’un composé du SEC, renforçait l’encodage des odeurs alimentaires dans le cortex et orientait les choix alimentaires vers des aliments à forte densité énergétique. Ces résultats décrivent une voie neurobiologique potentielle par laquelle des changements dépendants de l’état du SEC peuvent moduler le traitement chimiosensoriel pour réguler les choix alimentaires.

En résumé, l’effet global des cannabinoïdes sur l’alimentation semble être déterminé par des effets pré- et postsynaptiques, qui peuvent être indépendants les uns des autres, et c’est leur synchronisation temporelle qui entraine les changements comportementaux globaux.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ Merci beaucoup! Bonne semaine. 

OK, je me ramasse.

Le pot réduit aussi les inhibitions. J’ai déjà parlé de la dopamine, mais je n’avais jamais pensé à certaines conséquences comme celle où il y a une perte de contrôle de l’image de soi. 

La mort du cinéaste goddard m’a fait penser au film La Grande Bouffe avec Michel Piccoli. Non, ce n’est pas un film de Godard. Mais Piccoli joue dans le film le plus célèbre de Godard avec Brigitte Bardot qui lui demande, toute nue étendue sur un lit, si il aime ses fesses.

Manger jusqu’à se rendre malade est facile. Ce sont certaines inhibitions qui nous retiennent de procéder ainsi tous les jours. Les pressions sociales par exemple ou le simple fait de pouvoir se dire que 3 bols de crème glacée, cela suffit.

Je pensais terminer l’épisode en expliquant comment :

 L’effet global des cannabinoïdes sur l’alimentation semble être déterminé par des effets pré- et postsynaptiques, qui peuvent être indépendants les uns des autres, et c’est leur synchronisation temporelle qui entraine les changements comportementaux globaux. 

Mais c’est au-dessus de mes forces aujourd’hui. J’ai compris plein de nouvelles choses, mais je ne saurais pas vous expliquer comment…

L’élément présynaptique renferme la machinerie nécessaire à la synthèse, au stockage, à la libération et à l’inactivation du neurotransmetteur. L’élément postsynaptique, spécialisé dans la réception des messages, renferme dans sa membrane plasmique les protéines réceptrices du neurotransmetteur…

La transmission synaptique est unidirectionnelle, «polarisée»; elle n’a lieu que de l’élément présynaptique, qui contient le neurotransmetteur, vers l’élément postsynaptique à la surface duquel se trouvent les récepteurs du neurotransmetteur.

Mais j’ai progressé… car j’ai appris plein de nouvelles choses. Je ne demande pas mieux. C’est presque un privilège.

Je préfère conclure l’épisode avec un fait divers qui avait marqué mon cerveau le premier jour de la légalisation en 2018. 

Imaginez…

On est à Edmonton et il y a une énorme file de gens qui attendent de pouvoir faire leur premier achat légal. Elina Childs est une jeune fille atteinte de fibrose kystique qui est dans le mouvement des guides. Vous savez, l’équivalent des scouts pour les jeunes filles. Chaque année, pour lever des fonds, les guides vendent des grignotines. Quand elle a vu la file d’attente de consommateurs de cannabis, Elina s’est dit «tiens, tiens.» Accompagnée de son papa, elle a vendu, en moins de 45 minutes, tous ses produits aux gens dans la file d’attente.

Oh, il y a peu de science dans cette histoire. Mais, mais, mais quelle intuition! 

Et voilà, c’était le 118e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Les problèmes de sommeil préoccupent donc les autorités. L’agence de la santé publique du Canada communique fréquemment pour informer les citoyens des dangers d’un sommeil inadéquat.

Les chiffres que l’agence avance sont un vrai assommoir :

1 adulte sur 4 âgé de 18 à 34 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 3 âgé de 35 à 64 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 4 âgé de 65 à 79 ans ne dort pas suffisamment

L’Agence de la santé publique du Canada ne mentionne pas la mélatonine.

Et pour cause… 

Pas plus tard que le 4 septembre 2022, donc il y a moins d’une semaine, la journaliste Alice Girard-Bossé écrivait un article de 881 mots qui était pour le moins alarmiste…

En gros l’article avance qu’aux États-Unis, il y a un boum de 530% de la consommation de la mélatonine. Une tendance à la hausse de la consommation existerait aussi au Québec.

Le centre antipoison Québec s’inquiète.

La mélatonine étant une hormone, et la je cite texto le texte de La Presse:

…il est possible que les suppléments de mélatonine affectent le développement hormonal, notamment la puberté, les cycles menstruels et la surproduction de l’hormone prolactine, mais nous n’en sommes pas certains ».

Dans ce contexte, le cannabis a des réponses à donner.

OK, il manque un élément très important dans notre discussion. Le plus important des arguments qui s’écrit en 3 lettres…

C.B.N.

Oui le cannabinol et non pas le cannabidiol ou CBD… Ils ciblent les mêmes récepteurs du SEC tout en produisant des effets différents.

Le CBN fait partie de la famille des cannabinoïdes mineurs, comme le CBD, mais sa filière de production est différente. Alors que le THC, le CBD ou le CBC proviennent tous du CBG ou cannabigerol, le premier cannabinoïde qui apparait dans la vie d’un plant de cannabis. C’est un travail des enzymes sur le CBG qui le transforme en THC, CBD ou CBC. Le CBN lui est dans une classe à part. C’est une dégradation du THC causé par la chaleur ou le soleil qui le crée.

Si le THC a été isolé pour la première fois en 1964 par Gaoni et Mechoulam à l’Institut Weizmann de Rehovot, ce n’est pas le premier cannabinoïde isolé dans sa forme pure. Ce privilège revient au CBN qui a été découvert 68 ans plus tôt en 1896.

On va voit comment tout ça se goupille avec des récepteurs moins connus qui affectent le rythme  circadien…

Bonne écoute!

Rapport Liens Épisode #117

Transcription Intégrale de l'épisode #117

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Et le sommeil? Il est bon?

Avant de se lancer dans l’épisode #117, juste un petit mot sur Bon Stock, le magazine numérique sur le cannabis que je lance très bientôt. J’ai eu une superbe rencontre ce weekend avec deux amoureux du cannabis qui veulent commencer à écrire des articles. C’est incroyable. J’ai hâte de vous présenter leur premier article. C’est intéressant… Deux gars qui se connaissent. Un qui veut faire de la recherche et l’autre qui veut écrire. La vie est belle. Pour ne rien rater, vous pouvez vous abonner à l’infolettre Bon Stock en vous rendant sur www.bonstock.quebec. 

C’est pour très bientôt. 

Alors on tombe dans le sommeil!

!

Tous les consommateurs de cannabis connaissent le lien entre leur consommation et le sommeil. Moi, je sais. Vous aussi, je suis sur. On peut avoir des intuitions, des expériences particulières, des recettes qui fonctionnent la plupart du temps, ce genre de chose. Mais il y a aussi une science du sommeil. Et une économie, et une industrie… Votre sommeil, le mien, celui des voisins ont un impact sur le PIB de la province et du pays.

Les problèmes de sommeil préoccupent donc les autorités. L’agence de la santé publique du Canada communique fréquemment pour informer les citoyens des dangers d’un sommeil inadéquat.

Les chiffres que l’agence avance sont un vrai assommoir :

1 adulte sur 4 âgé de 18 à 34 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 3 âgé de 35 à 64 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 4 âgé de 65 à 79 ans ne dort pas suffisamment

1 adulte sur 2 a de la difficulté à s’endormir ou à rester endormi. 

1 adulte sur 5 juge que son sommeil n’est pas réparateur.

1 adulte sur 3 a de la difficulté à demeurer éveillé pendant les heures d’éveil. 

Évidemment l’agence donne des conseils pour mieux dormir :

  • évitez l’alcool, la caféine et la nicotine avant d’aller au lit 
  • couchez-vous et levez-vous à des heures régulières 
  • ayez recours à des techniques de détente et à des techniques de réduction du stress fondées sur la pleine conscience 
  • réduisez le bruit dans l’environnement de sommeil 
  • limitez les siestes à 30 minutes 
  • faites de l’exercice régulièrement 
  • passez en revue régulièrement vos médicaments avec votre médecin ou pharmacien 

  • Vous avez remarqué que la mélatonine n’est pas mentionnée… On dirait que l’Agence de la santé publique du Canada sait quelque chose qu’elle ne partage pas.
  • Et pour cause… 
  • Pas plus tard que le 4 septembre 2022, donc il y a moins d’une semaine, la journaliste Alice Girard-Bossé écrivait un article de 881 mots qui était pour le moins alarmiste…

Et là je cite la journaliste…

Entre 2018 et 2022, le Québec a noté une croissance marquée des ventes de mélatonine. Pendant cette période, la valeur des ventes a augmenté de plus de 50 %, selon des données partielles de l’Association québécoise des distributeurs en pharmacie.

La mélatonine, une hormone sécrétée naturellement par le cerveau dans la noirceur, permet de préparer le corps à l’endormissement. Commercialisés à partir des années 2000, les suppléments de mélatonine, peu coûteux et naturels, semblaient la solution miracle contre les troubles du sommeil. Les études sur leur efficacité se sont toutefois avérées moins concluantes qu’anticipé.

OK, j’étais en train de vous lire un passage de l’article de Mme Girard-Bossé. Je termine…

Un impact positif de la mélatonine s’observe en lien avec le décalage horaire, les troubles du rythme circadien du sommeil ou pour réduire l’anxiété avant une intervention chirurgicale. Toutefois, il existe peu «de preuves solides sur son efficacité ou son innocuité» pour traiter l’insomnie chronique, déclarent sur leur site internet les Instituts américains de la santé.

Fin de la citation.

En gros l’article avance qu’aux États-Unis, il y a un boum de 530 % de la consommation de la mélatonine. Une tendance à la hausse de la consommation existerait aussi au Québec.

Le centre antipoison Québec s’inquiète.

La mélatonine étant une hormone, et la je cite texto le texte de La Presse :

 il est possible que les suppléments de mélatonine affectent le développement hormonal, notamment la puberté, les cycles menstruels et la surproduction de l’hormone prolactine, mais nous n’en sommes pas certains».

Il ne faudrait pas aller à la pharmacie achetée de la mélatoto sans consulter un professionnel de la santé. Exactement comme il ne faut pas aller à la SQDC pour une condition médicale. Ça, on l’entend tous les jours pour le cannabis. Mais jamais pour la mélatonine. 

Plusieurs pays exigent une ordonnance dont la Suisse, le Danemark et le Royaume-Uni.

Les doses vendues sommes MASSIVES comparées à ce que le cerveau produit naturellement

Les effets à long terme sont inconnus…

Contrairement au cannabis, il n’y a pas de réel standard dans la production de la mélatonine. 

Un exemple? L’article de La Presse nous informe qu’en 2017, une étude ontarienne sur 30 compléments commerciaux, à mis à jour que des comprimés de mélatonine contenaient une dose 478 % fois plus forte que la dose annoncée sur l’étiquette avec des variations entre les lots qui pouvaient atteindre 465 %. Il est utile de se rappeler que la mélatonine est une hormone… 

DONC cet article a été publié il y a quelques jours… 

Voilà ce que j’écrivais le 29 octobre 2019… donc il y a presque trois ans dans l’épisode 5 qui portait sur le cannabis et le café. 

Le gouvernement canadien, le gouvernement québécois, tous les organismes à l’exception du crime organisé, exhortent la population à faire attention aux molécules de cannabis. Mais quand un produit est vendu en pharmacie, qu’il s’agisse de formulations homéopathiques ou de mélatonine, le commerce prime. 

Pourquoi les pharmaciens vendaient-ils des produits homéopathiques? 

Pour le profit, comme lorsqu’ils vendaient des cigarettes. 

Certains diront que c’est parce que les clients en demandent. 

La science parle, mais le marché, le grand marché, lui crie!

Et le lien avec la mélatonine qui se vend maintenant sous forme de petits oursons gélatineux? Et ben, la mélatonine est aussi une hormone. Comme les stéroïdes anabolisants. Et quand on prend des stéroïdes, il y a de fortes chances que les testicules deviennent toutes petites, surtout si on est un homme. Et donc, le corps arrête de fabriquer sa propre testostérone. 

La mélatonine, je le disais, est aussi une hormone fabriquée par l’épiphyse ou la glande pinéale. La Société canadienne de pédiatrie affirme sur son site que pour Santé Canada la mélatonine est un produit de santé naturel. 

Est-ce que le corps de l’enfant qui gobe des oursons de mélatoto pour faire plaisir à ses parents va être capable de continuer à produire sa propre mélatonine lorsqu’il sera adulte? 

Faites comme moi! Demander à votre pharmacien : est-ce que la prise de l’hormone mélatonine conduit, à long terme, à une défaillance de la production par l’humain?

La mienne de pharmacienne, qui part ailleurs est une personne remarquable, m’a dit qu’elle ne le savait pas. Trop tôt pour dire. Le plus drôle, enfin drôle…, est que Santé Canada dit de tout son poids de spécialiste de la Santé que la mélatonine est uniquement pour les adultes. Pour les enfants et les ados, il s’agit d’un emploi non autorisé. 

On voit ici clairement le double standard pour un produit qui vient directement d’un laboratoire pharmaceutique versus un produit utilisé depuis des milliers d’années sans histoire particulière. 

Fin de l’autocitation

Toute cette longue intro était une mise en bouche pour examiner comment et pourquoi le cannabis affecte le sommeil. Sans jamais rejeter la science, il me semble important de démontrer que les autorités se servent de la science, de la bonne et de la mauvaise, pour des raisons purement économiques. Non, je ne parle pas de la construction du tunnel à Québec… ou de la promotion de l’alcool par le premier ministre du Québec. L’alcool qui cause dix morts et 400 hospitalisations quotidiennes au Canada.

Une étude récente a même été commentée par le réseau TVA il y a quelques jours, le 4 septembre. Le titre de l’article : La légalisation du cannabis pourrait faire baisser la valeur boursière des entreprises pharmaceutiques. Et là je cite texto encore une fois :

Dans leur étude, «Les lois américaines sur le cannabis devraient coûter des milliards aux entreprises pharmaceutiques», une équipe du département d’économie de l’université du Nouveau-Mexique a étudié comment les rendements boursiers des sociétés pharmaceutiques cotées en bourse ont réagi aux événements de légalisation du cannabis médical et récréatif.

Ils ont constaté que les rendements boursiers étaient de 1,5 à 2 % inférieurs 10 jours après un événement de légalisation du cannabis et que les implications de la vente annuelle de cette réduction se chiffraient en milliards.

On peut donc imaginer, sans dire que je suis un commentateur mal renseigné, que le cannabis vient jouer dans le jardin des géants du pharmaceutique… Si TVA le dit, forcément c’est vrai… 

Les partis politiques québécois ne s’intéressent pas au Cannabis.

Eric Duhaime, le supporteur inconditionnel du privé, ne veut pas toucher à la SQDC. 

Il est le plus récent exemple de ce manque d’intérêt. Ou de la peur d’un dossier explosif…

Et bien le sommeil va finir pour réveiller nos politiciens. 

Évidemment, si la mélatoto est en vente libre malgré les dangers connus, c’est que le législateur se fout de ce qui se passe dans votre maison. Sauf si vous faites pousser 4 plants de cannabis.

Mais pourquoi les problèmes de la population vont-ils réveiller les politiciens?

Parce que les gens qui dorment mal performent mal au travail et les couts sont énormes pour la société.

Annuellement, les États-Unis, les problèmes de sommeil causent une perte évaluée 1,23 million de jours de travail. Cela couterait à l’économie américaine 411 milliards de dollars par an. Suivent, dans l’ordre des plus fortes pertes économiques reliées au manque de sommeil, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada qui perdrait environ 78 000 jours ouvrables. Sans oublier que le manque de sommeil est associé à un plus fort risque de mortalité. 

Au Canada, le cout de l’insomnie est estimé à 5 010 $ CA par personne par année à cause de l’absentéisme au travail et de la productivité réduite qui en résulte.

Au détour, j’ai découvert une recherche à laquelle à participer, entre autres, le  

Département de psychologie, Université de Montréal

Centre d’étude avancée en médecine du sommeil de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, 

École de psychologie de l’Université Laval

École de santé publique du Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal,

L’Institut universitaire de santé mentale de Montréal

Le titre de l’étude est clair, Economic burden of insufficient sleep duration in Canadian adults.

La conclusion est toute aussi claire :

La durée insuffisante du sommeil est un facteur important des dépenses de santé et des pertes de productivité liées à la santé au Canada. 

Que les enfants québécois développent de nombreux problèmes parce qu’ils utilisent de la mélatonine n’intéresse pas le législateur québécois. Mais un ralentissement de l’économie a plus de chance de l’interpeler et c’est un peu le motif secret de cet épisode dans le contexte de l’élection provinciale québécoise.

Je précise que certaines compagnies semblent avoir prévu le retour de fronde contre la mélatonine. J’ai vu passé un produit qui s’appelle Prima’s Sleep Tight. Le produit est annoncé comme étant formulé par un médecin avec du CBD, des composés d’acides aminés, des herbes calmantes et surtout, surtout sans mélatonine. C’est écrit sur l’étiquette. C’est la première fois que je voyais ça dans le cannabis… Une étiquette qui annonce la présence d’une absence. En fait, ce n’est pas exact. J’ai vu des étiquettes qui disent que les fleurs ne sont pas irradiées… Encore là présence de l’absence.

Alors regardons rapidement c’est qu’est le sommeil, mais par le prisme du rythme circadien. Il y a une raison qui va devenir apparente plus tard dans l’épisode.

J’avais 6 ans quand j’ai vu un documentaire sur l’explorateur français Michel Siffre qui s’intéressait aux rythmes circadiens. Je me rappelle avoir vu le monsieur descendre s’isoler dans un gouffre à 100 m de profondeur sans repère avec le jour et la nuit. Quand il remonte pour sortir de son gouffre le 14 septembre 1962, Siffre pense qu’il s’agit du 20 aout. À force de confondre sieste et longue nuit entre guillemets. Le plus troublant est que son horloge biologique fut trompée par l’expérience et que Siffre se mettait à table pour son petit déjeuner à 19 h et qu’il se «couchait» pour la nuit aux alentours de midi… 

Siffre dira plus tard que sans repère, c’est le cerveau qui crée l’illusion du temps. Il était un explorateur, spéléologue et géologue de formation, mais j’avais l’impression qu’il explorait surtout ce qu’il se passait dans son cerveau…

C’était peut-être ma première rencontre avec la science… dans le fond d’une grotte.

Comme enfant, j’avais été troublé par ses constatations. Je ne sais pas pourquoi, par contre. Peut-être, voir Siffre surgir d’une nuit éternelle. Il titubait comme s’il était ivre. Des policiers qui ressemblaient au comique Louis de Funes avec leurs képis se sont précipités maladroitement pour l’aider en masquant ses yeux, car le soleil l’aveuglait.

J’ai utilisé le mot circadien. Il vient du latin classique circa diem, «autour du jour».

Le rythme circadien est une forme d’horloge interne qui conditionne les réactions physiologiques et biochimiques à la lumière et à la noirceur. 

Cela va avoir un impact sur nos réactions physiologiques, cognitives et comportementales.

 Les femmes ont un rythme plus court que celui des hommes ce qui expliquerait qu’elles se couchent en moyenne plus tôt que les hommes. Quand tu comprends ça, tu arrêtes de regarder les différences entre les hommes et les femmes dans un contexte de force, d’endurance ou de résistance…

Une bébelle pas importante les rythmes circadiens? Pas vraiment, car en 2017, les chercheurs Hall, Young  Rosbash ont reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine «pour leurs découvertes des mécanismes moléculaires contrôlant le rythme circadien»

Les rythmes circadiens sont générés par des mécanismes cérébraux et l’environnement. Oui, la rotation de la Terre et les variations lumineuses sont impliquées. Mais les petits bébés naissants n’ont pas de rythme circadien, ce qui leur permet de dormir aussi bien le jour que la nuit. Ce n’est que vers la huitième semaine qu’il apparait, d’où l’idée d’une horloge biologique intégrée dans nos organismes…

Ce sont les zeitgebers, aussi appelés donneur du temps qui nous aide à déterminer nos cycles. La lumière est un zeitgeber, mais l’alimentation aussi. Tout cela appartient à la chronobiologie., la science qui étudie donc les rythmes biologiques. 

Mais le rythme circadien n’existe pas que chez l’humain. Les insectes, les plantes, les bactéries et même les champignons. Et on passe du champignon au SEC. Comment? Les organes et tissus du corps humain ont aussi une place de choix dans le SEC et ils produisent des endocannabinoïdes. Et on sait qu’il y a des récepteurs CB1 dans l’hypothalamus qui est aussi la région où trouve le mécanisme central de notre horloge biologique circadienne. 

Cela veut-il dire que l’on pourrait manipuler notre rythme circadien en consommant du cannabis? La réponse est oui! En fait le SEC est relié de plusieurs façons au rythme circadien. En fait le SEC aurait un comportement rythmé. Mais cela sera une saga pour une autre fois.

On sait aussi que le SEC a une influence directe sur le sommeil.

Un rythme circadien perturbé va créer plusieurs types de difficultés : des difficultés à s’endormir, à rester endormi, un sommeil avec des réveils non désirés ou tout simplement un sommeil de mauvaise qualité. Le DSM-5 identifie cinq types de troubles du rythme circadien, du sommeil et de l’éveil. Les curieuses vont trouver un lien dans les notes de l’épisode.

On va se contenter de comprendre qu’entre le rythme circadien et le SEC, il y a une vraie relation d’interdépendance. 

Alors le cannabis et le sommeil?

Forbes, le magazine d’affaire a publié en juin un article intitulé Should You Use CBD for Sleep? Si Forbes en parle, c’est un bon signe. Pour les affaires et pour la déstigmatisation du cannabis. La conclusion est classique, le choix du CBD est l’affaire d’une discussion entre vous et votre médecin. Si vous en avez un. C’est comme ça.

S’il y a une méthode pour constater l’efficacité du cannabis, c’est de regarder l’évolution des ventes de somnifères en vente libre dans les endroits où la consommation de cannabis est légale. Et ça tombe bien, car une telle étude existe pour le Colorado où les ventes de somnifères étaient en augmentation de façon constante. Jusqu’a la légalisation. Alors que les ventes de tous les produits en vente libre restaient constantes, la vente des somnifères s’est effondrée totalement. Plus le nombre de points de vente a augmenté, plus les ventes de somnifères ont diminué. Scientifiquement, cela ne veut pas dire que le cannabis est plus efficace. Cela prouve simplement qu’un produit alternatif naturel semble être une vraie solution pour les gens qui ont des problèmes de sommeil.

Une étude parue la semaine passée et reprise par l’ensemble des médias montre que depuis la légalisation au Colorado en 2014, tout s’est accéléré. Le titre de l’étude est : Les lois américaines sur le cannabis devraient coûter des milliards aux fabricants de médicaments génériques et de marque.

L’étude évalue une perte de presque 10 milliards de dollars avec quelques bémols bien sûr. 

Voici la conclusion de l’article :

En gardant ces limites à l’esprit, la taille de l’impact estimé suggère des implications importantes pour toutes les parties prenantes : les fabricants de médicaments, les patients et leurs fournisseurs, les investisseurs, les régulateurs et la communauté universitaire, tant pour les événements de légalisation passés que futurs. 

Le plus surprenant est de constater les choix des consommateurs quand on sait que les compagnies pharmaceutiques ont déployé des budgets de pub et de lobbying extraordinaires pour lutter contre la légalisation.

Je disais plus tôt que le magazine Forbes parlait du CBD comme solution au problème de sommeil. Évidemment, c’est encore difficile de parle de THC aux États-Unis. 

Devrais-je vous parler de THC et du sommeil? Ça pourrait être drôle, mais je ne ferais que parler de ce que tout le monde connait. Je ne connais aucun consommateur de cannabis dont le THC n’affecte pas le sommeil. Les réactions sur les réseaux sociaux à l’épisode #115 Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis? ont été pour moi une vraie découverte. Les rêves qui stoppent lors des périodes de consommations pour certains ou qui continuent sans interruption pour d’autres. Les présences ou l’absence de cauchemars, ainsi de suite. Évidemment la loi de l’effet joue à plein. Il est d’ailleurs utile de se rappeler que le même cultivar peut provoquer des effets différents chez le même utilisateur dans la même semaine.

Tous ces faits sont d’ailleurs codifiés dans la médecine ayurvédique traditionnelle utilisée depuis des milliers d’années en Inde. 

Au-delà des effets anecdotiques du THC sur l’humain, que savons-nous vraiment?

Le plus important à retenir est que les effets du THC peuvent se transformer au fil des ans. Que la recette de nos 20 ans peut ne pas fonctionner à 45 ans! Cela est aussi vrai pour l’alcool que l’on supporte de moins en moins en vieillissant. Ou les ognons crus. Ou la cuisine très très grasse.

Lorsqu’une personne arrête de consommer, elle dort souvent mal. Des études ont démontré que le sevrage a un impact sur les phases du sommeil. C’est ce qui explique qu’un sommeil d’une durée similaire semble procurer moins de repos. Un exemple? OK. Le sommeil paradoxal va augmenter dans une forme de compensation qui expliquerait l’apparition de rêves désagréables très très vivides qui vont disparaitre si l’abstinence de cannabis est maintenue. Des études sur des rats documentent tout cela en détail et le plus intrigant est de constater une différence entre les rats mâles et femelles qui semblent éviter l’augmentation du rêve paradoxal. 

Mais, mais, mais, il y a aussi des recherches qui contredisent ce que je viens de dire. The Effects of Cannabinoids on Sleep publié en février 2022 est une recherche documentaire dans des bases de données de recherches publiées entre le 1er janvier 1960 et le 1er juillet 2021. Au total, 818 études ont été considérées. Là je résume les grandes lignes plus ou moins texto.

  1. La disponibilité et la commercialisation de produits à base de cannabis destinés à faciliter le sommeil augmentent constamment.
  2. Des améliorations légères du sommeil subjectif ont été signalées avec l’utilisation de produits à base de cannabis dans certains examens antérieurs de sujets souffrant de douleurs chroniques, comme des patients souffrant de sclérose en plaques, de douleurs neuropathiques périphériques ou de douleurs liées à la polyarthrite rhumatoïde.
  3. Il y a peu ou pas de preuves scientifiques convaincantes dans les documents sélectionnés.
  4. La plupart des études incluses dans cette revue étaient de nature observationnelle, basées sur l’autoévaluation.
  5. Le cannabis ne serait pas efficace pour les troubles du comportement des mouvements oculaires rapides

OK. Cette recherche me fait penser à un incident qui est arrivé il y a quelques années. Santé Canada a voulu interdire les produits de citronnelle antimoustique. Des centaines d’années de résultats probants furent jugées par Santé Canada de nature observationnelle et basée sur l’autoévaluation… donc à rejeter.

 Voilà ce qu’écrivait dans Le Devoir le journaliste Guillaume Bourgault-Côté en septembre 2014 :

Après dix ans d’incertitude et de sursis, la petite industrie du chasse-moustiques à base de citronnelle a perdu son combat face à Santé Canada : les dernières bouteilles d’insectifuge devront être retirées des rayons d’ici la fin de l’année, point final. Une décision dénoncée par le NPD à Ottawa.

 

«On se demande pourquoi Santé Canada fait fi des recommandations des scientifiques et interdit la vente d’un produit naturel», a indiqué mardi par communiqué Libby Davies, porte-parole en santé du Nouveau Parti démocratique. «Santé Canada devrait réexaminer sa décision.» 

Fin de la citation.

Finalement, en 2015, sous la pression populaire, Santé Canada revient sur sa décision. Mais c’est une pause temporaire et elle pourrait de nouveau tenter d’interdire la citronnelle.

OK, il manque un élément très important dans notre discussion. Le plus important des arguments qui s’écrit en 3 lettres…

C.B.N.

Oui le cannabinol et non pas le cannabidiol ou CBD… Ils ciblent les mêmes récepteurs du SEC tout en produisant des effets différents.

Le CBN fait partie de la famille des cannabinoïdes mineurs, comme le CBD, mais sa filière de production est différente. Alors que le THC, le CBD ou le CBC proviennent tous du CBG ou cannabigerol, le premier cannabinoïde qui apparait dans la vie d’un plant de cannabis. C’est un travail des enzymes sur le CBG qui le transforme en THC, CBD ou CBC. Le CBN lui est dans une classe à part. C’est une dégradation du THC causé par la chaleur ou le soleil qui le crée.

Si le THC a été isolé pour la première fois en 1964 par Gaoni et Mechoulam à l’Institut Weizmann de Rehovot, ce n’est pas le premier cannabinoïde isolé dans sa forme pure. Ce privilège revient au CBN qui a été découvert 68 ans plus tôt en 1896.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. 

OK je me ramasse…

En 1896 donc, c’est un dénommé Wood qui a isolé le CBN. Il a fallu attendre 1940 pour que l’on connaisse parfaitement sa structure. On a pensé initialement et à tort qui c’était un psychotrope. La dégradation dont on parle, c’est simplement, par exemple, l’exposition du hach au soleil et aux intempéries qui a créé les bonnes conditions pour qu’une forte concentration de CBN apparaisse et s’accumule. Dans une fleur de cannabis, il y a finalement très peu de CBN. C’est là où la fermentation de précision fait rêver la planète cannabis. Mais c’est aussi une saga pour une autre fois.

Le petit coquin de CBN est capable d’agir avec les récepteurs CB1 et CB2 du SEC. Dans cette interaction, les récepteurs seraient la serrure et le CBN serait la clé…

Les bénéfices du CBN sont nombreux :

  1. Il stimule l’appétit.
  2. Il agit sur les glaucomes.
  3. Il est antibactérien
  4. Il est antiinflammatoire
  5. Le CBN protègerait le cerveau. Une étude de 2004 sur des souris a déterminé que le traitement de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) avec du CBN a retardé la progression de la maladie.

Malgré toutes ces qualités, à court terme, c’est-à-dire demain soir, le principal bénéfice du CBN est qu’il agit comme un sédatif très efficace. Son action antiinflammatoire contribue à la relaxation musculaire, ce qui aide quand on est costumé en pyjama.

Voilà la première action du CBN pour le sommeil. Mais il existe une deuxième interaction plus complexe qui nous ramène à Michel Siffre, notre gentil explorateur de la noirceur. Le CBN pourrait interagir avec les récepteurs TRPV2. Oh, le CBD sait aussi faire ça, car c’est aussi un cannabinoïde d’origine végétale qui est les seuls agonistes du TVPR2. Un agoniste, c’est l’inverse d’un antagoniste et voilà un mot que nous connaissons.

Il y a 3 définitions dans mon dictionnaire pour antagoniste et je vais m’en tenir à la première, car c’est la plus simple

Il s’agit d’un individu, groupe, principe, etc., en opposition, en lutte avec un autre ; rival, adversaire, concurrent. Tenter de réconcilier les antagonistes d’un conflit qui a déjà trop duré. D’ardentes antagonistes du régime en place. antagonist
 Quand j’étais petit, ma mère me disait «arrête d’antagoniser ton petit frère»… 

Agoniste est donc l’inverse d’antagoniste.

Alors le CBN est agoniste des récepteurs TRPV2, cela veut dire qu’il se lie de façon réversible à un récepteur. Jusque là, rien de spécial. La pirouette qui nous ramène au début de l’épisode vient du fait que le récepteur TRPV2 serait relié à la gestion du rythme circadien. Le CBN pouvant interagir avec le TRPV2, il est possible qu’il déclenche la somnolence et signale au cerveau et au corps de se reposer. Mais on ne sait pas comment il ferait ça…

Le sommeil est important pour la survie de l’individu et son bon fonctionnement. Mais le sommeil, lorsqu’on le considère globalement, est un des vecteurs les plus importants d’une économie qui performe bien. Les chiffres sont clairs. Le mauvais sommeil coute cher à nos sociétés. Notre environnement, celui que nous créons dans nos résidences avec tous nos appareils électroniques, la WIFI et tout le bataclan, je pense à votre microonde, est de plus en plus problématique. L’autre environnement, celui que nous subissons, et là je pense aux réseaux qui nous bombardent en permanence, le plus récent est le G5, n’est guère plus hospitalier. Le grand principe de précaution prend toujours le bord quand le commerce parle plus fort. 

Nous sommes tous les cobayes d’une expérimentation à ciel ouvert où chacun va devoir trouver la meilleure façon de protéger son sommeil. Je n’ai pas dormi cette nuit. C’est un fait. Après une vie entière sans problème, cela fait 3 fois en un mois que je ne trouve pas le sommeil… Je vais devoir revoir mon protocole. Pour la première fois de ma vie, je suis capable de me mettre à la place de quelqu’un qui a des problèmes de sommeil. Mais c’est peut-être juste le lancement de mon nouveau magazine numérique qui me stresse à fond… www.bon stock. Quebec. 

Je vais bientôt en avoir le coeur net!

Et voilà, c’était le 117e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques, n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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#115 Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis ?

#115 Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis ?

OK. Je me suis levé un jour la semaine passée et je me suis dit : 

Mais que se passe-t-il dans le corps humain quand on arrête de consommer du cannabis?

Oui, il y a un prix à payer quand on consomme. Personnellement, j’ai appris que lorsque je consomme, je dois renoncer à quelque chose de très important. Je vous en reparle dans la conclusion…

Alors Luc, est-ce le temps de réinitialiser ton corps? 

Est-ce le temps non pas d’un reset mais de ce que j’appelle affectueusement un freeset? 

Oui, est-ce le temps de faire une pause? Je me permets de partager ces réflexions parce qu’on est entre nous. Si vous avez écouté un seul épisode de toPot, vous savez que je ne suis pas vraiment contre le cannabis. Pas du tout en fait. Est-ce une raison pour arrêter de se poser des questions? Ben non. Donc, je me suis dit :

  1. Que se passe-t-il dans mon corps quand j’arrête de consommer?
  2. Est-ce le temps de faire une pause comme j’en fais régulièrement depuis que j’ai consommé à consommer il y a 40 ans?
  3. Est-ce que les récepteurs du SEC sont comme nettoyés par une abstinence suffisante? 

Et très rapidement, je me suis trouvé une vraie excuse pour reporter ma pause. Mon excuse? 

Bonne écoute! 😉

Transcription Intégrale de l'épisode #115

# 115 Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis?

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Segment 0 h

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Oh que j’ai vécu un beau retour au potcast avec l’épisode précédent, le 114e de toPot. L’épisode de la semaine passée, le premier depuis mon retour de vacances, a été beaucoup partagé et apprécié. Un gros merci à toute la communauté pour l’aide et l’accueil. Des fois, au détour de ma veille sur les réseaux sociaux, je découvre des gens qui apprécient mon travail et qui le partagent. Ahhhhm c’est toujours précieux, très précieux. 

Beaucoup de gens se sont aussi abonnés à bonstock. quebec. WWW.bonstock.quebec est un magazine en ligne sur le Cannabis. Le lancement officiel est dans quelques jours. Pour ne rien rater, vous pouvez vous abonner à l’infolettre Bon Stock en vous rendant sur www.bonstock.québec. Vous ne serez pas seul. Il y a des membres connus de l’industrie et de simples consommateurs. Il y a une seule condition pour s’inscrire gratuitement… Il faut aimer le cannabis. 

OK. Je me suis levé un jour la semaine passée et je me suis dit : 

Mais que se passe-t-il dans le corps humain quand on arrête de consommer du cannabis?

Oui, il y a un prix à payer quand on consomme. Personnellement, j’ai appris que lorsque je consomme, je dois renoncer à quelque chose de très important. Je vous en reparle dans la conclusion…

Alors Luc, est-ce le temps de réinitialiser ton corps? 

Est-ce le temps non pas d’un reset mais de ce que j’appelle affectueusement un freeset? 

Oui, est-ce le temps de faire une pause? Je me permets de partager ces réflexions parce qu’on est entre nous. Si vous avez écouté un seul épisode de toPot, vous savez que je ne suis pas vraiment contre le cannabis. Pas du tout en fait. Est-ce une raison pour arrêter de se poser des questions? Ben non. Donc, je me suis dit :

  1. Que se passe-t-il dans mon corps quand j’arrête de consommer?
  2. Est-ce le temps de faire une pause comme j’en fais régulièrement depuis que j’ai consommé à consommer il y a 40 ans?
  3. Est-ce que les récepteurs du SEC sont comme nettoyés par une abstinence suffisante? 

Et très rapidement, je me suis trouvé une vraie excuse pour reporter ma pause. Mon excuse? En descendant les marches du patio dans ma cour pour enterrer mon chat qui venait d’être euthanasié pour cause de leucémie, j’ai glissé dans l’escalier. J’avais la main sur le garde-personne heureusement. Mais l’angle de mon bras était mauvais et mon épaule s’est disloquée. Et j’ai amorti ma chute dans la dislocation en arrachant tout au passage. C’était la première fois que cela m’arrivait. Un choc vagal en plus, juste pour bien marquer l’occasion. Après 2-3 jours où mon épaule était comme un bloc de béton, j’ai regagné presque toute la mobilité perdue, mais la douleur est énorme, surtout la nuit. Donc, je me suis dit que c’était une très bonne excuse, presque une bonne raison pour ne pas faire une pause maintenant. Je suis un bas répondeur aux molécules comme l’acétaminophène d’un côté et le cannabis me relaxe alors que le choix est simple. Ce n’est pas le bon moment pour faire une pause cannabis.

Par contre, c’est le temps de la pause café. 

Quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, Salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

OK. Avant de reprendre le fil de mon raisonnement, j’aimerais simplement citer une évidence qui permet de relativiser non pas mon questionnement, mais la dangerosité du cannabis, bien que je n’aime pas ça en général. La semaine passée, une étude publiée par The Lancet, LA référence dans le genre, donc The Lancet à publier une étude reprise par tous les grands médias mondiaux et même La Presse qui conclue 44,4 % des décès par cancer dans le monde était attribuables à un facteur de risque connu, soit la consommation de tabac et d’alcool.

Donc je disais quoi? Ah oui, je parlais de la dislocation de mon épaule. Donc, est-ce le temps d’une freeset?

Mais si le cannabis est une substance anodine, pourquoi à chaque fois que je pense faire une pause, je pense aux effets du sevrage qui l’accompagne? Hein? Pourquoi?

Je suis ici toutes les semaines à vous parler de cannabis et je me cacherais le fait que je pourrais être dépendant, car je redoute, sans les craindre, les effets du sevrage?

Ben oui, si le pot n’est pas une drogue comme je lis tous les jours sur les réseaux sociaux, pourquoi vais-je vivre des effets physiques déplaisants? Si le pot est un médicament, c’est que je soumets mon SEC à un stress qui pourrait le rendre moins performant quand j’en aurai besoin? 

Je me suis dit que c’était une piste intéressante, car elle me force a réfléchir à contrecourant. 

Je vous donne un autre exemple…

Hey merci MJ!

Je me questionne aussi sur le fait que le CBD ne serait pas une drogue de performance… Si tous les athlètes en consomment, c’est qu’ils y trouvent un avantage. Et cela nous amène à discuter de la définition du mot psychotropique versus psychoactif. L’amplification versus la lubrification… Est-ce que le psychoactif impliquerait seulement qu’une substance puisse traverser la barrière érigée entre le système sanguin et le cerveau, la barrière hématoencéphalique? Est-ce qu’une substance psychotropique en est une qui affecte l’état mental de l’utilisateur? Mais si le CBD procure un mieux-être qui affecte mon état mental? Vous voyez le genre. Mais c’est aussi une saga pour une autre fois.

Pour amorcer ma réflexion sur le sujet du jour, j’ai commencé par me poser la question incontournable… Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis? Quels sont les effets de ce sevrage? Car, je ne connais personne qui n’a pas vécus des effets réels occasionnés par l’arrêt de la consommation du cannabis.

Et cela nous recherche à une grande question existentielle :

Est-ce que le cannabis crée une dépendance? 

Car si le cannabis crée une dépendance, cela change beaucoup de choses…

Pour répondre à cette question, on doit d’abord décrire ce qu’est une dépendance… 

Une dépendance s’installe parfois de manière sournoise, à l’insu de nos préoccupations immédiates. Parfois de manière immédiate et douloureuse. Je pense ici à la dépendance amoureuse qui peut démarrer sur un coup de foudre… Hollywood nous raconte cette histoire depuis l’invention du cinéma. Le classique du genre est Liaison fatale de Adrian Lyne avec Glenn Close et Michael Douglas. 

Dans le monde des drogues, chaque humain réagit différemment. Je connais du monde qui s’effondre après un zopiclon ou un verre de vin. J’en connais d’autres qui ne perdre jamais le nord même s’ils ont une pharmacie derrière la cravate.

On peut donc être dépendant affectivement, dépendant au tramadol, dépendant au café, au tabac, à l’alcool, au travail, au sucre… La dépendance a le dos large. Certains iront jusqu’à dire que le Québec vit une dépendance par rapport au Canada… Mais c’est une saga pour une autre fois.

Si on s’en tient aux problèmes de substances, la dépendance transforme la consommation occasionnelle en usage puis en abus. La dépendance, aussi appelée addiction, finit par controler la vie de l’usager en imposant un fil ininterrompu de pensées reliées à la consommation.

Et pour lancer notre conversation à distance, je vais prendre le café comme exemple, car il est moins stigmatisé que le cannabis et que l’introspection volontaire est réellement facile tellement le café est une drogue banalisée.

Tout le monde boit du café. Certains philosophes ont dit qu’il n’y a jamais eu de grandes civilisations sans café comme drogue de grande consommation. Pourquoi j’utilise le mot drogue pour parler du café? Si vous vous posez la question, c’est que vous n’avez jamais tenté d’arrêter d’en boire. Et si vous avez déjà tenté de stopper de boire du café, vous comprenez exactement ce que je veux dire… Le café peut provoquer de l’insomnie, de l’hypertension, il peut aussi déshydrater et donner des maux de tête. Comme le THC qui est présent dans plus d’une plante, on retrouve de la caféine dans une soixantaine de plantes dont le thé et le cacao sont les plus connus.

Je ne reviendrai pas sur le mécanisme qui fait passer la caféine de l’estomac à la circulation sanguine pour ensuite stimuler le système nerveux central. Certaines personnes peuvent boire du café avant de se coucher sans problème. D’autres doivent limité leur consommation, car le café leur donne des brulements d’estomac. Voilà ce que je disais dans l’épisode 5 dédié au café et au cannabis.

Je vous pose une question personnelle : pour bien dormir le soir, vous devez limiter votre consommation à combien de tasses de café par jour?

Je vous entends de loin là : 2, 3, 5, 6 cafés par jour, ça dépend pour chacun. Ça dépend de quoi? Ça dépend entre autres de votre SNC… et de ce qui s’appelle la loi de l’effet. La loi de l’effet est un concept très simple, mais très puissant qui s’articule en trois temps.

  1. Chaque être humain est une usine différente de celle du voisin ou même du frère ou de la sœur. On peut être haut répondeur à telle ou telle molécule et faible répondeur à telle ou telles autres molécules. Moi je suis haut répondeur au café et bas répondeur à l’acétaminophène. 
  2. La substance consommée n’est jamais la même dans le cas des drogues récréatives. 
  3. Troisième et dernier élément de la loi de l’effet, le contexte. Boire du champagne quand on est triste ne provoque pas les mêmes effets qu’après avoir gagné la Coupe Stanley… 

Voici ce que je disais dans l’épisode 5 à propos du café…

… faut que je vous raconte l’histoire de Floyd Landis. Landis est un producteur de CBD aux États-Unis. Mais avant ça, c’était un coureur cycliste. Toujours dans la drogue. Le champion Lance Armstrong l’avait repéré et voulait l’avoir comme équipier. Alors Armstrong donne rendez-vous à Landis dans un café à Gérone en Espagne. Quand Armstrong arrive, Landis est déjà assis à la terrasse et boit un cappucino. Il en offre un à Armstrong. Et un deuxième. Et un troisième. Armstrong lui demande alors : «Heille gars, ça fait combien que tu bois?»

 

28 répond Landis. 

28 cappucinos juste pour commencer la journée…

Je vous raconte cette histoire pour illustrer plusieurs éléments différents. Les éléments de ce que la science appelle la loi de l’effet. 

Landis est l’exemple parfait du problème d’accoutumance ou la dose doit être augmentée sans cesse pour maintenir le niveau et la qualité de l’effet. C’est bon pour le café, mais aussi pour les amphétamines par exemple, la drogue des ploucs en cyclisme.

OK, luc, mais c’est quoi les symptômes génériques de la dépendance? Ça tombe bien, je les ai recensés.

Les symptômes génériques de la dépendance sont les suivants :

  • Tremblements
  • Transpiration excessive
  • Irritabilité
  • Concentration difficile
  • Troubles du transit 
  • Sommeil troublé
  • Anxiété 
  • Attaques de panique
  • Maux de tête
  • Vertiges
  • Douleurs physiques
  • Fatigue
  • Hallucinations…

Ça ressemble aux symptômes de sevrage du café… sauf pour les hallucinations.

Pouvant survenir 12 heures après la dernière ingestion, ces symptômes dureront entre 2 et 10 jours selon les individus et les habitudes de consommation.

La recherche Caffeine Withdrawal publiée en avril 2022 résume bien la situation… et là c’est plus ou moins texto…

La caféine est un stimulant du système nerveux central (SNC) de la classe des méthylxanthines et l’une des drogues les plus utilisées dans le monde. La caféine est légale, pas cher et non règlementée dans presque toutes les régions du monde. De multiples études ont démontré que le syndrome de sevrage à la caféine est une entité cliniquement pertinente et qu’il est inclus dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e édition; DSM-5; American Psychiatric Association, 2013).

Les médecins travaillant dans les services d’urgence (ED) et à l’hôpital doivent connaitre ce syndrome lorsqu’ils rencontrent des patients présentant des symptômes pertinents, car ils se superposent à des symptômes tels que l’anxiété, la dépression, les troubles de l’humeur, l’insomnie. Ils peuvent également être à l’origine de signes vitaux anormaux, comme la tachycardie, l’augmentation de la fréquence respiratoire et une pression artérielle basse ou élevée, et à ce titre, ils peuvent présenter un défi diagnostique et/ou être à l’origine d’un bilan inutile aux urgences.

Maintenant que nous avons un terrain commun, grâce au café, pour comprendre la base du concept de dépendance, on peut regarder comment la dépendance et le sevrage du cannabis opèrent…

Quels sont les signes de la dépendance au cannabis avant de voir les symptômes du sevrage?

Est-ce que tu passes tes journées à penser à ta consommation et tes achats de produit? Ça commence mal… Quand la vie quotidienne est centrée autour de la consommation, il y a une perte évidente de qualité de vie et d’autonomie. Qu’il s’agisse d’héroïne ou de cannabis… La France a déjà eu un immense ministre de la Culture qui était un consommateur fonctionnel d’opium. Alors oui, on peut consommer des substances tout en étant fonctionnel. Mais un consommateur peut être fonctionnel et en état de dépendance face au cannabis ou à l’héroïne.

La traitrise des substances provient de leur accaparement progressif, mais sournois de l’espace mental… 

Il y a plein de gens, la majorité peut-être, qui ne développeront jamais de problèmes d’accoutumance lourds au cannabis. Par contre, c’est officiel, le cannabis fait maintenant partie du fameux DSM-5, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. En français, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

La plus récente version combine les diagnostics d’abus et de dépendance à un nouveau et unique trouble d’utilisation d’une substance.

Dans les Critères diagnostiques du trouble d’utilisation du cannabis, une utilisation problématique du cannabis est révélée par l’apparition d’un minimum de 2 des 11 critères suivants sur une période de 12 mois.

Le DSM-5 propose des niveaux de sévérité. 

La présence de 2-3 symptômes indique une sévérité légère.

4—5 symptômes? Sévérité modérée

6 symptômes ou plus? On tombe dans la sévérité sévère.

Voici donc ces critères du DSM-5 pour reconnaitre une consommation de cannabis qui relève de la dépendance : 

  1. Augmenter la consommation en quantité et fréquence
  2. Tenter de diminuer ou de controler la consommation du cannabis
  3. Consacrer de plus en plus de temps à l’obtention et à la consommation
  4. Penser à sa consommation de plus en plus fréquemment
  5. Manquer à ses obligations pour consommer ou à cause de la consommation
  6. Ne pas stopper sa consommation pour rectifier l’apparition de problèmes causés par cette dernière
  7. Réduire ses activités sociales et autres pour consommer
  8. Consommer à des moments de risques physiques
  9. Consommer en dépit d’être conscient des problèmes causés par le cannabis
  10. Tolérer de plus en plus le cannabis
  11. Vivre un sevrage sévère ou consommer pour éviter le sevrage.

En complément, le DSM-5 propose des critères et des symptômes nouveaux pour le sevrage du cannabis.

 Critère 1 Il faut arrêter de consommer après une utilisation quotidienne sur plusieurs mois

Critère 2 Il faut, après une semaine sans consommation, oui justes 7 petits jours, faire l’expérience de 3 ou plus des états suivant :

  • Irritabilité, agressivité ou colère
  • Nervosité ou anxiété
  • Trouble du sommeil
  • Diminution de l’appétit ou perte de poids
  • Agitation
  • Humeur dépressive
  • Une gêne physique réelle causée par l’un des facteurs suivants : douleur abdominale, tremblements, sueurs, fièvre, frissons ou maux de tête

Le DSM-5 propose ensuite un critère sur les effets du sevrage que nous venons de voir. Si le sevrage crée globalement de la détresse ou une modification des comportements sociaux et professionnels, il y a un problème. Merci DSM-5!

Le DSM-5 propose également de vérifier que les signes, les symptômes, que nous venons de détailler ne sont pas causés par une condition médicale ou mentale différente. C’est gentil. 😉

Finalement le DSM-5 nous informe que la majorité des symptômes apparaissent rapidement, soit entre un et trois jours après l’arrêt de la consommation. Les symptômes culminent dans la première semaine, mais peuvent durer jusqu’à deux semaines. Les troubles de sommeil? Ça peut prendre un mois…

Ne reculant devant aucun sacrifice, j’ai regardé sur YouTube des tonnes de vidéos ou l’on explique les difficultés pour stopper l’usage du cannabis. Tous reprennent les symptômes que je vous ai déjà présentés. Beaucoup de ces vidéos m’ont aussi parlé de Dieu qui était là pour m’épauler dans mes choix d’abstinence. Je remercie aussi tous ces Dieux-là! Ce que je retiens de ces vidéos, c’est qu’il y a beaucoup plus de gens qui ont des problèmes de consommation que je le croyais. Les témoignages sur les difficultés pour arrêter sont parfois très émouvants.

Il est important de dire que le DSM-5 ne fait pas l’unanimité. On accuse ses auteurs de vouloir transformer en besoin de soins, des états humains normaux. Tous les symptômes que nous avons vus précédemment peuvent exister chez une personne en bonne santé physique et mentale.

Alors la question qui s’est ensuite imposé à mon esprit est la suivante :

Quel est le % de la population qui va développer des problèmes de consommations? 

Il y a peu de chiffres. J’ai trouvé une recherche publiée en 2015 par le National Institute on Drug Abuse, le NIDA, qui affirmait alors que 30 % des consommateurs de cannabis vont développer un problème d’utilisation. La recherche conclut que l’augmentation de la prévalence des troubles liés à la consommation de marijuana est due à une augmentation de la prévalence des consommateurs dans la population adulte américaine et non pas à une augmentation du risque. Donc selon cette étude, un consommateur de cannabis sur 3 va développer des problèmes de consommation. Si on accepte ce %, cela veut dire que 70 % des consommateurs n’auront jamais aucun problème de dépendance au cannabis. C’est une bonne nouvelle, je crois. Même si je ne crois pas trop au chiffre de 30 %. Si vous connaissez des chercheurs qui ont des chiffres pour le Québec ou le Canada, faite-moi signe. Il est clair que je préfèrerais faire parler un spécialiste. Si vous êtes un spécialiste et que je dis des bêtises, vous avez l’obligation morale de m’appeler pour me corriger. Luc Prévost. 450. 552.35.05.

J’ai été chanceux de découvrir une étude de 2007 dans laquelle le même NIDA affirmait que seulement 9 % des consommateurs qui allaient développer un problème de consommation de cannabis. En quelques années, le profil des consommateurs à risque serait donc passé de 9 % à 30 %… Je n’ai pas d’explication. J’ai bien sur une OVNI, une opinion vulgaire non informée sur le sujet, mais elle est trop ridicule pour que je la partage…

Alors, sait-on pourquoi certaines personnes vont devenir dépendantes et d’autres pas? Moi, je ne sais pas. Et je n’ai pas trouvé d’explications scientifiques récentes assez substantielles pour les partager. 

Par contre, je peux vous parle de Rat Park. C’est le nom d’une expérience du chercheur Bruce Alexander qui date déjà des années 70. À l’époque on savait déjà que des rats isolés seuls dans une cage avec deux bouteilles de liquides, une remplie d’eau pure et l’autre remplie d’eau coupée avec de la cocaïne ou de l’héroïne, et bien ces rats allaient boire de l’eau coupée avec de la drogue jusqu’a une overdose mortelle. Alexander à osé penser, à l’extérieur de la cage si je peux me permettre. Le chercher a osé se demander s’il s’agissait d’un problème de rat ou d’environnement. Son expérience était simple à réaliser… Il a repris les mêmes deux bouteilles, mais il les a disposées dans un parc à rat, comme un skate park, où les rats pouvaient jouer, socialiser et baiser. Le résultat final? Les habitants du parc à rat préféraient l’eau plate. Les rats qui prenaient de la drogue dans la deuxième bouteille le faisaient par intermittence, sans compulsion et sans surdose. 

Je connaissais l’existence de cette étude depuis plusieurs années, mais c’est aussi la première fois que je lisais dans ma recherche pour l’épisode que d’autres chercheurs ont tenté de reproduire l’expérience d’Alexander sans succès. Cela ne veut pas dire qu’elle est mauvaise. Cela veut dire qu’il y a des doutes.

L’augmentation supposée des niveaux de THC depuis les années 70 est souvent avancée comme raison des problèmes d’accoutumance. J’avoue ne pas trop y croire, mais je ne vous demande de me croire. 

On sait que les enfants de parents alcooliques peuvent avoir une prédisposition génétique pour l’alcool. Une étude de 2020 soutient que l’usage problématique du cannabis pourrait avoir une composante génétique similaire. Du coup, il serait possible de faire une une distinction entre la responsabilité génétique dans l’usage inapproprié du cannabis versus le trouble de l’usage du cannabis qui serait de la responsabilité de l’individu. Il est évident que les enfants de parents alcooliques ont des tonnes d’autres bonnes raisons pour vivre un dérèglement de leur pilote automatique dans la vie. Tout comme l’obésité est un phénomène contagieux, une enfance pas normale a de fortes chances de venir nous embêter aux détours de nos consommations et autres excès. Après tout, la santé mentale est aussi importante que la santé physique pour évoluer sereinement dans son environnement.

Je ne ferai pas le tour des traitements disponibles pour les gens qui voudraient arrêter de consommer. J’ai envie de dire… Faites vos recherches et consultez! Mais en gros, j’ai trouvé 3 grands types de thérapie.

  1. Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
  2. Gestion des imprévus par la récompense
  3. La thérapie d’amélioration de la motivation 

Une thérapie ne vous amuse pas?

Vous avez trois solutions de type volontaristes.

  1. Vous pouvez changer votre environnement social 
  2. Vous pouvez vous concentrer sur vos raisons spécifiques pour arrêter de consommer 
  3. Vous pouvez trouver des nouveaux passetemps.

J’imagine que votre médecin pourrait aussi vous prescrire un assommoir chimique pour vous calmer le pompon pendant que vous décrochez de votre dépendance. Le problème de cette solution est que vous risquez de devenir accro à une substance plus dangereuse que le cannabis…

On a vu ce que le corps peut subir comme stress ou symptômes quand on arrête de consommer du cannabis. Mais que se passe-t-il au niveau du SEC? Ça tombe bien, il y a une recherche de 2012, ce n’est pas la seule évidemment, qui a trouvé ceci et la je cite texto :

La consommation chronique de cannabis peut entraîner une dépendance. Des études sur les rongeurs montrent une régulation réversible à la baisse des récepteurs cannabinoïdes CB1 (récepteurs cannabinoïdes de type 1) du cerveau après une exposition chronique au cannabis. Cependant, on ne sait pas si cette régulation se produit chez les humains qui fument du cannabis de façon chronique.

Cette recherche a donc démontré qu’après 4 semaines d’abstinence, la densité des récepteurs CB1 est revenue à la normale. Vue négativement ou dans une perspective du contrôle des méfaits du cannabis comme dirait le législateur québécois, la régulation négative des récepteurs cannabinoïdes CB1 corticaux en tant que neuroadaptation pourrait favoriser la dépendance au cannabis dans le cerveau humain. Autrement dit, trop consommer stresse le SEC et crée une dépendance.

On sait aussi que le cannabis pour l’humain peut être soit gratifiant soit aversif. Je connais plein de gens qui doivent arrêter de consommer dans la soixantaine, car les effets négatifs du cannabis sont devenus exorbitants en comparaison des plaisirs obtenus.

Et là on retrouve la réponse à la question posée dans cet épisodique. Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis? Et bien cela peut varier d’un individu à l’autre, car l’expression des récepteurs CB1 et CB2 peut différer dans le cerveau de différents sujets. 

C’est comme le café. Ou le ritalin. 

Alors, que se passe-t-il quand on arrête le cannabis?

J’ai lu une belle histoire dans un article sur le cannabis.

Une fois, c’est l’histoire d’un gars qui trouve que sa consommation d’alcool devient problématique. Ok. Il arrête de boire et commence a fumer du cannabis. Le gars réalise qu’il est super bon pour ses enfants quand il a un peu consommé avant de mettre sa casquette de papa. Tout est devenu plus facile, même de transporter ses enfants au soccer. Et que se passe-t-il quand il doit faire ces taches à jeun? S’occuper de ses enfants devient plus lourd et pas drôle…

Il n’existe aucune drogue sans effets négatifs. Aucune. On sait que le syndrome de la bouche sèche est un effet secondaire connu qui serait dû à l’activation des récepteurs CB1 par le THC tandis que simultanément le CBD s’y oppose, avec une puissance similaire. 

C’est un effet secondaire qui se remarque facilement. Il est impossible qu’il n’y ait pas d’autres effets secondaires plus discrets. Si notre SEC existe pour réguler le corps par homéostasie, on peut penser que chaque bouffée de fumée ou chaque mangeable de cannabis ingurgité vient noyer notre SEC dans un déluge supplémentaire de molécules exogènes, qui ne proviennent donc pas naturellement de notre corps. 

Je prends le sang comme exemple. Chaque humain a une quantité X dans son corps. Je connais des gens qui vont en Suisse pour le faire changer. Cela permet d’éviter de faire une longue cure de désintoxication de cocaïne par exemple. Mais je ne connais personne qui va tenter d’augmenter son volume total de sang.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ Merci beaucoup! Bonne semaine. 

On se ramasse!

Que se passe-t-il quand on arrête le cannabis?

La majorité des gens semble sortir d’un état qui ressemble à une intoxication.

Du latin classique toxicum, «poison». Comme dans le mot toxine.

Je ne suis pas sur que le mot intoxication soit le bon.

Mon dictionnaire me dit qu’une intoxication est l’Effet nocif d’une substance toxique sur l’organisme ainsi que l’ensemble des troubles qui en résultent.

Le corps humain ne fabrique pas d’alcool. Voilà la différence. L’humain à un SEC. Pas une distillerie.

Mais même s’il n’y a pas d’intoxication, on pourrait parler d’un surplus, disons, il est clair que la plupart des humains qui cessent de consommer vont vivre un sevrage et des problèmes biopsychosociaux. 

Le prix à payer va différer pour chaque individu. 

Personnellement, en fumant, j’ai appris que je dois renoncer à me rappeler de mes rêves. C’est un prix qui parait ridicule. Mais les rêves ont une fonction. Cette fonction est-elle moins importante dans l’histoire de l’humanité que la découverte du cannabis? Je ne sais pas, mais j’en rêve… quand je suis réveillé.

Et voila, c’était le XXe épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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#108 Inconduite sous influence du cannabis?

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Cette semaine, on aborde un sujet très important : la conduite de véhicules motorisés sous l’influence du cannabis. 

Et avant d’aller plus loin, j’aimerais faire une mise en garde doublée d’une expérience mentale importante pour la suite des choses. Je vais peut-être dans les prochaines minutes dire des choses qui vont irriter vos convictions personnelles. Laissez-moi immédiatement contextualiser les informations que je vais partager.

L’utilisation que nous faisons des recherches est parfois ridicule. 

Je vous donne un exemple simple. La première étude dont je vous ai parlé aujourd’hui avec ses 26 participants a été publiée en 2020. Son titre est Effect of Cannabidiol and Δ 9-Tetrahydrocannabinol on Driving Performance A Randomized Clinical Trial.  Je l’ai dit, cette recherche prouve que les effets du THC se dissipent après 4 à 5 heures. La même recherche tendait aussi à démontrer l’absence de dangerosité de la conduite sous l’effet du CBD. Fabuleux non? Oui sauf que les auteurs de la recherche ajoutaient un énorme à leur étude, un bémol ignoré par la presse et tous les partisans du CBD… C’était quoi le bémol? Le voici…

Cependant, l’ampleur de l’effet pour le cannabis à dominante CBD n’a peut-être pas exclu une déficience cliniquement importante, et les doses testées ne représentent peut-être pas l’usage courant.

J’ai d’abord été surpris de voir des médias reprendre la nouvelle sans mentionner le bémol de fin. Puis je me suis dit qu’une majorette se contente de suivre la parade. 

Heureusement d’autres chercheurs ont vu ce bémol… Et je suis heureux de partager aujourd’hui avec vous une recherche qui a été publiée il y a exactement une semaine… Effects of cannabidiol on simulated driving and cognitive performance: A dose-ranging randomised controlled trial. 

Cette recherche répond au bémol de la recherche précédente. Comment?  Bonne écoute!

Liens pour l’épisode

BILAN ROUTIER 2021

Les caractéristiques socio-psychologiques et les croyances des conducteurs canadiens d’un véhicule moteur sous l’effet du cannabis ou de l’alcool

Effect of Cannabidiol and Δ9-Tetrahydrocannabinol on Driving Performance

Driving Performance and Cannabis Users’ Perception of Safety

Standard operation procedures for conducting the on-the-road driving test, and measurement of the standard deviation of lateral position (SDLP)

High THC Blood Levels Do Not Equal Increased Intoxication: A Study

Association of Naturalistic Administration of Cannabis Flower and Concentrates With Intoxication and Impairment

Les caractéristiques sociopsychologiques et les croyances des conducteurs canadiens d’un véhicule moteur sous l’effet du cannabis ou de l’alcool  Le vidéo

Les caractéristiques sociopsychologiques et les croyances des conducteurs canadiens d’un véhicule moteur sous l’effet du cannabis ou de l’alcool Le PDF

Clearing the Smoke on Cannabis

Transcription de l'épisode #108

#108 Inconduite sous influence du cannabis?

INTRO THÈME toPot  (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Segment 0 h

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

  • Aujourd’hui, on va discuter d’un sujet à la mode. Un sujet qui revient de plus en plus souvent dans les discussions au fur et à mesure que les médias publient les résultats de recherches. Oui, cette semaine on aborde un sujet très important : la conduite de véhicules motorisés sous l’influence du cannabis. 

Et avant d’aller plus loin, j’aimerais faire une mise en garde doublée d’une expérience mentale importante pour la suite des choses. Je vais peut-être dans les prochaines minutes dire des choses qui vont irriter vos convictions personnelles. Laissez-moi immédiatement contextualiser les informations que je vais partager. Et laissez-moi vous donner un exemple. Si vous êtes un voyageur fréquent sur toPot, vous savez que je suis un cycliste. J’aime le vélo sous toutes ses formes. J’ai un tandem de montagne avec freins à disque. Avec ma belle, on a roulé dans des forets de muscadier, ben oui la muscade pousse dans un arbre. On a fait du dérapage contrôlé sous des cathédrales de bambou. J’ai roulé un peu partout en Europe avec des inconnus et des coureurs du Tour de France. Et c’est à Boucherville que j’ai été le plus souvent agressé par des automobilistes. Au fil des ans, j’ai développé une méthode pour interpeler les fous qui se servent de leur véhicule de deux tonnes pour faire peur aux cyclistes. Quand j’ai l’occasion de répondre à un automobiliste qui m’agresse avec son véhicule, je commence toujours par lui dire bonjour et lui demander s’il a des enfants. Je lui propose alors de me donner son adresse pour que je puisse aller faire un tour sur sa rue pour traiter, en tout respect, ses enfants, sa femme ou sa grand-mère de la même façon. Pas plus, pas moins. Juste traiter les gens qu’il aime de la même façon qu’il vient de me traiter. 

Pas toujours, mais souvent, je vois le doute sur le visage de la personne pendant une fraction de seconde. 

Dans mon exemple, je parle d’un homme comme agresseur, mais il ne s’agit pas d’un privilège. Les femmes peuvent avoir des comportements similaires. En fait, j’ai une main qui est plus fragile que l’autre parce que j’ai frappé le capot d’une enseignante du Cégep Édouard Montpetit il y a 20 ans. J’ai eu le malheur de faire mon stop et frustrée d’être retardé d’au moins 3 secondes, elle avait fait mine de vouloir m’écraser en frappant ma roue arrière avec son parechoc avant. 

Donc, pendant cet épisode, à chaque détour, avant de dire que je surestime certains dangers, j’aimerais vous demander de penser à la personne la plus importante dans votre vie. Votre partenaire, votre enfant, un parent, peu importe. Imaginez cet être cher comme on dit dans les magazines bas de gamme, donc imaginez que la personne que vous aimez le plus au monde est en train de traverser une intersection très achalandée. Vous voyez l’intersection dans votre esprit? C’est clair? OK. Vous voyez la personne la plus importante au monde pour vous au milieu de cette intersection? OK! 

Et ben maintenant, imaginez que la prochaine voiture qui arrive est conduite par une personne qui vient de consommer du cannabis. L’effet est toujours intense. Pas une affaire folle. Juste un excellent buzz. Un bon buzz. Un conducteur moyen avec une intelligence moyenne comme vous et moi. 

Si vous ne ressentez aucune tension, vous êtes chanceux. Ou psychopathe. Moi, quand je fais cet exercice mental, je suis tendu. Parce que je sais comment je suis quand je consomme. Je suis bien, évidemment. Mais suis-je le meilleur conducteur que je peux être? Forcément, ma réponse est non. Cela ne veut pas dire que je suis mal. Cela veut simplement dire que je ne pourrais pas, par exemple, réagir parfaitement avec le maximum d’efficacité si la personne que vous aimez le plus au monde s’enfarge dans ses lacets. C’est le principe des accidents. On ne peut les prévoir, mais on peut parfois les éviter. Voilà le principe qui guide ma consommation et la conduite d’un véhicule motorisé. Imaginer que tous les gens qui je vais croiser sont toujours l’équivalent de la personne que j’aime le plus au monde. 

Ce n’est pas hier que les spécialistes ont commencé à s’intéresser à la conduite automobile avec facultés affaiblies. C’était même le titre d’une conférence qui a eu lieu en 2016. Cette rencontre organisée par l’Association des intervenants en dépendance du Québec, l’AIDQ, était la première rencontre du genre au Québec. 

D’une façon générale, on assiste à une baisse générale des décès et des blessés auquel auraient surement contribué les nombreuses campagnes de sensibilisation à une conduite prudente. En 2009, la catégorie d’âge 20-24 ans était responsable de 13 % des accidents de la route. Même s’il y a de plus en plus de jeunes conducteurs, en 2019, les 20-24 ans ne causaient plus que 11 % des accidents routiers bien qu’ils ne représentent que 6 % des permis de conduire en circulation au Québec. En 2016, il y avait déjà des tonnes d’inquiétudes reliées à la conduite sous influence. Mais depuis, de 2016 à 2020, le nombre de décès a diminué. de 15,0 % chez les 15 à 24 ans et de 8,5 % chez les 75 ans et plus. Par contre les décès ont augmenté de 27,4 % chez les motocyclistes et de 56,9 % chez les cyclistes. Y’en aura pas de facile.

Alors si tout va bien ou mieux, pourquoi aborder ce sujet?

Parce que certaines études qui relativisent la consommation de pot et la conduite d’un véhicule motorisé sont brandies comme des étendards par certains partisans de la cause du cannabis. Je vois de plus en plus de gens se vanter de conduire sous influence tout en brandissant des études qui seraient censées leur donner raison. Or on sait déjà très bien et des tests ont déjà été menés au Québec sur ce sujet, on sait très bien donc que le cannabis peut diminuer le niveau d’attention en plus d’avoir un impact sur la perception et les fonctions psychomotrices. Je pense même que le CAA Québec fait régulièrement ce genre de tests sur simulateur en plus de vrais tests routiers. 

Est-ce que tous les Canadiens ont un comportement similaire de conduite sous influence? 

Qu’est-ce que je disais? Ah oui…

Est-ce que tous les Canadiens ont un comportement similaire de conduite sous influence? 

Bonne question hein! 

Dans une étude qui date de 2018, on a demandé à un échantillon de consommateurs de cannabis s’ils conduisaient un véhicule motorisé dans les deux heures qui suivent la consommation. Alors selon vous quelle est la province où les gens conduisent le plus dans les deux heures qui suivent la consommation de cannabis? C’est le Nouveau-Brunswick où 52,4 % des gens interrogés. Et la province où l’on est le moins porté à conduire dans les deux heures qui suivent la consommation de cannabis? C’est le Québec avec 32 %. Les Latins canadiens seraient les plus conservateurs par rapport à conduite sous influence du cannabis. Comment expliquer cela? Je ne sais pas. C’est également au Québec que l’acceptabilité sociale pour le cannabis était la plus faible au moment de la légalisation en 2018. Je ne sais pas si les choses ont évoluées depuis, mais la popularité du parti au pouvoir au Québec me laisse croire que non. 

C’est le temps de regarder ce que la science a à raconter. Et dans le domaine qui nous intéresse, il y a une recherche phare. Une recherche qui date de 2020 et qui a été réalisé en Australie grâce au projet ambitieux du Lambert Initiative for Cannabinoid Therapeutics dont le but est de faire progresser les traitements à base de cannabinoïdes dans la médecine conventionnelle

 

Derrière ce projet, il y a Barry et Joy Lambert qui ont fait un don de 33,7 millions de dollars pour la recherche sur le cannabis thérapeutique dans les domaines suivants : l’épilepsie, le cancer, la douleur chronique, l’obésité, les troubles neurologiques et la santé mentale.

Alors cette recherche, c’était quoi?

26 personnes en bonne santé vont subir des tests de conduite sur route. 

Et que veut-on mesurer? Simple. La recherche mesure l’écart type de la position latérale. Dit plus simplement, les chercheurs vont mesurer les déviations des trajectoires et des surcorrections sur la route entre 40 et 100 minutes après la consommation de CBD, de THC ou d’une substance placébo. C’est un test reconnu et utilisé partout dans le monde. Dans le fond il quantifie le zigzagague inutile et inapproprié.

Alors les résultats paraissent simples : pas de différences dans la conduite entre le CBD et la substance placébo. Par contre, la conduite sous influence du THC démontre des écarts de trajectoire beaucoup plus marqués qui diminuaient de façon marquée après 4 à 5 heures. 

Une étude plus récente intitulée Driving Performance and Cannabis Users’ Perception of Safety a été publiée en mars 2022. La grande question que pose cette recherche est Quels sont les facteurs liés à l’impact du cannabis fumé sur la conduite et la perception de l’aptitude à la conduite par les usagers? L’objectif de l’étude est clair : déterminer, dans un large échantillon de consommateurs réguliers de cannabis, l’ampleur et l’évolution dans le temps de l’altération de la conduite produite par du cannabis fumé avec plus ou moins de THC, les effets de l’historique de consommation et la concordance entre l’altération perçue et la performance observée. 

Sur une période de deux ans, les chercheurs ont recruté 191 consommateurs de cannabis dont 118 (61,8 %) étaient des hommes. L’âge moyen était de 30 ans. Finalement, le groupe avait un nombre moyen de jours de consommation de 17 jours au cours du mois précédent. Alors que nous apprend cette recherche et la j’y vais le plus texto possible :

Quand on laisse des consommateurs expérimentés contrôler leur consommation, on ne peut pas déduire une altération de la conduite sur la base de la teneur en THC du joint, de la tolérance comportementale ou des concentrations sanguines de THC. Par contre, le désir des participants de conduire après seulement 1 heure 30 minutes peut indiquer un faux sentiment de sécurité au volant. La dégradation des performances de conduite est évidente pendant plusieurs heures après avoir fumé chez de nombreux consommateurs, mais semble se résorber au bout de 4 heures 30 minutes chez la plupart des individus. 

Entre nous, comme ça, on discute de conduite de véhicules sous influence. 

Mais quels sont les chiffres disponibles actuellement par rapport aux accidents de la route? 

Dans une étude de 2016 qui couvrait une vingtaine de pays, la conduite sous l’influence de l’alcool était responsable de 19 % des accidents. On sait aussi qu’en 2018, juste aux États-Unis, presque un accident sur trois, est plus de 12 000 accidents, étaient causé par une conduite en sous l’influence de l’alcool. Et les décès résultant de la conduite sous l’influence du cannabis? On parle de 8700 décès sur toutes les routes du monde entier en 2013. Par contre, tous les chercheurs constatent que la consommation simultanée d’alcool et de cannabis est à la hausse. 

Alors quelle est la substance responsable des accidents et décès dans ces cas-là? 

Je n’ai pas trouvé de réponse à cette question.

On sait cependant que les recherches démontrent clairement que le pourcentage d’accidents mortels impliquant à la fois le cannabis et de l’alcool a doublé entre 2000 et 2018. Mais c’est comme pour les guerres. On connait généralement le nombre de morts, mais combien de blessés? Aux États-Unis, on parle année après année d’une trentaine de mille décès, mais aussi de plus de 2 millions de blessés. On parle donc d’un ratio de 1 pour 60.  

Au Canada, en 2020, le nombre total de décès sur les routes était de 1 745; soit une baisse de 1 % par rapport à 2019. Le nombre total de blessures pour la même année est de 101 572, soit un ratio d’un (1) mort pour 58 blessés.

Ces ratios sont importants et peuvent à l’occasion nous sauver la vie.

Je vous donne un exemple qui m’a été raconté par une femme qui a planté des arbres en Colombie-Britannique pendant une dizaine d’années. Elle me disait que lorsqu’elle voyait un ours, cela voulait dire qu’il y a dans un périmètre rapproché 7 ours qui l’a regardait… C’est un peu comme dans une manifestation. Si tu croises un policier, c’est sur qu’il n’est pas le seul à te regarder. Je ne connais pas le ratio par contre.

Plus sérieusement, au Québec, la situation a beaucoup changé depuis les années 70. En 1973, 2209 personnes meurent sur la route. Presque cinquante ans plus tard, en 2021, il y a eu seulement 347 morts, mais avec trois fois plus de véhicules immatriculés. C’est un vrai progrès. Si j’applique le ratio canadien de 1 pour 58, cela fait plus de 20 000 blessés.

Et quel bonheur, on va pouvoir vérifier mon ratio, car je viens de trouver les chiffres officiels pour le Québec, notre bilan routier collectif : 1 227 personnes blessées gravement et 26 314 personnes ont été blessées légèrement soit un total de 27 541 incidents répertoriés. Notre ratio morts/blessé est beaucoup plus élevé qu’au Canada ou aux États-Unis. Pour chaque mort sur la route, il y a 80 blessés. On pourrait facilement formuler quelques hypothèses, mais on s’éloignerait trop de notre sujet du jour. 

J’en entends dans le fond du café qui disent : Hey Luc, moi je consomme un cultivar qui contient beaucoup de CBD et ça équilibre l’effet du THC…

Ben ça tombe mal mon gars, car des chercheurs ont étudié cette prétention et voici les résultats de leur recherche intitulée, Cannabis and Impaired Driving. 

Bien que les résultats de cette recherche ne permettent pas de conclure qu’il est possible de conduire en toute sécurité après avoir consommé du CBD, il est clair que le THC a altéré les performances de conduite et que les effets du THC ne se sont pas limités à une seule tâche de conduite. La consommation de THC et de THC/CBD a eu un effet négatif sur les performances lors de tests standardisés de vitesse de traitement, d’attention partagée, de fonction psychomotrice, de mémoire de travail, de prise de décision et de flexibilité cognitive. Les conducteurs qui ont consommé du THC étaient généralement conscients que leur conduite était altérée, bien que les participants aient déclaré que la consommation de THC/CBD était associée à moins d’anxiété, à une réduction de la force des effets de la drogue et à une plus grande confiance pour conduire que le THC seul. Ces résultats remettent en question le mythe selon lequel le CBD améliore les effets psychoactifs/psychomoteurs du THC.

Ne tirez pas sur l’ambulance. Je ne fais que partager ce que les chercheurs disent…

Dans un épisode précédent, je disais d’ailleurs ceci :

Est-ce que vous voyez poindre la complexité du sujet? 

Votre médecin peut vous prescrire du cannabis, mais vous ne pourrez plus conduire votre véhicule pour aller travailler ou pour reconduire votre enfant à la piscine, car le principe de tolérance Zéro va vous trouver fautif 100 % du temps, car si vous fumez un seul joint par semaine, vous allons tester positif tous les jours… Par contre, vous pouvez finir votre bière et allez reconduire votre enfant sans problème parce qu’un policier à l’obligation de vous laissez repartir si votre taux d’alcoolémie est inférieur à .08. 

DOnc la première conclusion de l’épisode est que le gouvernement du Québec ne considère pas l’alcool comme une drogue et désire la garder hors du concept de zéro tolérance.

Fin de l’autocitation.

Ce zéro tolérance est ridicule. Mais mettez-vous à la place du législateur… On ne sait pas encore mesurer le handicap momentané que cause la consommation de cannabis, mais on sait tous très bien qu’au pic des effets d’une consommation de THC, nous ne sommes plus exactement la même personne avec les mêmes moyens.

Surtout que l’utilisation que nous faisons des recherches est parfois ridicule. 

Je vous donne un exemple simple. La première étude dont je vous ai parlé aujourd’hui avec ses 26 participants a été publiée en 2020. Son titre est Effect of Cannabidiol and Δ 9-Tetrahydrocannabinol on Driving Performance A Randomized Clinical Trial.  Je l’ai dit, cette recherche prouve que les effets du THC se dissipent après 4 à 5 heures. La même recherche tendait aussi à démontrer l’absence de dangerosité de la conduite sous l’effet du CBD. Fabuleux non? Oui sauf que les auteurs de la recherche ajoutaient un énorme à leur étude, un bémol ignoré par la presse et tous les partisans du CBD… C’était quoi le bémol? Le voici…

Cependant, l’ampleur de l’effet pour le cannabis à dominante CBD n’a peut-être pas exclu une déficience cliniquement importante, et les doses testées ne représentent peut-être pas l’usage courant.

J’ai d’abord été surpris de voir des médias reprendre la nouvelle sans mentionner le bémol de fin. Puis je me suis dit qu’une majorette se contente de suivre la parade. 

Heureusement d’autres chercheurs ont vu ce bémol… Et je suis heureux de partager aujourd’hui avec vous une recherche qui a été publiée il y a exactement une semaine… Effects of cannabidiol on simulated driving and cognitive performance: A dose-ranging randomised controlled trial. 

Cette recherche répond au bémol de la recherche précédente. Comment?  

Les résultats de cette étude suggèrent que le traitement aigu par CBD par voie orale à des doses allant jusqu’à 1500 mg n’induit pas de sentiment d’intoxication et n’est pas susceptible d’altérer les fonctions cognitives ou les performances de conduite. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer l’absence d’effet du CBD sur les tâches sensibles à la sécurité dans les heures suivant immédiatement le traitement et lors d’une administration chronique.

1500 mg de CBD, c’est de la bonne dose non? Mais la science est plus patiente que nous… car là aussi les chercheurs notent un gros bémol qui sera oublié…

Dans le fond du café, j’en entends qui disent : et le THC Luc, le THC… 

OK. 

Je réponds immédiatement en rappelant notre expérience mentale qui consiste à imaginer la personne la plus importante pour vous qui tente de croiser une intersection dangereuse. 

Alors quelle est la recherche qui est la plus populaire chez les gens qui conduisent sous l’influence du THC? 

Celle que je vois le plus souvent brandit comme une excuse est celle-ci… et j’en ai déjà parlé, mais pour d’autres raisons. Cette étude à créer des cannavans pour aller tester les gens chez eux dans leur habitat naturel, pour ainsi dire. La responsable de la recherche, Cinnamon Bidwell, voulait contourner la loi qui empêche les universitaires dans certains États d’utiliser du cannabis légal.

Cette recherche se décrit ainsi :

  • 121 consommateurs réguliers de cannabis, 
  • La moitié consomment des concentrés dont la teneur en THC variait entre 70 et 90 %.
  • L’autre moitié consommaient des fleurs de cannabis avec des teneurs en THC entre 16 et 24 %.
  • Le sang des participants est testé.
  • Leur humeur mesurée ainsi que leur niveau d’intoxication
  • On évalue ensuite leur fonctionnement cognitif et leur équilibre. 
  • Ici on parle de multiples tests sur la même personne, c’est-à-dire avant, juste après et une heure après la consommation de cannabis. 

Les résultats maintenant…

Les consommateurs de concentrés de THC avaient des taux de THC dans le sang plus élevé pour chaque test. Presque deux fois plus élevés.

Dans leur autoévaluation, tous les consommateurs se sentaient tous similaires. Retenez qu’il s’agit d’autoévaluation, on va y revenir, car c’est très important…

Les chercheurs ont été surpris de constater que les consommateurs de concentrés à 90 % de THC étaient moins perturbés qu’ils avaient anticipé. Cela vient bien sûr d’une comparaison avec l’alcool. La logique veut que la même quantité de vodka et de bière engendrent des réactions différentes. Mais le système endocannabinoïde fonctionne différemment. Est-ce que cette recherche nous informe des dangers de la conduite sous l’effet de concentrés? Pas directement, car ce n’était pas son but. Mais prétendre que consommer un concentré à 90 % de THC c’est juste comme fumer un joint pour certains nous éloigne de la science.

Et je prends comme témoin votre téléréalité favorite ou plus facile, examinons le concept général des spectacles où des gens inconnus viennent chanter devant des juges qui proviennent de la colonie artistique.

Dans ce genre de programmes, il y a des gens qui ont du talent, des voix énormes, un look d’enfer. Le gros kit complet quoi. Mais il y a aussi souvent un concurrent qui est là pour rendre encore plus remarquables les meilleurs, car eux sont très très très mauvais. Ces candidats vont passer à la télé. Parfois devant des millions de personnes. Et ils ne savent pas chanter. Ils sont mauvais. Très très très mauvais. Et c’est là qu’arrive la fameuse autoévaluation et le syndrome de Dunning Kruger. Et que dit Wikipédia?

L’effet Dunning-Kruger, aussi appelé effet de surconfiance [1], est un biais cognitif par lequel les moins qualifiés dans un domaine pourraient surestimer leur compétence

Le mauvais chanteur dans une émission comme La Voix ne se pense meilleur que les meilleurs. Il croit juste qu’il est meilleur qu’il ne l’est réellement. Il n’est pas fou. Juste mal informé de son propre talent. Et un génie dans un domaine peut vivre l’effet Dunning-Kruger dans un autre domaine. 

Alors dans la recherche avec les cannavans dont je viens de parler, je me méfie des autoévaluations.

OK je me ramasse. Je disais que je me méfiais des autoévaluations. Pourquoi? Je vous redonne un exemple avec le vélo. Quand tu pars en vélo pour une sortie de 200 km avec quelqu’un qui ne roule pas souvent, tu es un peu responsable de son retour à la maison. Mon expérience personnelle est que l’autoévaluation de la fatigue chez une personne qui manque d’expérience est déficiente. Je veux dire qu’elle n’a pas les outils pour comprendre ce qui arrive à son corps. Le plus drôle, c’est que la même chose arrive à des gens qui ont beaucoup d’expérience, mais qui n’écoutent pas leur corps. Quand tu combines un ordinateur de vélo, des instruments de mesure des watts développés et la rédaction d’un cahier d’entrainement, ton autoévaluation augmente en qualité. Pourtant, même les pros du Tour de France se trompent à l’occasion. Quand tu ne manges pas assez, on parle de 7000 calories pour une grosse étape, tu vas avoir une fringale. Une fringale, c’est quand le sucre dans le sang est utilisé par le corps comme supercarburant. Puis la glycémie chute brutalement. Ce qui est extraordinaire, c’est que dans les minutes qui précèdent une fringale, l’organisme est dans un état de grâce. Littéralement, tu fly. Puis c’est le crash physique instantané. Et bien même des pros du Tour font une mauvaise autoévaluation de leur état… Alors, imaginez un guerrier de fin de semaine qui se lance dans de grandes manœuvres. Ma dernière grosse fringale, je l’ai eue au Danemark juste en face de la Statue de la Petite Sirène au bord de l’eau à Copenhague. Je me rappelle m’être effoiré dans une station-service pendant 10 minutes à boire des boissons gazeuses et manger des croustilles.

Cette fringale va arriver un jour ou l’autre. C’est obligatoire. L’idée de les éviter quand c’est possible. Il faut juste ne pas oublier de s’alimenter. C’est pareil pour la conduite automobile sous l’influence du cannabis, mais l’inverse. Faut savoir quand arrêter. 

Je me souviens d’un collègue de travail plus agé qui était ami avec un gros politicien québécois. Un homme qui aspirait de devenir un jour Premier ministre. Et bien quand ils allaient en vacances ensemble avec leur famille, le politicien était obsédé par sa consommation d’alcool, car il redoutait plus que tout de se faire pincer en train de conduire sous l’influence de l’alcool. Ces précautions guidaient littéralement sa vie. Par contre, un ami policier m’a informé que les limousines auxquelles ont droit les ministres sont très pratiques pour tous ces cas de figure. Un garde du corps, ça ramasse aussi du monde à quatre pattes. 

Trêve de niaiseries.

J’aimerais, avant de conclure, citer une recherche québécoise intitulée Les caractéristiques socio-psychologiques et les croyances des conducteurs canadiens d’un véhicule moteur sous l’effet du cannabis ou de l’alcool.

Qui sont les gens qui consomment du cannabis avant de conduire un véhicule moteur? Et là, je vais directement aux conclusions.

Et bien, qui sont ces conducteurs?

1)

Ils ont davantage d’amis qui conduisent sous l’effet du cannabis et qui approuvent ce comportement. Quand on applique ce raisonnement à l’obésité, certains chercheurs parlent d’obésité comme d’une contagion. 

2)

Ils ont plusieurs autres comportements dangereux sur la route. Genre rouler dans le parechoc d’une voiture qui ne roule qu’à 119 km/h dans la voie de gauche sur l’autoroute. Cela dit, je connais du monde qui a ce type de comportement au naturel sans même ne jamais consommer de cannabis.

3)

Ils ont une perception négative de leur mobilité par transport en commun.

4)

Ils croient moins pouvoir se faire détecter par les autorités.

5)

Ils ont une mauvaise connaissance des conséquences judiciaires de leur acte.

6)

Ils perçoivent la conduite sous l’effet du cannabis comme une activité sans/faible risque

7)

Ils sont plus impulsifs

Résumé en une phrase : 

Le cannabis n’a pas/peu d’impact sur ma capacité de conduire, car je ne suis pas en capacités affaiblies et je dois absolument revenir chez moi.

Je ne suis pas en train de faire la morale à qui que ce soit. Je ne suis pas du tout du tout du tout parfait moi même. Mais avec la légalisation canadienne actuelle et celle des États-Unis qui ne devrait pas tarder, il est important de comprendre que la conduite avec facultés affaiblies est en train de muter. Le Canadien Center on Substance use and addiction mène une veille sur le sujet et a publié plusieurs documents sur le sujet. Voici donc leur conclusion plus au moins texto.

1)

Conduire après avoir consommé du cannabis est plus fréquent que conduire après avoir bu,

en particulier chez les jeunes conducteurs.

2)

Après l’alcool, le cannabis est la substance la plus fréquemment détectée chez les conducteurs qui meurent dans des accidents de la route.

3)

La nouvelle législation a élargi les outils dont dispose la police pour

détecter et arrêter les conducteurs dont les facultés sont affaiblies par le cannabis.

C’est l’occasion de partager une OVNI… Les autorités policières communiquent peu sur le sujet des tests et des méthodes utilisées pour détecter le cannabis lors d’une intervention routière, contribuant peut-être ainsi à diminuer la peur d’un test efficace comme pour l’alcool. ON sait que recevoir un ticket de vitesse par exemple peut calmer les ardeurs des as du volant pendant plusieurs semaines. Après on oublie et la prise de risque reprend.

4)

Les hommes sont deux fois plus susceptibles que les femmes de déclarer avoir conduit après avoir consommé du cannabis. 

J’avoue ne pas savoir du tout comment interpréter ce fait… 

Les hommes sont plus honnêtes ou plus vantards? 

Je ne sais pas.

Est-ce que la personne que vous aimez le plus au monde est encore là? Nos simulations l’ont épargné? Bravo. Et si jamais vous me croisez à pied ou à vélo et que vous conduisez votre véhicule sous l’influence du cannabis, rappelez-vous que je vous aime beaucoup, beaucoup, beaucoup.

Et voilà, c’était le 108e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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Dans l’épisode #95, toPot s’intéresse aux différences qui régissent la consommation des femmes et des hommes.

Quel est le rôle des hormones sur les effets subjectifs du cannabis?

Comment le cannabis agit-il sur la sexualité?

Pourquoi les médecins prescrivent-ils moins de cannabis aux femmes?

Comment expliquer la préférence pour les produits comestibles?

Le cannabis agit comme une plante, mais aussi comme un capteur de l’air du temps…

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Sex and Gender Interactions on the Use and Impact of Recreational Cannabis

How cannabis affects women and men differently

Framework for gender differences in human and animal toxicology

Male/Female Differences in Pharmacology: Safety Issues with QT-Prolonging Drugs

Greater quinidine-induced QTc interval prolongation in women

Gender differences in pharmacokinetics and pharmacodynamics

How important are sex differences in cannabinoid action?

The Modulating Role of Sex and Anabolic-Androgenic Steroid Hormones in Cannabinoid Sensitivity

Sex differences in the acute effects of oral and vaporized cannabis among healthy adults

Cannabinoids in clinical practice

Sex differences in the subjective effects of oral Δ9-THC in cannabis users

Comparison of subjective, pharmacokinetic, and physiologic effects of marijuana smoked as joints and blunts Assessment of the Association of Cannabis on Female Sexual Function With the Female Sexual Function Index

La Russie dit avoir arrêté une basketteuse américaine pour possession de stupéfiants

Women are less likely to smoke cannabis, more likely to abuse it

Sex differences in the acute effects of oral and vaporized cannabis among healthy adults

Gender Differences in Medical Cannabis Use: Symptoms Treated, Physician Support for Use, and Prescription Medication Discontinuation

Sex and Gender Interactions on the Use and Impact of Recreational Cannabis

Photo de shahin khalaji sur Unsplash 

Transcription de l'épisode 95

À venir!

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#91 Et si le cannabis pouvait parler?

#91 Et si le cannabis pouvait parler?

Et si le cannabis pouvait parler?

Pour répondre à cette question, toPot s’entretient cette semaine François Olivier Hébert, un biologiste, génomicien et formateur agréé qui fait aussi de la recherche.

  • Qui a découvert le cannabis?
  • Qui l’a redécouvert?
  • Le système endocannabinoïde, c’est juste pour le pot?
  • Pourquoi le cannabis pousse-t-il si facilement partout?
  • Et comment parler de cannabis quand le nom des cultivars relève du marketing? 

La science aime le cannabis.

toPot aime la science…

Bonne écoute.

!!! CORRECTIF !!!

Il n’y avait aucune plantation à la Clinique La Croix Verte. Le mandat de Accès cannabis (SQ), ce sont les plantations illégales.

La Croix Verte avait en sa possession des surplus de ses patients qualifiés qui ont une compagnie, une facture et un test labo.
#111 Jacques Farcy: La première entrevue du PDG de la SQDC

#111 Jacques Farcy: La première entrevue du PDG de la SQDC

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous? Aujourd’hui, toPot reçoit un invité vraiment incontournable. Jacques Farcy. Le président de la SQDC. Pour le 111e épisode de toPot, j’ai eu la chance de discuter un dirigeant discret qui est aussi le plus important...

#121 Pot flânage! (2022.10.05)

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Encore une fois, on flâne sur toPot. Cela veut dire que l’on discute de tout et de rien en apprenant quelque chose. Un café, un bat, c’est le titre d’une chanson de Pépé et sa guitare. Mais cela peut être aussi Bristish American tobacco (BAT) qui pivote vers le...

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

#84 L’euphorie du coureur : un vrai high?

#84 L’euphorie du coureur : un vrai high?

«L’euphorie du coureur» reste un mystère à explorer.

La science à longtemps penser que le high était produit par la sécrétion des endorphines.

On sait maintenant que c’est faux.

Le système endocannabinoïde (SEC) serait responsable de ce «miracle». 

Cette euphorie est-elle réservée aux sports d’endurance?  

Et une personne dépressive? 

Pourquoi les chiens et les humains ont-ils développé un système de récompense neurobiologique pour l’exercice mais pas le léopard?

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

A Systematic Review and Meta-Analysis on the Effects of Exercise on the Endocannabinoid System

L’euphorie du coureur

Chronique science avec Normand Voyer : La chimie de la Terre et de la terre

Rainfall can release aerosols, high-speed video shows

Exercise-induced euphoria and anxiolysis do not depend on endogenous opioids in humans

Qu’est-ce que l’homéostasie et comment le cannabis peut y jouer un rôle ?

The ‘runner’s high’ may result from molecules called cannabinoids – the body’s own version of THC and CBD

Wired to run: exercise-induced endocannabinoid signaling in humans and cursorial mammals with implications for the ‘runner’s high

Photo de Clem Onojeghuo sur Unsplash

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #84

#84 L’euphorie du coureur : un vrai high?

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde:

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, on va discuter d’un phénomène que vous connaissez même si vous ne l’avez jamais vécu personnellement. J’évoque évidemment l’euphorie du coureur, le fameux runner’s high en anglais. 

J’ai fait un test que vous pourrez reprendre à la maison. Entrez dans un moteur de recherche le nom de votre marathon préféré et le mot euphorie…

Pour m’amuser, je n’ai pas de marathon favori, j’ai tapé Marathon de Montréal et euphorie.

Le premier résultat? Un article de 1074 mots dans le journal La Presse intitulé L’euphorie du coureur publié le 21 avril 2009. L’article aborde le sujet sans surprise et là je cite l’article de la journaliste Sophie Allard :

Les coureurs savent depuis longtemps que la course rend euphorique. Bonne nouvelle : des scientifiques viennent de prouver qu’il s’agit bien d’une question d’endorphines. Une sensation de bien-être dont certains ne peuvent plus se passer…

Les scientifiques prouvaient dès 2009 qu’ils avaient tort. Ce que tout le monde croyait, y compris moi, s’avère tout faux. Oui, il y a eu beaucoup d’effervescence la semaine pour une recherche qui prétend que l’euphorie que ressentent les sportives serait créée par le système endocannabinoïde. 

L’euphorie du coureur : anatomie du ressenti

Avant d’aller plus loin, je vais tenter de décrire pour vous ce qu’est cette euphorie… 

Personnellement, je ne suis pas un coureur. Mais le vélo permet d’arriver au même résultat dans mon cas. La sensation n’est jamais instantanée. Il faut suer. Il faut un peu de temps et comme pour le cannabis, il y a des gens qui répondent bien à l’effort et d’autres pas. Quand tu entres dans cet espace que beaucoup d’athlètes appellent la Zone, tu peux accueillir la douleur différemment. Oh, ça fait mal… Le triple gagnant du Tour de France, Greg Lemond, disait toujours qu’avec les années les efforts font toujours aussi mal, la seule différence, c’est que tu vas plus vite. 

L’euphorie du coureur ou comment tutoyer la douleur

Donc la relation avec la douleur se transforme. Elle devient une amie à tutoyer. Le temps se transforme en quelque chose de plus souple, de moins granulaire. Il y a définitivement une forme d’euphorie qui peut être contagieuse, une sorte de décontraction dans la tension. Quelle que soit l’activité, le rythme est important. En vélo par exemple, si tu as seulement une heure pour t’entrainer, l’idéal c’est d’avoir un col dans sa cour. Je veux dire une montagne et route de 20 k avec une pente de 4 à 7 %. Comme ça, la vitesse ne devient plus un facteur déterminant alors que sur le plat, selon sa condition physique, il faut rouler à plus de 40. Un p’tit col, c’est l’idéal. Détail ridicule. Dans un col, la transpiration vient comme rincer l’effort. Elle est un symbole de la récompense alors que sur le plat à haute vitesse, la transpiration est disparait sous les caresses du vent. Sauf tout ce qui te rentre dans les yeux…

L’euphorie du coureur : 65 % d’eau sous la pluie

À défaut de vivre près d’une montagne, ce qui est mon cas, au fil des années, j’ai réalisé que je vivais cette euphorie plus souvent quand il pleuvait. Cela m’a pris quelques mois à l’adolescence pour comprendre que j’étais aussi très réceptif à deux substances qui se trouvent dans la campagne autour de Boucherville où je suis né. Il y a beaucoup de terre agricoles dans mon coin et elles produisent de la géosmine. La géosmine est produite par des bactéries dans le sol. J’ai lu dans un document sur le site de Radio-Canada que son odeur est si puissante qu’une seule cuillerée à thé de géosmine dans l’équivalent de 200 piscines d’eau dégage une odeur que l’humain peut sentir. 

L’euphorie du coureur : La NASA et l’eau

La NASA a déterminé dans les années 60 qu’elle devait rechercher de l’eau sur la lune pour savoir si la vie telle que nous la concevons est possible. Pas d’eau, pas de vie.

Mon ovni, mon opinion vulgaire non informée sur le sujet est que ce n’est pas un hasard si l’humain est composé à 65 % d’eau. On n’entrera pas dans la conspiration de la téléphonie 5G mais comment ne pas imaginer que toutes ces ondes sont sans effet sur l’eau et l’humain? Je peux immédiatement proposer une vraie réponse. Il suffit de regarder les armes produites aux États-Unis. La société Raytheon produit un système d’armes non létales à énergie dirigée appelé ADS ou Active Denial System. Voici la description de cette arme disponible sur Wikipédia :

L’ADS émet un faisceau d’onde électromagnétique d’une fréquence de 95 GHz vers un sujet. Quand les ondes touchent la peau, l’énergie des ondes se transforme en chaleur au contact des molécules d’eau de la peau. Une impulsion de 2 secondes porterait la peau jusqu’à une température d’environ 55 °C, causant une intense sensation de brûlure très douloureuse. Il faudrait une exposition au faisceau de 250 secondes pour brûler la peau.

Fin de la citation

Mais c’est pas tout. Il y a aussi le pétrichor qui remonte aux narines quand il pleut. Le pétrichor est composé des huiles sécrétées par les plantes qui sont absorbées par le sol en temps sec et relâché par la pluie ensuite. La combinaison du pétrichor et de la géosmine participent réellement à me rendent très heureux sans oublié l’ozone toujours bien présent après la pluie. Et avant même le début de l’effort. Puis, il y a aussi l’ozone avec son odeur particulière qui rince les sinus sous l’effort. Un peu comme un sauna à l’eucalyptus…

Vous aurez bien compris que je n’avance pas que le pétrichor, la géosmine et l’ozone interagissent et participent à l’euphorie du coureur. L’odorat est le plus reptilien de nos sens et je suis un haut répondeur au bonheur provoqué par la pluie et ses odeurs. D’ailleurs rouler en vélo quand il pleut est peut-être le seul moment où un adulte peut s’amuser sous la pluie sans être pris pour un fou. 

J’ai mis un lien dans les notes de l’épisode pour un vidéo produit par le MIT qui démontre le cycle du pétrichor. Dernier détail, des scientifiques avancent que l’odeur de la pluie serait intégrée dans notre conscience collective du fait de sa relation avec l’abondance des cultures et l’élevage des animaux. Cela explique peut-être mes réactions viscérales quand il pleut. J’ai eu la chance de vivre au Brésil à la porte de l’Amazonie et la pluie de l’après-midi qui pouvait provoquer des accumulations jusqu’aux genoux en moins de 10 minutes était souvent le moment où je décidais d’aller prendre une marche.

OK. On rentre dans notre sujet de plain-pied.

Euphorie du coureur : la théorie des endorphines

L’euphorie du coureur a longtemps été attribuée aux endorphines. Il s’agit de substances chimiques produites naturellement par le corps humain pendant l’exercice comme réponse à la douleur. On pensait donc que la production des endorphines qui sont des opiacés endogènes augmentait à l’effort. Un opiacé endogène veut simplement dire qu’il s’agit d’une substance produite à l’interne par le corps sans apport extérieur. 

Et soudainement, la semaine passée apparait Hilary Marusak, une femme qui est professeur assistant de psychiatrie et de neurosciences comportementales à l’Université d’État de Wayne. Dans un article qu’elle signe et qui est publié par plusieurs médias la semaine passée, Mme Marusak avance que son labo aurait découvert que l’exercice augmente de manière fiable les niveaux d’endocannabinoïdes de l’organisme. On va suivre les contours de son article pour avancer dans le sujet.

Il est important de noter le titre de son article :

The «runner’s high» may result from molecules called cannabinoids – the body’s own version of THC and CBD, en français, L’euphorie du coureur pourrait être due à des molécules appelées cannabinoïdes — la version du THC et du CBD propre à l’organisme.

Détail ridicule mais le mot high est dans mon dictionnaire français et il est bienvenu au Québec.

Donc, ces molécules, les cannabinoïdes participent à l’homéosatie du corps. On va revenir sur ce phénomène plus tard. Cette production naturelle de substances chimiques par notre corps explique les bénéfices de l’exercice sur le corps.

Le laboratoire de Mme Marusak s’intéresse, entre autres, au rôle du système endocannabinoïde, le SEC, dans la régulation du stress et les troubles anxieux chez les jeunes. Bon on ne va pas refaire la présentation des bénéfices de l’exercice physique pour les humains. C’est à ça que sert l’éducation. Non pas l’éducation physique. L’éducation tout court. Et l’exercice est bon aussi pour la santé mentale. Et la réduction de l’anxiété, de la dépression et l’exercice aurait même une action positive sur la maladie de Parkinson et serait aussi associé une humeur plus stable et une amélioration de l’estime de soi. 

Euphorie du coureur : La plasticité du cerveau

Quels sont les mécanismes précis qui provoquent de tels bénéfices? On ne sait pas. Pour être plus précise, Mme Marusak ne sait pas. Faire un effort physique met le métabolisme en surrégime et augmente le flux sanguin ce qui a pour effet de favoriser la neurogenèse. La neurogenèse, ce n’est que la création de cellules cérébrales, les neurones. En même temps, pendant un effort, plusieurs substances chimiques sont libérées dans le cerveau dont les facteurs neurotrophiques dérivés du cerveau. En anglais on parle de brain-derived neurotrophic factor ou BDNF. Sécrétés directement par les neurones, ces facteurs influencent la croissance et le développement des cellules nerveuses. Ce faisant, les BDNF participent à la «plasticité» du cerveau, ce qui a un impact sur les apprentissages et la mémoire.

Ce que l’on sait depuis longtemps, c’est que l’exercice provoque une augmentation de la sécrétion d’un opioïde naturel connu sous le nom d’endorphine. Vous connaissez aussi bien que moi les propriétés des opiacés qui sont principalement utiles pour réduire les symptômes de la douleur. Et c’est depuis le début des années 80 qu’existe cette théorie de l’euphorie du coureur qui serait provoquée par la sécrétion des endorphines sous effort.

Euphorie du coureur : Les vieilles certitudes

Malgré les certitudes publiées par le journal La Presse en 2009, une saga pour une autre fois, les scientifiques n’ont jamais cessé de se questionner sur le rôle réel joué par les endorphines dans la création de cette euphorie! Pourquoi? À cause de la taille des endorphines. Pour remonter jusqu’au cerveau, elles devraient passer à travers une barrière de protection qui stoppe les toxines et autres agents pathogènes. On l’appelle la barrière hématoencéphalique. Non seulement elle bloque ce qui n’est pas bienvenu dans votre cerveau mais elle sert aussi à réguler son homéostasie. 

Euphorie du coureur : Au cœur de l’homéostasie

Cela plusieurs épisodes consécutifs que j’utilise le mot homéostasie pour parler du cannabis et je réalise que ça va continuer, car c’est une de ses plus belles propriétés. C’est pour cela que consommer le même cultivar deux jours de suite peut donner des effets très différents. Le cultivar est le même mais pas vous. Pas moi. Mon dictionnaire dit que l’homéostasie est la stabilisation des différentes constantes physiologiques chez les organismes vivants. Donc quand on dit du cannabis qu’il a une action homéostatique, c’est qu’il va ramener tous vos curseurs au milieu, dans la mesure du possible. Homéo veut dire même et ⁠stasis, arrêt.

Si vous désirez mieux comprendre ce phénomène, j’ai trouvé un bel article dans le média français Newsweed. Il y a un lien dans les notes de l’épisode. Voici comment l’article lance le sujet et là je cite texto :

L’homéostasie est une multitude de processus variés qui permettent au corps de modifier son environnement interne pour s’adapter aux changements externes. Cela inclut un grand nombre de facteurs importants, voire vitaux, comme la température corporelle, le rythme cardiaque, la pression artérielle, le sommeil, l’humeur et l’appétit.

Fin de la citation.

Le corps humain est futé. Vous avez un problème de pression. Votre corps sent que le cerveau a besoin de plus de sang? Boum. Vous perdez connaissance et instantanément, votre cerveau profite de votre allongement au sol pour s’irriguer efficacement. L’euphorie du coureur est un phénomène similaire issue de notre évolution et participe à la manœuvre pour garder notre corps dans un mode de fonctionnement le plus approprié pour notre survie.

Euphorie du coureur : Le rôle des endocannabinoïdes

Bon maintenant on va enfoncer quelques portes ouvertes. 

Il y a le THC. Il y a le CBD. 

Ça vient d’une plante et pas forcément le cannabis ou le chanvre. 

On trouve aussi du THC dans le rhododendron par exemple. 

Là où ça devient très cool, c’est quand mon corps fabrique ses propres cannabinoïdes. Endo qui veut dire intérieur est alors collé au mot cannabinoïde pour décrire notre production interne avec le terme endocannabinoïde. Comme il s’agit d’un ensemble complexe d’interactions, on parle donc du SEC ou du système endocannabinoïde.

On referme la porte. 

Comment plusieurs études ont-elles prouvé que les endorphines n’avaient à voir avec l’euphorie du coureur? Avec un truc tout simple, un médicament en fait qui s’appelle la naltrexone. La naltrexone peut bloquer les récepteurs opioïdes. Elle appartient au groupe de médicaments appelés purs antagonistes des opioïdes. 

Tu souffres. Tu prends des opiacés et la douleur diminue. Tu prends de la naltrexone. Boum la douleur revient. Alors on a administré de la naltrexone à des coureurs qui étaient euphoriques après leur course et rien. Pas de changement. Le coureur continuait de vivre un état d’euphorie avec tous les avantages que nous connaissons. La filière endorphine venait officiellement de mourir.

D’autres chercheurs ont fait l’inverse. Ils ont bloqué les récepteurs du SEC chez des sportifs euphoriques et ils ont constaté une réduction des effets généraux positifs de l’exercice sur, entre autres, la douleur et l’euphorie. 

Euphorie du coureur : Tout n’est pas clair!

Bon, tout n’est pas clair. 

Il y a des études contradictoires.

On est peut-être, en plus, dans une situation si bien expliquée par John Ioannidis. Il a sa page Wiki que je vais citer maintenant.

John P. A. Ioannidis (né le 21 août 1965 à New York) est un professeur de médecine et un chercheur de l’école de médecine (en) et de l’école d’humanité et des sciences de l’Université Stanford.

Il est surtout connu pour son article Why Most Published Research Findings Are False («Pourquoi la plupart des résultats de recherche scientifique publiés sont faux») publié en 2005 [1] qui a particulièrement suscité la réflexion et le débat scientifique lié à la reproductibilité des études scientifiques.

D’après le Thomson Reuters, John Ioannidis est l’un des scientifiques les plus cités, particulièrement dans le domaine de la médecine clinique et des sciences sociales [2].

Son article expose comment les sciences dures sont incapables d’obtenir des résultats de recherches reproductibles. C’est grave. Surtout dans le contexte actuel où la science est remise en question pour de mauvaises raisons.

D’ailleurs c’est le danger qui guette le cannabis. Beaucoup de fausses promesses circulent actuellement sur les pouvoirs de guérison du cannabis. Une saga pour une autre fois. On revient à notre high.

L’euphorie du coureur : Les modalités de l’euphorie.

On sait peu de choses sur les modalités de cette euphorie. Est-elle réservée aux sports d’endurance comme la course à pied ou le vélo? Les sportifs de résistance comme les haltérophiles peuvent-ils connaitre cette euphorie? Et finalement, si tu souffres de la dépression ou si tu as un trouble de stress posttraumatique, un TSPT, quoi, que se passe-t-il? 

Voilà les questions que se posait Mme Hilary A. Marusak qui a publié cet article la semaine passée. Et ça tombe bien, car Mme Marusak a un étudiant de premier cycle dans son labo, M. Shreya Desai, qui vient de publier A Systematic Review and Meta-Analysis on the Effects of Exercise on the Endocannabinoid System, en français Une revue systématique et une métaanalyse des effets de l’exercice sur le système endocannabinoïde. 

Le chercheur a fait une métaanalyse de 33 études qui questionnaient l’impact de l’exercice sur les niveaux d’endocannabinoïdes. Voici la conclusion :

Nous avons constaté que l’exercice aigu augmentait systématiquement les niveaux d’endocannabinoïdes dans toutes les études. Les effets étaient les plus cohérents pour un messager chimique connu sous le nom d’anandamide — la molécule dite de la «félicité», qui a été nommée, en partie, pour ses effets positifs sur l’humeur.

L’anandamide selon Wikipédia est un neurotransmetteur cannabinoïde endogène présent dans l’organisme des animaux comme des humains, en particulier dans le cerveau. Il est aussi présent en faible quantité dans le cacao [2].

Euphorie du coureur : La recette du bonheur

Cette métaanalyse confirme donc qu’une multitude de sports permettent l’augmentation des niveaux d’endocannabinoïdes, y compris l’haltérophilie et suggère qu’une activité modérée comme la course à pied est plus efficace qu’une marche à faible intensité. La recette minimale est 1/2 heure d’activité physique entre 70 % et 80 % de la fréquence cardiaque maximale ajustée à votre âge. Et voilà. Ce n’est plus bon chanvre. C’est bonne euphorie!

OK. Vous vous souvenez du titre de l’article de Mme Marusak qui a fait le tour des médias qui s’intéressent au cannabis?

L’euphorie du coureur pourrait être due à des molécules appelées cannabinoïdes — la version du THC et du CBD propre à l’organisme.

Beaucoup de gens évoquaient la semaine passée la nouveauté de cette recherche, les possibilités nouvelles et les probables enjeux des recherches à venir. Comme si on venait de tout, découvrir cet éclairage particulièrement intéressant pour l’industrie du cannabis.

Euphorie du coureur : Les premiers pas

Par curiosité, j’ai cherché d’autres articles ou recherches sur le même sujet. Pourquoi? Pour jauger un peu le progrès de cette idée au cours des dernières années. Et j’ai rapidement trouvé une recherche qui prétend fournir la première preuve sur les effets des variations interspécifiques de la présence des neurotransmetteurs qui pourrait expliquer les différences de comportement locomoteur chez les mammifères. Le mot interspécifique ici fait référence au rapport entre les espèces. 

L’euphorie du coureur y est présentée comme une récompense neurobiologique provenant de notre évolution dont le but serait d’encourager l’exercice aérobique modérée dans une perspective d’évasion des dangers et un mieux être général. La recherche est intitulée en français : Câble pour courir : La présence endocannabinoïde induite par l’exercice chez les humains et les mammifères coureurs avec des implications pour «l’euphorie du coureur». C’est un projet du chercheur David A. Raichlen.

Euphorie du coureur : chien et humain au pas de course

L’approche de cette étude est singulière, car elle compare l’animal humain à d’autres animaux non humains en faisant l’hypothèse que les différentes espèces avaient peut-être des traits communs et que l’exercice pouvait être encouragé par une série de récompenses biologiques engendrées par les endocannabinoïdes. Cette recherche a donc entrepris de mesurer les endocannabinoïdes chez l’humain, le chien et le furet avant et après un effort sur un tapis roulant. Les résultats de la recherche sont clairs. Les humains et les chiens sont récompensés de façon similaire et on constate une augmentation significative des endocannabinoïdes induite par un exercice à haute intensité. Symétriquement, il n’y a pas d’euphorie ou d’augmentation des endocannabinoïdes après un exercice à faible intensité. Dans le cas du furet, il n’y a aucune augmentation des endocannabinoïdes, quel que soit le niveau d’intensité de l’effort. L’humain et le chien sont des animaux conçus pour courir, ce qui n’est pas le cas du furet qui est un petit mammifère carnivore qui a été domestiqué pour chasser le lapin. 

C’est d’ailleurs intéressant de constater que dans notre imaginaire collectif, le furet est associé à la course… Vous connaissez la chanson?

Il court, il court, le furet

Le furet du bois, mesdames,

Il court, il court, le furet

Le furet du bois joli.

Euphorie du coureur : la distinction de l’animal coureur

Le terme organisme coureur désigne les animaux adaptés à la course. Wikipédia dit ceci :

Les organismes coureurs sont généralement adaptés à la course longue distance à grande vitesse, plutôt que des animaux, avec une accélération importante sur de courtes distances; ainsi, un guépard est considéré comme coureur, tandis qu’un leopard ne l’est pas. Parmi les vertébrés, les animaux de moins de 1 kg de masse sont rarement considérés comme coureur, comme ils se déplacent généralement en une série de courtes accélérations plutôt qu’à une vitesse constante. 

Il ne s’agit donc pas d’une simple question de taille mais aussi de désign.

La conclusion de la recherche est limpide et là je cite plus ou moins texto :

Cette étude fournit la première preuve que la variation interspécifique de la signalisation des neurotransmetteurs peut expliquer les différences de comportement locomoteur chez les mammifères. Ainsi, une récompense neurobiologique pour l’exercice d’endurance peut expliquer pourquoi les humains et d’autres mammifères cursoriels s’adonnent habituellement à l’exercice aérobique malgré les coûts énergétiques et les risques de blessures plus élevés qui y sont associés, et pourquoi les mammifères non cursoriels évitent de tels comportements locomoteurs. 

Le plus surprenant vient de la date de publication. 2012. Depuis 2012, au minimum, on sait que le SEC est au cœur du système de récompense biologique qui provoque l’euphorie du coureur. 

Euphorie du coureur : L’avenir est déjà là!

Parce que je suis peut-être mal renseigné, j’ai cru que l’article publié la semaine passée nous révélait de nouveaux secrets sur le cannabis. Dans les faits, il s’agissait d’un simple retour sur l’accumulation de connaissances encore mal partagées. Comme l’a si bien dit l’auteur canado-américain William Gibson : «L’avenir est déjà là — il n’est simplement pas très bien réparti.» C’est aussi M. Gibson qui a inventé le terme cyberspace

Pourquoi ces études sont importantes? Après tout, cela ne changera rien à court terme ou même à moyen terme pour l’industrie canadienne du cannabis. Mais déjà on peut constater que les protocoles pour guérir de la dépression incitent maintenant les personnes qui en souffrent à faire de l’exercice pour provoquer cette sensation d’euphorie. 

Euphorie du coureur : Le bon doute

Plus largement, tout ce qui propulse le SEC dans les nouvelles est une bonne nouvelle qui participe à l’acceptabilité sociale du cannabis. L’euphorie du coureur a longtemps été expliquée par une fausse théorie. Pendant toutes ces années, on a expliqué un vrai phénomène, l’euphorie causée par l’effort, avec de la mauvaise science. C’est aussi un rappel à la prudence dans le contexte de l’industrie du cannabis. Si on a mal expliqué pendant des années les mécanismes qui permettent aux humains mais aussi aux chiens de se récompenser en générant un high par un simple effort, comment ne pas imaginer que d’autres explications ou concepts ne sont pas disséminés à tort…

On l’oublie souvent mais la plus grande qualité d’un ou d’une scientifique est le doute. 

Et voilà, c’était le 84e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!