#92 Le meilleur pot?  Intérieur ou extérieur?

#92 Le meilleur pot? Intérieur ou extérieur?

Aujourd’hui, toPot aborde plusieurs sujets en tentant de répondre à une seule question : 

le meilleur pot pousse-t-il à l’intérieur ou à l’extérieur? 

Je partage les fragments de science disponibles sur le sujet en gardant à l’esprit que les différences entre la théorie, les pratiques usuelles et les bonnes pratiques sont trois choses très différentes dans la vraie vie. 

À la fin de l’épisode, vous aurez peut-être changé d’avis!

Mais ce n’est pas obligatoire pour en savoir plus sur le cannabis…

Lien pour l’Épisode sur toPot

#8 mbe.io/AurélienPochard

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Transcription de l'épisode 392

# 92 Le meilleur pot? Intérieur ou extérieur?

INTRO THÈME toPot (bruits de porte, etc.)

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Avant de se lancer dans l’épisode de la semaine, un petit retour sur l’épisode #90 intitulé «Je fume du cannabis. Ma bouche est en santé? Encore une fois, beaucoup d’échanges et des témoignages incroyables. Il y a un internaute qui m’a dit que l’épisode lui avait donné le courage d’arrêter de fumer la cigarette. Pas des joints. La cigarette. L’épisode #90 à eu des effets secondaires que je n’aurais jamais jamais jamais pu imaginer. Merci pour l’hommage collatéral! 

L’épisode #91 avec François Olivier Hébert a bien fait aussi, la semaine passée. Beaucoup d’internautes reconnaissent en lui une grosse pointure du cannabis scientifique. J’ai le plaisir de vous annoncer que l’on travaille sur de nouveaux épisodes. Personnellement, c’est un épisode qui m’a apporté beaucoup de joie et de connaissances.

J’en profite pour faire une correction sur ce que j’ai dit à propos du raid d’Acces Cannabis sur la Clinique La Croix Verte dont j’ai parlé dans l’épisode avec FO. Il n’y avait aucune plantation à la Clinique La Croix Verte. Le mandat d’Accès cannabis (SQ), ce sont les plantations illégales. La Croix Verte avait par contre en sa possession des surplus de ses patients qualifiés qui ont une compagnie, une facture et un test labo. Voilà. C’est pour rassurer la SQ si elle écoute toPot… ce dont je doute.

Aujourd’hui, on aborde plusieurs sujets en tentant de répondre à une seule question : le meilleur pot pousse à l’intérieur ou à l’extérieur? Évidemment, comme d’habitude, je vais tenter de partager les fragments de science disponibles sur le sujet en gardant l’esprit ouvert sur les différences entre la théorie, les pratiques usuelles et les bonnes pratiques… trois choses très différentes dans la vraie vie…

Je commence par partager avec vous un vidéo TED dans lequel le Canadien Dan Sutton présente les problèmes de la culture intérieure du cannabis. 

La culture en bunker avec murs de plastique blanc… 

L’intérêt du vidéo repose sur une question toute simple : pourquoi l’industrie de la tomate n’utilise pas les mêmes techniques que l’industrie du cannabis? Pourquoi utilise-t-elle des serres plutôt qu’une culture en bunker? On va y revenir. 

On touche ici un sujet comme le mythe de la cendre blanche. Tout le monde à une opinion. Une opinion ferme. 

La question que je pose tombe bien, car récemment, il y a eu un arrivage de fleurs cultivées en extérieur à la SQDC. Les fleurs de CBD de Après la pluie. Black Poule a fait un p’tit test et les curieuses vont trouver un lien dans les notes de l’épisode. Si vous reconnaissez l’entreprise, vous avez peut-être écouté l’épisode de toPot, l’épisode #8, sur Après la pluie.

J’ai eu la chance de demander à 2-3 maitres cultivateurs qui travaillent dans l’industrie s’ils avaient une préférence pour la culture intérieure et extérieure. Tous ont indiqué préférer le pot de bunker. Après 2-3 minutes de discussions, tous étaient d’accord pour affirmer qu’ils n’avaient jamais testé un pot extérieur provenant d’un vrai terroir.

Donc je vous pose les deux mêmes questions que j’ai posées à quelques professionnels du cannabis :

1)

Le meilleur pot pousse à l’extérieur ou en bunker intérieur? 

2)

Vous avez déjà gouté du pot de terroir? 

On va revenir à ces questions à la fin de l’épisode.

Perso, j’ai eu la chance de gouter il y a des millions d’années à du pot qui venait d’un champ près du Mont-Hilaire et qui avait séché dans une grange la tête en bas, comme dans les films. Et je ne sais pas comment l’affinage avait été réalisé mais j’avais reçu deux branches en cadeau et je me souviens encore, 25 ans plus tard, de l’expérience. Plus récemment, j’ai pu gouter à la production du producteur délégué de cannabis médical qui avait fait quelques tests en extérieur. Mon souvenir le plus vivide était la qualité de la fumée qui avait des qualités que je ne croyais pas possibles. Un peu comme quand tu te presses une orange après avoir bu du koolaid… La surprise est toujours mémorable!

Je vous propose de commencer de manière très classique en déclinant de façon méthodique le pour et le contre de chaque méthode.

Je vous propose donc le format suivant : d’abord le pour et le contre de la culture intérieure en bunker et ensuite le pour et le contre de la culture extérieure.

Après cette première étape, on va parler de la qualité spécifique de la récolte des deux types de cultures.

 Vous êtes prêts? 

On y va.

Culture en intérieur —Les avantages

Il y a 12 000 ans, personne ne cultivait de pot en bunker.

Voilà une très mauvaise raison pour croire que la pratique du bunker n’a pas de sens. Je vous donne un autre exemple. Sans l’usage de la fourrure et du cuir des animaux, les colons de la Nouvelle-France n’auraient pu survivre. Est-ce que cela justifie l’utilisation de la fourrure en 2022? Je réponds par un autre exemple. Il fait froid dans l’espace. Il fait très très froid sur la lune. On est d’accord? Et bien, c’est un fait indéniable qu’aucun astronaute n’a porté de la fourrure dans une exploration spatiale… Ce qui était vrai, plausible et pertinent il y a 12 000 ou 200 ans peut changer dans le temps.

La culture intérieure abolit les saisons. On peut dire que c’est un progrès dans certaines circonstances. Ne pas dépendre du chaud, du froid, de la pluie ou du soleil simplifie la vie et permet d’augmenter le rythme des récoltes. Cela veut dire aussi que les conditions d’une salle de culture peuvent être ajustées pour un cultivar en particulier. On peut contrôler la longueur de la nuit, la vitesse du vent ainsi que sa direction. Dans un tel environnement, le maitre cultivateur devient le maitre de l’univers capable de nourrir ses plants au compte-goutte avec une intention comparable à la mère qui donne le sein à son enfant. Dans les deux cas, comme c’est drôle, on s’assure que le petit rototo, le burping, est bien effectué. C’est essentiel…

Le soleil est remplacé par des lampes qui elles-mêmes sont remplacées fréquemment, car elles évoluent d’une saison à l’autre. Toujours plus de puissance à des couts de plus en plus bas. La dernière mode, ce sont les lampes LED… 

La culture en bunker, c’est aussi l’avènement de la culture verticale qui fait la promesse de tout révolutionner. Par contre, les couts de démarrages sont tels que cette avenue ne peut être soutenue que par de grands groupes industriels.

L’automatisation de précision est un autre avantage réel de la culture intérieur. Tu veux reproduire les matins froids des montagnes du Rif marocain? Facile. Tu veux reproduire l’altitude de Denver? C’est possible. C’est plus cher mais c’est possible. À défaut d’offrir un vrai terroir, la culture intérieure peut créer des climats virtuels qui n’existent pas dans le vrai monde. 

Culture en intérieur —Les inconvénients

Les lampes pour la culture intérieure promettent de remplacer le soleil et de faire disparaitre les nuages. Dans la vraie vie, le soleil est gratuit. Pas l’électricité. Et la lumière du soleil est ce qui a permis l’apparition de l’humain et du cannabis. Une lampe LED n’aurait jamais pu accomplir ce travail. 

Et les parasites? Oui, les parasites adorent la culture intérieure. Pourquoi? Parce le Bon Dieu du producteur autorisé, le maitre cultivateur, doit manipuler toutes les manettes des contrôles de l’environnement des cultures. La température, les sources de lumière et leurs positionnements, les sources et le débit d’air, l’humidité aussi. Voici quelques-uns des paramètres qui, lorsqu’ils sont mal contrôlés, vont provoquer le développement d’agents pathogènes comme le botrytis. Les contaminations croisées sont évitables mais au prix de constants efforts prophylactiques pour prévenir leurs apparitions. 

Le propriétaire de la ferme Golden Peak au NB, Tom Devost, m’a déjà confié en entrevue que son budget global de protection, les gants de latex, les savons et autres produits nettoyants constituaient presque une surprise tellement cela coutait cher…

Il y a des PA qui ont construit leur bâtiment. D’autres adaptent des bâtiments existants. Dans les deux cas, il y aura des surprises couteuses. En fait, tout coute très cher en intérieur pour respecter les contraintes de Santé Canada. 

Il n’y aurait pas d’industrie québécoise de la tomate s’il elle devait respecter les obligations imposées aux producteurs autorisés. Mais on ne fume pas les tomates… C’est ça la différence.

Il y a des tonnes d’autres problèmes provoqués par la culture intérieure. Si on veut simplifier à l’extrême, on peut dire que le cout de production en intérieur sera toujours plus élevé que la culture extérieure. Beaucoup plus cher. Heureusement pour l’industrie québécoise, les importations sont interdites pour l’instant. Aujourd’hui les PA canadiens évoluent dans une petite compétition nationale. La fermeture des frontières ne sera pas éternelle. Les accords de libre-échange signés par le Canada vont finir par avoir leur effet d’ouverture. Et quand les frontières vont s’ouvrir, les offres de produits de qualité médicale bio nonirradiés vont abonder. Et les dominants dans un marché verrouillé par le législateur vont devoir faire face à des produits équivalents ou supérieurs pour une fraction du prix…

Ce n’est qu’une question de temps!

OK, on passe à la culture extérieure et à ses avantages… 

Culture en extérieur —Les avantages

Commençons par enfoncer la porte ouverte…

Si la culture extérieure n’avait jamais été pratiquée, la SQDC ne pourrait exister.

Cela fait quelques dizaines de milliers d’années que l’humain cultive le cannabis à l’extérieur. Il a su trouver les bons cultivars pour chaque région et chaque microclimat. Il suffit de penser aux Marocains de la région du Rif qui ont longtemps utilisé des espèces qui exigeaient peu d’arrosage. Depuis quelques années, tout l’écosystème du Rif est perturbé par l’utilisation de cultivars qui donnent de plus grosses récoltes mais au prix de l’utilisation de produits agrotoxiques et d’arrosages intensifs qui déstabilisent l’accès aux ressources hydriques de la région. 

En culture extérieure, les insectes pertinents sont gratuits et au travail toute la journée. La gang de guêpes, fourmis et coccinelles se gavent de parasites pour le plus grand plaisir des plants. Sans plafond, les plants les plus vigoureux peuvent prendre de la hauteur pour tenter de toucher les nuages sans que cela ne dérange personne.

Évidemment, les rendements en extérieur sont beaucoup plus grands. Le CO2 indispensable à la croissance qui est injecté dans les salles de cultures est gratuit à l’extérieur. De plus, le bon sol pour un cultivar X, Y ou Z contient tous les nutriments dont le plant a besoin. Un autre besoin comblé par la nature plutôt que par un marchand de terreau ou de substrats neutre comme la noix de coco indienne importée par conteneur.

L’empreinte écologique d’une culture extérieure brille en comparaison d’une culture intérieure. Pas d’éclairage, pas de déshumidificateur, pas de ventilateurs, pas de plancher chauffant… Pas de, pas de, pas de… Vous avez compris.

J’ai trouvé des comparaisons intéressantes. En Californie, la production d’un kilo de fleur exigerait l’équivalent de 90 k de charbon. 

Quelle drôle de comparaison! Personne ne connait le charbon en Amérique.

Vous avez déjà utilisé du charbon pour vous chauffer? J’ai eu cette chance pendant quelques années en Belgique. Je me rappelle encore du crépitement de la poussière du fond de la pelle quand je chargeais la gueule du foyer qui se trouvait dans la cuisine de la maison de maitre ou j’habitais à Anvers. L’odeur aussi est spéciale… 

Une fleur qui pousse à l’extérieur à des qualités organoleptiques particulières impossibles à imiter à l’intérieur. Pensons-y ensemble… Le champage, le vin le plus cher au monde, est cultivé en extérieur. Il n’est jamais venu à l’esprit des Champenois de s’éloigner de leur sol pour cultiver en intérieur bien que le champagne appartienne à la catégorie des produits de luxe. C’est l’idée même du terroir qui est au centre de la vraie promesse de la culture extérieure. La Californie a déjà un ou deux programmes d’appellation contrôlée en place.

Tu cultives dans un coin où il y a beaucoup de pluies au moment de la récolte? Un maitre cultivateur éveillé va planter une espèce avec un cycle de croissance plus court pour les éviter.

Cultiver en extérieur n’est pas une méthode plus facile. C’est une méthode différente. Il y a autant de R&D en extérieur qu’en intérieur. Il est très facile d’inonder une parcelle pour voir qui va survivre et devenir le champion du coin. La plante qui ne pourrit pas immédiatement à un tel traitement est une bonne candidate pour une région fortement touchée par la pluie. Mais forcément l’industrie des fournisseurs de ventilation, automatisation et chauffage ne peut rien vendre à un producteur extérieur… RIEN! Ou si peu… 

Il presque normal de lire tous les jours que les fleurs d’intérieurs sont supérieures dans des médias qui survivent avec la publicité d’une industrie dédiée à la culture intérieure. Je n’insinue même pas qu’il s’agit d’une forme de malhonnêteté intellectuelle. Je dis simplement qu’il n’existe aucun média au monde qui va mordre la main de l’industrie qu’il lui permet d’exister. 

La culture extérieure a aussi ses chasses au phénotype idéal qui amusent tous les producteurs autorisés qui cultivent en bunker. Cette recherche est aussi ouverte pour les maitres cultivateurs spécialisés en culture extérieure mais on en parle jamais ou rarement. Je prédis que ce n’est qu’une question de temps avec qu’apparaisse l’équivalent du JeanGuy mais disponible uniquement en culture extérieure. Un Jean-Guy de terroir. Un cultivar qui pourrait peut-être être planté à l’automne dans une boulette d’argile et qui commencerait à pousser dès la fonte de la neige. Un cultivar qui serait récolté pour la Saint-Jean… Une folie? Je ne crois pas et de toute façon, on a le droit de rêver.

Culture en plein air — Inconvénients

Existe-t-il des désavantages à la culture extérieure? 

Ben oui!

En Montérégie, il ne pleut pas à 14 heures chaque jour comme à Belém do Para en Amazonie. J’ai vécu là et les pluies de deux heures, as chuvas das duas, sont aussi prévisibles que les défaites des équipes sportives de Montréal… En 10 minutes, tu as de l’eau jusqu’au genoux dans la rue principale de Belém. Ce n’est pas compliqué. J’avais une vieille paire de chaussures de cuir que j’ai porté une fois. Je les ai rangés dans un garde-robe de l’hôtel où l’on vivait ma belle et moi. Un mois plus tard en faisant un ménage, j’ai retrouvé mes chaussures mais avec une mousse verte sur tout le périmètre de la semelle. La végétation poussait sur mes chaussures. C’est la seule fois dans ma vie où je me suis promené en gougoune pour aller au restaurant… Une ville incroyable Belém. D’ailleurs le dossier du cannabis au Brésil va être passionnant à suivre! Dans une culture ou la religion catholique est toujours très présente, ça va être beau.

Au Québec, les variations de température sont plus imprévisibles. Une année, il fait chaud avec peu de précipitation. L’année d’après, c’est le déluge et les nuages sont omniprésents. Cela prend du talent pour comprendre tout ça. Quand ton appareil de climatisation fonctionne plus, tu appelles le fournisseur qui te l’a vendu. Et peut-être que tu pars une génératrice en attendant. Quand il fait plus chaud qu’à la moyenne à l’extérieur, le MC est seul face à ses choix… Trop chaud, trop froid, tu fais quoi? Il faut avoir la réponse quand tu plantes. Après, il est déjà trop tard.

Et les gros prédateurs? Non, pas les méchants à deux pattes qui arrivent en camion… Je pense aux cerfs de Virginie. Est-ce que les cerfs qui mangent les plants extérieurs peuvent être stone? Faudrait leur demander… Une tornade avec ça? Un incendie dans la foret voisine? 

OK. 

La culture extérieure donne beaucoup sans rien demander en retour.

Par contre, la perte de contrôle totale sur la température implique l’utilisation de cultivars exceptionnels. Et des maitres-cultivateurs avec une formation complètement différente. 

OK, on a débroussaillé un peu et on commence à voir plus clair. 

Mais on n’est pas sortie du champ pour autant. On va parler un peu d’argent…

Coût de la culture de la marijuana en intérieur

Ce sujet nécessité à lui seul un épisode. 

Mais on peut se donner rapidement une idée de grandeur. 

Comment? 

En consultant les petites annonces. J’en ai parlé récemment. 

Il y au minimum 5 installations de production de cannabis en vente aujourd’hui au Québec. 

La moins chère est vendue 800 000 $. La plus chère 5, 5 millions. Ça, c’est le cout d’acquisition, pas le cout de fonctionnement qui va varier selon le niveau d’automatisation et les méthodes de culture pratiquées. J’ai des chiffres très précis. Par exemple, le cout de la production au kilo ou au gramme qui exclut la gestion, le marketing, la distribution qui vont varier fortement en fonction de l’environnement législatif. Mais ici, je tente juste de faire l’inventaire minimum à fin de comparaison avec la culture extérieure. 

Ce qui est le plus facile à comprendre, c’est l’avantage évident de la répétition des récoltes. 

C’est là où l’humain peut se moquer un peu des dieux du climat. Et il y en a quelques-uns, Poséidon responsable des tremblements de terre, Helios le dieu du soleil, Séléné la déesse de la lune et le fameux Zeus qui s’amuse avec la pluie et la foudre! Il n’est pas inutile de rappeler que c’est un philosophe, Aristote en l’occurrence, à qui on attribue la création de la météorologie. Quand il pleut trop et que tu vas perdre ta récolte, c’est utile d’être philosophe..

L’origine du mot climat, KLIMA en grec ancien, veut dire «région du point de vue de la latitude».

OK. On va maintenant examiner le cout de la culture du cannabis à l’extérieur.

Coût de la culture du cannabis à l’extérieur

La culture extérieure du cannabis doit ressembler aux contraintes financières des fermiers québécois. Beaucoup d’argent au démarrage et peu par la suite. 

J’avoue ne pas connaitre l’ensemble des exigences en termes d’installation minimum pour un microproducteur de culture extérieure. Si tu as déjà un terrain et un climat que tu comprends bien, en caricature, on peut dire que l’essentiel est déjà là. Oui la surveillance du terrain doit couter plus cher que la surveillance d’un bunker. Mais là aussi, la technologie offre de nouveaux moyens pour faire face à ces défis. Je pense, entre autres, aux drones autonomes pour la surveillance et l’agriculture de précision. J’ai déjà couvert le sujet dans l’épisode #4 avec une présentation de la technologie de Telespazio France. Cette solution est valable pour des superficies énormes et est hors de la portée des microproducteurs et même des petits producteurs qui ont une licence standard.

J’ai repéré un producteur canadien de cannabis THC en extérieur. Je me promets de lui demander une entrevue pour discuter du sujet. Sans entrer dans les détails, il est clair que la partie culture coute beaucoup moins cher en extérieur. 

OK. On s’est orienté juste pour partir du même endroit dans la partie cruciale de notre discussion. 

Le meilleur pot pousse à l’intérieur ou à l’extérieur?

Commençons par nous entendre sur le fonds. On va maintenant parler de qualité. Certains facteurs sont intangibles, comme l’odeur. Mais vous et moi, on est de bonne foi, on se connait un peu alors on va se faire confiance et avancer tout en douceur.

Qualité du cannabis cultivé en intérieur et en extérieur

On va commencer par analyser les différences visuelles!

Taille

D’abord la taille. Sur les réseaux sociaux, il est clair que la majorité des consommateurs de cannabis préfèrent les grosses fleurs qui sont associées, plus que les petites, à un produit de qualité. Si on ose faire une comparaison avec les fraises, tout le monde sait que les plus grosses sont rarement les meilleures. Mais ce type de raisonnement ne semble pas s’appliquer au cannabis. Et là, les fleurs de cultures extérieures gagnent le concours haut la main. Les fleurs extérieures comparées à leurs sœurs d’intérieurs ressemblent à des culturistes.

Densité de la fleur

Et la densité des fleurs? 

Avant la légalisation, les fleurs de culture extérieure et leur plant étaient moins bien traités après la récolte. Séchage inégal, manipulation grossière, transport en vrac moins respectueux. Le moment de la récolte était parfois loin d’être idéal, car il était déterminé par beaucoup de facteurs externes à la culture en soi. Je pense évidemment au travail de la police, en avion et en hélicoptère mais aussi aux voleurs qu’il faut savoir déjouer.

À l’inverse, les mariculteurs d’intérieur, les pros comme les amateurs, pouvaient exercer plus de contrôle sur toutes les étapes après la récolte. Il n’y a personne qui te regarde passer du salon au sous-sol alors que sortir des plants d’un champ attire plus de regards et de convoitises. Parce que toutes les étapes après la récolte étaient davantage respectées, historiquement la densité des fleurs extérieures était plus grande.

Ah la taille et la densité…

Il s’agit de deux critères arbitraires qui, dans le fond du fond, ne décident de rien. 

Ce sont précisément des critères facilement manipulables qui ne disent rien de ce qui est important. C’est un peu comme les critères esthétiques pour décrire les humains. Les mannequins sont grands et maigres et leur image ne correspond qu’a une fraction de % de la population générale. 

À certaines époques, l’appréciation de la poitrine change. 

Au cinéma, par exemple, il est de plus en plus courant pour les hommes de devoir montrer leur torse nu. C’est nouveau. La série Reacher de Netflix est l’exemple parfait. Le personnage principal est tellement énorme qu’il n’a pas les deux épaules dans le même code postal. Et chaque épisode montre son torse rasé de plus près que sa face. Ce qui est clair, c’est que l’on voit plus la poitrine du héros que celle de l’héroïne. C’est un changement de paradigme. La taille de la poitrine chez les hommes devient de plus en plus importante sans que cela améliore, dans les faits, la performance de l’acteur en question. Mais c’est devenu un des éléments importants du casting des rôles masculins.

La taille de la poitrine chez les femmes? Même chose. La culture américaine s’est imposée partout avec ses seins en forme de bombe, même au Brésil où c’est historiquement le derrière qui était mis de l’avant. Aux États-Unis, ça bouge un peu depuis l’apparition des Kardashians.

Comme quoi, l’idée de la beauté est une suite de critères interchangeables selon les époques. Pourquoi en serait-il différent dans le cannabis?

En 2022, grâce à la légalisation, on peut penser que la situation n’est plus la même. Parce que la culture extérieure est en train de retrouver ses lettres de noblesse. Et que la notion de terroir va devenir un facteur réel de différenciation dans le marché hyper compétitif de la fleur dont le prix est par ailleurs toujours en chute libre. 

On peut questionner, plus que jamais, la fausse relation entre la taille et la densité des fleurs et la qualité d’un produit. 

Densité des trichomes

Après l’évaluation de la densité de la fleur, on peut discuter de la densité des trichomes. D’après ce dont je peux comprendre de mes discussions informelles, c’est ici que la culture intérieure doit briller en comparaison de la culture extérieure. Ce n’est pas seulement un travail plus précis au niveau de l’éclairage selon moi mais surtout le fait qu’a l’extérieur, la pluie peut parfois tomber avec beaucoup de vélocité, surtout sur une parcelle mal protégée du vent. 

C’est à la fois un travail d’anthropologue doublé d’un agronome qui permettrait d’y voir plus clair. J’avance ici, encore une fois, un peu comme l’idiot du village, car je n’ai pas cette expérience de culture, à l’intérieur ou à l’extérieur. 

Mais je me permets une remarque qui ne peut être contredite. 

Prenons un autre produit extérieur exporté dans le monde entier. Oui, le thé. Et comment récolte-t-on le thé? En effectuant une récolte qui s’étale sur plusieurs mois. Il existe la cueillette dite impériale que ne s’intéresse qu’aux premiers bourgeons et feuilles. Il y a ensuite une cueillette fine et ainsi de suite. Il y a un phénomène de dormance de la plante dans cette méthode et je n’irai pas plus loin de peur de raconter des bêtises. En diffèrent les moments de la récolte, les producteurs créent d’autres plus-values reconnues mondialement par les consommateurs de thé. 

La culture extérieure produit beaucoup abondamment que la culture intérieure. 

Le soleil, c’est le soleil… Mais une cueillette qui irait chercher que les plus belles fleurs permettrait de créer de nouveaux produits. Je pense au Beaujolais nouveau. Et je termine mon exemple en reprenant les propos de Jean-Francois Gaudreault de Cannalys. Quand je vais chercher une tomate dans ma cour pour manger avec ma salade, je n’arrache pas le plant au complet avec les tomates qui n’ont pas encore eu le temps de murir. J’arrache, en fait je détache avec précaution celle que je vais manger et je laisse les autres murir sur le plant. Personnellement, je fais la même chose avec mes salades. Au fur et à mesure de mes besoins, je vais dans la cour chercher juste la quantité de feuilles dont j’ai besoin.

Est-ce une méthode plausible pour un géant du cannabis? Je ne sais pas. Par contre, en extérieur chez un microproducteur, je vois une opportunité commerciale réelle. J’imagine que le premier PA qui va oser vendre un pot de 3,5 dans lequel il n’y a qu’une seule fleur va frapper l’imaginaire des consommateurs.

Quand ton cout de production en extérieur est de moins de 10 sous le gramme, tu as de la marge pour remplir le pot. 

Mon expérience de consommateur ne me permet pas de proposer une réponse définitive sur la production comparée de trichomes produits à l’extérieur et à l’intérieur. Je ne pense pas être le seul québécois dans cette position.

Est-ce que les trichomes d’un cultivar qui a poussé à l’extérieur sont exactement les mêmes que sur un cultivar similaire qui aurait poussé a l’extérieur? Je suis incapable de répondre à cette question. Mais si vous avez un début de réponse, je suis curieux. lucprevost@hotmail.com 

Par contre, j’ai trouvé ceci, une revue scientifique des connaissances actuelles qui tente de synthétiser notre compréhension réelle des trichomes glandulaires du cannabis… Et là je cite texto : 

D’un point de vue scientifique, de multiples questions intéressantes sont associées aux trichomes glandulaires. Ces questions portent principalement sur les différences liées au génotype et aux conditions de culture. La façon dont les changements dans la composition du sol, la lumière, les nutriments, les niveaux d’eau et d’autres facteurs environnementaux affectent la densité des trichomes reste largement inconnue pour le cannabis. Nos connaissances sur la façon dont les profils de métabolites eux-mêmes diffèrent entre les variétés sont limitées et principalement basées sur les rapports des cultivateurs qui sont incomplets au-delà des principaux cannabinoïdes et terpènes, laissant 100 métabolites inconnus. Notre manque de connaissances dans ces domaines du métabolisme et de la composition du cannabis fait qu’il est difficile de formuler directement des hypothèses sur l’origine et la manière dont les différences se produisent, ce qui souligne la nécessité de normes uniformes rigoureuses pour permettre des comparaisons de données impartiales et scientifiquement fondées. Plus nous en saurons sur les trichomes, plus notre connaissance de cette plante sera applicable à ceux qui se trouvent le long de la chaîne de production et de consommation.

Cette recherche a été publiée en septembre 2021 par une équipe montréalaise de l’université McGill… Et oui, au campus Macdonald… On a hâte de voir leurs prochaines études!

Couleurs

Et les couleurs?  

Tout ce qui pousse à l’extérieur aura tendance à devenir plus foncé. Je vais m’en tenir à cette généralité. Je n’ai pas de repères réels pour discuter du sujet et même s’il était largement documenté, la couleur du cannabis ne deviendra jamais un obstacle dans l’appréciation d’une fleur, qu’elle soit cultivée en intérieur ou à l’extérieur. Une fleur terne à 29 % de THC fait taire la plupart des remarques…

Puissance

On arrive maintenant au cœur de cette comparaison pour l’immense majorité des consommateurs. 

Et la puissance? L’effet quoi! Le buzz!

En termes d’effet psychoactif, est-ce que la fleur extérieure est moins puissante que son équivalent qui pousse en bunker? 

La croyance populaire veut que la fleur d’intérieur soit plus puissante. 

Si on exclut tout ce qui est anecdotique, il y a quelques études de disponibles. Je ne dis pas que les témoignages anecdotiques sont ridicules. Je précise qu’ils ne suffisent pas. Aux États-Unis, la ferme Sunna Ra Acres s’amuse depuis des années à faire pousser les mêmes cultivars à l’intérieur et à l’extérieur. Selon les résultats partagés par ce PA américain, les clones cultivés à l’extérieur produisent plus de cannabinoïdes et de terpènes que les mêmes clones à l’intérieur. Il y aurait même des terpènes qui étaient présents uniquement dans les fleurs provenant de l’extérieur. La ferme confirme des résultats similaires pour tous les cultivars différents qu’elle a testés depuis quelques années.

 Une autre étude sur 2700 plants réalisée dans la région de Washington à trouver des taux de THC supérieurs de 1 % pour les plants extérieurs avec aussi, c’est très important, une réponse terpénique supérieure. N’importe quel analyste des ventes de la SQDC vous dira qu’il existe non pas une corrélation mais un lien de causalité entre le % de THC et le prix qui peut être demandé. 

La question de fond qu’on peut se poser en conclusion est la suivante : si jamais la culture intérieure permettait la création de terpènes de façon un peu plus précise, est-ce que le cout environnemental est en vaut la peine? Je ne répondrais pas pour vous…

Meilleures pratiques pour culture extérieure

Il est important de mentionner que l’extérieur n’est pas sans risque…

Ce n’est pas parce qu’un PA produit à l’extérieur qu’il ne doit pas faire attention.

Un exemple?

S’il utilise du fumier, on espère qu’il a testé sa pile de compost pour détecter les métaux lourds qu’il contient. On donne de l’arsenic aux poulets et aux porcs pour lutter contre les parasites. Du cuivre aussi. J’ai trouvé des chiffres qui font peur : «Une comparaison entre les teneurs en métaux des lisiers et les concentrations normales de métaux lourds dans les sols montre que la teneur en cuivre des lisiers de porc est 10 à 40 fois supérieure à celle du sol».

Disons que ces chiffres sont mauvais. Ou imprécis. Je voulais juste attirer notre attention sur le fait que la culture extérieure n’est pas le paradis et qu’il faut attention à chaque geste. Le beau pot bio extérieur contaminé naturellement, ce n’est pas intéressant pour personne. Et sans tomber dans l’agriculture végétalienne qui contourne totalement ce problème, il existe des solutions faciles à mettre en place. Si on part du principe qu’il y a des métaux lourds dans tous les sols, le travail du PA sera de minimiser leur présence dans ses fleurs. 

Fait important à rappeler, toute la culture extérieure n’est pas bio. Loin de là…

OK. On revient à notre question originale.

Le meilleur pot? Intérieur ou extérieur?

Notre première exploration a consisté à se demander ce qui était le mieux pour le consommateur. On n’a pas une réponse définitive mais au final, on a avancé et on sait que l’on doit rester éveiller. Et curieux. Pour la simple joie de l’expérimentation de nouvelles fleurs.

Mais on peut aussi se poser la question suivante : quel est le meilleur pot pour la planète? Pour l’environnement quoi?

Une étude de 2018 réalisée par New Frontier Data démontre que cultiver du pot en bunker consomme 18 fois plus d’énergie. C’est plate mais au Québec, on s’en fout un peu, car la notre d’électricité, elle n’est pas chère. C’est même un argument utilisé par certains PA quand ils sollicitent les investisseurs boursiers.

Une culture de type bunker permet de 5 à 7 récoltes par année.

Au Québec, en extérieur et avec beaucoup de créativité, on peut faire deux récoltes max… Et je ne sais pas si quelqu’un a déjà réussi. Mais je suis sûr que personne n’a encore osé tester le truc des semences roulé en bille avec de l’argile. En franglais on dit pelletiser. Ça vient du mot pellet qui veut dire boulette… En français, on a le verbe bouleter. Alors bouleter ses graines de cannabis est une technique propre à l’agriculture phénologique. La phénologie, c’est juste l’étude de l’influence des climats sur les phénomènes périodiques de la vie végétale et animale. Il y a un lien dans les notes de l’épisode pour un vidéo qui montre comment on peut faire ça à petite échelle avec presque rien.

Si on reste concentré sur notre démarche, il est facile de constater que le stress causé par la production intérieure est réel. L’extraction des matières premières pour le terreau, qu’il vienne du Québec ou du Sri Lanka pour la noix de coco est un stress qui n’existe pas dans la culture extérieure. Les lampes au sodium ou au mercure? Stress. Pollution de l’eau? Pas si c’est bio. Mais le bio n’est pas à la mode dans le cannabis au Canada. Les déchets solides après chaque récolte? Stress… Émissions de gaz à effet de serre? Stress. L’eau contaminée par un des 96 produits toxiques permis par Santé Canada? Stress.

En fait, ni le Canada ni aucun des pays qui s’intéresse à la légalisation ne s’intéresse réellement aux conséquences environnementales causées par l’industrie… On continue de cultiver en bunker exactement comme à l’époque du marché noir original. Est-ce que la machinerie et la culture verticales sont plus sexys qu’un tracteur dans un champ? On dirait que oui. Quand une usine à pot peut s’intégrer dans un parc industriel, tout le monde comprend…

Est-ce que l’industrie a démontré qu’elle était responsable et que le stress de sa production avait diminué depuis le début de la légalisation? Non. Mais elle n’a pas à être plus vertueuse que Bombardier, par exemple, qui fabrique plein de petits véhicules qui polluent l’environnement en plus de rendre le monde fou à cause du bruit…

La légalisation aura tout de même fait disparaitre beaucoup de génératrices diésel du marché noir… 

Qui s’intéresse à l’industrie du cannabis? L’État pour les profits mais pas plus… Tout le cadre mis en place par Santé Canada exclut totalement l’aspect environnemental de la production. Pour une plante qui promet la santé et le bonheur pour tous, il y a comme une erreur de casting.

Les curieuses qui veulent en savoir plus doivent s’intéresser aux travails d’Evan Mills qui patrouille le champ des dépenses énergitiques relié à la production du cannabis. Juste à titre d’exemple, il a chiffré la culture en bunker à 3000 livres de dioxyde de carbone pour chaque livre de cannabis produite. Ce chiffre seul ne nous informe en rien. Il faut le comparer… Combien de CO2 pour produire l’ordi sur lequel vous écoutez toPot? 70 livres. Une livre de viande rouge? 22 livres de CO2. Une livre de poulet? 6 livres de CO2. Bon je suis végan… Ça ne me parle pas le poulet. Ben j’ai trouvé pour les pois chiches. Il faut 0,70 livre de CO2 pour produire une livre de pois chiche. Et je rappelle de nouveau que la livre de cannabis produit 3000 livres de CO2.

Il y a des spécialistes qui remettent en cause les calculs de Mills. Pas de problème. L’idée, c’est de commencer à réfléchir rapidement aux problèmes causés par l’industrie tout en réfléchissant au fait que la production extérieure sera toujours moins stressante pour l’environnement. Une étude qui date de 2012 estimait que la production illégale consommait 1 % de toute l’énergie utilisée aux États-Unis. Une autre étude de 2015 démontre qu’une opération de type bunker de 5000 pieds carrés consommait plus de 40 000 kilowattheures par mois alors qu’une maison moyen dans le même coin utilisait seulement 630 kilowattheures.

Combien de temps avant que l’industrie ne subisse des restrictions imposées par le législateur? En Orégon, dans le coin de Portland, il y a des pannes qui sont causées par une demande trop forte des PA. Je ne connais pas de statistiques au Québec mais j’ai lu que chez certains producteurs autorisés, il peut y avoir jusqu’à 30 changements de température par heure… On appelle ça faire des microajustements.

J’ai trouvé une autre comparaison amusante. L’énergie utilisée pour produire un joint de pot permettrait de produire 18 litres de bière. 

Conclusions

Des fleurs de cannabis produit à l’extérieur, il y en a peu à la SQDC.

Il est donc difficile de faire des comparaisons ici et maintenant qui soient vraiment parlantes.

Par contre, on peut facilement imaginer que l’avènement des bunkers pour la culture du cannabis est une solution récente dans l’histoire de l’humanité… Le gouvernement canadien, pas plus que celui de la province du Québec, ne s’intéresse, pour l’instant, aux conséquences environnementales de l’industrie du cannabis.

Si on se fie à l’histoire récente de l’industrie québécoise, il est clair qu’il n’y a que le consommateur qui soit vraiment alerté aux problèmes de pollutions. La saga du recyclage des pots de plastique, une initiative qui ne venait pas de la SQDC, est limpide de ce point de vue.

Est-il possible de produire en bunker sans nuire à l’environnement? Probablement, mais cela couterait beaucoup plus cher et la différence de prix serait à la charge du consommateur. Et c’est là que le marché noir reviendrait en force. 

Personne ne va investir davantage pour protéger l’environnement si cela se solde par une diminution des ventes à cause de l’augmentation des prix. 

Alors à court terme, que peut faire le consommateur? 

Il peut d’abord constater que les couts de production des PA descendent chaque année. Les meilleurs sont à moins de 1 $ de cout de production par gramme en bunker. Les couts en extérieur descendent aussi. On parle de moins de 10 sous le gramme au Canada. Et certains ont évoqué 3 sous le gramme aux États-Unis sur de très grandes surfaces. Attendez de voir le cout du gramme en Amérique du Sud… LA COLOMBIE fait déjà des miracles! 

Mais c’est une saga pour une autre fois.

À défaut d’avoir une grande sélection de produits de qualité cultivés à l’extérieur, le consommateur peut porter son choix sur les produits cultivés en serre, par exemple. 

De plus en plus de PA se mettent à la serre qui serait l’entredeux parfait… selon les vendeurs de serres. 

Là aussi, il y a une industrie qui, prospère dans la tomate et les concombres, entre autres, une industrie donc qui désire sa part du gâteau. Il y a quelques acteurs québécois très actifs qui convoitent le marché du cannabis avec un appétit non dissimulé. 

Vous vous souvenez des deux questions que je vous ai posées en intro?

1)

Le meilleur pot pousse à l’extérieur où en bunker intérieur? 

2)

Vous avez déjà gouté du pot de terroir? 

Perso, à qualité égale, je préfère du pot extérieur.

L’arrivée d’une once de pot extérieure avec un bon % de THC va être le signal pour le premier 28 g à moins de 100 $. Cette barrière que la SQDC maintient bien en place pour l’instant va sauter dès qu’un producteur avec un certain volume pourra livrer semaine après semaine de fleurs extérieures gorgées de THC. 

La promesse d’un pot qui ne met pas à mal l’environnement va être une pub incroyable pour les producteurs autorisés qui oseront les premiers. Sans même être bio d’ailleurs. Pas obligatoirement en tout cas.

Alors que la catégorie bio progresse toutes les semaines dans l’alimentation, l’industrie du cannabis roule encore avec les schémas du marché noir. Le bio y est vu comme une sorte d’hérésie, pour ne pas dire une niaiserie.

M. Sutton, que nous avons évoqué dans l’introduction de l’épisode, après avoir présenté les dangers de la culture en bunker a finalement décidé de ne pas se lancer dans la culture en plein air. Il a adopté la voie du centre… 

Et c’est quoi cette voie? C’est la serre. 

Une serre n’est pas un bunker ni une parcelle toute bête. 

C’est un engin technologique capable d’utiliser massivement la puissance du soleil. 

S’agit-il du mariage parfait entre les deux cultures classiques?

Je n’ai pas encore de réponse à cette question. 

Mais il me semble que cela ferait un bel épisode pour toPot. 

À suivre!

Et voilà, c’était le 92e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques, n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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F-O, vous le connaissez obligatoirement depuis la diffusion de l’épisode # 91 Et si le cannabis pouvait parler!

Il est un biologiste, un génomicien et un formateur agréé qui fait de la recherche. Il travaillait aussi à la Clinique la Croix Verte avant sa fermeture.

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Une entrevue sans fard.

Bonne écoute!

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!