#85 Mythe de la cendre blanche vs la cendre noire!

#85 Mythe de la cendre blanche vs la cendre noire!

La cendre blanche est censée être un gage de qualité.

Pourquoi ?

Selon le mythe colporté partout sur les réseaux sociaux, des cendres foncées impliqueraient que la fleur que vous fumez contient de l’engrais ou d’autres produits agrotoxiques. Et tout naturellement apparait le fameux lessivage, rinçage ou flush en anglais qui est censé permettre d’expulser toute la chimie qui a été utilisée pour faire pousser le plant…

Est-ce que ça existe des experts du flushing ?

J’en ai trouvé un… 

Je vous avais aussi promis des images de la ferme Golden Peak pour voir comment Tom Devost fait sécher ses fleurs. Voir juste en dessous des liens.

 

Bonne écoute!

Lien pour l’Épisode sur toPot

Cannabis : ses contaminants et comment savoir s’il est coupé

Does white ash equal quality cannabis? Leafly asked the experts

Irrigation Management Strategies for Medical Cannabis in Controlled Environments

Effect of some Alkali Salts upon Fire-Holding Capacity of Tobacco

The Relation of the Composition of the Leaf to the Burning Qualities of Tobacco

What Ash Tells You About Your Cigar

Can nutrients make cannabis taste bad? 

L’histoire du Tabac

Biologie du Cannabis sativa L. 

Cannabis Grower’s Handbook: The Complete Guide to Marijuana and Hemp Cultivation

The enzymes of the tobacco plant.

Effects of enzymatic browning reaction on the usability of tobacco leaves and identification of components of reaction products

Study on sugar-related enzyme in cured tobacco leaves: the effect of curing method on remaining activity

Les Enzymes et leurs actions

Humidimètre numérique

Photo de Dimitri Bong sur Unsplash

TRANSCRIPTION DE L'ÉPISODE #85

Vous êtes sur les ondes de ToPot… votre podcast en français sur la science, l’industrie et la consommation du cannabis. Mon nom est Luc Prévost et j’ai le plaisir de vous recevoir dans un cannabistrot virtuel, le toPot.    

Bienvenue chez vous! 

Mise en garde (en accéléré…)

toPot ne donne aucun conseil. Consultez votre médecin, votre pharmacien, votre avocat, votre journaliste préféré, le législateur, votre député ou la personne de science de votre choix. Aucun des auteurs, contributeurs, commanditaires, administrateurs ou toute autre personne liée à toPot, de quelque manière que ce soit, ne peut être responsable de votre utilisation de l’information contenue dans le podcast. 

Vous allez bien? Le chanvre est bon par chez vous?

Aujourd’hui, on discute d’un mythe très populaire sur les réseaux sociaux. Vous avez peut-être déjà été témoin du rituel. Un utilisateur discute d’un nouveau produit de la SQDC et tout de suite, on lui demande : est-ce que la cendre est blanche? Es-tu blanche? 

Mythe de la cendre blanche : Un expert en lessivage!

La cendre blanche est censée être un gage de qualité.

Pourquoi?

Selon le mythe colporté partout sur les réseaux sociaux, des cendres foncées impliqueraient que la fleur que vous fumez contient de l’engrais ou d’autres produits agrotoxiques. Et tout naturellement apparait le fameux lessivage, rincage ou flush en anglais qui est censé permettre d’expulser toute la chimie qui a été utilisée pour faire pousser le plant…

Est-ce que ça existe des experts du flushing?

J’en ai trouvé un… Il s’appelle Jonathan Stemeroff. Il a présenté une thèse à l’Université de Guelph en Ontario en 2017. Sa thèse est intitulée Stratégies de gestion de l’irrigation pour le cannabis médical en environnement contrôlé. On va y revenir. Je voulais tout de suite calmer quelques énervés dans le fond du café que j’entends piaffer… On va y revenir.

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Mythe de la cendre blanche : le cigare à la rescousse

Ce n’est pas d’hier que les consommateurs et les fabricants de produits à fumer s’intéressent à la cendre. J’ai trouvé une recherche de Henry Kraybill qui date de 1917. Le titre de sa recherche? Effet de certains sels alcalins sur la capacité de résistance au feu du tabac. Et que découvre M. Kraybill en 1917? Je précise qu’il s’intéresse principalement au cigare plutôt qu’à la cigarette.

Et là je le cite :

L’expression «qualités de combustion» en référence à un cigare est générale et comprend de nombreux points. Les plus importants de ces points sont la régularité de la combustion, la couleur de la cendre, la fermeté et la cohérence de la cendre, et la capacité de rétention du feu. La capacité de rétention du feu fait référence à la durée pendant laquelle la feuille ou le cigare continue à brûler après l’allumage. Un tabac à cigare doit avant tout avoir une bonne capacité de rétention du feu, et c’est pour cette raison qu’il s’agit du principal critère pour juger de la combustion du tabac à cigare. 

Hey! Merci MJ!

Et avant M Kraybill, des tonnes de recherches sur le tabac ont été menées par une industrie qui comprenait déjà très bien les principes de l’accoutumance et qui ne laissait rien au hasard. J’ai trouvé une autre recherche de 1907 intitulée The Relation of the Composition of the Leaf to the Burning Qualities of Tobacco qui dit :

En ce qui concerne la «qualité des cendres», les caractéristiques importantes sont la couleur et la fermeté ou la cohésion.

Évidemment, il y a un lien pour les curieuses dans les notes de l’épisode sur la page de l’épisode sur le site toPot. La Cigar Association of America dit exactement la même chose, un siècle plus tard :

La cendre peut vous en dire long sur la qualité de votre cigare. Elle donne un aperçu de la qualité des feuilles, de la fabrication du cigare et du type de sol dans lequel il a été cultivé.

On peut donc déjà comprendre que les consommateurs de pot sous forme de fleur sont bercés par ces histoires depuis plus d’une centaine d’années. 

Une OVNI s’impose dès lors.

Si vous n’êtes pas un voyageur fréquent sur toPot, une OVNI est une opinion vulgaire non informée…

Mythe de la cendre blanche : La cendre en pouce ou en cm?

La fixation, la fixette, des consommateurs de joints pour la cendre se nourrit dans une vieille tradition sans cesse renouvelée d’appréciation du cigare. Cette appréciation récurrente, il suffit de penser à Arnold Swartznegger qui aime s’afficher régulièrement avec un énorme barreau de chaise à la bouche, cette appréciation donc, combiné aux incessantes recherches de l’industrie de la cigarette sur la combustion idéale, produit des conditions idéales à la naissance d’un mythe et de pleins de fausses informations sur la cendre des joints de cannabis.

Il est normal de vouloir faire parler la cendre comme d’autres personnes lisent votre bonne fortune dans les feuilles de thé… Tout le monde comprend que si vous buvez du thé en poche, il sera plus difficile de prédire votre avenir. Historiquement, depuis le début de l’aventure humaine, les chamanes se sont toujours intéressés au feu mais aussi à ses cendres. Il est donc normal que dans une industrie naissante qui sait à peine faire des étiquettes sans faute, le rituel de la cendre participe d’un désir de comprendre la substance qui sert à modifier notre perception de la réalité.

Donc sur un site américain dédié au cigare, j’ai appris que pour qu’il soit considéré comme un produit de qualité, la cendre d’un cigare doit mesurer un pouce avant de tomber. Cette longueur de la cendre impacte la saveur du cigare, car elle permettrait de contrôler le flux d’air pour que le cigare brule uniformément. La longueur des feuilles conditionne la formation de la cendre ainsi que la méthode de roulage soit le fait à la main ou à la machine. Les spécialistes d’ailleurs font facilement la différence entre ces deux modes de production. 

Évidemment, savoir bien rouler son joint est aussi au cœur de l’expérience cannabis. Un joint mal roulé, une fleur mal préparée, un papier mal collé ou un filtre mal conçu vont créer une mauvaise expérience, exactement comme un cigare mal roulé.  

Mythe de la cendre blanche : Le gout du chimique

Mais avant de continuer l’exploration de la cendre de nos joints, on doit aborder un autre problème… Est-ce les fleurs roulées dans un joint peuvent gouter le «chimique»? Est-ce qu’il y a des produits agrotoxiques utilisés pour contrôler la croissance des plants et la présence de parasites qui peuvent se retrouver dans notre bouche, à la fois comme produits nocifs mais aussi comme saveurs particulières?

La réponse est OUI! 

Les engrais synthétiques, le phosphore et le potassium peuvent s’accumuler dans toutes les parties d’un plant de cannabis et définitivement dans les fleurs.

Mais une déficience peut tout autant causer des problèmes. Si votre joint fait des bruits comme un feu de foyer, vous avez un problème. Les crépitements ne sont pas normalement inclus dans les produits vendus à la SQDC… Je ne sais pas d’ailleurs si un consommateur leur a déjà envoyé un enregistrement audio pour demander un remboursement!

On va faire donc ensemble le tour du mythe de la cendre blanche comme indicateur de qualité en demandant à la science de nous éclairer.

Mythe de la cendre blanche : définition du lessivage

Et si on demandait à notre spécialiste du lessivage, M. Stemeroff de nous proposer une définition?

«Le lessivage est actuellement une pratique courante utilisée par de nombreux producteurs de cannabis. Elle consiste à irriguer les plantes avec de l’eau sans nutriments pendant les deux dernières semaines avant la récolte. L’idée est que cette méthode d’irrigation réduit la concentration de nutriments dans le bourgeon. Cette réduction aurait ensuite un impact sur le gout final du produit lorsqu’il est consommé. Indépendamment des effets anecdotiques sur le gout, il y a peu de preuves que le rinçage de la zone racinaire pendant la phase finale de la production entrainerait une exportation nette de nutriments du bourgeon en cours de maturation.» Jonathan Stemeroff

Si vous n’êtes pas dans les confidences d’un maitre cultivateur, je me permets une précision sans être un expert. Le lessivage diffère selon que le plant de cannabis pousse dans de la laine de roche ou dans un sol vivant. La durée du traitement et la quantité d’eau utilisée vont aussi varier et un bon maitre cultivateur connait la part des intrants agrotoxiques qu’il utilise et saura, s’il est compétent, s’en débarrasser à cette étape. En tout cas, c’est juste ça l’idée derrière les lessivages. 

Mais cette pratique est attaquée par des spécialistes qui disent que le lessivage est une niaiserie et que de priver un plant de nutriments pendant une ou deux semaines ne peut lui faire du bien…

Laver laver!

 

Mythe de la cendre blanche : mauvais affinage?

Après le lessivage, c’est le temps de la récolte. Les plants sont coupés et accrochés, la tête en bas, pour sécher. Est-ce la bonne méthode? Est-ce la seule méthode?

Même si la SQDC pense que c’est le nec plus ultra, la tête en bas, il y a d’autres méthodes. Je pense par exemple, au producteur autorisé Tom Devost, le propriétaire de Golden Peak au Nouveau-Brunswick. Le succès de son cultivar Tiger Bomb le désigne normalement comme le plus qualifié des microproducteurs du Nouveau-Brunswick. Et bien Tom utilise une méthode moins connue. Au moment de la récolte, il coupe immédiatement toutes les fleurs pour les déposer sur des grilles où elles sècheront individuellement avant de passer à l’étape suivante de la manucure ou trim finale. Après la manucure, il reste l’étape de l’affinage qui pourrait avoir un impact sur la cendre. L’affinage permet d’éliminer graduellement l’humidité dans les fleurs. Les fleurs reposent dans des contenants neutres, soit en verre, soit en acier inoxydable et il faut ouvrir régulièrement le contenant pour libérer les gaz. J’ai appris plein de choses sur cette étape, comment par exemple, les bactéries présentes et plein de matières résiduelles qui, autrement, pourraient avoir un impact sur le gout de la fleur fumée.

Pour les curieux qui voudraient voir la solution adoptée par Golden Peak, il y a des photos sur le site de toPot sur la page de l’épisode.  

Au cours de ce processus de maturation, l’humidité restante est emprisonnée et les gaz qui en résultent sont libérés à intervalles réguliers. L’ouvrier ouvre le contenant pour un petit rototo et hop, il referme le contenant, jusqu’à la prochaine fois. Un plant qui contenait des moisissures peut générer des sucres et de l’amidon indésirables. L’affinage permet de bien contrôler ce processus. Tout le monde dans l’industrie affirme que cette étape est capitale pour la saveur et la douceur du produit. 

Mythe de la cendre blanche : cause de la cendre noire?

Alors, qu’est-ce qui cause cette cendre noire?

La science nous commande, nous intime de regarder dans la nature pour mieux comprendre. Alors on va s’intéresser rapidement aux feux de forêt pour en apprendre davantage… On peut y dégager des conclusions très précises. Quand la température de combustion est très élevée, la cendre des arbres brulés est claire, évoluant entre le gris et le blanc. Toute combustion à une température inférieure à 450 °C va produire une cendre foncée. Inversement, une combustion à une température supérieure à 450 °C va donner de cendres claires. Juste pour nous situer, un briquet pour le plein air qui utilise un mélange air butane avec un catalyseur va créer une flamme bleutée qui peut atteindre 1 500 °C. Un Bic? Moins de 1000 C, c’est sur. 

Donc, dans l’état actuel de nos connaissances, on peut faire l’hypothèse que la couleur des cendres d’un joint trahit la température de la combustion plutôt que la présence de produits agrotoxiques présents dans la fleur. Mais il est trop tôt pour conclure… Un arbre n’est pas un joint.

Mythe de la cendre blanche : usage des sels

Les premières études de l’industrie de la cigarette ont mis à jour l’importance du sel de l’acide chlorhydrique pour stopper la combustion du tabac alors que les sels de potassium participent activement à la combustion. Donc on sait que le processus de combustion peut être influencé. Mais qui veut refaire des cigarettes en 2021 dans l’industrie du cannabis? À part l’industrie du tabac de plus en plus présente, personne. 

Donc notre réponse est ailleurs.

D’autres études nous apprennent que la cendre blanche a été obtenue dans les cigarettes en ajoutant des produits comme le magnésium pour provoquer la formation d’un oxyde de métal qui donne aux cendres une couleur blanche.

Les cigarettiers se sont toujours intéressés au rôle des engrais sur les cendres et la fumée du tabac. Et ben… ces recherches ont démontré que l’utilisation d’engrais modifiait la composition alcaline et les niveaux de soufre des feuilles séchées.

Mythe de la cendre blanche : et la chlorophylle?

La présence plus ou moins forte de chlorophylle agit négativement dans le processus de fermentation et il va en résulter une fumée de qualité inférieure. Pourquoi fait-on fermenter le tabac? Exactement pour les mêmes raisons que l’on affine les fleurs de cannabis. Pour contrôler certaines substances et travailler les propriétés de la matière. En fait, tout le vocabulaire utilisé par l’industrie du cannabis vient de l’industrie du tabac. 

On pourrait penser que l’usage du tabac précède celui du cannabis mais cela serait une erreur bien qu’il existe des artéfacts reliés à la consommation du tabac près de 1000 AJC. Mais l’industrialisation de la cigarette débute quelques centaines d’années avant celle du cannabis qui commence à peine. Et quand on regarde la multitude de méthodes pour affiner le tabac, il est clair que les traitements postrécoltes du cannabis vont tranquillement muter au cours des prochaines décennies. 

Mythe de la cendre blanche : différentes méthodes d’affinage

Pour le tabac, il existe plus d’une demi-douzaine de méthodes d’affinage ou de fermentation. Le tabac peut être séché à l’air libre. Il peut aussi fermenter naturellement en masse. Dans ce cas, on empile le tabac ce qui provoque de la chaleur et on retourne la pile jusqu’à ce que tout soit sec. Au besoin, des sources de chaleur externes sont utilisées pour éviter le pourrissement.

Il y a aussi la fermentation dirigée, la fermentation dirigée humide, le séchage au feu ou au soleil. 

Au final, tout le monde s’entend pour dire que le tabac mal fermenté est de mauvaise qualité, car il contient beaucoup de chlorophylle. 

Vous pensez que ces processus n’existent que pour l’industrie du tabac? J’ai trouvé pour les fermiers en herbes une autre demi-douzaine de méthodes pour faire fermenter votre tabac à la maison. Au fourneau, au multicuiseur, au four microonde, au bain d’eau, alouette. Il est facile de constater que le cannabis est en retard sur le tabac. Et c’est normal quand tout est fait dans la clandestinité depuis très longtemps et en l’absence d’un secteur industriel bien structuré.

Je me dis souvent qu’un jour, avec les milliers de tonnes de fleurs en surproduction partout au Canada, on va commencer à faire des tests pour améliorer ce processus. J’ai trouvé un bel article en français qui fait le tour de tout ça. L’histoire du tabac.

Mythe de la cendre blanche : apprendre du tabac

Alors, qu’avons-nous appris jusqu’a maintenant?

1)

La cendre blanche est produite par des températures de combustion élevées ou par la présence de minéraux. 

2)

Les recherches ont démontré que l’utilisation d’engrais modifiait la composition alcaline et les niveaux de soufre des feuilles séchées.

Mais le plus important est ailleurs. C’est aussi une information qui va à l’encontre des pratiques de toute une industrie.

J’ai déjà évoqué la thèse de M. Stemeroff. 

Mais s’il s’agissait d’un gars qui ne connait rien au cannabis, s’il s’agissait juste d’un universitaire déconnecté… 

Mythe de la cendre blanche : Ed Rosenthal à la rescousse

Alors j’ai tenté de trouver une confirmation de sa recherche par des gens déjà très intégrés dans l’industrie du cannabis. Et j’ai trouvé Dr Robb. Dr Robb, c’est M. Robert Flannery. Si vous ne le connaissez pas, il vient de publier un livre avec le dieu vivant des mariculteurs, M. Ed Rosenthal. Et si vous ne connaissez pas Ed Rosenthal, je ne peux rien pour vous. En fait, c’est faux, car je vous propose un lien pour sa page Wikipédia et un autre pour son plus récent livre publié il y a quelques semaines.

Mais si vous êtes pressé, Edward «Ed» Rosenthal est né en 1944. C’est un horticulteur, auteur, éditeur et cultivateur de cannabis californien qui milite pour la légalisation de la consommation de marijuana. Il a été chroniqueur pour le magazine High Times dans les années 1980 et 1990.

On m’a offert en cadeau il y a des millions d’années un petit livret intitulé Closet Cultivator : Growing Marijuana Indoors. C’est le premier ouvrage de M. Rosenthal que j’ai pu consulter. Son plus récent est intitulé Cannabis Grower’s Handbook : The Complete Guide to Marijuana and Hemp Cultivation. Voici ce que dit la page Amazon du livre :

Le Cannabis Grower’s Handbook couvre les dernières technologies d’éclairage telles que les ampoules à LED et à spectre réglable, les techniques de permaculture et d’agriculture régénérative, les méthodes et stratégies avancées de séchage et de maturation, la lutte intégrée contre les parasites et plus d’une douzaine d’installations de jardinage spécialisées. Vous ne savez toujours pas ce que vous allez cultiver? Ce guide vous aidera à choisir parmi les nombreuses options proposées par des sélectionneurs innovants, qui incluent désormais des plantes autofleurissantes et des variétés de chanvre CBD et CBG. Avec plus de 600 pages de photos en couleur, ce guide du cultivateur présente les dernières avancées scientifiques, les outils et les méthodes qui vous permettront de cultiver un jardin de cannabis de n’importe quelle taille, n’importe où — en intérieur ou en extérieur.

OK. M. Rosenthal est LA référence. Et qui est le coauteur de son livre. Deux personnes. D’abord Angela Bacca qui est une rédactrice et une journaliste spécialisée dans le cannabis depuis plus de dix ans. Et le deuxième coauteur est notre Robert Flannery. Impossible de douter de ses références. IMPOSSIBLE. Et que dit-il, M. Flannery?

Mythe de la cendre blanche : la science du lessivage

Il commence par citer la thèse de Jonathan Stemeroff Stratégies de gestion de l’irrigation pour le cannabis médical en environnement contrôlé. Puis il précise le manque d’études en double aveugle pour tester l’efficacité du rinçage. Et pourtant, le lessivage ou rincage est une pratique courante…

Cela me fait penser aux entraineurs de football qui, dans les années 70-80, interdisaient à leurs joueurs de boire de l’eau pendant une partie sous prétexte que cela les rendrait plus lourds et donc moins rapides…

Alors après tout ça, la vraie question, il me semble, n’est pas pourquoi la cendre blanche est meilleure que la cendre noire mais plutôt qu’est sont les facteurs qui causent la cendre noire?

Mythe de la cendre blanche : OVNI #1

Mon OVNI à la lumière de tout ce que je viens de partager avec vous? Je vous propose une Opinion vulgaire non informé en deux temps. Deux fois plus de chance d’avoir l’air niaiseux…

Dans un premier temps…

Si on exclut les problèmes mécaniques comme un joint incorrectement roulé ou une fleur mal broyée, le niveau d’humidité semble être au cœur du problème de la cendre noire… Et les problèmes d’humidité proviennent d’un séchage ou d’un affinage incorrect.

La couleur d’un vin révèle certaines informations au buveur averti. Mais l’évaluation d’un vin ne saurait se limiter à un seul critère. Comme pour le vin, le vrai test pour déterminer la qualité d’une fleur de cannabis est son gout et son effet. 

Donc si la cendre de votre prochain joint est trop foncée à votre gout, faites un p’tit test de séchage pour voir si le prochain joint produit une cendre similaire…

Maintenant, le deuxième temps en pleine science-fiction de mon OVNI!

Mythe de la cendre blanche : OVNI #2

Le cannabis, comme le tabac est rempli d’enzymes. C’est quoi une enzyme? Wikipédia dit ceci :

Une enzyme est une protéine dotée de propriétés catalytiques. 

Catalytique comme dans catalyseur qui est une substance qui permet de modifier la vitesse d’une réaction chimique sans être elle-même altérée par cette réaction. Vous connaissez ça… Oui oui. Si vous avez déjà utilisé de l’époxy, vous avez probablement utilisé un catalyseur pour accélérer la solidification de votre résine. Ici, dans le corps humain, on parle de réactions qui peuvent être accélérées par un facteur de plusieurs millions de fois. Les enzymes ne sont pas les seuls catalyseurs qui existent mais ils se distinguent par la spécificité de leur structure tridimensionnelle. 

Alors…

Des études ont déterminé l’importance de la réaction enzymatique qui entraine la formation de taches grises sur les feuilles de tabac. Ces taches impactent négativement la valeur et le potentiel industriel des feuilles de tabac. On parle de recherches réalisées en 1913… Déjà, le rôle des enzymes était étudié il y a 107 ans. Et la conclusion de cette étude est un copier-coller valable pour l’industrie du cannabis en 2021, et là, je cite texto :

À cet égard, la culture du tabac est quelque peu unique par rapport aux cultures agricoles ordinaires, car ces dernières, lorsqu’elles arrivent à maturité, n’ont besoin que d’une certaine quantité de soins et de travail avant d’être prêtes pour le marché, alors que lorsque le tabac arrive à maturité, la culture est à l’un de ses stades critiques et exige le plus grand soin et la plus grande attention dans le séchage et la fermentation afin que le produit fini ait la plus grande valeur marchande. C’est la principale raison pour laquelle le tabac, bien qu’il puisse être considéré comme un luxe, doit, par nécessité, en raison des dépenses et de l’attention accordées à sa production, toujours obtenir le prix le plus élevé de toutes les cultures agricoles générales.

Je le répète, ce texte a été écrit il y a 107 ans.

Des études plus récentes qui s’intéressent au travail des enzymes? Y’en a plein… comme cette étude japonaise de 2017 intitulés Étude sur les enzymes liées au sucre dans les feuilles de tabac séchées : l’effet de la méthode d’affinage sur l’activité restante. 

Donc la deuxième partie de mon OVNI va comme suit : 

Le travail des enzymes devrait normalement avoir un impact sur le type de cendre produit lors de la combustion de fleurs de cannabis?

Comment en avoir vraiment le cœur net?

Mythe de la cendre blanche : le rôle de la recherche

En faisant des recherches au Québec.

Malheureusement, pour l’instant, le gouvernement québécois subventionne des recherches qui s’intéressent uniquement aux dangers du cannabis…

Et selon moi, le plus grand danger qui guette l’industrie québécoise du cannabis est sa disparition.

IL est quelle heure? Oh c’est l’heure. Et MJ! Merci beaucoup! Bonne semaine. 

OK, je me ramasse.

Vous avez fumé un joint dont la cendre était noire? Je vous encourage dans un premier temps à ignorer la couleur pour vous concentrer sur le reste : le gout, la fumée, l’odeur, la texture et le buzz. Si vous n’êtes pas déçu de la réponse à ces questions, le problème de la couleur de la cendre disparait. Si votre évaluation du produit est négative, je vous propose une expérience. Faites sécher une fleur, peu importe la méthode. Le plus simple est de la laisser sur un comptoir, si vous n’avez pas d’enfants ou d’animaux de compagnies. Une fois la fleur séchée, consommez-la comme d’habitude… Que se passe-t-il au niveau de la combustion? Est-ce que le problème persiste? Le joint à toujours mauvais gout? La fumée est dégueu? Le buzz médiocre? Alors vous n’avez pas un problème de cendre. Vous avez tout simplement acheté un mauvais produit…

Pour l’avancement de la science, je crois que je vais m’acheter un outil pour calculer l’humidité des fleurs. Il y a un lien dans les notes de l’épisode pour ce genre d’outil qui sert habituellement à mesurer l’humidité des planchers de bois. Je vous encourage aussi à mesurer l’humidité de vos achats de fleurs qui produisent de la cendre noire et à m’envoyer le résultat. Je m’engage à construire une sorte de registre où, collectivement, nous pourrions commencer à faire nos propres études informelles. Une sorte de sagesse populaire…

Mythe de la cendre blanche : l’exemple du bio

Je partage une dernière observation qui participe à la destruction de l’idée du lessivage comme pratique efficace.

Tous les producteurs autorisés qui font des produits bios ne font pas de lessivage en fin de cycle de leurs plants. C’est inutile, par définition. Et pourtant, ils produisent des fleurs qui font de la cendre blanche ou pas… J’ai acheté un produit bio la semaine passée qui produisait de la cendre noire et qui brulait mal. Donc un produit bio qui n’a jamais contenu d’engrais chimique, qui n’a pas été l’objet d’un lessivage ou flush peut produire une cendre foncée.

Est-ce que cette simple constatation ne vient pas ébranler le mythe de la cendre blanche?

Le plus incroyable, c’est que le lessivage soit perpétué dans toute l’industrie sans qu’il existe de preuve de son efficacité… 

En décembre 2021, on n’attend pas qu’un chamane nous informe de la bonne méthode pour contrôler la couleur de la cendre d’un joint de pot. C’est le rôle de science, c’est le rôle d’une industrie et finalement, c’est le rôle d’un gouvernement qui n’a pas peur de la science…

Et voilà, c’était le 85e épisode de toPot.

Questions, commentaires, critiques n’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!

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Transcription de l'épisode

OK.

Vous le savez, quand je suis au comptoir du toPot, je commence toujours par un café.

Et MJ, salut, tu vas bien?

Mon habituel avec un verre d’eau STP.

Merci. Mon habituel, c’est un double expresso avec triple dose de CBD…

Mythe #1 

OK. Je disais quoi? Ah oui, le mythe numéro 1 : Au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc. Une légende urbaine légère et invisible, l’odeur du cannabis! 

Alors vous croyez qu’au Québec, tout le monde préfère l’odeur du cannabis à celle du purin de porc? Vous faites erreur. Il suffit de voir les reportages des grands médias qui donnent la parole à des citoyens qui se plaignent que ça sent la moufette dans leur quartier. Alors que tout un quartier complet de Montréal sent le gros houblon industriel sans que cela ameute les journalistes de Radio-Canada qui ont pourtant leur bureau près de la Brasserie Molson juste à côté du pont Jacques-Cartier. Il est vrai qu’à Montréal l’odeur de l’argent et du houblon sont intimement liés. Cela est vrai ailleurs aussi. Mais c’est une saga pour une autre fois!

Les Odeurs de l’argent

L’odeur fine de cultivars bichonnés à coup de millions de dollars ne mérite pas la même mansuétude. Tu envoies une équipe et tu filmes des locaux qui ont envie d’être célèbres pendant quelques secondes. Cela fait des nouvelles pas chères qui amusent l’audience. Par contre, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un phénomène strictement québécois, car les statistiques de Santé Canada établissent clairement que l’odeur est le premier irritant recensé avec plus de 50 % les plaintes recueillies. 

Dans un registre plus anecdotique, au simple hasard de mes observations, j’ai trouvé quelques producteurs autorisés qui doivent installer des systèmes couteux pour contrôler les odeurs même s’ils sont situés à un jet de pierre d’un dépotoir à ciel ouvert… Dans un autre cas encore plus rigolo, j’ai repéré un PA qui fait l’objet de plaintes même s’il est situé à côté d’un commerce de frite qui dégage depuis des années son odeur particulière sans déranger personne. 

L’odeur du cannabis est un prétexte facile pour disqualifier une industrie alors que le vin ou la bière qui sont pourtant des drogues beaucoup plus dangereuses selon toutes les études de Santé Canada.

Même le journal La Presse en discute dans son édition du 28 novembre 2021 et là, je cite :

Certains problèmes d’odeurs sont typiques. D’autres, radicalement nouveaux.

Légale ou pas, l’industrie du cannabis dérange maintenant le voisinage. «La période de floraison est très intensive et les poussières et le pollen transportent les odeurs», expose Nicolas Turgeon, qui dirige le service de performance environnementale du CRIQ.

De plus, les plants ne sentent pas tous aussi fort, ni la même chose, et peuvent chacun receler quelque 250 composés odoriférants.

Le CRIQ n’a pas encore planché sur ce problème, mais rencontre souvent des situations uniques, précise le biochimiste Alexandre Pilote, spécialiste en contrôle des émissions. «On doit donc innover sans cesse. Ça passe par des essais sur le terrain, des prototypes à petite échelle, dit-il. Ensuite, on implante la technologie et on réalise des suivis.»

Mettre un procédé au point requiert quelques mois, parfois quelques années. Les grandes industries, qui débitent beaucoup d’odeurs, doivent investir des millions pour les atténuer suffisamment.

Vous voyez la difficulté? On demande à une industrie avec qui les banques ne veulent pas faire affaire de trouver des millions pour régler des problèmes invisibles… Pas une fiction. Juste une friction.

Est-ce que tous les Québécoises et les Québécois préfèrent l’odeur du purin de porc à celle du cannabis? Non. Mais le purin de porc fait partie du décor depuis plus longtemps et son acceptabilité sociale est travaillée par, entre autres, l’association des Éleveurs de porcs du Québec. Je vous invite à consulter le très beau site web de l’association. On y discute de cohabitation et engagement dans la communauté. Une simple recherche sur l’ensemble du site pour le mot Odeur donne un résultat négatif! On souhaite à l’industrie du cannabis une capacité similaire d’influence sur le débat public. 

Mythe #2

Les Québécoises et les Québécois sont les seuls citoyens canadiens à acheter leur cannabis dans un cartel légal, un monopole d’État, la SQDC.

C’est faux évidemment. 

Le Canada offre quatre (4) formules différentes sur son territoire et dans quelques années, nous allons sans doute réaliser que nous sommes assis sur une mine d’informations qui seront très utiles pour les pays qui voudront légaliser. Je vois beaucoup de discussions sérieuses en ligne sur l’Australie par exemple. L’Australie est en train de reproduire une industrie du cannabis Canada 2.0 sans voir les écueils qui bouchent déjà notre horizon national. Alors reprenons rapidement les 4 formes que prennent la commercialisation du cannabis au Canada et dont nous avez déjà parlé dans l’épisode #54 :

Les quatre configurations canadiennes  

La Colombie-Britannique se singularise par une structure de vente hybride au détail et public en ligne.

La Saskatchewan, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et le Nunavut proposent un mode privé au détail et en ligne.

L’Alberta, l’Ontario, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon se distinguent par une structure de vente privée au détail et publique en ligne.

Et on termine par le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du — Prince-Édouard et le Québec qui sont publics au détail et en ligne. Quatre beaux cartels légaux.

Je disais déjà dans l’épisode #54 que cette diversité de configurations exprime essentiellement des visions complètement différentes du rôle de l’État. Au Québec, le modèle de la SQDC permet de restreindre l’offre en offrant un nombre de points de vente beaucoup plus faible qu’en Ontario, par exemple. Par contre, la SQDC n’a pas à se plier à une recherche absolue du profit et c’est pour cela qu’elle va ouvrir des boutiques dans des régions où les marchés sont moins dynamiques alors qu’un entrepreneur privé n’aurait aucune bonne raison d’aller desservir un marché moins porteur.

J’entends beaucoup de producteurs autorisés affirmer en privé que le problème de l’industrie du cannabis au Québec vient de cette situation de monopole. Je dois avouer ne pas être d’accord. Je vous propose une justification avec deux exemples. 

Premier exemple

Premier exemple : la SAQ. La Société des alcools du Québec. Beaucoup de débat depuis des années sur la privatisation de ce cartel, pardon, monopole d’État. Dans les faits, la SAQ peut se permettre une gamme plus variée de produits que le revendeur privé dont la principale motivation est le profit. Plusieurs études sérieuses soulèvent cet avantage. Bon, la SAQ est incapable de mettre en place un projet de recyclage depuis le début de son existence. Cela pose problème et suscite des tonnes de bonnes questions. Mais cette incapacité chronique n’enlève rien au reste de son service. J’aime le dire et le répéter, la SAQ n’est pas responsable de l’éclosion formidable de cette génération de sommeliers, hommes et femmes québécoises, sur la scène mondiale mais elle y a grandement participé. La SAQ a toujours su communiquer un amour du terroir avant de proposer un % d’alcool. Ce n’est pas pour rien que les Russes buvaient de la vodka. Elle ne coute rien à produire et offre un effet immédiat. Ce n’est plus vrai, car comme au Québec, la consommation des Russes s’est transformée au cours des dernières décennies. 

Deuxième exemple

Deuxième exemple illustrant qu’un monopole d’État n’est pas obligatoirement un éteignoir de marché. Nous venons de voir que 3 autres provinces canadiennes proposent un monopole d’État. Regardons tout simplement ce qui se passe au Nouveau-Brunswick. Les producteurs autorisés voulaient vendre à la ferme. Ça discute, ça réfléchit et hop, les premières ventes à la ferme ont eu lieu il y a une quinzaine de jours. C’est le PA Crystal Cure qui l’a ouvert. Je les connais un peu, car c’est Crystal Cure qui emballe et vend les produits de Tom Devost et Renee Desjardins, les propriétaires de Golden Peak. Pour les curieux, toPot vous propose 5 épisodes sur la ferme Golden Peak, soit les épisodes 25, 26, 27, 28 et 41. 

(insérer lien pour épisode précédent de toPot)

Vous savez comment Crystal Cure a appelé son point de vente «à la ferme»? 

Le backdoor!

C’est adorable…

Mythe #3

  • Le % de THC n’est pas important pour la SQDC.

Ce mythe nous ramène à l’aura de la SAQ que nous venons tout juste d’évoquer. La SQDC est l’enfant de la SAQ. Il existe une politique de porte tournante entre les deux organisations et c’est très bien, car fondamentalement, les deux monopoles sont des pushers de drogues. Les talents de commercialisation de l’alcool se transfèrent très bien dans le commerce du cannabis. On va d’ailleurs constater ça bientôt dans un nouvel épisode de toPot.

Je connais au moins une dizaine de personnes dans l’industrie du cannabis qui viennent du monde de l’alcool. Le fait d’être adossé humainement et comparativement à la SAQ donne une aura presque instantanée de terroir à la SQDC. 

Emmenez en des terpènes, des trichomes, de la consommation intelligente, du sol vivant, des effets d’entourages, des Appellations d’origine protégées, des communautés humaines solidaires… C’est cool l’idée du terroir mais quand tes plants poussent dans une matière inerte et neutre, ça demande beaucoup de marketing. Marketing plus ou moins interdit pour l’instant.

Dans les faits, partout au Canada, il y a une quête au plus fort % de THC.

Dans l’entrevue de toPot avec Vickie et Kevin Laliberté de Cheers, l’épisode #79, les deux nous disent clairement, armés de leur expérience de vente en B2B, que le taux de THC est LE premier facteur déterminant le prix de vente des fleurs de cannabis. Cette tendance est observable partout en Amérique du Nord.

Même en Europe!

Un rapport européen intitulé European drug report 2021 : trends and developments décrit le même phénomène :

La résine de cannabis vendue en Europe est désormais plus puissante qu’auparavant, avec une teneur en THC comprise en moyenne entre 20 % et 28 %, soit près du double de celle de l’herbe de cannabis. 

Les produits à base de cannabis disponibles en Europe comprennent désormais des produits à forte teneur en THC et de nouvelles formes de cannabis sur le marché illicite ainsi qu’une gamme de produits à base de plantes.

Cette recherche de cultivars pouvant générer des fleurs ayant un fort pourcentage de THC est une quête mondiale. Le Graal d’une industrie qui vient à peine de naitre. On dirait presque une course à l’armement.

Est-ce que la SQDC est responsable de cette tendance? 

Non.

En est-elle tributaire?

Oui.

Est-ce que la SQDC exige des producteurs autorisés un minimum de THC?

Contrat d’adhésion

Pour le dire gentiment, sans exiger, la SQDC recommande fortement d’avoir un produit qui fait au moins 20 % de THC pour être vendu en boutique. Pourquoi? La SQDC achète ce qu’elle vend en boutique. Pour la vente en ligne, la SQDC est peut-être moins regardante, car elle y force la consigne. Oui, plutôt d’acheter les produits des producteurs autorisés québécois, la SQDC, en plein pouvoir, offre simplement une vitrine aux PA. Une question de droit me vient à l’esprit. Quand un monopole d’État force de telles conditions, s’agit-il d’un contrat d’adhésion?

Au Québec, l’article 1379 du C.c.Q définit le contrat d’adhésion et là, je cite le Code civil du Québec : 

«Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement discutées»

La relation entre la SQDC et les PA en est une de domination. Le fort contrôle le faible. C’est vrai après tout. Le cannabis est une industrie légale taxée comme une vache à lait et en même temps les banques ne veulent pas faire affaire avec les PA qui se retrouvent coincés des deux côtés de l’équation. 

Au final, la SQDC se préoccupe fortement du taux de THC, car le marché du cannabis est comme celui de l’alcool il y a 70 ans au Québec. Avant d’être légal, il est toléré dans l’esprit du législateur. L’arbitraire règne. Est-ce que le fait qu’il s’agisse d’un monopole d’État devrait pousser la SQDC à faire plus d’éducation? Oui, car sinon qui le fera? Certainement pas les PA qui sont surtout occupés à survivre et à trouver la recette pour faire pousser des fleurs à plus de 30 % de THC.

Mythe #4

  • Vous croyez que le cannabis médical est interdit à l’hôpital? 
  • Vous êtes mal informé ou vos préjugés prennent le dessus. 
  • Il est non seulement possible de consommer du cannabis médical à l’hôpital, mais il existe même un guide qui balise la façon de procéder. Ce guide intitulé CANNABIS À DES FINS MÉDICALES POUR LA CLIENTÈLE HÉBERGÉE OU HOSPITALISÉE a été élaboré par le Regroupement de pharmaciens experts en soins palliatifs de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. 

Oh c’est du solide. Tout est là. Et il faut remonter bien avant la légalisation du cannabis non médical de 2018 pour comprendre l’implication des pharmaciennes du Québec. Dès 2013, le gouvernement du Canada décide de confier de nouvelles responsabilités aux médecins, infirmières et pharmaciens d’établissements de santé. Au Québec, une circulaire ministérielle circulait en 2015 pour préciser comment assurer la continuité des soins.

Stationnement

Alors, imaginons ensemble un scénario ou je suis malade et je dois être hospitalisé. J’ai, dans la vraie vie, une prescription médicale obtenue gratuitement dans un commerce québécois. Disons que je prends un taxi et que je débarque à l’hosto. Avant d’entrer, j’ai envie de fumer une petite pipée.

Attention!

Au Québec, le chapitre IV de la Loi encadrant le cannabis m’interdit de fumer ou de vapoter du cannabis récréatif ou thérapeutique sur le terrain d’un établissement comme un hôpital.

Donc, si vous ne voulez pas vous faire des ennemis avant d’entrer pour être hospitalisés, on ne fume pas dans le stationnement. J’en entends dans le fond du café qui disent : «Ouin, si je fume dans mon char avec les fenêtres fermées». 

Allez!

Avant de consommer, il faut toujours se servir de sa tête.

OK. Je me suis enregistré. Je suis dans ma chambre avec une voisine qui consomme aussi du cannabis. Je lui offre un joint et on se fait une session de combustion? Pas vraiment. La solution, si je désire fumer, est de vérifier la présence d’un fumoir tel que précisé dans l’article 3 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. S’il n’y a pas de fumoir dédié, je vais chercher l’existence de chambres identifiées et regroupées permettant la consommation de cannabis fumé ou inhalé.  

Pour cela, je ne dois pas oublier de trouver mon autorisation de possession ou mon autorisation de production personnelle avec de partir pour l’hôpital.

Il est évident que si je décide de consommer des nanoémulsions plutôt que des joints pendant mon séjour à l’hôpital, j’élimine beaucoup de problèmes. Mais je ne dois pas oublier de bien danser avec le personnel soignant. 

L’exemple perso!

Je me permets un exemple personnel. 

J’ai eu le privilège d’accompagner ma mère dans ses derniers moments mais avant ça, j’ai été son aidant naturel avec ma belle pendant quelques années. Ma mère prenait du coumadin pour prévenir des problèmes de circulation dans ses jambes. Quand on a déménagé avec elle, je faisais la cuisine pour tout le monde. À l’époque, j’avais un pusher exceptionnel de gingembre frais et j’en mettais dans tout. Après quelques semaines, ma mère passe un test sanguin et son médecin de famille m’appelle pour m’informer qu’il faut revoir la posologie de son coumadin. Je l’ai informé du changement alimentaire et après une petite danse d’ajustement, on a trouvé la bonne carburation pour ma maman. 

Une petite racine comme le gingembre peut avoir un effet réel similaire à celui du coumadin. Comment imaginer que le cannabis n’interfère pas lui aussi à plein de niveaux?

 J’ai utilisé le mot danse, car la danse est une activité librement consentie où les partenaires peuvent occasionnellement se marcher sur les pieds sans s’étriper ou remettre en cause leur relation. La danse, finalement, n’est qu’un déséquilibre permanent chorégraphié pour produire un résultat qui fait du bien à tous les participants. 

Donc, il faut apprendre à danser avec le personnel soignant.

Si j’ai une autorisation de possession ou de production personnelle, je peux utiliser du cannabis sous forme orale, entérale ou topique à l’intérieur à l’hôpital. Je pourrais même commencer un traitement au cannabis dans le cadre de mon plan thérapeutique si et uniquement si l’équipe soignante a épuisé les autres options officielles reconnues. Au passage, j’ai appris un nouvel adjectif, le mot entéral, du grec enteron qui veut dire intestin, donc l’usage de cannabis sous forme de suppositoire.

Si mon médecin veut m’aider à débuter ou continuer un traitement, Santé Canada n’est pas dans l’équation. Mais si mon médecin peut prescrire de son propre chef, je dois avoir une autorisation de possession de cannabis et le cannabis prescrit le sera uniquement pour mes besoins. Pour débuter un traitement, mon médecin et moi avons tous les deux des obligations. Lui doit d’abord s’assurer que toutes les autres options thérapeutiques y compris les cannabinoïdes synthétiques ont été considérées. Il doit documenter mon consentement libre et éclairé. Mon médecin, le pharmacien et moi allons identifier un produit et, au besoin, un producteur autorisé. Finalement, mon médecin inscrira mon nom dans un registre qui informera les autres professionnels de ma consommation médicale de cannabis.

Et mes obligations à moi? 

Je dois d’abord décrire du mieux possible les traitements que j’ai déjà eus et la raison des échecs, sachant que je ne suis pas un spécialiste de la santé. J’ai aussi l’obligation de ne pas partager mon stock, soit en le vendant ou en le donnant. Et ultimement, mes actions ne doivent jamais être en contradiction avec les droits des autres usagers.

Le pharmacien de l’hôpital et le personnel du département de pharmacie ont aussi des obligations. Ils doivent commander le produit sélectionné auprès du ou des PA choisi(s) par moi, en partenariat avec mon médecin traitant et un pharmacien. Ils peuvent aussi proposer un des produits en stock à la pharmacie. Leur rôle est d’aider mon médecin à m’aider.

Les procédures!

Si je ne peux prouver que je détiens une autorisation, il y a une procédure. 

Si mon médecin ne veut pas prescrire de cannabis, il y a une procédure. 

C’est difficile de trouver le bon produit? Il y a une procédure. 

Je voudrais utiliser mon stock en attendant que la pharmacie de l’hôpital reçoive la commande du produit que nous avons sélectionné? Il y a une procédure. 

Je veux passer du mode combustion inhalation à une modalité orale? Oui, vous avez bien deviné… Il y a une procédure. 

OK. Mon médecin et moi avons bien dansé.

 Je vais mieux. Je retourne à la maison. 

Et je veux repartir avec le cannabis qui a été utilisé pour mon traitement à l’hôpital. 

Oui, c’est possible et c’est même facile, car… il y a une procédure pour ça.

Est-ce que le cannabis est bienvenu à l’hôpital au Québec?

Absolument. Par contre, si savoir danser n’est pas obligatoire, votre séjour hospitalier sera plus agréable si vous connaissez la musique…

Mythe #5

OK. 

On arrive au cinquième et dernier mythe exploré dans l’épisode de la semaine. 

Il faut une licence de Santé Canada pour presser commercialement de la rosin. 

Voilà ce que je pensais jusqu’a la semaine passée. 

Une précision avant d’aller plus loin. La rosin est une résine obtenue mécaniquement en pressant les fleurs de cannabis. Une presse, ça peut être un fer à cheveux si vous êtes obligé d’improviser ou ça peut être une presse de 10 tonnes achetée dans une quincaillerie à laquelle vous ajoutez des plaques chauffantes. Entre la pression et la chaleur, les fleurs vont dégager une matière gommeuse plus ou moins liquide et plus ou moins foncée dans laquelle vont se retrouver toutes vos molécules favorites. Les curieuses vont trouver deux liens qui montrent les deux techniques en application.

Le gars qui sait!

Je croyais donc jusqu’à la semaine passée qu’il était interdit d’offrir un service de presse payant pour la rosin au Canada. Pourquoi? Parce que Santé Canada exige une licence de transformation spécifique pour accomplir ce travail. Et récemment, le ministère à envoyer une mise à jour d’information aux PA qui dit ceci :

Dans ma tête, c’était clair. Plus maintenant et je dois remercier Daniel Blackburn de la clinique VertMédic. Pourquoi? Et bien, à sa clinique, oui, il y a un lien dans les notes de l’épisode, et bien M. Blackburn a organisé une session de pressage de rosin avec Hugo Blunt. Il parait que ç’a été un succès. Il semblerait que dans le cannabis médical, c’est possible. Est-ce que je comprends toutes les articulations de la logique qui permet à un individu de faire ce qui est interdit à un PA? Non. Pas encore. Si vous connaissez un avocat qui pourrait m’expliquer en détail les finesses du raisonnement, écrivez-moi à lucprevost@hotmail.com.

Pourquoi alors est-ce que j’affirme que c’est légal même si je ne suis pas totalement sur? 

À cause de Daniel Blackburn. 

Daniel, Blaky pour les amis, s’intéresse au cannabis depuis des millions d’années. 

Il est le chef du Bloc Pot et comme je le disais plutôt, il opère une clinique de cannabis qui fonctionne très bien. Cela est déjà un bon gage. Pour en avoir le cœur net, j’ai échangé quelques mots avec lui. L’évènement de rosin avec Hugo a été annoncé partout sur les réseaux sociaux. Il y eu un fort achalandage et de beaucoup de va et viens pendant quelques heures. Une semaine après l’évènement, M. Blackburns n’a reçu aucun coup de téléphone et aucune visite de la police, de Santé Canada ou de la SQDC. Si l’évènement avait été illégal, il aurait pu s’attendre à avoir des nouvelles de tout ce bon monde. 

Et voilà, c’était le 82e épisode de toPot.

J’espère que cet épisode qui explorait quelques mythes persistants sur le cannabis au Québec vous a plu. Vous connaissez d’autres mythes persistants que vous aimeriez que j’explore?

N’hésitez pas à m’écrire : lucprevost@hotmail.com. 

Je vous remercie pour votre écoute, vos partages et vos suggestions.

Allez! 

Bonne semaine. 

Beaucoup de bienêtre. 

Et bon chanvre!